‹ Mon paysChapitre 2 sur 45 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

heure, de porter sur elle une main sacrilège et prétendent la faire sortir de sa torpeur alanguie, favorable aux rêveries passionnées. Ils font l’inventaire de ses trésors, mesurent le débit des rivières, la hauteur des chutes d’eau, sondent la profondeur des golfes et des rades, et parlent de construire des ports considérables, de dresser des cheminées d’usine et des machineries trépidantes jusqu’au cœur des cités blanches, au risque de bouleverser les parterres de fleurs et de troubler la sérénité d’un azur immaculé. Il en est qui voudraient installer, à la place des buissons de roses, des forges diaboliques ; d’autres rêvent de substituer aux parfums surannés des fleurs les odeurs plus modernes des fabriques d’engrais ou des usines de carbures, et d’obscurcir le ciel par des fumées abondantes...

Il est donc opportun de fixer de notre mieux le visage actuel de la Riviera, pour que, plus tard, si les enlaidisseurs et les futuristes réussissent dans leurs desseins néfastes, il soit au moins loisible d’imaginer, par la description et l’image, les grâces d’antan et de s’agenouiller devant elles comme on fait pour certains tableaux de Léonard ou du Titien, qui nous gardent le visage délicieux de beautés célèbres tombées en poussières, et dont il ne subsiste pour les vivants que le souvenir attendri.

Nice — Décembre 1919.

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