‹ Mon opinion sur la dictatureChapitre 2 sur 9 · ÉDITIONS DE LA ** LIBRAIRIE SOCIALE · texte numérisé non relu

ÉDITIONS DE LA ** LIBRAIRIE SOCIALE

Gg, Boulevard de Belleville, PARIS (xi^J

LA RËVOLUTION RUSSE

La chute du Tsarisme

Je suis un ami fervent de la Russie révolutionnaire.

Lorsque, en mars 1917, la nouvelle nous parvint de la chute du Tsarisme raspoutinien, la joie que j'en éprouvai fut indicible.

Enfin ! Il était donc par terre ce régime de sang et de boue qui, à cheval sur l'Europe et l'Asie, était, pour le monde entier, un foyer de putréfaction et un centre d'odieux despotisme !

Une énorme population, tenue jusque-là dans la plus profonde ignorance, dans la misère la plus noire et dans la plus douloureuse servitude, allait naître à l'instruction, au bien-être et à la liberté.

Sans doute, le miracle ne s'opérerait pas en un jour ; il faut du temps, beaucoup de temps, pour projeter quelque lumière dans des cerveaux enténébrés, pour organiser la production et la répartition de façon que soient à peu près satisfaits les besoins de tous et pour entraîner à la pratique de la liberté des millions d'êtres accoutumés à l'esclavage.

Mais le régime qui maintenait les masses russes dans ce lamentable état de détresse physique, intellectuelle et morale, avait été renversé.

Epuisé par trois années d'une guerre où il avait été odieusement sacrifié, le peuple J'usse avait jeté bas le tsar, ses ministres, la tourbe de ses courtisans, les généraux de son armée,

Us hauts fonctionnaires de son empire. Au double cri de : « La Paix et du Pain ! )> il avait brisé ses chaînes. ■ L'essentiel était fait ; le reste serait l'œuvre du temps.

Kerensky dictateur

J'avoue que l'attitude de Kerensky, le chef du nouveau gouvernement, m'inspira tout de suite de graves inquiétudes.

Comment ? La Russie allait, sous l'impulsion de son nouveau Maître, rester fidèle aux alliances contractées par les Romanoff et continuer la guerre ? Au lieu de porter d'urgence tout son effort sur la restauration économique du pays que la tuerie avait réduit à la plus sombre misère, ce Dictateur allait aggraver le dénuement par le prolongement des hostilités ? La politique nouvelle qui aurait dû être faite d'audace était toute d'hésitation et de défaillance ; alors qu'elle aurait dû établir un contraste frappant avec la précédente, elle n'en était que la continuation ?

Cet homme d'Etat dont on portait aux nues la fermeté, la maîtrise, l'esprit de décision, les vues larges, les projets hardis, se laissait manœuvrer comme un enfant : à l'extérieur, par la diplomatie cauteleuse des Alliés et, à l'intérieur, par les timidités et les faiblesses des cadets et des mencheviks, d'accord avec les débris du Tsarisme expirant !

Au lieu de balayer impitoyablement les grands-ducs, les généraux, les ministres et toute la clique impérialiste, Kerensky jouait au César démocratique et magnanime, gardait auprès de lui les représentants les plus notoires de cette clique, entretenait le foyer de leurs intrigues et décourageait l'ensemble des énergies et des bonnes volontés qui avaient pris part au mouvement révolutionnaire, ou avaient assuré et acclamé le triomphe et ne demandaient qu'à en poursuivre le développement ! C'était à n'y pas croire.

Issu d'un mouvement puissant et résolu, un gouvernement qui se montrait si peu à la hauteur des circonstances ne pouvait tenir. Il était à la merci du soulèvement que ne pouvait manquer de provoquer la double irritation des réacteurs déchus et des révolutionnaires déçus.

Ce qui devait fatalement arriver se produisit.

Kerensky ne tarda pas à être renversé et, pour moi comme pour tous les anarchistes, comme pour tous les révolutionnaires, ce fut une joie sans mélange que d'apprendre que son autorité s'était effondrée sous les coups et au profit des extrémistes, c'est-à-dire des Bolcheviks.

L'avènement des Bolcheviks

Personne n'a perdu le souvenir des actes, des déclarations des mesures par lesquels ceux-ci débutèrent.

Ces mesures, ces déclarations et ces actes eurent le don de so"ulever contre eux la colère et l'indignation de tous les gouvernements et de la classe bourgeoise tout entière et, par contre, par voie de conséquence, de recevoir l'approbation et de susciter l'enthousiasme des révolutionnaires de tous les pays.

Il me plaît de rappeler ici les traits les plus marquants de ces temps d'autant plus héroïques qu'ils étaient nouveaux dans l'Histoire et faisaient pressentir en Russie, et la mort d'un monde abhorré et la naissance d,'un état social plein de promesses.

Tout d'abord, les Bolcheviks déclarèrent solennellement qu'ils ne voulaient pas continuer la guerre et qu'ils étaient prêts à discuter les clauses de la paix. Au surplus, les soldats se démobilisaient d'eux-mêmes et regagnaient leurs foyers, tandis que pour bien marquer leur volonté de paix, les nouveaux dirigeants ne s'opposaient pas à cette démobilisation.

Ensuite, les Bolcheviks se refusèrent nettement à reconnaître les dettes de l'ancien régime. « Nous ne sommes, dirent-ils, ni (( les héritiers, ni les continuateurs du Tsarisme que nous avons (( culbuté. Nous n'avons rien de commun avec lui. La Russie (( capitaliste est morte ; c'est une Russie nouvelle qui commence (( et le prolétariat vaiuqueur^ n'a pas à payer les dettes con- (( tractées par un gouvernement qui n'avait emprunté des mil- « liards que pour alimenter sa politique d'impérialisme et de (c répression à laquelle la Révolution a mis un terme. »

Entreprenant l'application de leurs principes communistes, les nouveaux dirigeants confisquèrent, au profit de la classe ouvrière et paysanne, la grande et moyenne propriété, les usines, les ateliers, 'les moyens de^.transport, les banques, etc. ; ils confièrent aux travailleurs des villes et des campagnes le soin d'assurer, dans la mesure du possible, la production agricole et industrielle et la répartition rationnelle des denrées et des produits. Pour faciliter l'accomplissement de cette tâche immense, ils mobilisèrent tout ce que le pays comptait de spécialistes et de techniciens et firent appel à toutes les compétences.

Saisissant l'importance prépondérante d'une éducation qui était toute à faire, ils multiplièrent les écoles, les universités, les groupes d'apprentissage, les centres d'étude, de science et d'art : ils fondèrent une foule dinstitutions destinées à entourer l'enfant, dès son âge le plus tendre, des soins indispensables à son développement. Pour la. mise en pratique de ce vaste programme de culture phvsique, intellectuelle et morale, ils sollicitèrent et obtinrent la "collaboration des femmes dont ils élevèrent la condition et les droits.

En ce qui concerne la direction et ladtiiinistration générales du pays, les Bolcheviks résistèrent aux injonctions des pailis çoîitre-révolutionnaires souteruis, en l'occurence, par tous les

— fi —

gouvernements capitalistes. Ils refusèrent de procéder à l'élection d'une assemblée constituante et s'en tinrent à l'organisation soviétique.

Dans tous les grands centres, dans les villes de second ordre, dans les agglomérations de quelque importance, et même dans des bourgades ne comptant que quelques centaines d'habitants, les Soviets existaient et fonctionnaient. Ces groupements locaux étaient le plus ferme appui du mouvement révolutionnaire. Réunion, par localité ou commune, des délégués ouvriers et paysans, le Soviet avait en main les intérêts de la petite agglomération qu'il représentait.

Au-dessus de ces Soviets locaux et destiné à les grouper en vue ^e l'entente et des rapports nécessaires, le Soviet régional réunissait les délégués désignés par les Soviets locaux.

Au-dessus de ces Soviets régionaux et destiné à les grouper en vue des intérêts ayant un caractère d'ensemble et national, le Soviet national, réunissait les délégués choisis par les Soviets régionaux.

Telle était l'organis'ation ^ fédéraliste, on le voit — des Soviets.

C'est sur cette organisation que, au début, les Bolcheviks firent reposer le pouvoir.

Epoque d'angoisse

On conçoit quelle fureur déchaînèrent, dans les milieux bourgeois, dans la presse et les sphères gouvernementales de tous les pays, des déclarations aussi catégoriques, des mesures aussi révolutionnaires et rq,nnonce d'un gouvernement ainsi constitué. On conçoit aussi quels enthousiasmes et quels espoirs elles provoquèrent dans le cœur des révolutionnaires de toute nationalité.

Ce n'était pas, il faut en convenir, la réalisation immédiate et complète de l'idéal anarchiste ; mais était-il possible de franchir d'un seul bond l'abîme qui sépare la société bourgeoise de la société communiste libertaire ?...

Toutefois, c'était la porte ouverte à toutes les possibilités d'avenir ; c'était, au cœur du continent européen et du continent asiatique, le capitalisme vaincu dans un pays immense comprenant cent trente millions d'habitants'; c'était l'exemple précédant et appelant toutes les imitations ; c'était le point de départ d'une suite incalculable de progrès assurés ; c'était, dans la nuit, un flambeau, et quel flambeau ! C'était dans le silence, une voix, et quelle voix !

Les Bolcheviks eurent la claire vision de tout cela. Ils n'envisagèrent la Révolution accomplie cirez eu?c que comme le prélude

de la Révolution universelle ; ils comprirent que, pour la consolider et la rendre définitive, il était indispensable que leur mouvement s'épaulât sur celui des autres nations ; que le salut et la force de la Russie révolutionnaire auraient pour mesure sa puissance de rayonnement et d'entraînement.

G'est pourquoi, en même temps qu'ils couraient aux armes pour défendre la nouvelle patrie russe contre les attaques furieuses de la réaction mondiale, en même temps qu'ils prenaient toutes les, mesures de défense intérieure que nécessitaient les complots et insurrections provoqués par les conspirateurs de l'ancien régime, ils adressaient au prolétariat du monde entier manifestes sur manifestes, adjurant la classe ouvrière de chaque nation de préparer la Révolution dans son propre pays et de défendre par tous les moyens en son pouvoir la Révolution russe menacée, assaillie par les gouvernements capitalistes, coalisés.

Ce fut une époque passionnante et tragique entre toutes que celle où, épuisé, désorganisé, réduit à la famine par le blocus infâme, attaqué de tous les côtés, obligé de faire face, sur tous les fronts, à un ennemi implacable, le peuple russe accomplit des prodiges de valeur, supporta stoïquement les piïes privations et s'imposa les plus lourds sacrifices, pour ne pas succomber.

Entre temps, les nouvelles les plus pessimistes associées aux calomnies les plus abjectes circulaient à l'envi. Emeutes ouvrières dans les 'villes, soulèvements des paysans dans les campagnes, famine, terreur, actes de cruauté inouïe et mesures de répression sanglante ; puis, l'armée rouge travaillée elle-même par d'incessantes mutineries, mise en déroute, encerclée, à la veille d'être définitivement vaincue...

Chacun de nous, il est vrai, ne se fiait pas à des informations aussi visiblement tendancieuses et parfois même rendues invraisemblables par leur exagération évidente ou leur fausseté manifeste. Mais, que d'angoisses dans nos cœurs ! Que d'anxiété^ en l'attente de nouvelles précises et sûres ! '

Ah ! je puis dire que nous avons connu, dans ces heures inoubliables, toutes les transes par lesquelles passent les mamans pj^'Hchées sur le berceau de l'enfant dont la vie tient à un fil qui, d'un instant à l'autre, peut être brisé.

On prétend que les mères chérissent davantage les petits êtres qui leur ont causé le plus d'inquiétude. Est-ce pour cela que j'ai eu et que je ressens encore pour la Russie révolutionnaire une si vive affection ? Peut-être. Toujours est-il que lorsque j'eus la certitude du désastre de l'aventurier Wrangel, lorsque je sus, de façon indubitable, que la Russie pouvait enfin respirer et songer à accomplir son destin, dans une atmosphère de sécurité extérieure et de tranquillité intérieure relatives, j'éprouvai un soulagement et un contentement très vifs.

La Dictature du Parti Communiste

Je dois dire, pourtant, que certains renseignements m'étaient parvenus qui ne m'avaient que médiocrement satisfait. Des informations concordantes, bien que provenant de sources diverses mais sûres, avaient quelque peu douché mon engouement des premiers jours. Il me revenait que, là-bas, les choses ne se passaient pas absolument comme je l'eusse voulu et comme il eût été désirable et utile.

Vint enfin un moment où le doute ne fut plus possible et où, par les plus ardents défenseurs de la révolution russe, par les représentants mêmes de Moscou, enfin par les communistes russes eux-mêmes, ces informations se trouvèrent confirmées.

Il est vrai que ces camarades tentaient de justifier par des nécessités impérieuses un ensemble de faits, de mesures et d'attitudes que pouvaient, seuls, excuser en effet et expliquer des problèmes de vie ou de mort.

Je n'entrerai ni dans le détail, ni dans la discussion de ces faits.

Ce travail n'a pas pour objet la critique de la Révolution Russe ; il se propose une tout autre fin.

Toutefois, avant d'en venir au sujet de cette étude, je veux expliquer mon attitude et celle de mes amis anarchistes à l'égard de la dictature que le Parti Communiste de Russie fait peser sur ce pays.

Et d'abord je ferai observer que c'est fort inexactement que cette dictature nous est présentée comme étant la dictature du prolétariat. Actuellement, le régime sous lequel la Russie est courbée n'est pas celui de la dictature exercée par le prolétariat, mais bien celui de la dictature exercée par le Parti Communiste sur le prolétariat de Russie et, par le truchement de ce prolétariat lui-même, sur la population russe tout entière.

On reconnaîtra qu'il y a loin de cette dictature superposée à la dictature qui serait exercée direv.'tement par le prolétariat luimême sur le pays en révolution.

On m'objecte qu'étant donné l'état d'inorganisation et d'inéducation du prolétariat do Russie, le Parti Communiste, voulant assurer à tout prix le salut et le développement de la révolution, a été placé dans la nécessité d'assumer toutes les charges et toutes les responsabilités du pouvoir ; qu'il a dû, en conséquence, centraliser entre ses mains la direction suprême, l'administration, l'armée, la police, l'enseignement, en un mot tous les services publics ; qu'étant données, d'une part, les exigences de la guerre extérieure et, d'autre part, les urgentes et impérieuses nécessités de la réorganisation intérieure, il était positive- 'fiïent impoasible d'agir différemment ; mais que cet état de choses ne saurait se prolonger et que le Parti Commilniste est bien

décidé à ne pas le maintenir un jour de plus qu'il ne le jugera indispensable.

Autant d'affirmatio;ns que je ne veux pas discuter, puisque, aussi bien, je le répète, ce débat n'est pas l'objet de cette étude.

Au surplus, voudrais-je discuter ces assertions, je ne serais pas en mesure de le faire comme il sied : j'estime, en effet, que nous ne sommes pas en possession de renseignements assez précis, assez complets, ni assez authentiques pour nous prononcer. J'ajoute que nous ne possédons^ pas davantage le recul indispensable à une appréciation judicieuse, impartiale et péremptoire.

Je me refuse donc à formuler un jugement définitif sur la question de savoir si, oui ou non, la dictature du Parti Communiste a été et est encore l'unique mesure à laquelle aient dû et doivent s'arrêter les révolutionnaires de Russie. Je laisse à d'autres, mieux éclairés ou moins prudents que moi, la périlleuse tâche de trancher par un jugement catégorique et sans appel ce point délicat entre tous.

Je sais que la sagesse exige que, entre deux maux, on se résigne, par crainte du pire, à subir le moindre. Or, dans cette mystérieuse et profonde Flussie, trop de facteurs m'échappent pour que je me permette de poser des chiffres, d'affirmer l'exactitude de ces chiffres, d'en établir la balance et de dire : « Voilà (( la solution du problème ; cette solution est la bonne, la seule ! )>

Silence ne signifie pas acquiescement

C'est cette considération qui m'enpêcha si longtemps d'écrire une ligne et de prononcer une parole qui fût ou pût paraître une approbation ou un blâme de la dictature en Russie.

Et puis, cette Révolution naissante était combattue avec une telle rage par les Etats capitalistes, elle était si ignominieusement calomniée par la presque unanimité des journaux, elle courait des dangers si nombreux, si pressants et si graves, que je me serais considéré comme déshonoré si l'ennemi de classe se fût servi de mes écrits ou de mes propos et s'en fût fait une arme contre la République des Soviets.

M'associer — même en apparence — aux infamies, aux injures bourgeoises ? Ah ! Non ! Me permettre, même sous la forme la plus amicale, même dans' le style le plus fraternel, des critiques qui auraient pu soulever un désaveu ? — Jamais de la vie !

Je pris donc lé parti de fermer provisoirement les yeux sur les erreurs, les fautes ou les crimes du Parti Communiste en Russie et de ne les ouvrir publiquement que sur les vertus et les bienfaits de la Russie révolutionnaire.

Après tout, le champ était encore assez vaste pour qu'on pût s'en contenter ! La Révolution Russe était loin d'en avoir fini

avec la période des dangers pressants et, peut-être, mortels ; on pouvait bien faire au besoin de ne pas l'affaiblir et à la nécessité de contribuer à sa sécurité le sacrifice momentané des réserves et des reproclies qu'impliquaient les agissements des Dictateurs moscovites.

Donc, je me tus.

J'aurais gardé le silence dans lequel je m'étais volontairement enfermé si les circonstances ne m'eussent point fait un devoir de le rompre.

Tout d'abord, les admirateurs fanatiques de la Révolution Russe ne parlèrent qu'en sourdine de la Dictature exercée làbas; ils évitaient prudemment d'attirer l'attention sur ce fait qu'ils pressentaient devoir soulever des dissentiments. Ils n'en parlaient que comme d'une nécessité douloureuse à laquelle il serait mis fin promptement. Peu à peu, ils s'enhardirent. Se méprenant sans doute sur les raisons véritables de notre silence, ils imaginèrent que ce silence équivalait à un acquiescement tacite et discret.

Sur ces entrefaites, Cuchin et Frossard, retour de Russie, entreprirent, au seiii du Parti Socialiste, à Paris et dans les grands centres de province, l'ardente campagne que l'on sait.

Leurs discours et leurs articles éveillèrent un emballement prodigieux. Les masses profondes du parti socialiste furent rapidement entraînées jusqu'à l'admiration sans réserve et sur toute la ligne de tout ce qui se passait en Russie. Ce fut une période d'exaltation inouïe allant jusqu'au fanatisme. Tout était occasion favorable à l'éloge hyperbolique. Il n'était plus question . d'excuser la Dictature, de la présenter aux militants comme une mesure indésirable mais nécessaire, accidentelle et éphémère. La Dictature devenait tabou ; elle se confondait avec la Révolution elle-même ; elle ne pouvait en être disjointe ; a fortiori, ne pouvait-elle lui être opposée ; combattre la Dictature Russe, c'était combattre la Révolution Russe : oser critiquer cette Dictature, c'était faire œuvre et prendre figure de Contre-Révolutionnaire.

C'était du délire.

Prendre position devient nécessaire

De Paris, le délire s'étendit à la province. Une foule de camarades libertaires, déconcertés par cette propagande qui passait en avalanche dans leur localité, nous faisaient part de leur étonnement. Ils ne comprenaient pas notre mutisme ; les uns nous demandaient s'il n'y avait plus d'anarchistes à Paris et les autres s'ils étaient entrés en bloc au Parti Communiste ; d'autres, enfin, interprétaient la réserve que, par dévouement à la Révolution russe et pour les raisons indiquées plus haut, nous nous

Page 1