LES LIMACES ET LES LIMAÇONS
Mon jardin, comme tous les autres, abonde en limaces et en limaçons qui affectionnent tout particulièrement les plantes les plus belles et les plus rares; un des premiers devoirs du jardinier est donc d'exterminer ces bêtes, là où un grand travail et beaucoup de soins nous permettent seuls d'élever de belles plantes.
Mon jardin est visité par la Limax agrestis ou Limace laiteuse. La fig. io85, nM, représente
Fig. io85, —Limace noire.
5o4 MON JARDIN
VArion ater ou Limace noire; le n* 2, le même animal en mouvement et le n® 3, Tanimal au repos. Ces animaux se reproduisent par des œufs (n* 4) ; ils ont beaucoup augmenté en nombre depuis que j'ai pris possession de mon jardin. Les limaces sortent pendant la nuit et pendant les temps humides; c'est alors que le jardinier doit les chasser. Les cornes des limaces et des limaçons semblent être la partie la plus sensible de leur individu.
On trouve aussi en grande abondance dans mon jardm V Hélix aspersa ou Limaçon commun que les grives aiment tant à dévorer. Cette espèce se propage par des œufs (fig. 1086, n** i), qui deviennent de petits limaçons (n° 2) ; ils se développent (n* 3) et finissent par arriver à la taille du n*» 4. Les limaçons s'établissent principalement "T.
* ^ Fig. 1086. — Limaçon commun.
dans les crevasses des murs.
Comme il n'y a pas de murs dans mon jardin, nous n'en voyons pas
beaucoup.
On trouve en grande abondance sur les collines de craie, au sud de mon jardin, la grande Htlix Pomatia (fig. 1087); mais je ne l'ai jamais vue dans mon terrain. C'est le limaçon comestible des Romains, et quelques naturalistes croient que cette espèce a été introduite en Angleterre ; c'est la même espèce d'ailleurs que celle dés jardins à limaçons de la Suisse orientale. J'en ai introduit un nombre considérable dans l'enceinte de mon jardin, mais je ne saurais dire encore si cette espèce s'acclimatera dans mon district. On me dit qu'aujourd'hui encore les ouvriers de Didcot vont chercher ces limaçons sur les collines, pour les manger. Qu'elle soit acclimatée ou indigène, cette espèce est maintenant fort abondante sur toutes les collines de craie de l'Angleterre.
On trouve dans mon jardin, mais en petite quantité, Y Hélix nemoralis (fig. 1088). Les différents spécimens de ce coquillage se ressem-
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blent si peu, que j'ai pensé d'abord me trouver en présence de plu-
Fig. 1090. — Succinea putris.
Fig. 1088. — Hélix nemorâlis.
Fig. 1087. — Hélix Pomatia. Fig. 1089. — Zonites Fig. 1091. — Limnaeus
crystallinut. Pereger.
sieurs espèces, mais le doaeur Gray m'affirme qu'elles appartiennent toutes à une seule ; d'ailleurs, un naturaliste qui s'occupe particulièrement de ce coquillage, a déjà découvert et nommé soixante-dix-sept variétés de cette espèce.
On rencontre aussi dans mon jardin d'autres espèces du même genre, telles, par exemple, que le Zonites lucidus et le Zonites crystallinus (fig. 1089) qui vit sur les mousses et sur les feuilles ; V Hélix cantiana^ que l'on trouve principalement dans les haies du comté de Kent et du comté de Surrey ; V Hélix concinna; et V Hélix ou Succinœa putris (fig. 1090) qui est fort abondante sur les Iris aquatiques du lac, mais dont je connais fort peu l'histoire naturelle.
On trouve dans k lac un grand nombre de Limnées et particulièrement le Limnœus pereger (fig. 1091) et le L. stagnalis. Ces coquillages sont importants en ce qu'ils forment une partie de l'alimentation de la truite. J'ai vu , dans certains endroits , le fond du lac littéralement couvert de coquillages morts et il en passait de grandes quantités par les tuyaux, quand j'ai établi le premier appareil pour réclosion des poissons. Si l'on place ce coquillage dans un aquarium, il dépose ses œufs sur le verre ; les petits coquillages qui viennent d'éclore sont fort intéressants ; ils flottent à la surface de l'eau comme si cette surface était un corps solide auquel ils s'attacheraient.
Dans le ruisseau central et particulièrement au milieu des fougères,
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5o6 MON JARDIN
il y a beaucoup de Lépas communs d'eau douce (Ancylusfluviatilis^ fig. 1092) ; ils adhèrent aux pierres partout où le courant de Teau est un peu rapide.
Sur nos plantes aquatiques, on trouve en quantité le Planorbis
% yÈ ^
Fig. 1093. FiÉ[. 1093. Fig. 1094.. Fig. 1095. Fig. 1096.
Lépas de rivière. Planorois vortex. Cycias coraea. Bithinia ventricosa. Valvata piscinalis.
corneus^ le P. carinatuSy le P. complanatus^ le P. vortex (fig. i ogS) et le P. contortus. Ces coquillages ont pour nous une grande importance en ce qu'ils servent d'alimentation aux truites ; rien d'amusant comme de voir dans la soirée le poisson, la queue hors de l'eau, plonger au milieu des herbes pour les attraper.
Le Cycias cornea (fig. 1094), n'existe pas, je crois, dans mon jardin , mais il abonde dans une carrière qui est immédiatement à côté. C'est un coquillage bivalve.
On trouve dans mes ruisseaux la Bithinia ventricosa (fig. logb) et la B. tentaculata ; on y trouve aussi la Valvata piscinalis [fig. 1096), autre coquillage très petit.
J'ai essayé d'acclimater la Dreissena polymorpha^ curieux coquillage introduit il y a cinquante ans dans certains docks de Londres, et qu'on suppose provenir du Danube. Ce coquillage existe dans les réservoirs de la nouvelle rivière à Stoke Newington; mais les spécimens que j'ai placés dans mes ruisseaux n'ont pas vécu ; je suppose que les truites les ont dévorés, comme les épinoches ont dévoré quelques spécimens que j'avais placés dans un aquarium. Le docteur J. E. Gray, qui depuis cinquante ans s'est toujours placé à la disposition de tous ceux qui étudient l'histoire naturelle et dont l'extrême bienveillance a certainement augmenté de beaucoup la valeur de nos collections nationales au British Muséum, me dit qu'il a trouvé lui-même, sur les collines qui nous environnent, cinq autres espèces de coquillage, c'est-à-dire //. pulchella^ H.fasciolata^ H, virgata^ //. ericetonim^ et H, umbilicata.
MES POISSONS 5o7
MES POISSONS
La partie de la Wandle qui traverse mon jardin ne contient que peu d'espèces de poisson; néanmoins la Truite et TAnguille compensent par leur qualité ce qui manque en variété. La Wandle a toujours été célèbre pour ses belles truites {Salmofario^ fig. 1 097) ; il y en a tant dans la rivière qu' on pourrait sans doute la comparer à ce
Fig. 1097. — Truite.
point de vue avec n'importe quelle rivière de TEurope; en un mot, la quantité de poissons qu'elle contient n'est limitée que par la quantité de nourriture qu'ils y trouvent. Les commissaires français qui ont visité le district ont été étonnés du nombre de poissons qu'ils ont vus et ils m'ont dit qu'il serait impossible de trouver en France une rivière aussi poissonneuse, parce que leurs compatriotes n'auraient pas de cesse jusqu'à ce qu'ils les aient tous exterminés. Je crains que Sir H. Davy n'ait quelque peu exagéré ses aventures de pêche dans le Saltzkammergut, car je n'y ai certainement pas vu, pour une quantité d'eau égale, autant de poissons qu'il y en a dans la Wandle.
On considérait autrefois qu'il y avait dans la Wandle deux variétés de truites : l'une courte, à chair blanche, qui se trouve en saison en mai et juin; l'autre, plus longue, à grosse tête et à chair rouge, qui se trouve en saison en juillet et août.
Actuellement, nous en avons plusieurs variétés et le docteur Giinther, réminent ichthyologiste, a fait remarquer dans le catalogue du British Muséum, qu'il existe chez les truites qui fréquentent mes ruisseaux non seulement des différences extérieures, mais des différences de conformation. Il décrit sept spécimens pris dans mon jardin au mois
de mars, dont la longueur variait entre neuf pouces et demi et quatorze pouces.
Le docteur Giinther ajoute : c II faut se rappeler que M. Smee a introduit dans cette rivière de nombreuses truites qu'il a reçues de différents endroits et dont il a fait éclore artificiellement les œufs. »
M. Reynolds, dont la famille habite le district depuis près d'un siècle, m'apprend que son grand-père a introduit dans la rivière des truites de lac et aussi une autre variété jaune, mais il ne peut se rappeler d'où provenaient ces dernières. M. Reynolds connaît trois variétés dans la rivière; il croit que la variété jaune provient delà rivière Christchurch.
La fig. 1097 représente une grosse truite qui a été tuée en même temps qu'une grande quantité d'autres par les eaux vannes de Croydon qui contenaient, croit-on, des résidus de la fabrication du gaz.
Les truites de la Wandle ont toujours eu une grande réputation pour leur goût exquis ; néanmoins, je pense que les truites du Darenth, qui prend sa source dans les mêmes collines que la Wandle et qui se jette dans la Tamise à Dartford, ont encore une qualité supérieure. Depuis quelques années, la qualité de nos truites est devenue moins bonne; c'est un fait que M. F. Gould a particulièrement remarqué. Cela provient probablement d'une diminution des eaux dans le cours supérieur de la Wandle et de l'influence qu'a ainsi gagné l'Anacharis, ce qui cause une accumulation de boue.
Les truites de mes ruisseaux ne se nourrissent pas de poissons comme elles le font dans la Tamise.
Dans mon jardin, les truites fraient vers la troisième semaine de janvier et continuent de le faire jusqu'à la fin de février ou jusque pendant les premiers jours de mars ; dans les propriétés situées au-dessous de la mienne sur le cours de la rivière, elles fraient quelques jours plus tôt. La saison du frai passée, la truite se choisit, pour ainsi dire, une habitation où on la trouve toujours, à moins qu'elle ne fasse une promenade pour son plaisir ou pour chercher des' aliments; mais elle revient toujours à la même place, si bien que chacune d'elles nous est individuellement connue. Quand une seconde truite cherche à s'emparer
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MES POISSONS 5o9
d'un endroit déjà occupé, le propriétaire s'élance sur l'envahisseur pour le chasser. Quand elle est chez elle, la truite saisit tout ce qui flotte à sa portée, mais souvent elle ne se dérange pas pour s'emparer du morceau le plus tentant. Si on la trouble, elle s'éloigne de quelques mètres, mais elle revient à son habitation dès que tout est tranquille. Dans notre rivière, la truite se nourrit principalement du Planorbis, du Limnaeus, de la crevette d'eau douce et du ver d'eau ; elle saisit aussi les mouches qui viennent se poser sur l'eau pendant les mois d'été-, la truite, d'ailleurs, s'inquiète fort peu de ce qu'elle mange, car j'en ai vu beaucoup s'emparer d'une côtelette de mouton avec autant d'avidité que pourrait le faire un chien.
Dans la soirée, la truite parcourt les petits ruisseaux et pourchasse sa proie jusque dans des endroits où il y a à peine assez d'eau pour la recouvrir ; quand on la trouble, elle retourne chez elle avec la rapidité de l'éclair.
La truite essaie quelquefois de se cacher en enfonçant la tête dans les trous de la berge; elle oublie que sa queue sort du trou et qu'on peut la voir; c'est là une position fort dangereuse pour le poisson, car on peut fourrer la main dans le trou, le saisir par la tête et le jeter sur la rive.
C'est un spectacle extraordinaire que de voir les truites se rassembler pour pondre sur des lits de gravier au-dessus desquels passe un courant d'eau violent. Quelquefois deux ou trois truites s'écartent des autres et vont pondre dans un des petits ruisseaux, mais, en règle générale, elles fréquentent toutes le même endroit. Tant et si bien qu'elles finissent par rassembler un tas énorme de gravier ; ce tas se termine toujours par une petite dépression. On a beaucoup discuté la question de savoir si la truite forme ces tas de gravier avec sa tête ou avec sa queue ; il est certain que la tête de ce poisson porte tous les signes d'usure.
Il s'est passé des années avant que j'aie pu voir de mes yeux le poisson déposer son frai ; évidemment cette opération se fait rapidement et probablement la nuit. Cependant, par une belle matmée de printemps, après une série de nuits froides, je pus voir cet intéressant
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spectacle. Je vis alors le mâle chasser la femelle et soulever le gravier à Textrémité du tas, avec sa tête. Quand tout le frai est déposé, quelques mâles restent à Textrémité dû tas de gravier, pendant deux ou trois mois, pour chasser tous les étrangers; je crois qu'ils sont là pour défendre lesc œufs et quMls jouent le même rôle que Tépinoche mâle qui très certainement défend son nid.
On pratique depuis bien des années, en Angleterre, la culture artificielle du poisson ou pisciculture. M. S. Gufney et M. Sheppey ont mis ce procédé en pratique sur la Wandle; la société des pêcheurs de la Wandle élève aujourd'hui environ i5,ooo truites annuellement.
C'est toutefois le gouvernement français qui, pendant ces dernières années, a donné un grand élan à cette industrie. Le professeur Côstc, qui était chargé de ces études, employait une espèce de gril formé de tiges de verre pour supporter les œufs dans les vases en terre sur lesquels il faisait passer un courant d'eau. J'ai assisté aux leçons de ce professeur au collège de France en 1869, et j'ai été très frappé des résultats obtenus. M. Custe fut assez obligeant pour me donner des spécimens de jeunes saumons et de jeunes truites que je rapportai en Angleterre ; il me donna aussi une de ses boîtes. J'essayai son procédé dans mon jardin avec beaucoup de succès, et il s'est, de là, répandu en Angleterre.
L'appareil est très simple. Il consiste en une caisse de faïence oblongue (fig. 1098) ayant environ quatre pouces de profondeur, six pouces de largeur et quatorze pouces de longueur; à l'une des extrémités se trouve un petit goulot. A l'intérieur est un cadre de bois placé à environ un pouce de la surface; ce cadre a un fond composé de tiges de
verre, espacées d'environ un hui- ^'*«- '^^s. - Boite pour u pisciculture. tième de pouce. On place ces caisses dans une maison construite très sirhplement et recouverte en chaume (fig. 1099).
On dispose les boîtes en séries arrangées de telle façon que les
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MES POISSONS
goulots se trouvent alternativement à droite et à gauche, de sorte que *^./y L Teau qui passe d'une boîte à
l'autre ait à couler sur la surface des œufs contenus dans chacune* Il faut que le courant d'eau ne soit pas interrompu pendant tout le temps nécessaire pour le développement des œufs.
Pour se procurer des œufs, Fig. Î099.- Maison pcuT la pisciculture. il faut attraper des poissons
pendant la saison du frai. Les mâles sont plus élancés que les femelles. Quand les poissons sont prêts à frayer, la femelle laisse échapper ses œufs sous la moindre pression, de même que le mâle, sa laitance. On saisit la femelle d'une main et on passe l'autre lentement et en appuyant un peu depuis la tête jusqu'à l'ouverture; il faut avoir soin de faire sortir tous les œufs, ce que l'on sent facilement au toucher. On reçoit les œufs dans un vase contenant Juste assez d'eau pour les recouvrir et il faut y mêler immédiatement la laitance qui les féconde. Je commence ordinairement, quand les mâles et les femelles sont également abondants, par extraire la laitance d'un mâle dans laquelle je précipite les œufs d'une femelle, et ainsi de suite. Au commencement de la saison, les mâles prêts à frayer sont plus abondants que les femelles, mais c'est tout le contraire à la fin de la saison et j^ai eu quelquefois alors beaucoup de difficulté à me procurer de la laite en quantité suffisante.
On place alors les œufs fécondés sur le tamis de verre dont nous avons parlé. Chaque boîte peut contenir environ deux mille œufs; il ne faut pas perdre de temps et faire passer immédiatement un courant d'eau.
Si tout va bien, on voit apparaître au bout de quelques jours deux petits points noirs sur chaque œuf, ce sont les yeux du futur poisson. A cette époque, chaque petit poisson porte à l'estomac une poche assez grande qu'on appelle la vésicule ombilicale ; cette vésicule est recou-
Smee. Mon jardin^ 33
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verte de vaisseaux sanguins qui absorbent graduellement les matières contenues dans la poche et qui sont destinées à nourrir Tembryon tant qu'il reste dans Toeuf.
Pendant le temps nécessaire pour amener léclosion des œufs, il faut les examiner au moins deux fois par semaine et enlever tous ceux qui deviennent opaques, car ils se recouvriraient bientôt d'un champignon (voir fig. 859). Il faut environ six semaines pour le développement de Tœuf, mais ce temps varie selon la température quUl est toujours bon de ne pas trop élever. Par une belle journée bien chaude, des centaines de jeunes truites brisent leur enveloppe et tombent au fond de la boîte en glissant à travers les tiges de verre.
Pendant tout le temps que dure le développement des œufs, il faut les tenir dans l'obscurité, car si on les expose à la lumière, ils se recouvrent facilement du champignon dont nous avons parlé, et qui les détruit infailliblement. J'ai éprouvé de grandes difficultés pour faire éclore artificiellement les poissons jusqu'à ce que j'aie appris ce fait, mais maintenant je puis en produire chaque année autant que je veilx sans me donner beaucoup de peine. Dans une grande quantité d'œufs, on trouve toujours des poissons doubles ou des espèces de frères siamois; ils vivent jusqu'à ce qu'ils aient perdu la vésicule ombilicale. Quand cette vésicule est absorbée, le poisson doit prendre sa nourriture par la bouche ; on éprouve alors dans la pratique de grandes difficultés, car il faut leur procurer de la nourriture, et cette nourriture doit être en mouvement. On a supposé que les truites se nourrissent d'entomostracées ; elles ne se nourrissent certainement pas de diatomées, car j'ai examiné leur estomac pour m'assurer de ce fait. On peut leur donner de la viande râpée très fin ou du foie réduit en poudre ; quant à moi, je préfère les mettre immédiatement en liberté. J'ai le soin de débarrasser autant que possible un petit ruisseau de tout animal vivant, car une jeune truite est un morceau délicat qu'affectionnent beaucoup l'épînoche, le chabot ou même une truite plus âgée. Dès qu'elles sont dans ce ruisseau, on peut voir les petites truites s'élancer continuellement de tous côtés à la poursuite de quelque chose qui doit être leur nourri-
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ture ; mais ce quelque chose est trop petit pour que Toeil humain puisse Papercevoir.
Quand on place ainsi un grand nombre de petits poissons dans un ruisseau, ils descendent graduellement le courant et on peut les suivre pendant des centaines de mètres. Quand le jeune poisson perd la vésicule ombilicale, il est extrêmement délicat, et j'ai vu deux mille truites saumonées mourir en une seule nuit , sans que je puisse m'expliquer cette épidémie.
Quand on veut élever les truites artificiellement jusqu'à ce qu'elles atteignent une grande taille, il faut leur donner du poisson vivant. J'ai vu dans rétablissement de pisciculture, à Heidelberg, de grandes quantités de poissons blancs que l'on prend au filet dans la rivière Neckar La difficulté de me procurer du poisson m'empêcherait d'élever les truites avec autant de profit qu'on paraît le faire à Heidelberg. Comment pourrais-je, en effet, me procurer constamment et à bas prix des vérons, des dards ou des ablettes vivants, alors qu'ils n'existent pas naturellement dans mon jardin ? La bienveillance et la courtoisie des fonctionnaires de Huningue méritent toute la reconnaissance des pisciculteurs. Personnellement, j'ai à leur exprimer tous mes remercîments pour de nombreuses boîtes d'œufs qu'ils m'ont envoyées. Le fait qu'il y a aujourd'hui dans la Wandle de nombreuses variétés de truites qui n'y existaient pas avant le développement des œufs qui m'ont été donnés par cet établissement, démontre l'excellence de ce procédé. Il a été convenu entre les propriétaires de la Wandle qu'on se servirait seulement de la mouche pour pêcher la truite ; il y a malheureusement un ou deux endroits de la rivière où les braconniers exercent de grands ravages.
On n'a pas l'habitude de pêcher avant le premier mai ou après la fin d'août. Dans certaines années, le poisson est à peine bon à manger en mai, et dans d'autres, il devient si maigre au milieu d'août, que c'est à peine s'il peut servir à l'alimentation.
Le poisson hors de saison se ratatine en cuisant; il n'a aucun goût et quelquefois même il est vénéneux. Je ne saurais donc trop recommander de remettre à l'eau tous les poissons noirs qu'on aurait pu prendre.
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Chaque pêcheur a ses idées particulières relativement à la grosseur et à la couleur des mouches qu'il emploie, et relativement même au nombre qu'il place sur sa ligne. Quant à moi, je n'emploie qu'une mouche à la fois sur la Wandle. En règle générale, une mouche appelée le Cocher (fig. 1 1 oo n** 5) est excellente. Cette mouche a des ailes blanches; il faut proportionner la grosseur à rétat de la lumière au moment où Ton pêche, et employer de petites mouches en plein jour, des mouches un peu plus gros- ^ ses quand le jour tombe, et enfin de très grosses dans la soirée.
On obtient quelquefois i d'excellents résultats avec une autre mouche, tout Popposé de celle-ci, car elle a des ailes bleu foncé; mais il y a une époque particulière, en juin, où la mouche se pose sur Teau et se laisse entraîner de quelques mètres par le courant. Or, si Ton veut attraper du poisson, il faut imiter avec soin tous ces mouvements naturels.
Il y a des moments où, quoi qu'on fasse, le poisson ne veut pas mordre; cette remarque s'applique à tous les poissons d'eau douce et, autant que j'ai pu le remarquer, elle s'applique au poisson de mer. Quand il n'y a pas de différence dans l'eau en elle-même, la facilité avec laquelle le poisson mord dépend, autant que j'ai pu en juger, de la qualité de la lumière ; la truite, le brochet, la perche, le chabot, le gardon et d'autres poissons subissent cette même influence.
La condition de l'eau est toujours importante ; mais ceci ne s'applique pas à la Wandle supérieure, car il faut, dans cette rivière, des pluies très considérables et longtemps continuées, pour qu'elle perde
Fig. iioo. —Mouches : N* i, Cousin; 2, Cousin n^ir: 3, Carsiialton Cocktail; 4, Empereur; 5, Cocher; 6, Cocli-y-bond(ihu.5
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sa transparence. Dans les autres rivières, la couleur de Peau est un point essentiel dont le pêcheur doitt^nir le plus grand compte.
Au coucher du soleil, il y a un moment où toute la rivière semble regorger de vie, car toutes les truites viennent en même temps à la surface de Peau. Ce fait se reproduit tous les soirs en été, mais pendant quelques soirées beaucoup plus que pendant d'autres ; de même que toutes les truites viennent à la fois à la surface, de même aussi elles disparaissent toutes ensemble, et un silence de mort s'établit sur la rivière. Dans la Wandle, les truites ne chassent 'guère les mouches avant neuf ou dix heures du matin et elles ne continuent guère à les chasser après dix heures du soir, si ce n'est pendant les mois les plus chauds.
Comme TOmbre commune {Thfmallusvulgaris) n'existait pas dans la Wandle, je résolus de Tacclimater. Je fis donc éclore des jeunes que je plaçai dans la rivière, mais ils disparurent. Résolu à continuer Texpérience, je me décidai à placer de gros poissons dans la Wandle ; M . Peach de Derby parvint à attraper près de vingt couples et à les transporter en excellente condition dans notre rivière. L'expérience était coûteuse et difficile ; or, bien que quelques-uns de ces poissons aient vécu pendant des années et qu'ils aient pondu au printemps, jusqu'à présent on ne voit pas de jeunes et tous les vieux poissons ont aussi disparu, sauf peut-être un ou deux. Il n^est pas douteux que quelques-uns ont descendu la rivière; mais il faut dire aussi que j'ai vu des pêcheurs passer de longues heures à essayer d'attraper ces poissons qu'on n'avait introduits dans la Wandle qu'au prix de tant de peines et de tant d'argent. Les instincts destructeurs de l'homme sont un grand obstacle à l'acclimatation.
L'insuccès de cette expérience est d'autant plus remarquable qu'un essai semblable a été fait sur la Clyde au-dessus Glasgow, et on m'a dit que l'on trouve beaucoup d'ombres là où il n'y en avait pas une seule.
En même temps que je me procurais des ombres, je saisis l'occasion de me procurer aussi des Lotes [Lota vulgaris). On en attrapa une, quelque temps après, à environ un mille au-dessous de mon jardin et on l'envoya à M. Frank Buckland, comme quelque chose de très extra-
ordinaire. Dès qu'il vit ce poisson, il s'écria : c Mais c'est un poisson de Smee ! > L'expérience d'ailleurs échoua complètement, car, à l'exception de cet individu solitaire, personne ne vît jamais une lote dans la Wandle.
J'ai élevé dans mon jardin des milliers de jeunes truites saumonées et de saumons provenant d'oeufs que les autorités de Huningue ont bien voulu mettre à ma disposition; mais on n'a jamais revu ces poissons.
Les premiers jeunes saumons qu'il y ait eu dans un affluent de la Tamise ont été placés dans les ruisseaux qui traversent mon jardin. J'en ai distribué plusieurs milliers dans mes cours d'eau et aussi dans les ruisseaux qui se jettent dans la rivière Medway, auprès de Rochester. J'ai appris qu'on avait capturé de temps en temps des saumons dans cette dernière rivière, mais ces captures sont hors de toute proportion avec les quantités qui y avaient été introduites. La question de l'élevage du saumon m'intéressait tant que je fis tout exprès le voyage de Hereford, pour observer le passage des jeunes saumons quand ils se rendent à la mer. C'est là, d'ailleurs, un spectacle intéressant: des milliers de petits poissons, ayant de quatre à six pouces de long, forment un banc compact qui se dirige vers la mer. Les jeunes saumons ne manquent pas d'attraper les mouches au passage et les pêcheurs mettent cette habitude à profit pour attraper des quantités considérables de poissons quand un banc vient à passer. Les destructeurs de jeunes saumons sont passibles de certaines peines, mais je sais à n'en pouvoir douter que les magistrats aiment beaucoup ce jeune poisson à déjeûner et qu'il leur est en conséquence bien difficile de distinguer un jeune saumon d'un autre jeune poisson. D'ailleurs, ils se figurent sans doute que sur les milliers de saumons qui descendent à la mer on peut bien en prendre quelques-uns pour déjeûner.
L'Anguille [Anguilla aciitirostris) est, après la truite, notre poisson le plus important. Il y a, dans mon jardin, deux migrations distinctes d'anguilles. En mai, juin et juillet, les petites anguilles remontent la rivière; en juillet, août, septembre et quelquefois plus tard, les grandes anguilles descendent vers la mer. Quand les anguilles remontent le
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courant, elles semblent poussées par un instinct irrésistible. Nous les voyons alors essayer de remonter la chute d'eau. Quelquefois les jardiniers ont trouvé une anguille dans les allées du jardin; évidemment, elle était à la recherche de la rivière. Quelquefois, quand elles ne peuvent pas remonter la chute, on les voit se débattre au milieu des rosiers qui l'entourent. Je me rappelle avoir vu à Twickenham des quantités de jeunes anguilles ayant environ trois pouces de longueur, essayer de remonter un mur couvert de mousse sur lequel coulait un mince filet d'eau. Dans quelques endroits, on attrape ces petites anguilles et on les natte en paquets ayant environ un pouce d'épaisseur et deux pouces de longueur ; on vend cette masse vingt centimes et je ne comprends pas que l'on tolère une aussi abominable destruction de ce qui pourrait servir plus tard à l'alimentation .
Quand les anguilles remontent la rivière, nous en attrapons quelquesunes des plus grosses en disposant un bouquet de fleurs rouges, ou du ruban rouge au fond d'un long panier en toile métallique.
La grande migration des anguilles vers la mer, commence avec la première décoloration de l'eau en été ; chaque fois qu'un orage éclate sur Croydon, nous trouvons de belles anguilles dans la grande trappe que j'ai fait construire, surtout si la nuit est chaude.
La trappe à anguilles est probablement un appareil particulier à l'Angleterre. Quand les commissaires envoyés par l'établissement d'Huningue voulurent bien visiter mon jardin, ils furent frappés à la vue de cet appareil qu'ils ne connaissaient pas. Il est d'ailleurs très important^ car il permet de procurer à l'alimentation des anguilles qui autrement seraient perdues pour l'homme (i).
Une trappe à anguille est une sorte de filtre grossier qui laisse passer l'eau, mais qui retient les anguilles. Le filtre est construit avec des
(i) Recette pour une fricassée d^ anguilles, — Prenez trois livres d'anguilles ; nettoyezles bien et coupez-les en morceaux ayant environ trois pouces de long; frottez-les de farine et faites-les revenir dans de la graisse jusqu'à ce qu'elles soient à moitié cuites; ayez un roux tout près dans lequel vous placez les anguilles. Mélangez alors deux cuillerées à café de poudre de Cury, une d'anchois, une de Soy, une de sauce de Windsor ou de Reading ; ajoutez un ver de vin de Porto et un peu de jus de citron ainsi qu'un peu de poivre de Cayenne. On a dû commencer par mettre des herbes et de l'ognon dans le roux qui doit être assez épais. Faites bouillir pendant vingt minutes environ.
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barres de bois ayant environ un pouce et demi carré, clouées sur un cadre solide (fig. iioi). On place ce cadre devant les écluses et on le
\'ue générale.
Coupe longitudinale.
Fig. iioi. — Trappe à anguilles.
Vue de face.
dispose de manière à ce que l'eau soit forcée de le traverser quand on ouvre les portes; à Tautre extrémité se trouve un grillage a3'^ant environ deux pieds de haut. Quand on ouvre Técluse, Teau doit nécessairement passer à travers ce filtre qui retient les anguilles.
On présume que les grosses anguilles descend:;nt la rivière pour aller pondre dans Teau saumâtre ; on pense qu^elles y périssent, car on ne les voit jamais revenir dans leurs anciennes demeures. Les petites anguilles, quand elhs remontent les rivières, forment des bancs qui contiennent des millions de ces poissons.
Nos anguilles sont excellentes, je suppose qu'elles se nourrissent de truites, car elles aiment beaucoup le jeune poisson. Je ne pense pas que beaucoup vivent dans les eaux de mon jardin \ tout au moins, je n'en ai pas la preuve, mais je suppose qu'elles habitent en grand nombre le cours supérieur de la rivière et qu'elles traversent mon jardin pendant leurs migrations.
Bien que Ton considère Tanguille en Angleterre comme un mets très recherché, les Écossais ne veulent pas y toucher. Il est certain qu'il se
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perd chaque année dans les fleuves de T Europe des milliers d'anguilles qui pourraient servir à l'alimentation.
On peut apprivoiser les anguilles, mais elles sont toujours inquiètes et très certainement se plaisent peu en prison. J'ai eu, pendant longtemps, une petite anguille apprivoisée, mais elle a fini par mourir d'indigestion. A rétat sauvage, ce sont de curieuses créatures-, j'ai passé de longues heures à observer leurs habitudes dans la rivière Lea, où il y en avait une grande quantité. Elles affectionnent tout paniculièrement les trous dans une rive verticale contre laquelle vient battre le courant. Elles se tiennent à l'entrée de leur trou et s'élancent avec la rapidité de réclair sur tout ce qui passe a leur portée ; quand elles ont saisi un poisson, elles l'emportent dans leur trou. Si on découvre le trou d'une anguille, on peut essayer de la pêcher en lui présentant un ver ; elle le prend ordinairement, mais quelquefois aussi elle le refuse, et alors elle le rejette hors de son trou; on peut essayer de nouveau au bout de quelques jours. Les anguilles sortent quelquefois pour se promener, et, par une chaude soirée, on peut les voir glisser dans les endroits peu profonds pour attraper les jeunes poissons. Mais elles reviennent toujours à leur habitation où on peut les voir tous les jours, jusqu'à ce qu'on les ait attrapées. Quand l'atmosphère est chargée d'électricité, les anguilles sont très actives.
C'est l'anguille à nez pointu qui visite notre jardin.
Hérodote dit que le Nil produisait l'anguille ; c'était un poisson sacré .
La Lamproie des rivières [Petromf\on fluviatilis^û^, 1102) visite mes ruisseaux en janvier et en février, mais je ne saurais dire pourquoi elle y vient. Pendant les journées chaudes, on peut les voir par groupes faire un trou dans le gravier; je n'ai jamais pu découvrir dans quel but. Les lamproies choisissent quelquefois un endroit où les truites déposent leurs œufs et quelquefois un autre endroit. Leurs mouvements sont très gracieux; si elles s'éloignent du trou dont je parlais tout à l'heure, elles y reviennent bientôt. Pour faire ce trou, elles montrent une agilité et une force considérables. Je les ai vues, par exemple, '^saisir une grosse pierre avec leur bouche et l'enlever par un seul
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eifort de la queue. Il est très probable qu'elles viennent visiter mes ruisseaux pour y déposer leurs œufs, bien que je n'aie jamais vu aucun
Fig. II03. — Lamproie. Fig. iio3. — Contormatîon
du cartUage de la Lamproie.
jeune. Au bout d'un certain temps, elles quittent la rivière pour aller je ne sais où. Un fait toutefois est certain, c'est qu'on n'a jamais vu une lamproie en été, ni dans les ruisseaux de mon jardin, ni dans les autres parties de la Wandle. Celles qui visitent mon jardin sont beaucoup plus petites que celles trouvées dans la Tamise et que l'on attrape en nombre considérable à Teddington et à Hampton Weirs; on les vend aux pêcheurs de morue pour en faire des appâts ; d'ailleurs, ce poisson conservé est excellent pour l'alimentation humaine.
Le caractère anatomique de la lamproie est fort curieux en ce qu'elle a un cartilage au lieu d'arêtes. La fig. i io3, que j'emprunte à Quekett, représente ce cartilage. Ce poisson a, pour respirer, sept ouvertures de chaque côté de la tête, ce qui lui fait souvent donner le nom de Sept- Yeux. Le peuple, qui compte ces sept ouvertures et y ajoute l'œil et l'oreille, l'appelle ordinairement le Neuf-Yeux.
Mes petits ruisseaux contiennent des quantités considérables de Cotte Chabot ou Chapsot (Cot- ^ ^ ^^ ^ ,
* ^ Fig. 1 104. — Cotte Chabot.
tus Goèîo, (fig, 1104). Ces poissons sont très voraces ; ils se cachent au milieu des pierres et dévorent les œufs et les jeunes truites qui passent à leur portée. Je n'ai jamais pu savoir où ils déposent leurs œufs. J'ai quelquefois trouvé ces
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poissons dans les boîtes où j'élève des imites, sans que j'aie jamais pu m'expliquer comment ils ont fait pour y entrer. Le poisson blanc {Leuciscus vulgaris^ fig. iio5) habite le cours
Fig. iio5. — Poisson blanc.
inférieur de la Wandle, et quelquefois, mais rarement, j'en ai vu dans mon jardin. Ces poissons n'ont comparativement pas de valeur dans une rivière fréquentée par les truites ; aussi faut-il les détruire avec soin. Un jour, une troupe de ces gros poissons est venue se montrer auprès de la surface de l'eau, à Mitcham, et j'ai pu alors m'en procurer un.
Dans tout le cours de la Wandle, on trouve beaucoup d'Épinoches appartenant au genre que les savants appellent Gasterostetis semiarmatus (fig. I io6). Les épinoches sont très batailleurs et fort amusants;
ils construisent un nid et le défendent. Dans le courant de mai, j'observai un épinoche qui gardait un endroit ayant un petit diamètre et qui chas-
Fig. 1106. - Épinoche. g^J^ ^^yg J^S poisSOUS qui
s'en approchaient. En regardant avec attention, je vis au fond de l'eau quelque chose de circulaire composé de fibres , ayant environ deux pouces de diamètre, et arrangé de façon à ne pas dépasser le niveau du fond de la rivière. Pensant que c'était un nid, je soulevai cette petite masse avec soin et y trouvai deux paquets d'œufs ayant à peu près la grosseur d'une forte tête d'épingle. Je replaçai immédiatement le tout aussi bien que je pus à son ancienne place, mais le poisson ne fut pas satisfait de mon arrangement et se remit immédiatement à l'ouvrage pour réajuster son nid. Il allait chercher des petits morceaux
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de fibre, les jetait dans la masse et arrangeait de nouveau les plus grosses fibres qu'elle contenait. Un des paquets d'œufs sortait un peu du nid, il le tira tout à fait dehors et commença à manger les œufs ; je Pempechai de continuer en m'emparant des œufs que je plaçai dans un vase avec quelques plantes aquatiques et où bientôt après j'obtins de charmants petits poissons. L'épinoche continuait toujours à travailler à son nid ; il apportait quelquefois un morceau de fibre dans sa bouche et le jetait avec violence dans la masse ; d'autres fois il pesait de tout son corps sur son nid pour le diminuer de hauteur. Quand il fut satisfait de son ouvrage, il se remit à monter la garde, s'élançant
Fig. 1 107. — Nid d'Épinoche.
contre tous les poissons qui passaient près de lui. Ce nid diffère de celui que, selon le révérend M. Wood, construit une autre espèce d'épinoche; ce dernier consisterait seulement en quelques fibres placées au-dessus des œufs déposés dans un trou au fond de la rivière. J'observai mon épinoche plusieurs jours de suite, m'amusant quelquefois à déranger le nid pour avoir le plaisir de le lui voir refaire. Plus tard, j'en trouvai une grande quantité, chacun défendu par un gardien, et, au mois de mai, je m'arrange toujours de façon à pouvoir montrer à mes nombreux visiteurs un nid d'épinoche (fig. 1 107).
Il y a quelques années, j'ai introduit dans la rivière une grande quantité de tanches ( 7"mca vulgaî^ts)-^ mais elles ne semblent pas s'ctre multiphées et c'est à peine si on en voit une de temps en temps. En un mot, tous ces essais d'acclimatation ont été inutiles.
Il n'y a dans mon jardin ni brochet, ni perche, ni meunier, ni gardon, ni rouget, ni goujon, ni véron, ni ablette, ni carpe, bien que l'on trouve
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dans quelques parties de la rivière des brochets, des perches, des gardons et des loches.
Les petits poissons rouges aiment Teau chaude. J'en ai placé quelques-uns dans le lac de la serre à fougères où Teau a environ 5o* F. (lo degrés centigrades), et quelques-autres dans le réservoir, à Textrémité la plus chaude de la même serre. Ceux qui se trouvent dans Peau chaude sont très actifs et très enjoués; rien ne m'amusait comme de leur présenter un morceau de biscuit que je tenais fortement entre mes doigts, car ils se précipitaient tous sur le biscuit et se battaient pour s'en emparer; mais bientôt les chats mirent fin à mes amusements aussi bien qu'aux gambades des poissons, car ils parvinrent à les saisir avec leurs griffes et ne m'en laissèrent pas un seul. Les poissons rouges déposent leurs œufs sur les plantes aquatiques, et j'en ai fait éclore beaucoup en me contentant de placer au soleil des vases contenant ces plantes couvertes d'œufs.