‹ Mon paysChapitre 8 sur 45 · La Forêt mouillée · texte numérisé non relu

La Forêt mouillée

LE MONT-BORON

escaliers, la joie de vivre, l’égoïste plaisir de la solitude heureuse, la béatitude des parfums, du soleil, de la lumière radieuse : Miramar, Phoebus, Mon Plaisir, Les Délices, le Muguet, la Gavotte, Mirasol... Jetez, en passant, à travers les grilles, par-dessus les murs, un regard indiscret dans ces domaines fortunés, ce ne sont que roseraies abondantes où se mêlent la tendre Reine Olga, l’éclatante Noella Nabonnand, la pâle Léonie Viennot, des tapisseries de Bougainvillées accrochées aux blanches murailles, des poivriers aux longues chevelures pendantes, des héliotropes et des bégonias courant sur les pergolas, des sombres caroubiers, des oliviers argentés et des palmiers élégants...

Puis, au sertir de cette cité de villas et de parterres, la forêt de Mont-Boron, la forêt profonde, la forêt mystérieuse et chantante, dont les pins aux troncs striés de rouge et de gris cachent de fraîches clairières remplies de cytises, de thyms, d’asphodèles et de mousses sur lesquelles les nuits où brille la lune « ornement et l’honneur du silence » les théories joyeuses des faunes et des dryades doivent s’ébattre aux sons des flûtes champêtres. Çà et là, dans ce velours des arbres résineux, un chêne vert agite le brillant panache de ses ramures mouvantes, un rocher dresse comme un autel de sacrifices sa masse pansue et robuste, des genêts dorés se groupent en odorants bouquets...

Ça sent si bon — ■ que c’est toujours — comme si on Attendait la procession,

Et cette odeur — s’en va troubler — toute la lande,

» Car le vent fait la propagande 1 2.

Page 1