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De Gérando : Des Signes et Le Visiteur du pauvre

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qui, elle, ne se charge pas d'amuser l'imagination, mais d'instruire le présent par le passé.

Dans un autre ordre d'idées, j'ai rejeté avec dégoût un livre coupable : Xd^Pucelle, de Voltaire. Voilà comment un homme, par une boutade, une étourderie à la française, a tout compromis. Cela ne lui sera jamais pardonné.

1" mars. — Rencontré ce matin Héloïse. Elle prend le même chemin que Sophie Plateau. Malgré les travaux, les soucis de tant de sortes qui m'accablent, cette image de douleur a vivement réveillé le besoin que j'ai toujours eu dune adoption. Qui dit adoption, dit éducation, protection. Sans les misères d'une enfance à peu près abandonnée, elle n'en fût pas venue là. Dix-sept ans et déjà phthisique! La chute des feuilles remportera. Cette terrible maladie qui fait tant de victimes parmi les jeunes, n'est chez elle, on le voit, qu'un accident. Une meilleure nourriture, plus de chaleur l'hiver, une robe de laine au lieu de la sèche robe d'indienne que transperce le vent glacé ; de bons souliers à semelles épaisses, les jours de pluie, et ce serait aujourd'hui, non pas une mourante, mais une vaillante iillc, pleine de vie et d'entrain.

A part le bien matériel qu'on peut faire à une enfant par l'adoption, il y a aussi le bien moral.

Et, non seulement pour celle qui grandit doucement sons votre aile, mais pour l'éducateur luimême. Ce serait un exercice quotidien de moralité. Je sais bien, que la petite fille devenant femme, les sentiments de paternité pourraient insensiblement clianger de nature et qu'on serait exposé à tomber amoureux de sa fille adoptive.

Si la différence d'âge n'était pas trop grande, s'il y avait similitude de goûts et d'humeur, rien n'empêcherait un mariage. Dans le cas contraire, ce serait une bonne occasion de faire effort pour surmonter sa passion, reprendre son rôle de père, doter sa fille et la marier.

Je ferai peut-être un petit roman où je mettrai tout ce que j'ai en pensée sur ce sujet délicat. Si ce livre était lu par ceux qui entrent dans la vie, il pourrait leur donner plus d'une leçon utile. Je n'ai pas la prétention d'être meilleur qu'un autre; ce qui me différencie pourtant de mes camarades, c'est l'émotion de pitié que je ressens pour les femmes qu'ils ont à leur usage et qu'ils traitent avec tant de légèreté. L'abstinence absolue est chose impossible ; à notre âge, les passions nous dominent ; leurs exigences sont tyranniques. Tel qui se vante de pouvoir supprimer les sens, ^agne, à cette prétention ridicule, de tomber à la bête pour avoir voulu trop faire fange. Je sais

cela mieux que personne, hélas! Il faut donc céder à plus fort que soi. Mais là n'est pas la question. Je dirai seulement, qu'aucune des fonctions d'ordre 'naturel n'est faite, en elle-même, pour nous diminuer moralement, la fonction de l'amour physique pas plus que les autres. Suivre le vœu de la nature ne contrarie en rien les sentiments élevés, tendres et reconnaissants que tout homme bien né doit éprouver pour celle qui lui donne le bonheur. C'est donc de notre manière d'entendre les choses que vient tout le mal. Ce livre y servirait peut-être de remède.

10 mai^s. — Ayant à moi tout mon après-midi, je suis revenu à mon roman et j'ai senti qu'il faudrait, au courant du récit, indiquer avec un art, une mesure infinie, les métamorphoses successives qui mènent l'enfance à la puberté. Le jeune homme ne s'en doute guère. 11 serait pourtant utile qu'au moment où les désirs s'éveillent, il sût un peu ce que c'est qu'une femme. Je ne vois pas d'autre moyen de modérer ce que l'essor des passions a souvent de brutal dans l'aveuglement de la première heure. Que de maux on éloignerait de soi, si seulement on savait Tessentiell Et comment une mère laisse-t-elle tout ignorer à son fils?....

Je voudrais être pour lui cette mère, sans tou-

tefois me poser en fâcheux, en donneur de conseils. Mes circonstances personnelles, les trois années que j'ai passées rue de Buffon*, m'ont fait une science précoce. J'ai vu, dans cette maison de douleur, couler tant de larmes î ^

Oui, la femme vit, sent et souffre tout autrement que l'homme. La délicatesse des organes fait celle des sensations. La nature, en affinant la femme, — beaucoup le sont à l'excès, — a multiplié pour elle les occasions de la souffrance. 11 n'est pas nécessaire que le trait pénètre pour qu'il y ait blessure et souvent blessure durable. Elles sentent tout dès l'épiderme. Jeu cruel, il semble, de la nature, faisant l'un fort et tyran, l'autre faible et victime.... Et cependant, il faudrait bien se garder d'y rien changer. La puissance qu'a la femme sur l'homme, tient précisément à cette faiblesse qui demande aide et protection. Que la femme devienne tout à coup virile, et tout disparait : sa grâce touchante, son charme indéfinissable, ce qui émeut en elle et nous fait faibles à notre tour, pour la mieux servir. La faiblesse chez la femme n'est pas la maladie qui éloigne. Son mal plutôt nous

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