‹ Mon journal, 1820-1823Chapitre 25 sur 72 · Oh! quel effort, quelle sueur · texte numérisé non relu

Oh! quel effort, quelle sueur

ries un bruil immense, comme le cri de viniit mille poitrines. Ce n'est point d'une bataille ni d'une fuite; c'est un cri continu qui n'est terrible que par sa grandeur. Celte grande voix réalise le peuple dans mon imagination; il se lève comme un seul homme, indigné de la perte de sa liberté.... Je rentre de ma classe, mon père m'apprend tout. Ils ont parcouru le faubourg; ce sont des hommes âgés, peut-être des demi-soldes*; ils excitent le peuple; ils retournent par la rue Saint-Antoine; les gendarmes, les cuirassiers courent, dit-on, derrière eux. Cette soirée sera sano^lanle.

Six heures. — La pluie tombe à torrents;

si j'examine l'histoire des révolutions, je crois qu'elle nous vaudra la tranquillité cette nuit. Je sens vivement la nécessité de savoir manier un fusiP. J. M.

\. Ceux-ci, pourla plupart, étaient irrités contre le gouvernement qui les laissait sans emploi ou même les persécutait.

2. Ce n'était point seulement le rejet de l'amendement qui avait fait éclater la Révolution; tout croulait à la fois. Plus de sécurité. On pouvait être arrêté et détenu en vertu d'un ordre émané de trois ministres. — La liberté de la presse n'existait plus. Aucun journal, aucun écrit périodique ne pouvait être publié sans l'autorisation du roi (Vaulabelle). On se sentait livré à la rancune des hommes qui rêvaient de ramener la France au bon temps de 1815-1816. Dans le Midi, où les passions sont si fiévreuses, on se battait déjà. A Paris, l'émotion était grande dans la bourgeoisie et la jeunesse des écoles. Elles suivaient avec

Api'ès les journées. — Au milieu des convulsions politiques que nous traversons, elle serait bien forte Tàme qui conserverait la paix, qui vivrait au dedans de soi. On est sans cesse arraché à la réflexion par des spectacles bruyants et menaçants pour l'avenir. Le peuple si peu préparé est un terrible auxiliaire. Le sort de la France ne peut que s'améliorer, mais la guerre civile est le passage Quelle gloire pour la jeunesse française si, seule, elle faisait cette sublime révolution! J'entends par ces mots tous les soldats de la lignée Tout se ferait sans intérêt privé,

ansiété les débats tumultueux de la Chambre où se décidait le sort de la dernière de nos libertés. Le peuple ne s'était pas encore mêlé à cette démonstration pacilique qui consistait à acclamer énergiquement les courageux défenseurs des droits du pays. Le seiilcri était : Vive la Charte. Cette modération même contrariait les ultra-royalistes. Il lem* fallait le désordi'e pour autoriser une répression sanglante. Trompés' dans leur attente, ils perdirent patience et se firent provocateurs. La première scène de violence eut lieu le 2. Elle se renouvela le 5 et fut sanglante. Ce lundi dont parle Michelet, la Chambre tenait séance. Dès midi, la foule se porta au palais Bourbon. Le cri de mutuel défi était d'un côté: Vive la Charte, de lautre : Vive le Roi. Rien ne faisait présager une lutte sérieuse. A trois heures la cavalerie arrive, refoule les masses de l'autre côté du pont pour empêcher les ovations que l'on veut faire aux députés libéraux. C'est alors que le premier cri de la Révolution est jeté: Aux faubourgs!. . Mille personnes s'élancent dans la direction du faubourg Saint Antoine, d'autres les suivent. Ce sont les voix qu'on entendait de la rue de la Roquette,

1. Les soldats de la ligne, étaient surtout les enfants de la petite bourgeoisie, d'autant plus attachés au triomphe des idées libérales, qu'ils avaient eu à soutfrir cruellement des hommes qui briguaient le retour au pouvoir. M""^ J. M.

par enthousiasino; personne ne périrait qne sur le champ de bataille, et à jamais hoimeur à ceux qui périraient!

Au moment où les chaînes tombent des mains des patriotes espagnols', elles vont charger celles des députés de la France. Heureux les hommes que le sort désigne. Ce sont les Lilliputiens qui entraînent Gulliver. Le parti opprimé doit frémir en pensant à son triomphe prochain. Je souhaite qu'en se relevant il ne les écrase pas.

Mais non, quels que soient les excès des ultras, qu'on ne se venge pas! Qu'ils périssent, s'il le faut, sur le champ de bataille, mais qu'on ne leur donne pas l'honneur du martyre. Cela sert même les causes perdues. Qu'on leur pardonne !...

« Admirable jeunesse, a dit Benjamin Constant, qui prépare à la France une génération qui vaudra mieux que toutes les générations passées! » C'est l'oraison funèbre du pauvre Lallemand. Ce jeune homme, quoique très attaché à ses opinions, n'en faisait pas plus que les autres. Aucune parade. Quand la cavalerie a commencé à charger, il a reculé avec les groupes qu'on dispersait violemment. Son crime a été de crier en fuyant : « Vive la Charte ! » Un soldat de la garde royale l'entend, l'ajuste, l'étend raide mort. Je com-

1. Allusion au soulèvement de l'Espagne pour le rétablissement de la constitution de 1812.

prends rémotion de Benjamin Conslanf . Ce dévouement de la jeunesse, venue tons les jours sans armes, sous le sabre des gendarmes pour rendre hommage à la liberté, cela ravit et enlève M....

Pourtant cet état d'attente, quand on n'agit pas soi-même, ne vaut rien à l'àme. Il faut chercher qnels sont les devoirs qne la patrie nous impose et les mettre en pratique.

J'ai rencontré un prêtre qui riait. Jai cru qu'il riait de la ruine de la liberté et du triomphe des ultras. Cette idée m'a saisi....

Mercredi 7. — Louvel vient d'être exécuté. Il est mort devant un peuple indifférent, avec une extrême fermeté. L'enthousiasme d'un principe, quelles que soient les conséquences qu'on en tire, a quelque chose de grand. Louvel a vengé Ney....

Je ne sais si je me trompe, mais je crois voir dans les esprits de ce siècle une pente à quitter

1. Les manifestants étaient surtout des élèves de l'École de droit, fort irrités de la fermeture du cours de M. Bavoux, le professeur le plus aimé de la jeunesse pour ses opinions libérales et le sens très droit, très humain qu'il avait de la justice. Les étudiants d'aujoui^iliui qui tiennent à honneur de conserver le culte des morts, devraient bien porter des couronnes sur ces tombes : Lallemand. Benjamin Constant, Bavoux et tant d'autres.

MON JOURNAL. 4l

peu à peu les vues parliculières, les personnalités, si je puis dire, pour les principes. Il n'y a rien de noble que ce qui s'éloigne des individualités et se fait abstraction.

MICHELET A TOIKSOT.

Vendredi, 9.

[Lettre écrite à plusieurs reprises.)

Mon cher ami, nos lettres doivent différer. Les tiennes sont ton journal, je veux dire un choix, des réllexions,des sentiments, des études qui t'occupent. Elles sont variées; elles seront instructives pour moi, lorsque je serai en état de comprendi'e tes observations sur les sciences naturelles. Moi, je ne t'écris que si j'ai besoin de m'épancher. Mes lettres ne te serviront guère; elles te troubleront peut-être, si tu n'en fais pas ton profit pour modérer ces malheureuses passions qui laissent toujours des désirs et des regrets. On les a comparées à la vipère coupée en morceaux, dont les tronçons palpitent et sautent encore. Il faut bien les laisser sauter, leur laisser faire leurs derniers mouvements, de peur de les irriter en les contenant trop

... L'idée d'une privation nécessaire, éternelle.

est pourtant une chose accablante. C'est là ce qui me revient vingt fois par jour et me lais sentir durement les devoirs que je me suis imposés. Quand les objets manquent, l'imagination se les représente plus vivement. J'ai besoin alors de toute ma force pour me gourmander, me prêcher; dès que j'y parviens, je m'élève insensiblement, et le calme renaît. Je perds de vue le point d'où j'étais parti, ou je ne le vois que pour me mépriser moi-même et me dire : « N'accuse personne. Dieu t'avait donné une à me libre et les moyens de l'éclairer; tu as préféré employer pour ton plaisir ce qu'on t'avait donné pour l'ordre et le bien du monde. Souffre, mais tais-toi. Tu l'as voulu Les ravissements de l'amour que tu regrettes, par quels tourments les avais-tu achetés!.... Tâche de tromper une passion par une autre. » Voilà ce que je me dis pour ressaisir l'équilibre. Qui sait, d'ailleurs, si cet état de tristesse et d'agitation n'est pas une des puissances de l'écrivain? Ces derniers échos des passions ont inspiré les grands hommes, tandis que les passions satisfaites n'inspirent jamais.

Je me dis encore que l'amour inutilement cherché a donné à Virgile la tristesse délicieuse, au divin Jean-Jacques, la chaleur intense qui circule dans tant de pages et vous brûle au contact, à Bernardin de Saint-Pierre, ses regards

attendris sur la nature et ses élans vers le ciel.

Je me cache le visage en relisant ce que je viens d'écrire : un esprit si lent à concevoir, si maladroit à exprimer, se consoler par l'exemple de Rousseau, de Virgile!... N'importe, mon ami, tout pénétré que je suis de ma faiblesse, je veux tendre au plus haut. Ce sera peut-être un moyen de m'élever un peu au-dessus de terre. La gloire?... Ah ! ce n'est pas elle seule qui me tente. J'entends, à la suite d'un bon livre, les bénédictions des foules ; ces rêves me plaisent. Que tu me fais de bien! que je suis heureux d'avoir quelqu'un devant qui je ne craigne pas de paraître ridicule ! Quelque enfant que j'aie été, j'ai toujours vivement senti cette douceur-là dans l'amitié. Il faut que je connaisse toute la vivacité de la tienne pour donner un libre cours à tout : aux déclamations, aux expressions forcées qui seraient ambitieuses si tout ceci n'était écrit pour mon ami. Je laisse courir ma plume; je ne retiem rien. Tu me connaîtras ainsi tout entier et mieux peut-être que je ne me connais moi-même.

C'est un plaisir mutuel que nous nous ferons. Ainsi nous épanchant l'un devant l'autre, nous nous habituerons à réfléchir sur nous-mêmes, et en ne travaillant qu'à nous peindre nous nous améliorerons peut-être.

Montaigne dit : « J'ai fait d'abord /es Essais sur

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moi et ensuite je me suis fait sur les Essais ». Nous profiterons encore plus, car nous ne nous ajusteterons pas pour le public : nous nous raconterons tout naïvement, chacun pour son ami, c'est-à-dire pour lui-même. Je n'y vois plus, adieu I

J. MiCHËLET.

Dimanche, jour de la Fête-Dieu. — J'aime assez ce régime : les mathématiques et l'Evangile ; il y a là tout ce qu'il faut pour l'àme. Ce matin, lisant l'Évangile de saint Jean, je me disais : « Pourquoi ne pas admettre qu'un homme de bonne foi, exalté peut-être par des méditations profondes, surpris lui-môme de sa sagesse et considérant que les temps marqués par les Écritures se rapportent assez au temps de sa naissance, ne se soit cru luimême le Messie? Ceci expliquerait tous les discours du maître, auxquels on ne peut donner un sens allégorique. On ne peut guère non plus supposer que ces discours aient été depuis falsifiés; leur caractère est inimitable.

POINSOT A MICHELKT.

11 juin.

Comment supposer, cher ami, que je ne serais

pas touché de tes épanchcments ! Si tes lettres diffèrent des miennes, c'est pour avoir sur elles l'avantage d'intéresser. Mes conditions n'étant pas les tiennes, il est naturel que nos pensées soient différentes. Je ne regrette pas comme toi un bonheur perdu, que je n'espère plus retrouver. Celui que j'ai senti, je le sens encore, puisqu'il est dans notre amitié. Puis, je te l'avoue, je me suis trouvé assez longtemps dans cet état de l'âme que tu dépeins si bien, pour souhaiter n'y pas retomber de sitôt. Bien que cet état de langueur et de rêverie ait quelque chose de doux et qu'il puisse être utile, comme tu le dis, à l'écrivain, je le redoute en ce moment, parce qu'il ùte l'activité dont j'ai si grand besoin. N'ayant guère que quatre ans devant moi, pour apprendre ma profession, il faut que j'évite tout ce qui pourrait entraver ma marche. Ces entraves sont de diverses sortes, mais enfin ce ne sont pas moins des entraves. Je veux tacher d'ajourner ces plaisirs, qui ont quelque chose d'énervant, au temps où mes travaux, mes études étant à peu près terminés, j'en pourrai jouir à mon aise. Oui, cher ami, mon âme n'est que trop portée aux effusions, mais ce sont les premiers pas vers la rêverie. Je m'efforce de m'en abstenir.

C'est bien pour cela que je redoute une maîtresse, car je tomberais infailliblement dans le

piège que je cherche à éviter. Il n'y a pourtant pas encore longtemps que j'en désirais une. Oui, j'étais très occupé de cette pensée, au point qu'impatienté de n'en pas trouver assez vite, j'étais près d'aller en chercher une dans les réunions puhliques où Ton dit qu'elles se trouvent. Enfin, une lueur de raison est venue m'éclairer et me voilà. Je me suis remis à Condillac. Il y a, à la fm, une lettre, bien plaisante. L'auteur en parait être l'abbé de l'Épée, car il était directeur des Sourds- Muets en 1751. Il dit, entre autres choses, que peut-être Fhuître dans sa coquille raisonne sur la nature des équations et résout les problèmes algébriques les plus compliqués. Toi qui cherches un maître de mathématiques, le voilà tout trouvé : prends une huître dans sa coquille. La lettre n'est pas longue; l'auteur y est presque toujours en opposition avec Condillac. Je crois qu'il a tâché, dans ses plaisanteries, d'imiter le genre de Voltaire.

Je te félicite de l'essayer à prendre pour exemple et pour modèles Virgile, Rousseau, Bernardin de Saint-Pierre. Comme tu le dis très bien, on ne saurait viser trop haut. Moi j'ai regardé plus haut encore. Quand j'étais tout petit, ma première pensée en m'éveillant, et la dernière en m'endormant, étaient de conquérir et de policer, à moi tout seul, un peuple sauvage. Tu vois que nous

avons ou, eiiraiU, les moines ambitions. Il n'y avait pas de femmes dans mes États et ukîs homme-o étaient tons noirs. Depuis, mes prétentions se sont fort accrues ; il y a deux ans, environ, je n'aspirais à rien moins qu'au trône de France. Aujourd'luii, je suis guéri, j'ai renoncé à la couronne, mais tout en conservant cette opinion qu'il n'est pas indigne de l'homme de concevoir de hautes espérances.

P. Poi>iSOT.

Jeudi 15. — Ce matin M'"" Ilortense est venue me dire qu'elle allait à la messe et m'a demandé un Massillon. Cet excès de dévotion m'a d'abord surpris et affiigé. Que d'erreurs, me suis-je dit, ne va-t-elle pas accepter sans examen î Tout à cette pensée, je lui ai dit doucement qu'elle se condamnait peul-Lîlre à ignorer la vérité en n'écoutant qu'un parti; je l'ai engagée à relire la Profession de foi du vicaire savoyard, à choisir dans la religion. Je lui ai pourtant donné ce Massillon, en lui offrant de lui indiquer les meilleurs sermons, afin qu'elle n'en vît guère que la partie morale et qu'elle passât, surtout, ces pages détestables où l'orateur emploie toutes les forces de son imagination à effrayer celle de son auditoire. Quand elle a été partie, m'examinant moi-même, j'ai cru dé-

mêler qu'il n'y avait pas seiilemenl de rintérèt pour elle, dans la peine que me faisait ce changement, mais plutôt un chagrin vaniteux de la voir s'écarter de mes opinions. « Tu te fais cenlre, encore si c était ligne!... » J'ai longuement réfléchi, et je crois que j'ai été un sot de lui conseiller d'examiner. Ce n'est pas à son âge qu'une femme peu habituée à raisonner sur de pareilles matières trouverait profit à faire des recherches difficiles. Ce labeur fatigant, la dégoûterait et la rejetterait peut-être dans une indifférence fort triste pour une âme qui approche du terme de l'existence. La religion naturelle ne lui présentant ni spectacles qui émeuvent, ni pratiques fixes pour la nourrir à des heures marquées, la toucherait peu et lui échapperait bientôt.

Qu'elle repose donc dans la croyance dont sa jeunesse a été préoccupée! Avec quelque attention à la distraire des dogmes sombres et effrayants, elle y trouvera sa consolation dans les chagrins, un secours dans les inquiétudes de la vieillesse, enfin, aux derniers moments, assistance et espérance, îs'importe, je sens d'autant plus vivement, en pensée d'elle, la nécessité d'un livre qui serait la nourriture habituelle d'une âme souffrante comme l'est restée la sienne.

Je suis toujours surpris que, dans cet ordre d'idées, on n'ait encore rien tiré des philosophes

anciens, et snrtout des livres de l'Orient d'où nous vient, en tous sens, la lumière. De ce côté, l'idée de Dieu se confond avec celle de l'action. La Grèce, la Perse, voilà où j'aimerais à puiser, parce que la religion de ces peuples au lieu d'endormir l'esprit, le pousse vers le progrès. Il me semble que c'est être dans l'amitié de Dieu que de désirer aller toujours en avant.

Le cœur est le plus souvent, chez moi, le point de départ de mes pensées. 11 féconde mon esprit.

5JICHELET A r0I>'S0T.

Samedi, 17 juin.

Mon ami, bien que nous soyons convenus de ne pas nous inquiéter du style de nos lettres, je crois devoir te dire le plaisir que m'a fait la tienne datée du II Elle est très naturellement et très négligemment écrite. Je vois que noire correspondance nous fera du bien aussi de ce côté.

Celui que tu crois Tabbé de l'Épée est Diderot. Je ne sais trop comment tu as pu croire que l'auteur de la Lettre sur les sourds-muets en était le directeur. Rien ne l'indique dans la réponse de

Condillac. Tu as trouvé, à bon droit, dans le passage cité, bien de l'esprit et de l'originalité.

Une seule observation au sujet des rêves ambitieux qui ont occupé notre enfance : dans mon île, j'étais fondateur d'une colonie, et non pas conquérant; et puis, mes sujets, surtout mes sujettes, étaient très blancs. Tu vois que j'étais plus délicat et plus pacifique que toi.

Mon MémoriaV m'occupe passablement. Ce sont encore des lettres que je t'écris ; et dans ce moment même, j'en achève une qui a vingtquatre pages. Je reviens à la tienne; elle a une chaleur, une rapidité, qui me touchent ; elle s'échappe du cœur et sait se faire entendre au mien. Que le ciel soit béni de t'avoir détourné d'aller chercher une maîtresse dans ces réunions où se trouvent beaucoup de femmes agréables, mais si peu faites pour nous! Si rarement que je sois allé dans ces lieux de plaisirs', j'en ai été amoindri. Tantôt c'était au détriment des personnes qu'avant je trouvais aimables; tantôt j'apprenais que celles qui m'avaient frappé l'imaginatiou, étaient tout autre chose que ce que j'avais cru voir. De tout cela, j'étais cruellement troublé.

Mon ami, toute l'illusion de l'amour consiste

1. C'est le journal de l'enfance; je m'en suis servie pour Ma Jeunesse.

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