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lensité dans ses tribulations olfactives le tira de sa léthargie. On était arrivé dans la cour de l'usine de Pantin. Hennissant toutes ses forces, il s'apprêtait à dire adieu à son équipage et à s'enfuir, lorsque la voix d'un contremaître l'apostropha rudement :
— Qu'est-ce qu'il vient f...icher ici, celui-là? En v'ià un qu'est rien rond! Dites' donc, les enfants, aviez-vous déjà vu ça? Un amateur qui se trompe de dépotoir! Il est de Vanves et il vient à Pantin !
Gonlran n'eut pas de peine à comprendre l'erreur fâcheuse qu'il avait commise et le danger qu'il courait de voir perdu lout le fruit de sa supercherie. II résolut de payer d'audace.
— J'suis pas rond, répliqua-t-il dans la même langue; j'm'ai endormi et mes carcans m'ont amené ici, en suivant les camarades. Faut pas m'en vouloir. Y a quVelui qui fait rien qui se trompe pas. J'vas m'en retourner à Vanves.
— Tes chevaux t'y mèneront jamais. Vlà les deusse et demie qui plombent. Tu s'ras pas rendu avant les six.
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— Faudra bien qu'ils marchent, répondit le charretier malgré lui. Au revoir, les anciens. A un de ces jours.
Mais, au moment de parlir, un malaise effroyable lui secoua le cœur et les entrailles...
— J'boirais bien un verre d'eau d'af, gémitil. Y a pas un mannezingue par ici?
Les mannezingues ne manquent pas autour des usines nocturnes, et ils ne se ferment jamais. On héla un gamin qui contemplait la scène, sur le seuil d'une boutique. Une minute après, sans descendre de son siège, Gontran ingurgitait une ('norme lampée d'alcool presque naturel. 11 crut avoir avalé du feu, mais la commotion le remit pour un instant. Il donna les quatre sous qu'on lui demandait, fouetta ses chevaux et partit pour Vanves. Ou du moins il fit semblant de partir pour ce pays lointain. En lui-même, il avait résolu d'abandonner son équipage au premier coin désert qu'il trouverait, et de rentrer chez lui à pied. Mais que dirai l la comtesse en le voyant arriver à l'aube, dans cet accoutrement et parfumé de la sorte?
— Dans tous les cas, pensa-t-il, elle ne
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m'accusera pas de sortir du boudoir d'une cocotte.
Hélas! il avait compté sans la boisson redoutable qu'il venait d'absorber et dont il n'avait pas l'habitude. Bientôt un engourdissement envahit ses membres. Il comprit qu'il ne pourrait marcher cent mètres sans tomber. Après tout, il avait une voiture. Autant en profiter pour faire le chemin. On verrait plus lard. Il redescendit la rue d'Allemagne et s'engagea de nouveau clans la rue La Fayette. Le l'roid devenait piquant; le contraste entre la température extérieure et le feu qui brûlait son estomac produisit bientôt l'ivresse. Le pauvre d'IIéristal, pour le coup, était parfaitement « rond ».
Maintenant, il était joyeux et claquait son fouet, pressant le trot de ses quatre chevaux. Peu à peu sa raison s'obscurcissait; il devenait halluciné. Il croyait être sur son mail, ayant derrière lui, comme autrefois, des compagnons pleins d'entrain et des femmes charmantes. Il se retournait en riant pour leur adresser des plaisanteries. Il interpellait les passants attardés et, même, en passant devant le Sporling,
il appela par leurs noms deux de ses amis qui en sortaient, et qui demeurèrent stupéfaits d'entendre un cocher de la Compagnie atmosphérique leur demander de leurs nouvelles.
Il suivit les boulevards, la rue Royale, monta le Cours-la-Reine, traversa le pont des Invalides et gagna sans encombre L'avenue de La Tour-Maubourg. Bientôt, i! parvint devant son hôtel, ou plutôt devant l'hôtel de sa femme, et arrêta ses chevaux qui n'en pouvaient plus. Persuadé, dans le trouble de ses idées, qu'un îles deux hommes montés sur le siège de derrière de son mail était descendu pour faire ouvrir la porte cochère, il attendit que le concierge fît tourner sur leurs gonds les battants de chêne massif.
11 attendit si bien, qu'il tomba dans un profond sommeil.
La comtesse était dévole et, chaque matin, se rendait de bonne heure à la messe, à pied. Quand elle sortit, ce jour-là, déjà pâle d'indignation et de colère, car son mari n'était pas rentré depuis la veille, la première chose qu'elle aperçut fut la tonne roulante, arrêtée devant l'hôtel. Les quatre chevaux dormaient paisi-
blemcnt. Quant au cocher, il venait de se réveiller el s'étirait tes bras, ayant encore les idées l'ui't trouble-.
La comtesse passai! rapidement le mouchoir sur la bouche. Mais on devine son étonnement, puis sa colère — sans parler de la scène épouvantable qui en fut la suite, — quand el 1< • entendit ces paroles, prononcées par une voix connue, sortir du capuchon de la limousine :
— Déjà levée, mon amour!