‹ Mon oncle Thomas (volume 5)Chapitre 5 sur 9 · N 1 C O LAS · texte numérisé non relu

N 1 C O LAS

Rien aussi qui ait une origine aussi respectable que l'espiùiinage. Je parie que vous ignorez encore que nous descendons en ligne directe d'Antoine do Mouchi , grand pénitencier de Noyon , qui faisoit la chasse aux hérétiques , et qui fut l'un des juges d'Anne Dubourg.

Le peuple appeloit ces gens des niouches , et depuis , par corruption , mouchards.

Bertrand.

C'est une bell^^ chose que l'érudition.

^\oï , je ne m'embarrasse pas d'où je viens , mais de ce que je suis. Le métier est bon : voila l'essentiel.

A la bonne heure , mais les espions

coûtent cher , et

Qu'importe? c'est le peuple qui paie.

Pauvre peuple.

IMiCHAUD ET Nicolas.

Taisez-vous donc , monsieur. Qu'est-ce que c'est que ces idées-là l

Allons , allons , messieurs , de l'indulgence. C'est un jeune homme ; il faut lui découvrir le fin du métier. Pas d'iiumaûiié d'tibord, et pas plus de scrupules:

ce sont des sottises. Faire de petites choses qu'on présente comme des merveilles; profiter de la bêtise du patron , servir ses Fantaisies, caresser son amour propre , et empocher , en sûreté de conscience , le prix de ses flagorneries , voilà ce que je fais depuis vingt ans , et ce que tu feras si tu veux te maintenir. Tu conviendras, Michaud , qu'on ne peut donner à un élève des instructions plus sûres et plus solides.

Voilà monseigneur.

Le lieutenant de police s'a^/ance ai^ea toute la gra^fité dont il est capable ; il ne tourne pas la tête , de peur de déranger sa perrucjue»

( Les cinq inspecteurs saluant -^'usquà terre.) ]Vlonseip;«eur !

Monseigneur.

Bonjour , bonjour. Ah , vous voilà , Dupont , approchez. C'est donc vous , monsieur, qui me faites mander à la barre du parlement, qui m'exposez à une mercuriale qui compromet ma die;nité , et donne à rire à tous les bourbillons de Paris ?

Dupont.

Moi, moaseigaeur i

Vous, monsieur. On me reproche de ne pas mettre ua frein au jeu , laisser ruiner les plus respectables familles, et cela parce q'je vous avez la mal-adresse de saisir un hiribi chez la maîtresse du pre- Biier président , qui , avant votre bévue , laissoit faire chez les autres ce qu'on faisoit chez sa maîtresse.

D u P G IV T.

J'ai cru devoir

Vous avez cru... vous avez cru... Qu'avez-vous cru, voyons?

Qu'il falloit faire mon devoir , sans égards pour les personnes.

Monseigneur.

Vous êtes un sot. Apprenez qu'un inspecteur qui sait son métier , n'expose pas un homme comme moi , et n'ignore point qu'il est des personnes qui ont le droit de tout faire.

Dupont.

Mais, monseiûmeur, cette dame n'avoit obtenu un privilège que pour le jour de sa fête, et elle n'a jamais voulu être un jour sans donner à jouer, disant qu'elle s'appelle Toussaints.

Mon s e I g n e u F.

11 fallait l'en crvire sur sa parole , moa-;

siGur. Est-ee a vous à lui contester son nom ? Etes-vi>us son parrain ?

Dupont.

Monseigneur, mes intentions...

Monseigneur.

Que m'importent vos intentions ï C'est du fait qu'il s'agit. Quand ces gens-là ont fait une sottise , ils croient tout gagner en se retranchant derrière leurs intentions. Est-ce aussi par pureté d'intentions que vous avez .lit par-tout que le jour de la foire Saint-Germain , j'ai fait distribuer de l'argent aux poissardes pour qu'elles criassent : T^ive monseigneur le lieutenant de policel On se doute bien qae leb gens en place, qui veulent être applaudis , paient les applaudissemens ; mais est-ce à vous à divulguer les secrets du cabinet, imbécille l

Bertrand a Michaud.

Il )L\eïi fait jamais d'autres. Dupont.

Je vous jure, monseigneur....

Monseigneur.

Je vous jure que si vous ajoutez un mot, je vous mets à Bicêtre.

Je me tais.

Monseigneur, Et vous fuites fort bien. Michaud ,

Bertrand , avez-vous quelque chose do nouveau .'

Si monseigneur veut le permettre...

INI G -N s E I G N E u R.

Vous répondrez quand je vous interrogerai. Sachez , jeune homme , qu'il faut avoir l'esprit du moment , et que dans celui-ci je ne suis pas de bonne humeur. Bertrand , Michaud ?

Monseigneur, les malades de dlfférens hôpitaux se plaignent de ce que des médecins leur tàtent le pouls avec des gands, ou avec la pomme de leurs cannes : ils demandent une visite à monseicrneur.

iM o N s E I G X E u R.

Ils demandent une visite ! Ces drôles-là s'imaginent que j'ai le tems de penser à eux. Je juge cette visite révoltante et inutile ; révoltante , parce que je n'aime pas à voir des malheureux, j'ai le cœur trop sensible ^ inutile , parce qu'il est bon qu'il périsse des pauvres: il y en a trop j ils sont innombrables.

Michaud.

Paris est inondé de libelles : quelques soins qu'on se donne , ils se multiplient incroyablement.

Monseigneur.

Des libelles .' ceci est sérieux, par exem-

p/e. Occupez-vous , avec le zèle le plus infatigable , à vous assurer du dernier de leurs auteurs. Point de grâce à ces coquins qui se permettent de nous dire des vérités : qu'on guette les auteurs , les imprinieurs , les colporteurs ; qu'on ne fasse pas grâce à un mot , qu'on saisisse la pensée au passage , et qu'on l'arrête, Nicolas , il faut me trouver quelques gentilshommes ruinés pour observer l'intérieur des bonnes maisons.

Nicolas.

En voici déjà un.

Monseigneur.

Approchez ,mon ami. {^Le gentilhoinma sort du coin où il attendoit patiemment (juon lui adressât la parole, ) Etes-vous gentilhomme \

LE Gentilhomme.

J'ai cet honneur-là.

Monseigneur.

Connu ?

le Gentilhomme. De tout Paris.

Monseigneur.

Sans amitié, sans reconnoissance, sans délicatesse ?

le Gentilhomme.

Absolument.

Monseigneur.

Nicolas te doiiaerd les premiers elé-

inens , et de quoi te faire une garde-robe: tu as l'air d'un cuistre.

Bertrand.

Monseigneur , je connois un homme intelligent , adroit , capable de pénétrer par-tout i mais c'est un homme sans extérieur, d'une figure plate et commune:

il faudroit quelque chose qui relevât cela.

MONSEIGNEUB.

Je lui ferai donner la croix de Saint- Louis. A vous , Lecourt.

J'ai trouvé cette nuit un vicaire de Saint -Joseph chez la Dupont : je l'ai arrêté.

Monseigneur.

C'est tout simple. Que va-t-il faire là? N'j a-t-il pas des femmes mariées!

Lecourt.

Et je l'ai conduit à l'officialité.

Monseigneur.

C'est très-bien. Gardez-vous de blesser les prérogatives du clergé ; ménageons ces gens-ld , nous en avons besoin : nous nous soutenons mutuellement.

Nicolas.

La cherté des denrées fait murmurer le peuple. Si j'osois conseiller à monseigneur de chercher dans sa sagesse des moyens de repression.

il !L f /'"' '' P"P"'^ce souffre, wais H ne fuut pas qu'elle crie. Jai obtenu

t ZTr ^'''=^':^^-- la permission ce iZl ^ « "'•^'«e. Il a déjà fait à « sujet uii mandement superbe qu'il n'a pas encore .u : cela app'^aisera lout 1 f,-,7. ' r'^"""' avez -vous recueilli i^oeitiu de sa majesté?

Lecourt tire un papier , <?f lit,

m^Z'!""'^ ^^ ''^'^'"' ' P°"'' dégoûter du «fanage, a donné lïdée d'un tableau où

ituLT""" "'' ''^""'^ ^^^^^^"t 1'"" et lautie dune manière si naturelle et si

Hanche, que la même convulsion se communique a ceux qui les regardent.

Mademoiselle Dubois , malgré l'œil scve.e de ses père et mère , a^édé sa iieui a un garçon limonadier. 11 est vrai que ce garçon est le duc de Fronsac, qui en veste et en tablier, lui porte 'tois les matins du cLocoiat.

IVï o N s E I G IV E u R.

C'est fort bon , ceci , c'est fort bon. i^ontinuez mon cher , et du plus gai encore, s il est possible. Ah, messieurs. n J a ûeux veuves du Parc-au.x-Cerfs à inarier: on donne cinquante miile livres et une compagnie de dragons , €t il n'y

( 97 ) en a qu'une de giuâse. Cherchez des

épouseurs.

J'en prends une , si nioiiseigneur le

trouve bon.

Bertrand a M i c h a u d.

Il est bête à faire plaisir.

M G IV s E I G >' E u R A D V P G ^• T.

Faquin , sachez vous connoître,et ne prétendez pas à des femmes pour qui sa majesté a eu des i>ontés. Ces dames sont ennoblies par le fait , et ne peuvent convenir qu'à de très-bons gentilhommes. U faut prûmpiement les remplacer. Lecourt, je te charge de ce soin. Un physique séduisant, l'air effronté, le geste et les propos lii»rcs ; point de mœurs , on nen.

veut plus à la cour.

Bertrand a Michaud.

Et mon affaire donc ? Tu ne penses à rien.

Michaud.

Ah , c'est vrai. ^Monseigneur , cm parle d'une édition de la vie privée de madame de Pornpadour.

Il faut la saisir à quelque prix que ce soit. Je donne quinze nulle livres à celui qui la conduira ici. Qu'on veille sur-tout aux envois de l'étranger ; je ne me lassa pas de le répéter. La correspondance des l'orne /. I

auteurs nous sera tres-utiIe pour ces découvertes. Le directeur-général des postes , qui n'est pas le père des lettres , et qui ne les respecte point, ouvrira toutes celles qui viendront de l'étranger. Ah , pour abréger, il me vient une idée excellente. J'arrête la vente de tous les ouvrages quelconques jusqu'à nouvel ordre.

Je veux , j'entends et j'ordonne qu'on n'imprime et qu'on ne lise que i'almanacli royal. Comment, je gouverne despotiquement quinze cents hlles, et je ne contiendrois pa« neuf muses, qui pourtant ressemblent assez à des filles , car elles se prostituent à tout le monde.

Qu'on ouvre les battans^ l'audience va commencer.

Monseigneur n'a plus rien à m'ordonner ?

Monseigneur.

Ah , si fait , si fait. Une estrade et des sièges pour monsieur l'ambassadeur d'Espagne et sa société. Ils ont la fantaisie d© voir une audience de police.

Les portes s'ouvrent en effet. Une <?f* couade de guet se distribue dans le par^ auet , les particuliers assignés appro" chent de la barre, monseigneur monte sur son siège , le greffier est devant lui^

les inspecteurs à ses côtés , la canaills

dans le fond»

Monseigneur.

Greffier, appelez les causes.

Le Greffier.

Martin , marchand de vin , rue Saint* Maur, assigné.

Monseigneur.

Je connois son affaire. Martin , ap* prêchez.

Martin.

Me v'ià , monseigneur.

Monseigneur, On boit chez vous ?

Martin.

Sans doute , puisque j'vendons du vin»

Monseigneur.

Et on y tient des assemblées l

Oui , des assemblées de buveurs.

Monseigneur.

Des assemblées de penseurs?

Martin.

Queu qu'c'est qu'ça , monseigneur ?

Monseigneur.

Ah , tu joues l'imbécille! N'avois-tu pas avant-hier trente marchands chez toi l

iNI A R T l N.

Oui , mouseiiiaeur.

C loo )

Monseigneur.

N'étoient-ils pas «iaiis le grand sallon ?

Oui , monseigneur.

JNI O IV s E I G w E u R.

Et ne t'ont-ils pas defeadu d'y introduire personne l

Martin.

Oui , monseigneur.

INIONSEIGNEUR.

•Tu vois bien que ces gens- là pensoient.

Martin.

Non, monseigneur, ils buvoient.

iMoNSEIGNEUR.

Ils pensoient, et je ne veux pas qu'où pense,

Page 1