XXIV PRÉFACE
de la génération qui finit. Et, quand ils croient ne pouvoir plus rien trouver dans les livres, ces chercheurs infatigables, alors vous les voyez, comme tous ceux qui aiment ardemment, interroger, dans leur curiosité inquiète, la poussière même des tombeaux.
C'est ainsi que vont, grandissant d'âge en âge, les morts qui ont eu le droit de revivre; c'est ainsi qu'elles montent ces figures inspirées de créateurs, d'apotres et de prophètes, plus haut, toujours plus haut, jusqu'à la région de Dieu.
Ce n'est pas moi qui parle ici, c'est Michelet, après un entretien qu'il vient d'avoir avec son maître, M. Yillemain :
Jeudi io. — ce Causé longuement des grands génies dont le passage, en ce monde, pourrait être comparé à la traînée lumineuse que les astres laissent au ciel dans leur course. Nous en. sommes éclairés et réchauffés encore, longtemps après qu'ils se sont enfoncés dans les profondeurs infinies de l'espace pour s'y perdre à jamais. Il en est de même, disions-nous, de nos grands hommes. Leurs œuvres puissantes approvisionnent l'huma-
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nité, — souvent pour des siècles, — de lumière, de chaleur et de vie. » (Page 177.)
Et voilà que lui aussi, Miclielet, a laissé à son tour, en remontant, un puissant sillage.
Il en avait la vision, celui qui, un jour, au pied de son tombeau, devant une foule émue, trouva cette définition de la personnalité de son âme : ce La plus humaine de ce siècle, (|ui fut incommemurahlement bonne! « Mot profond, jailli d'un grand cœur*. Il reste, pour tout l'avenir, la })lus juste, la plus belle giorilication de celui qui l'a inspiré.
M"'' J. MiCIIELET.
9 février 1888.
1. Jules Ferry : Discours d'inauguralion du monument lunèbre au Père-Laciiaise, le 15 juillet 188Ô.