‹ Mon Oncle AlcideChapitre 20 sur 29 · FOUR IN II A M · texte numérisé non relu

FOUR IN II A M

Par un concours de circonstances qui n'a rien que de 1res ordinaire, tandis que la roulette fonctionnait au premier étage, un autre appareil, à vapeur celui-là, fonctionnait dans la rue. Un philosophe trouverait des réflexions saisissantes à comparer ces deux inventions de la civilisation moderne : Tune pompant l'or des familles, l'autre... Mais il ne s'agit point de faire de la philosophie.

Tandis que le commissaire, laissant voir discrètement sous son pardessus un peu de soie tricolore, frappait à la porte du tripot, quelques agents bloquaient la porte d'entrée de la maison, restée ouverte pour les besoins hygiéniques d'en bas. Une consigne sévère leur ordonnait de ne laisser sortir personne. Malheureux agents! leur service était doublement pénible, vu le voisinage des travailleurs nocturnes auxquels ils se trouvaient forcément mêlés. Ils apprirent une fois de plus celle nuit-là que, dans le métier de policier, tout n'csl pas roses.

Cependant, au milieu d'une confusion que je ne m'attarderai point à décrire, l'appartement suspect avait été envahi et le commissaire interrogeait tous les joueurs présents, prenant leurs

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noms et leurs adresses qu'il consignait sur son procès- verbal. Pour beaucoup d'entre eux, cet incident n'était qu'un contre-temps sans grande importance. Mais un des pontes semblait en avoir jugé autrement. Au premier « toc, toc » du magistrat, cet amant timide de la Fortune avait bondi hors de la pièce, et, profitant d'une expérience déjà chèrement acquise, ainsi que d'une connaissance plus com plète des lieux, il s'était précipité dans l'escalier de service. Mais il ne l'avait point descendu; pas si bête! Il savait ce qui l'attendait en bas. Jl avait gagné les combles- et, trouvant une mansarde ouverte, il y avait pénétré, tirant brusquement de son sommeil un honnête artisan qui se reposait, sur l'étroite couche du prolétaire, des fatigues du jour. Expliquer la situation à cet homme ahuri mais bienveillant, se saisir d'un vieux chapeau mou, d'une limousine déjà mûre, ce fut pour Gontran d'IIérislal l'affaire de cinq minutes à peine. Car ce fugitif à la conscience troublée, ce gentilhomme réduit à se déguiser comme un malfaiteur, c'était notre ancienne connaissance, l'ex-beau Gontran, marié, père de fa-

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mille, ayant pris du ventre et perdu des cheveux, mais toujours prêt à si; fourrer dans le premier guêpier venu, comme quand il avait vingt-deux ans et qu'il habitait son petit entresol de la nie de Marignan.

Fortement touché par de nombreuses folies, il avait dû passer sous les fourches caudines d'un mariage riche avec une héritière moins que jolie, d'humeur égale mais désagréable; une de ces femmes qui sont, en mémo temps, les belles-mères de leurs maris.

Mis à la portion congrue, dépouillé de toute participation à la conduite financière du ménage, recevant un louis ou deux quand il sortait, selon l'humeur de Madame et le /.èl" apporté par lui à ses devoirs conjugaux; nû recevant rien du tout quand il s'était permis de rentrer en retard, il s'échappait de temps en temps pour risquer quelques pièces décent sous sur la rouge et la noire, comme un écolier pour fumer ses premières cigarettes, car le jeu était resté sa seule passion. Le cercle lui était interdit; il se consolait comme il pouvait avec le tripot, se cachant de sa femme plus que de la police.

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Aussi, cette nuit-là, eût-il bravé le Uiv et le feu pour dépister le commissaire qui instrumentait, avec une majesté lente, dans l'appartemeni du premier. Se voir nommé dans 1rs journaux le lendemain!... C'était la suppression de tout subside pour six mois!

(irâce à son déguisement, généreusement payé du seul louis qui lui restait, Contran se croyait sûr de sortir sans encombre. Mais, sur le trottoir, la voix: rude d'un agent le lit tressaillir en lui demandan! :

— Qui êtes-vous? où allez-vous?

L'instinct de la conservation financière fit surgir dans sa cervelle un plan aussi hardi que simple, du moins en apparence. Devant la façade de l'immeuble qu'il cherchait à quitter en fugitif, une voiture massive, cylin informe, attelée de quatre chevaux, stationnait, attendant que son chargement fût complet. Le siège était vide. Chez le mastroquet du coin, l'automédon do l'énorme machine roulante « prenait un verre », comptant qu'on viendrait le chercher quand il faudrait partir. A l'aspecl de cette voiture et du siège vide, Contran se crut sauvé.

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