A un monsieur Alb. Plasschaert, à la Haye
J'ignore si cette lettre pourra vous arriver. Mais je viens de recevoir les quelques lignes émues que vous m'adressez après lecture de montres-douloureux livre.
ajoutez gracieusement que vous êtes •■ a moi ». Peut-être, en Hollande, ces deux mots ne sont-ils pas, comme en France, une dérisoire formule.
Au petit bonheur, je vous remercie d'avoir bien voulu m'exprimer vos sentiments. J'en suis d'autant plus touché que, depuis longtemps, les admirateurs de mes livres ont pris l'habitude sage de se désintéresser complètement de l'auteur, dans la crainte, je le suppose, d'être forcés, en conscience, de lui donner son salaire. 11 est, sans doute, plus avantageux d'ignorer qu'il meurt.
[Inutile de dire que la correspondance avec ce Batave en est restée là.]
28. — Lettre d'Edmond de Bruijn, directeur du Spectateur catholique d'Anvers, rcToffrant un magnifique ouvrage, reproduction in 4° d'un livre d'heures célèbre. Il me demande sije consentirais à faire une notice dans sa revue. Réponse :
Monsieur, le peu de temps qui m'est accordé me force à vous répondre en toute hâte et en aussi peu de mots que possible.
Sans doute, il me serait extrêmement agréable de recevoir le beau livre que vous voulez bien m'offrir, et je m'efforcerais d'en parler de manière convenable dans le Spectateur. Mais il est clair qu'il n'y pas une minute à perdre, puisque la notice devait, hier, être écrite « avant quinze jours». Il faut donc, de toute nécessité, me faire parvenir l'objet très-rapidement.
Je suis d'autant plus ravi de ce présent que, malgré le service gracieux qui m'était fait du Spectateur, cette revue me paraissait plutôt hostile. Je me suis demandé comment une telle feuille catholique pouvait avoir laissé passer un livre tel que la Femme pauvre sans en dire un mot, alors qu'on y décernait une réclame énorme aux pénibles documentations de M. Folantin. Une injustice de plus n'est pas pour me démonter ; mais celle-là m'avait semblé un peu forte.
Une prière pour finir. Voulez-vous m'envoyer le colis de telle sorte que je n'aie rien à payer en le recevant? Je pourrais être forcé de le refuser, faute de quelques sous, car il n'y a rien de plus beau que la régularité astronomique avec laquelle mon salaire d'artiste m'est refusé, si ce n'est l'unanimité de mes admirateurs à me laisser crever de misère depuis vingt ans.
30. — Reçu les Heures de Notre Dame, dites de Hennessy. Sur la feuille de garde : « Hommage de 1 éditeur à Monsieur Edm. de Bruijn, Lyon-Claesen, éditeur », puis « et consciencieusement transmis par le donataire à l'enlumineur Léon Bloy qui lui paraît être le véritable destinataire. Edmond de Bruijn, Anvers, ce 28 juin 98 ». Voilà, certes, un beau travail de typographie et de gravure. Mais, tout de même, je suis déçu. En ma qualité d'enlumineur, j'aurais eu besoin d'un peu de palette. Or c'est une reproduction sans couleurs.
Juillet