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Au médecin de banlieue du 6 novembre

En vérité, mon cher monsieur, il est impossible d'être plus médecin de Montrouge. Voici donc l'argent que vous me réclamez et que je vous envoie sans plus attendre, non à cause de la carte insolente que vous

avez glissée hier dans ma boîte, en sonnant avec frénésie, mais uniquement parce qu'il se trouve que votre gracieuse humeur s'est manifestée juste au moment où j'étais en mesure de vous satisfaire.

Je vous aurais donné 500 francs de bien meilleur cœur que je ne vous donne cette faible somme, si, lorsque vous fûtes appelé à soigner ma femme, vous aviez avoué humblement que son mal vous déconcertait et qu'au lieu de commencer un traitement dont il fallut, à grand'peine, arrêter l'effet pernicieux, vous eussiez loyalement et du premier coup déclaré votre impuissance. Mais je pense qu'il n'y a pas de médecin capable de cette humilité-là.

31. — A la suite d'une rosserie de prêtre, ayant eu l'occasion de consulter le missel, je trouve ceci à l'office du jour, 4e férié après le dimanche de Lœtare : Liitum fecit ex sputo Dominas : etlinivit oculos meos : et abii,et lavi, et vidi, et çredidi Deo. C'est comme cela que Dieu fait ses prêtres, avec de la boue et du crachat. Cela suffit pour la guérison des ophthalmies et des cécités.

Lectures sur NaimdorfT. Bibliographie copieuse, mais uniforme. Historiquement, Otto Friedrichs, d'abord, et Henri Provins, beaucoup plus tard, ont peu laissé à glaner. A l'exception de quelques pages, telles que Le Droit du Passé, de l'admirable Villiers de l'Isle-Adam, opuscule perdu au

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milieu d'un volume de contes, toul le reste esl à peu près î<I<-ii l it|ii<* dans la niaiserie ou le rabâchage déclamatoire. L'infortune, à déchausser l'imagination, du Vagabond dépossédé eûl été presque supportable sans L'opprobre littéraire Et pour que cet opprobre fût à la mesure qui convenait, il a Fallu que le plus misérable écrivain naundôrffiste fut Naundorlï lui-même. Depuis quelques jours, je lis chez Friedriclis la correspondance manuscrite du fils de Louis XVI avec les siens. C'est épouvantable...

[Jugement trop dur. Friedriclis publie aujourd'hui, — chez Daragon — la Correspondance intime et inédite de Louis XVII, dont le premier volume, que j'ai sous les yeux, modifie beaucoup mon impression d'il y a huit ans. Quand le second aura paru, je me réserve de revenir sur ce sujet, consciencieusement. — 3 mai 1904, en corrigeant les épreuves du présent Journal.'

Avril

14. — Lettre peu intelligible d'un petit jeune homme qui semble demander un autographe en forme de préface à relier avec une Tentation de

Saint Antoine. Il voudrait savoir mon prix. Gela vient de Marseille. Défions-nous.

Monsieur, comme je suppose qu'il s'agit du livre de Flaubert et que je serais désolé de vous contraindre à mobiliser « vos finances », voici « de ma main » et pour RIEN, la préface que vous me demandez avec tant de tact :

La Tentation de saint Antoine par Gustave Flaubert est un des livres les plus sots et les plus abjects dont s'honore la littérature contemporaine.

Agréez,

Léon Bloy.

15. — Pour me consoler de Naundorff, entrepris la lecture de la Vie d 'Anne-Catherine Emmerich, par le P. Schmœger, trois volumes traduits <le l'allemand, que je viens d'acquérir enfin, l'ayant désirée longtemps. Je ne connais pas de livre plus beau et plus ignoré. S'il était lu de vingt personnes par diocèse, Dieu changerait la face du monde.

Mai

3. — Excessive difficulté de se comporter avec ajn pauvre imbécile qui est malheureusement le

parrain de notre petite Véronique. On ne ce que c'est que tes imbéciles. Comment expliquer leur besoin, après des ami»'»'- d'humilité, de devenir tout à cou}) des téméraires, de tirer le glaive, d'accompagner Spartacus dans Le Picenum?

5. — incendie du Bazar de Charité. Un grand nombre <l<i belles dames ont été carbonisées, hier soir, en moins d'une demi-heure. Non pro mundo rogo, dit le Seigneur. Admirable sottise de Coppée. « Elles s'étaient réunies pour faire le bi«in écrit-il. Tout le monde, bien entendu, accuse Dieu.

8. — L'agitation au sujet de l'incendie continue. Songez donc! Des personnes si riches, en toilettes de gala et qui avaient leurs voitures à la porte! Leurs voitures éternellement inutiles ! Tout ça pour l'amour des pauvres. Oui, tout ça. Quand on est riche, c'est qu'on aime les pauvres. Les belles toilettes sont la récompense de l'amour qu'on a pour la pauvreté. Et voilà qui condamne l'Évangile. Le Nonce du pape était venu bénir la Truie qui file, un instant avant le feu. Il était à peine sorti que cela commençait... Judex tremebundits cuite januam.

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