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Jeanne à Rachilde

Chère madame, ayant eu l'occasion de vous remercier une fois, je ne le ferai pas une seconde, sûre que votre généreux article, vous ne l'avez pas écrit pour

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vous plaire, ni pour nous plaire, mais uniquement

sentiment de justice et amour d ité. Comme nous

en avons Boif, noua voilà désaltérés dans une certaine mesure.

Combien je nous suis reconnaissante de m'avoir appris de quoi nos enfants sont morts. Ah! oui, la 'iocrité de ce monde les a tués. De quelle autre mort les tils de Léon Blôy pourraient-ils mourir?...

« Cette àme, dites-vous, est une àme d'enfant. Elle peut pécher, succomber à des tentations, à des vertiges; elle restera blanche. » Chère amie,,/*? croyais être seule à le savoir. Je vous embrasse.

Jeanne Léon Bloy.

Moi à la même :

... Je vous ai écrit, à l'époque de la Femme pauvre r que votre article sur ce livre était ce que j'avais eu de meilleur. Et aujourd'hui donc? Samedi, lorsque je vous bâclais quelques lignes un peu avant l'heure d'un train, j'avais le projet d'une lettre à tout casser dont je me vois bien incapable maintenant. Ce que vous venez de faire est si étonnant, si exceptionnel, si beau!

J'étais averti, je savais que vous marcheriez avec la plus entière générosité, mais comme cela et jusqu'à ce point, non vraiment, et j'en reste confondu. Ah! sans doute, je pourrais vous offrir des phrases. On le sait. Mais quelle pitié, quelle sortie misérable, quelle réponse vile au geste soudain par lequel vous fîtes

l'aumône de toute votre àme à votre vieux frère agonisant au bord du chemin.

Dieu vous aime, Rachilde. Voilà tout ce que je sais vous dire. Il vous aime comme vous êtes et, quoi que vous fassiez, vous serez traitée avec douceur. C'est à peu près ce que vous dites de moi et ce sont de telles pensées qui « dépassent toute littérature ».

9. — Le Balzac de Rodin au Champ de Mars. L'an dernier, le comble de la finesse, pour obtenir une immolation immédiate, eût été la publication, vers le milieu ou la fin de mai, de ma lettre sur l'incendie du Bazar de Charité (pour exaspérer les imbéciles). Voir plus haut, 9 mai 1897. Cette année, le même résultat s'obtiendrait par l'aveu d'une admiration médiocre pour la statue de Rodin. La conscience unanime de nos esthètes me condamnerait aux tourments les plus compliqués, si je déclarais mon sentiment à l'égard de ce prodige de hideur et de déraison.

Le coup de folie absolument inconcevable de Rodin, hypnotisé, dit-on, par certains pontifes, est d'avoir oublié que la statuaire est un art plastique et d'avoir exécuté son effigie comme une sonate. La matière, si monstrueusement violentée, n'a pu retenir de la tentative que des traces d'horreur...

Puis, le Poète de la Comédie Humaine n'est pas un personnage mythique, une allégorie. Il a été

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un homme vivant au milieu des autres hommes, en plein xix' siècle. Ses traits reproduits [>;ir tous les procédés iconographiques, sont universellement connus. Les supposer inexistants, hypothétiques, remplaçantes par on ne sait quoi, est une démence inouïe que rien n'explique ni n'excuse.

La personnalité, l'individualité humaine écrite et signée de Dieu sur chaque face, et si formidablement, quelquefois, sur celle d'un grand homme, est une chose tout à fait sacrée, une chose pour la Résurrection, pour la Vie éternelle, pour L'Union bèatifique. Chaque physionomie d'homme est une porte du Paradis très-particulière, impossible à confondre avec les autres et par laquelle n'entrera jamais qu'une seule âme...

Le Démon est un sentimental. Il faut avoir vu crever des bourgeois pour connaître les effusions de ce Crocodile. Il s'agit surtout d'épargner au moribond le coup de l'extrême-onction et, par conséquent, d'écarter le confesseur. C'est là que se vérifie l'indiscutable sensibilité des familles. Songez donc ! La pénitence peut si facilement égarer un testateur jusqu'à la restitution !

13. — J'attendais une somme d'argent. Arrive une longue lettre, grandis epistola, non de Caprée, mais d'un monsieur se disant mathématicien et qui

en abuse pour être lyrique jusqu'à me traiter de prophète, de lion, d'aigle, etc. Je me demande quel châtiment conviendrait à ces homicides bougres.

lô. — Excellent article sur le Mendiant dans la Presse. Auteur Paul Souchon. Je ne sais rien de lui, sinon qu'il veut être juste et qu'il est admirablement généreux. Ah ! la générosité et la justice envers un artiste malheureux ! Cherchez donc cela dans les journaux. « Qu'on adoucisse les conditions de sa vie, et une œuvre puissante jaillira, sans doute, du cœur de cet homme né pour la paix méditative et qui n'a connu que la tribulation. » Tels sont les derniers mots de l'article.

[Personne, bien entendu, n'a répondu à cet appel. Aujourd'hui, après cinq ans, je mets en ordre ces souvenirs et je me dis avec amertume que je n'ai jamais remercié cet étranger qui venait à moi et dont l'amitié, peut-être, m'eût été douce. S'il vit encore, qu'il me pardonne, en songeant à ma vie terrible.]

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