‹ Mon opinion sur la dictatureChapitre 3 sur 9 · IJ · texte numérisé non relu

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imposions, comme une adhésion tacite à la thèse de la dictature en période révolutioniKiire.

Pour comtrle, les partisans les plus fougueux et les plus exubérants de la 3® Internationale donnaient à entendre, à mots couverts et soùs le manteau de la cheminée, que les anarchistes eux-mêmes étaient obligés de se rallier à l'idée de la dictature en Russie et qu'ils ne s'abstenaient de le confesser publiquement que pour ne pas avouer la carence de leurs principes et de leur action en présence des réalités et des faits.

Dans ces conditions, nous était-il permis de continuer à nous taire ? Nous ne le pouvions pas. C'eût été une faute, une lâcheté, presque une trahison.

Plus jeunes, plus impatients que moi — et je crois aujourd'hui qu'ils avaient raison — mes amis du Libertaire prirent position sans plus attendre et nettement. Moi, j'hésitai encore. Certes, ma conviction était faite et elle était ferme ; l'hésitation n'existait pas dans ma pensée, elle portait uniquement sur. la conduite que je devais tenir : il m'était si pénible d'apporter aux détracteurs haineux et systématiques de la Russie révolutionnaire un appui inattendu, dont, avec leur coutumière perfidie, ceux-ci ne manqueraient pas de dénaturer et l'esprit et la portée ! Il m'était également si douloureux de me séparer ostensiblement de nos camarades communistes avec lesquels, depuis de longs mois, nous menions, en faveur de la Révolution russe, une si rude campagne !

Est-ce, chez moi, sensibilité excessive ou déplacée ? — Il se peut ; toujours est-il que j'éprouve, en toutes circonstances, une grande peine à réjouir mes adversaires et à contrister mes camarades.

Je ne me décidai donc pas aussi promptement que mes amis du Libertaire à entrer en lice. J'attendis.

Mon attente ne fut pas de longue durée.

Voici pourquoi et j'arrive à la question qui est l'objet de ce travail.

L'erreur des Néo- Communistes

Les partisans enthousiastes de l'Internationale de Moscou osaient entrés dans une voie où il leur était difficile de s'arrêter, La pente était fatale : ils devaient la descendre jusqu'au fond. Ils ne tardèrent pas à le faire.

Les yeux fixés sur Moscou et fascinés en quelque sorte par le merveilleux spectacle qu'offre présentement à tout individu épris de l'idéal socialiste, le grand peuple russe, ils se laissèrent insensiblement aller à l'idée que cette Révolution est et restera le modèle de toutes celles qui, par la suite, se produiront.

Dans leur esprit, c'est comme l'œuvre parfaite et définitive, (elle qui îie comporte et ne supporte aucune retouche, celle sur

laquelle devront pour aboutir, se modeler toutes les Révolutions qui suivront, quel que soit le pays appela par les événements à en être le théâtre, quelles que soient les conditions dans lesquelles s'engagera l'action, quels que soient les acteurs du drame, quel que soit le milieu dans lequel s'en dérouleront jusqu'au dénouement les péripéties.

De la part de théoriciens qui se flattent de baser leurs conceptions et leurs prévisions sur l'observation de l'Histoire, une telle thèse apparaît stupéfiante ; telle est, pourtant, celle qiie soutiennent, propagent et s'évertuent à faire triompher les hommes de l'Internationale rouge.

(( En Russie, disent-ils, les choses se sont passées ainsi, ainsi .(( et ainsi ; les événements se sont déroulés de telle, telle et telle (( façon ; il été absolument indispensable d'adopter telle, telle « et telle mesure ; il n'a pas été possible d'échapper à telle, telle « et telle nécessité. Or, il est certain que, à peu de chose près, <( les &irconstances seront, en France, en Italie, en Allemagne, « partout, absolument les mêmes et que, en période de transfor- (( mation violente, les révolutionnaires de tous les pays se trouce veront en face des mêmes nécessités et acculés aux mêmes « mesures.

« Donc, si nous ne voulons pas nous laisser surprendre par (( les événements, si nous sommes déterminés, le bouleversement (( catastrophique se produisant, à n'en pas perdre le bénéfice, il (( faut absolument organiser et préparer d'ores et déjà, l'action (( qu'il nous faudra mener.

a Nécessaire en Russie, la Dictature ne le sera pas moins en (( France. On peut prévoir qu'elle sera ici, moins vigoureuse et a moins longue que là-bas ; mais il serait enfantin d'imaginer « qu'il sera possible de s'en passer ; elle s'imposera.

(( En conséquence, il faut la prévoir dès à présent, s'y prépa- (( rer sur l'heure et l'organiser incontinent, v

Ces paroles, je les ai entendues maintes fois depuis quelque temps et je pourrais sans chercher beaucoup citer dix textes, vingt textes écrits qui les confirment.

Constatons-le : cette thèse de la Dictature — et, circonstance aggravante de la Dictature d'un Parti — envisagée non plus comme une mesure à laquelle on sera pent-ôtre conduit à recourir, mais comme une mesure fatale, inévitable, qu'il est indispensable de prévoir et de préparer, sans attendre que les circonstances en aient démontré l'obligation absolue, cette thèse est nouvelle. Elle est extrêmement dangereuse aussi bien que radicalement fausse.

Elle est fausse, parce qu'elle ne tient aucun compte du concours considérable de circonstances très diverses qui peuvent amener le choc révolutionnaire ; parce qu'elle présuppose que

partout, à l'avenir, ce choc se produira dans des conditions identiques, que partout les forces en opposition seront les mêmes et les éléments en conflit dans des positions stratégiques invariables.

Or, il est de toute évidence que rien n'est plus erroné.

Elle est extrêmement dangereuse parce que si, dans des conditions X données, la Dictature peut être la planche de salut d'un mouvement révolutionnaire in extremis, je veux dire en danger de mort, cette même Dictature peut, en des conditions Z données en consommer le naufrage.

L'objet de ce travail

L'erreur des néo-communistes provient de, cette fascination manifeste qu'exerce sur leur esprit la Révolution de Russie.

Je ne leur fais pas l'injure de les accuser d'ambitions personnelles ni de supposer que, s'ils incorporent à la vaste doctrine révolutionnaire la thèse particulière de la Dictature fatale, inévitable, nécessaire, c'est parce qu'ils manifestent l'espoir d'être de ceux qui seront appelés à exercer cette Dictature. Je les crois sincères et uniquement soucieux d'assurer, par la Dictature de leur Parti, le salut de la Révolution future et l'organisation du milieu social qui en sortira.

Mais la sincérité n'exclut pas l'erreur ; on peut se tromper de bonne foi, et je suis persuadé qu'ils sont dans l'erreur.

Encore un coup, cette modeste étude ne se propose pas de discuter s'il a été indispensable ou non d'instituer, en Russie, le régime de la Dictature, si c'était l'unique moyen d'assurer à la Russie bolcheviste la victoire sur ses ennemis de l'intérieur . et de l'extérieur, s'il est encore indispensable de maintenir ce régime, tant pour écraser définitivement les entreprises de contrerévolution, que pour asseoir sur des bases solides le monde communiste.

Pas de confusion, pas d'équivoque et ne confondons pas deux choses qui sont distinctes ; ne soudons pas deux idées qui doivent être nettement séparées,

La Dictature en Russie est un fait ; la Dictature en France... et ailleurs, n'est qu'une théorie. Gardons-nous de conclure d'un fait unique à une théorie générale et définitive.

La Révolution en Russie a éclaté dans des conditions connues et précises ; elle a été amenée par un concours de circonstances déterminées ; elle a eu pour facteurs humains des éléments spéciaux ; elle a traversé des difficultés particulières ; elle a dû se développer dans un pays placé par l'immensité de son territoire, par la nature et la mentalité de sa population, par ses traditions religieuses, sa constitution politique et son

organisation économique, dans une situation et des conditions historiques données. Et, à tort ou à raison, le Parti communiste (le Russie a cru devoir, pour sauvegarder les premières réalisalions socialistes et en assurer le maintien et le développement, recourir au régime de fer de la Dictature.

Voilà le fait.

Nos communistes de France ajoutent :

« Ici, et partout, les choses se passeront exactement de la « même façon ; on se trouvera, le lendemain de la Révolution, <( en face des mêmes obstacles à franchir, des mêmes résistances u à briser, des mêmes difficultés à surmonter. En conséquence, (( quelles que soient les circonstances qui amèneront en France « le bouleversement révolutionnaire, quelles que soient les con- « ditions dans lesquelles ce bouleversement se produira, quelle (( que soit la nature des difficultés qu'il rencontrera sur sa « route et feront obstacle à son déroulement, il sera absolument « indispensable d'instituer immédiatement, ici comme là bas, (( le régime de fer de la Dictature. » .

Voilà la thèse.

C'est- je le répète, la thèse de la Dictature incorporée d'avance et quoi quHl advienne, dans la doctrine révolutionnaire, thèse faisant partie intégrante de celle-ci et ne devant, en aucun cas, en être disjointe.

C'est cette thèse que je déclare fausse et dangereuse ; c'est elle que je veux combattre brièvement, clairement.

Tel est l'objet de ce travail.

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