A Henry de Groux
... Au Nom de ce même Dieu dont je parle sans cesse, ne vous emballez pas trop sur les Grecs. Il n'y a pas au monde un peuple moins intéressant, et tout le bruit qu'on fait autour d'eux n'est qu'une vile blague. Je refuse absolument de compatir à ces schismatiques, habitants d'une terre vouée, depuis trois mille ans, à tous les démons, et dont les ancêtres au moyen âge ont
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fait rater toutes les Croisades. Leur histoire n'est qu'une traînée <Ki pourriture et de sang.
L'attitude actuelle de l'Lurope est parfaitement Infâme, sans doute; mais ne remarquez-vous pas que tout ce potin grec est surtout en vue de faire oublier l'Arménie, dont l'épouvantable massacre n'a ému aucun de nos chevaleresques étudiants, qui parlent aujourd'hui de se faire tuer pour la Grèce et qui seraient fort embêtés si on les prenait au mot y
Pourtant, savez-vous ce que c'est que l'Arménie? C'est le pays le plus mystérieux du monde, le lieu choisi pour la Réconciliation. C'est là que le déluge prit fin et que recommença la multiplication humaine.
Depuis une dizaine de siècles, au moins, il n'y a jamais eu qu'une Question d'Orient, question à triple face et à triple tour. Extermination ou du moins expulsion des Musulmans, extermination des Grecs et conquête du Saint-Sépulcre. Tout le reste est imbécillité ou mensonge.
Mais que penser de ce Pape qui s'occupe de politique parlementaire pendant qu'on débite par petits morceaux deux ou trois cents mille chrétiens en x\rménie ? Ah ! il faut avoir une foi robuste et ne vraiment compter que sur Dieu!
20. — Henri Provins, mécontent du Fumier des Lys qu'il vient de lire, ne veut plus m'aider à faire mon livre sur Louis XVII. Réponse :
Monsieur, j'interromps la lecture de votre très-inté-
ressant ouvrage pour répondre à la lettre bien imprévue que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. C'est à l'occasion du Fumier des Lys que j'ai renoué connaissance avec Friedrichs, perdu de vue depuis longtemps. Lui aussi m'exprima, mais d'une tout autre manière, son mécontentement, me priant de ne pas rééditer ce petit pamphlet dont il me montrait l'injustice. Sur-lechamp je lui répondis, en substance, que j'y consentais volontiers, et que je le priais de venir me voir, ayant à lui faire une communication dont il apprécierait l'importance. Il vint en effet chez moi et je l'entretins de mon projet, ancien déjà, d'un livre sur Louis XVII, projet que les difficultés d'une existence exceptionnellement malheureuse ne m'avaient pas permis de réaliser.
La question se posait ainsi. Tout ce qui pouvait être écrit pour démontrer que le fils de Louis XVI n est pas mort au Temple, mais que son effrayante vie s'est prolongée jusqu'en 1845, a été écrit par vous, Friedrichs, et par d'autres, et il n'y a plus à y revenir. Nul plus que moi n'est persuadé du fait de la survivance, nul autant que moi n'est pénétré de la beauté surnaturelle de ce mystère de propitiation et d'iniquité. Je crois même qu'il est difficile de s'exprimer, à cet égard, avec plus de force que je ne l'ai fait précisément dans le Fumier des Lys.
Mais voici une suite bien incontestable de ce mystère. C'est l'indifférence de la multitude. Le fait de l'évasion et de la vie errante de Louis XVII, avec toutes ses conséquences historiques, est et demeure,
aujourd'hui comme ii y a cinquante ans, le secret d'un petit groupe que ses prétentions politiques exposent à l'hostilité de tous Les partis et que certaines individualités ont compromis on compromettent horriblement.
Or il est profondément injuste et partant contraire à la gloire de Dieu, qu'une grande chose qu'il a voulue, soit inconnue ou méprisée. Existe-t-ii un moyen, un expédient pour que cela change? c'est-à-dire pour que la grandiose misère de Louis XVII soit authentiquement, notoirement et universellement restituée à l'histoire? Je n'en connais qu'un, mais j'y ai confiance.
Supposez, disais-je à mon visiteur, qu'un romancier vigoureux, connaissant cette merveilleuse histoire, l'eût dramatisée à sa manière. Elle serait depuis longtemps connue et des sympathies sans nombre eussent été l'effet certain d'une pareille révélation. L'imagination est l'arc de triomphe du cœur de l'homme. C'est aussi une porte que les artistes seuls peuvent ouvrir. Si donc vous me croyez tel, voici l'occasion. Je viens précisément d'achever une œuvre qui me tenait captif. Pourquoi ne profiterais-je pas de ce loisir pour entreprendre, avec votre secours et celui de vos amis, le seul livre qui manque encore à la cause de Louis XVII ? Seulement ce secours est indispensable. Vous avez, bien compris, n'est-ce pas, Henri Provins? que je ne demandais pas un salaire, ni une aumône, mais uniquement le moyen matériel de faire un livre.
Friedrichs me répondit avec une grande simplicité qu'il trouvait cela très-juste et me donna à entendre
qu'une telle ouverture lui plaisait fort. Il me promit, en conséquence, de faire les démarches nécessaires. Pour ce qui est du Fumier des Lys, ce fut un point réglé d'avance, qu'il n'y avait pas à revenir sur ce sujet et que j'aurais uniquement en vue de réhabiliter la mémoire du grand Infortuné sans me préoccuper le moins du monde de sa descendance. Quelques jours après, il m'informa qu'il s'était assuré de votre adhésion, et je vous écrivis d'une manière que je croyais suffisamment explicite. J'étais donc fort éloigné de prévoir le scrupule qui vous arrête aujourd'hui.
Vous me dites que vous croyez à la solidarité, à la réversibilité des douleurs de l'innocence au profit des coupables, au rachat par le sang. Assurément il est impossible d'être chrétien sans y croire, et j'ai écrit plusieurs volumes pour ne dire que cela. Mais vous ajoutez qu'il y a de la témérité à prétendre que les Bourbons soient à jamais rejetés. Hélas! je crains qu'il n'y ait une grande imprudence à prétendre qu'ils ne le soient pas. Les catholiques sont, en conscience, tenus de croire aussi à l'Infaillibilité papale, et il est bien incontestable que le sacre de Napoléon par Pie VII est un fait historique en même temps qu'un acte vraiment papal, prenez y garde! un acte intéressant la cliscipline, sinon de l'Eglise, au moins de la chrétienté.
Vous dites encore que Louis XVII aurait dû mourir au Temple, si sa race avait été rejetée. Et pourquoi? Il me semble, au contraire, que la destinée terrible de ce prince errant et malheureux est bien
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plus concluante que n'eût été Ba morl obscure à I
de dix ans, et qu'on VOil ainsi mille foi8 mieux la main
de l)i<Mi sur une race qui a tout fait, depuis L'Édit de Nantes et la légitimation des bâtards, pour détruin foi chrétienne dans le royaume très-chrétien.
Certes, la dynastie napoléonienne ne paraît pas moins rejetée et pour des crimes du même genre, car il n'y a pas une grande variété de prévarications parmi ceux qui régnent sur la terre. Faudrait-il en conclure que Napoléon IV est mort nécessairement au Zoulouland"? Celui-là aussi a son acte de décès légal autant que britannique, et je voudrais bien savoir quel est l'homme d'État qui oserait le contresigner en toute sûreté de conscience.
Au surplus, monsieur, je suis convaincu très-profondément que les démocraties ne sont pas plus viables aujourd'hui que les monarchies et qu'au fond tout est rejeté', parce que nous touchons à une époque mystérieuse où Dieu veut agir tout seul comme il lui plaira. J'ai dit cela, répondant d'avance à votre objection, à plusieurs endroits de la Chevalière de la Mort, et mon nouveau livre eût été une occasion meilleure de le dire.
Ah! oui, ce livre, je l'avais rêvé pour la Gloire de Dieu exclusivement. Vous pouvez en croire un écrivain pauvre qui accepta les pires souffrances pour la vérité et la justice. Celui qui repose dans le cimetière de Delft m'aurait compris, lui qui ne voulait pas être roi et qui ne réclamait à la France que le droit de porter
le nom de son père. J'avais rêvé de montrer, dans la lumière d'une affirmation absolue et irréfragable, la magnificence inouïe de ce Pénitent écrasé sous Jes péchés de sa race et souffrant par elle tout ce que rhomme peut souffrir. Que dire encore? J'avais rêvé de le montrer tout accablé de ces Lys de France qui ne sont pas un vain symbole et préfigurant ainsi les gestes à venir du Dieu terrible, dans la tribulation excessive <3e ce fardeau.
Oui, je crois que c'eût été grand, et je ne veux pas encore y renoncer. Si ceux qui m'ont fait espérer leur concours se dérobent, Dieu y pourvoira. S'il faut souffrir encore pour cela, j'y consens, ayant, d'ailleurs, passé ma vie à souffrir. Ne vous mettez donc plus en peine de moi, monsieur, et veuillez recevoir...
22. — Appris la mort de Rodolphe Salis, l'avaleur de sabres littéraires et artistiques, le triste rodomont qu'il plut à Dieu de mettre au commencement de mes écritures, comme un avis paternel du néant de ce terrible labeur. Le « cabaretier gentilhomme » de mon invention, enrichi aux dépens de quarante artistes pauvres exploités par lui, est allé crever misérablement au bord d'un crachat, sans avoir pu jouir, une heure, de son opulence. J'ai la sensation de quelque chose de maudit qui croule au loin derrière moi.
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— Continuation des ennuis arec Henri Provins, qni semble n'avoir rien comprise ma dernière lettre el qui m'écrit d'une manière obscure
ci peu aimable. !l esl obsédé de ta pensée que je tiens ;i déshonorer son Prince. Je suis forcé de renouveler L'assurance très-formelle et très-solennelle de ne pas toucher à ce pauvre Charles XI, qui règne, en Hollande, sur une quinzaine de partisans dispersés.
— Idiotie. Depuis trois jours ou plutôt trois nuits, bien que nous soyons au temps de la pleine lune, impossible d'apercevoir cet astre. Il n'y a pourtant pas de nuages. Le limpide ciel est criblé d'étoiles, et je parais être seul à remarquer ce prodige. Vérification faite, il n'y a pas de prodige. La lune se lève tard et se montre peu.
26. — Fin des obstacles. Friedrichs me donne l'argent recueilli jusqu'à ce jour pour la maind'œuvre du futur livre sur Naundorff.