‹ Mon oncle Thomas (volume 5)Chapitre 6 sur 9 · M ART I N · texte numérisé non relu

M ART I N

.Ils ont bu soixante pintes , et m'ont bien payé.

Monseigneur.

Ils ont parlé du gouvernement?

Martin. Il faut bien parler de quelque chose,

INI O N s E I g N E U R.

Et ils en ont dit du mal?

Martin.

Parguenne ! c'sont des marchands ; i' s' plaigniout des impôts qui les ruinent, et qui nous font payer tout si cher.

Monseigneur.

Il avoue.

J'avoue quoi , monseigneur l

Qu'il se lient chez lui des €onciliabu« les. Ecrivez , greffier ; et ledit iNIarliii , pour avoir reçu chez lui des g«iis suspects , est condamné en six cents livres d'amende.

INI A R T I >\

Ah çà , monseigneur, n'badinez pas j c'est mon ^ain d'trois mois.

Et en cas de récidive , sa porte murée et son vin confisqué.

Monseigneur , vous n'en boiriez pas.

Je sais être indulgent selon les circonstances; je ne sévirois pas, s'il ne s'agkssoit que d'une bagatelle, de vin falsifié, par exemple. Cela est défendu, à la vérité , mais les gens comme il faut ne vont pas au cabaret y mais des assemblées ' dej assemblées 1 ! !

Marti >-.

Monseigneur, écoutez donc!

M O ZV s E 1 G jX E U R.

Six cents francs. ;

Martin.

Je ne les ai pas*

Monseigneur.

On vendra tes meubles.

Martin.

Monseigneur!

M O N s E I G N E ir R.

A Bicêtre , s'il ajoute un mot.

Bertrand a Martin.

Paie et tais-toi.

Martin en se retirant.

Voilà une justice bien injuste.

LE Greffier.

Lé cabriolet du marquis de Blinville a renversé un homme, et l'a tué : il étoit père de huit cnfans, et la veuve demande une indemnité.

Monseigneur.

Douze cents francs à la veuve.

LE Greffier.

C'est beaucoup , ce sont des gens du peuple.

Monseigneur.

Cent écus.

LA Veuve.

Cent écus , et j'sonmies neuf! c'est trente-trois livres par tête.

Monseigneur.

Pourquoi toa mari §e laisse -t- il ecra-

LA Veuve.

Est-ce sa faute si ou l'écrase?

INl 0 ?r s E I G >■ E u R.

On se range , ma mie.

LA Veuve.

Et quand ou n'en a pas le tems ?

Voilà bien du caquet ; si Ton croyoit ces gens-là , nos seigneurs iroieat à pied. LA Veuve.

Et j'y allons ben , nous !

IM o ?f s E 1 G > E u B.

As-tu des talons rouges, des bas de soie blancs , un 'nabit brode .' Met-on tout cela dans la boue ? En vérité, si on ne mainteuoit pas soigneusement les prérogatives de la noblesse, la canaille se croiroit l'égale de tout le monde. Finissons : cent ûcus , ou rien.

LA Veuve se retirant.

Allons , allons , j'aurons peut-être un carrosse queuque jour, queu qu'i' sait, et gare aux eulans d' monsieur 1' marquis.

UîtE Marquise en minaudant.

Hé, bonjour , mon cher lieutenant de police.

M G TT s E I G K E u R sc le^aîit.

La mar>j[uiîe d'AIUJ^QUYiUç 1 Ouvrsz. 1»

Darnere , donnez un fauteuil. Comment , iTiaaame la marquise , vous venez à une audience publique ? Que ne m'tcrivifez- V0U3 un mot ?

LA Marquise.

Oh , je n'ai jamais rien eu de caché pour personne j d'ailleurs, je suis jeune et jolie , et je dois avoir gain de cause par-tout.

MoNSEIGNEUf..

Il est sans doute impossible que vous n'ajez pas raison.

LA Marquise.

Vous en allez juger. Je serai concise, car je m'apperçois que vous avez une populace innombrable à expédier.

Monseigneur.

Que voulez vous? c'est un désagrément attaché à ma place.

LA Marquise.

Et qui doit vous peiner infiniment , je le sens , mon bon ami. Voici le fait. J'étois chanoinesse à Maubeuge ; je m'y amusai d'abord beaucoup, parce que nous avions Royal-Normandie avec qui il y avoit de la ressource. Ce régiment partit, et je me trouvai seule avec nos dames , qui étoient d'autant plus désagréables, qu'on commençoit à recevoir parmi nous la petite noblesse : je résolus de me marier; u'impoite commeiitj,

( io5 )

J'ai su tout cela , madame la marquise. LA Marquise.

Le marquis d'Allebouville se présenta ; il est à peine marquis: il est vieux , il est Idid , et je le haissois.... un peu moins qu'aujourd'hui j mais il avoit cinquante mille écus de rente , et je me décidai.

M G ÎV s E I G ?J E U B.

On lie narre pas plus agréablement.

LA ^l A r; Q u 1 s E.

A peine fûmes-nous mariés , que d'Allebouville , qui se croyoit mon mari , se donna des airs à ftiourir de rire. Je m'en venL'eai en inanîieant la moitié de son. bien. Aujourd'hui il veut régler ma dépense, et restreindre mes goûts. Le monsieur a des idées qui ont vieilli de cent ans. Il s'imagine que je lui dois le sacri- •lice dvi ma jeunesse , parce qu'il m'a fait celui de sa fortune; il veut que j'aie des mœurs comme une femme du peuple. Lno bourgeoise doit en avoir, parce qu'il faut bien qu'elle ait quelque chose i mais moi

Vous ne devez, avoir que des fantaisies^' c'est clair, madame la marquise.

LA Marquise.

Je n'ai jamais eu que cela. J'aime les r.<^ués à U fuit;ur , el ceux de la cour sont

. ( '«S ) reçus chez moi à bras ouverts. Eh bien, croiriez- vous que d'AUebou ville se perinet jusqu'à des emportemeiis ? Il tient aux préjugés , et, ce qu'il y a de plus inconcevable , à sa femme. Aussi je ne peux plus le supporter, et je viens voue prier de le mettre à Pierre-en-Cise.

Monseigneur.

Je suis désespéré, madame ia marquise, de ne pouvoir céder à vos désirs.

LA Marquise.

Oh , vous me rendrez ce petit service , mon bon ami , et je ne mettrai point de bornes à ma reconnoissance.

Monseigneur.

Le marquis d'Allebouville est au service, et je me brouillerois avec le ministre de la guerre.

LA Makquise.

C'est donc au ministre de la guerr"© qu'il faut que je m'adresse.

Monseigneur.

Oui , charmante marquise.

LA Marquise.

Je vole à son hôtel , sans perdre une minute. Aussi-bien ne puis-je rester ici davantage j il y règne une odeur mortelle pour une femme comme moi : on y i>eijfc îa nature à pleine bouche. (^EUe sort en respirant des sels.) Au revoir, mou cher ami.

( 107 ) MoxsEiGNF.uR lui présente la main , et la conduit just/uà la barre.

Je vous salue , madame la marquise :

qu'un se range , qu'où iaiise passer madame. Ah , monsieur l'ambassadeur d'Espagne , et ses dames. Voila les places préparées pour votre excellence. Continuez, greffier.

LE Greffiî:r.

Un gentilhomme de la chambre, malade... par sa i'aute... dirai-je son nom.

M O IV s E I G N E U R.

Je le reconnois à sa maladie : de quoi s'agit-il .'

LE Greffier,

Il demande des couches de fumier sur deux cents quatre-vingts toises qu'occupe son hôtel.

Sans doute , sans doute: tout ce qui sera agréable a monsieur le maréchal.

Omcier du guet , dépêchez une ordonnance qui assure de mon respect monsieur le maréchal, qui lui dise que je suis désespéré qu'il ait attendu mon agrément qu'il n'en avoit pas besoin , et que je suis son très - humble serviteur. ( A part. ) Comment donc 1 un maréchal de FraacQ

( io8) de la façon de madamt; de Pompadour \

LE Greffier.

Jean- Jacques Rousseau qu'un cliien danois a jeté sous la voiture de son maitre sollicite la même faveur.

MONSEIGIVEUR.

Cet homme va toujours rêvassant, et s'uccupe des autres au lieu de penser à lui : d'ailleurs , il est très-mal noté à la police. Il écrit des ouvrages d'un style assez pur, mais que personne n'entend:

il n'y a qu'à voir son contrat social. LE Greffier.

Monseigneur accorde-t-il ?

ÏVl G IV s E I G N E U R.

Kon , monseigneur n'accorde pas. Je ne Salirai pas les rues de Paris pour un Jean- Jâcquesj peut-être j et puis il est logé si haut , que le bruit des voitures ne peut rincominoder.

Place , place à monsieur le duc.

Monseigneur.

Ah , monsieur le duc , je suis cnchaa té, ravi.«..

Lt

LE Duc,

Je passois devant votre hôtel , et j'ai fait arrêter ma voiture. Je suis bieii-aiso de vous dire , mousieur, que je suis trèsmécontent de vous: vous n'avez pas d'égards pour les gens de la cour.

Je vous proteste , monsieur le duc , que je fais i'incrojable pour mériter leur amitié.

LE Duc.

Connoissez-vous Gilbert.

M G ÎX s E I G N E U R.

T^on , monsieur le duc.

C'est un poète, monseigneur.

LE Duc.

Et un poëtê qui n'est pas sans talens.' Savez-vous l'usage qu'il en fait ;

Non , monseigneur.

LE Duc.

Ce drôle-là se permet de donner des ridicules aux grands seigneurs.

Mais c'est affreux !

LE Duc.

Il travaille en ce moment à un poëme sur ma dernière plaisanterie ; je suis peint ÛQ façon à n'avoir pas les rieurs de mon Tom6 /• K.

cote , et vous ignorent cela , vous , mon"^ sieur , qui devez tout savoir !

M O N s E 1 G TV E U R.

C'est la faute de mes inspecteurs , monsieur le duc.

C'est la faute de qui vous voudrez ; mais si cela arrive encore, j'en parierai au roi.

Monseigneur. I

Vous m'effrajez, monsieur le duc : ex- ' pliquez-moi le fait, je vous en conjure.

LE Duc.

Toute la France sait que j'avois une i fantaisie pour une lingère de la rue Saint- Denis. Cette fille aux inclinations roturières , fit la difficile ; et comme j'aime l'extraordinaire, je m'avisai d'un moveii tout neuf: je fis mettre le feu à sa maison. I Monseigneur^ ' Et vous l'enlevâtes au milieu du tu- 1 multe?

LE Duc.

Il paroît, monsieur , que vous ignorez l'essentiel , et que vous êtes instruit de ce qui ne ^ous jf^garde pas.

Monseigneur. I

Mo isieur te «luc me permettra de lui' observer que les incendies sont du ressort 'àe'la policis.

LE Duc.

Celui-ci est d'une classe particulière ; monsieur ; aussi sa majesté s'en est réservé la couiioissance, après avoir eu la bonté de rire beaucoup du récit que jo lui en ai fait.

Monseigneur.

Le roi en a ri, monsieur le duc! mais cela ne m'étonne pas , dans le fond. Quoi de plus plaisant que de brûler la maison de sa maîtresse , pour avoir un prétexta à la conduire chez soi ; de la ruiner pour avoir le plaisir de lui faire du bien? Cela tient à la fois de la gaîté française et da la chevalerie espagnole; c'est délicieux.

LE Duc.

Vous sentez, monsieur , que ces sorte»

d'aventures sont réservées pour les petits appartemeus , et qu'il ne convient pas à un faquin comme Gilbert de les imprimer,

Je vous proteste , monsieur le duc , qua je réprimerai son audace.

LE Duc.

A la bonne heure.

Monseigneur.

Bertrand , vous irez chez Gilberi; vous lui ordonnerez de brûler son manuscrit devant vous.

LE Duc.

Et vous lui défendrez d'eu garder copie;

MONSEIGNEUB.

A peine d'êtro jeté dans un cul de basse fosse. On l'y mettra même provisoirement, si monsieur îe duc l'exige.

LE D u G *^ teimiU.

Non, monsieur; je lui pardonne cette première faute : je suis satisfait de vos procédés , et je vous engage à recommander à vos inspecteurs d'être plus vigilans à l'avenir.

Place , place à monsieur le duc !

Monseigneur reconduisant.

Place à monsieur le duc !

Un homme du peuple.

Brûler une maison! Si j'en faisions autant 1

On te romproit , coquin. Es- tu grandi seigaeur , toi l

le Greffier.

Madelaine Vaudreuil , rue Poissonnière , accusée de séduire de jeunes personnes , et d'attirer chez elle des femmes mariées.

Monseigneur.

Madeleine Vaudreuil !

l' Entremetteuse.

• Me voilà, monseigneur.

Monseigneur.

Vous savez de quoi on vous accuse ; qu'avez-vous à répondre ?

l'En tremetteuse.

Je n'ai jamais enrôlé que des filles du peuple , qui n'ont perdu qu'une misère , lors toutefois qu'elles avoient quelque chose à perdre , et à qui j'ai fait gagner l'impossible.

Monseigneur.

Et les femmes mariées ?

Ce sont des marquises , des procureu-

ses , des banquières , à qui leurs maris ne donnent pas d'épingles, et qui viennent en gagnei- chez moi.

INI ONSEIGNEUE.

Mais ce sont de femmes comme il faut.

Comme il en faut , monseigneur.

Monseigneur.

Point de réflexions; elles passent pour honnêtes.

l' Entremette use.

Dans leur quartier, monseigneur: chez moi , elles sont ce qu'elles doivent être.

ÎNl O N s E I G N E U R.

Ecoutez , ma bonne , vous n'êtes pas faite pour tenir la balance des mœurs.

Qu'une fille du peuple ait à perdre ou à gagner , vous devez respecter les biea-

séances. Qu'une femme, honnête ou non, se permette des écarts , cela ne doit pas vous regariier, et jamais on n'a vu former de semblables spéculations.

l' Entremetteuse.

Monseigneur sait bien que ce commerce se fait dans tous les quartiers , et que les magasins sont tellement multipliés , que les filles publiques meurent de faim.

MOÎVSEIGNEUR.

Et quand je saurois tout cela , qu'en résulte-t-il ï Que rien ne se faisant à Paris sans privilège, Madeleine Vaudreuil , qui n'en a pas , ira passer six mois à la Salpêtrière.

CommtMit , monseigneur !

Monseigneur.

Oui, madame, à la Salpêtrière. Souffrirai-je qu'on enlève une fille à son père, une femme à son mari ? Ne suis-je pas par état le gardien des mœurs, la sauvegarde des vertus conjugales ?

l' Entremetteuse.

Mais , monseigneur , je n'enlève personne : tout cela rentre le soir.

Monseigneur.

Six nKjis à la Salpêtrière.

l' Entremetteuse.

Puisqu'il faut parler net » j'ai vu c» matin monsieur Gérard»

Mo?rSETGNEUR baissant la voix.

Vous avez vu monsieur Gérard ?

Et voilà un billet qu'il m'a remis pour monseigaeur.

IVl o N s E I G >• E u R lisant à part.

La Vaudreuil abonnée à mille écus par

mois (^A demi-voix.^ Hé, madame ,

que ne vous expliquiez-vous l Falloit-il donner de l'éclat à cette affaire , s'exposer à mettre le public dans la conîidenca de nos petits arraiigemens .'

l'Entremetteuse.

3Ma toi , monseigneur, quand on paie... ISl o N s E I G >' E u R plus bas encolle.

Payer n'est rien, madame: il faut encore avoir l'air d'avoir raison. ( Haut. ) Ecrivez , greffier. D'après l'écrit que Madeleine Vaudreuil vient de nous remettre, lequel écrit semble pré-eiiter son affaire sous un jour tout nouveau , la causa est appointée à la huitaine , ( bas, ) et US sera pas appelée.

LE Greffier.

A la huitaine.

LE Greffier.

Louisoû Choupiiie, repasseuse, rue de»

Prêtres.

MoiVSEIGîVEUB.

Gh ] cette affaire-ci ne doit avoir aucune publicité. Officier du guet , faites retirer l'auditoire : monsieur l'ambassadeur d'Espagne et sa société sont seuls nécessaires ici.

La salle se vide. Louison Choupille se •présente les jeux baissés , la démarche incertaine ; elle a Vair inquiet , naturel à ceux qui n'ont pas l'habitude d'être cités à la police.

MONSEIGHEUE.

Approchez , approcliez donc , mademoiselle : vous n'étiez pas si embarrassée hier après-midi.

L o u I s o N , rougissant.

Après midi ?

MoNSErGNEUR.

Oui , après midi. Crojez-vous que j'ignore quelque chose.

Louison, balbutiant.

Monseigneur , je n'ai rien à me reprocher.

MONSEIGNEUB.

C'est ce que nous allons voir. Levez les yeux , mademoiselle , plus haut, plus haut encore. Comment donc , de la fraîcheur , de la taille , des grâces !

A qui la nâtuie ya-t-eiie prodiguer ses

faveurs ? miirmuroit une des dames de la

société de V ambassadeur. C'est une injustice faite à la qualité, clmchottoit sa 'voisine ; et pendant ce court collocjue , iJionseiçneur aiyoit attiré Louiscn tout contre son fauteuil , et lui relevoit le menton de ta main , et lui donnait de ■petites tapes sur la joue. Voilà , s'écriat-il enfin, des coquins de frocards biea heureux !

Louiso.N baissant les j'eux de nouveau.

Je ne vous entends pas^ monseigneur, INI G r< s E 1 G >■ E u R.

Oh que si ! oh que si , tu m'entends à merveille ! Deux vauriens ne sont pas hier entrés chez toi ?

Deux dignes prêtres , monseigneur.

Monseigneur.

Oui , et qui honorent singulièrement le sacerdoce. Et la collation en poche , petite dissimulée , et l'alcove où on t'a conduite à diftérentes reprises , et ton combat d©

nuit avec un diablotin?

L o u I s o N , stupéfaite.

Ah , monseigneur , vous savez tout.

IVldis dans ceci il n'y a pas de ma faute. Je repasse pour le couvent , et il faut être complaisante j si on veut conserver ses pratiques.

MOWSEIGNEUR,

Et cette complnisance s'étend indistinctement sur tous les membres de la commun au lé.

Non , monseigneur ; je n'en connois que quatre. Le prieur et le procureur ont pris des dévotes : les autres n'ont plus besoin de rien.

Quatre ! quatre ! répétoit une dame entre ses dents. Quatre cordeliers à une grisette , lorsque nous avons tant de peiuo à fixer un malheureux petit-maitre ?

l' Ambassadeur.

Il me semble , monsieur le lieutenant de police , que vous deviez nous amuser de l'embarras de ces drôles-là?

Monseigneur.

Je me l'étois promis , monsieur le duc , je m'étois même procuré les reiiseignemens nécessaires ; mais ils se sont avisés ce matin , mal-à-propos pour vos plaisirs, de chanter une grand'messe ; et vous sentez qu'on ne pouvoit les enlever à l'autel : le haut clergé aime assez qu'oa s'amuse aux dépens des moines , mais il ne veut pas qu'on attaque le culte. Au reste , vous trouverez peut-être aussi plaisant que je les déuoiice à monsieur l'archevêque.

Toutes les dames à la fols.

^on , non , cela seroit trop dur. Il faut seulement savoir leurs noms, &tin de se mettre sur ses gardes , si par hasard on les rencontroit jamais.

M G >' s E I G ?! E u B à Louison. Allons , mademoiselle , les noms des quatre cordeliers !

Louison éplorée.

Grâce , monseigneur , grâce pour ces bons pères.

Monseigneur.

Voyez-vous , la frippofine ! elle tient à ses moines. Leurs noms , vous dis-je ! Louison.

IVIe promettez- vous , monseigneur , qu'ils ne seront pas inquiétés?

ÎNl O IV s E I G N E U P.

Non , ma belle , il ne leur arrivera rien , puisque ces dames le veulent aiilsi. Finissez y leurs noms ?

Grégoire , Bonaventure , Polycarpe ^ Hilarion.

Monseigneur.

Sa déclaration est conforme au rapport que j'ai reçu^ mes gens m'ont bien servi.

Les inspecteurs font une profonde r^- . V&rence i €t les crajons sont tirés y et les

noms des quatre moines inscrits sur les tablettes des dames»

l' Ambassadeur à part.

Et ces marauds de cordeliers garderoient cette jolie créature ! non , parbleu, je ne la leur laisserai pas. Elle est cligne du représentant du roi d'Espagne et des deux Indes.

Ici V ambassadeur se lève ^ et va dire vn mot à l'oreille du lieutenant de pO" lice , qui en dii un autre à V oreille de Bertrand , qui présente poliment la main à Liouison , qui se laisse conduire.

Les dames se lèi^ent à leur tour , mon" seigneur en fait autant ; on cause cinq minutes ; on se sépare ; et on retourne les uns à leurs affaires , et les autres ci leurs plaisirs.

Ainsi se termina cette audience de police , dans laquelle , à quelques formes près, des magistrats de tous les lieux et de tous les temps pourront se reconuoitre.

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