DE MARIE
Je m'étais laissé saisir par cette poésie naïve que chante toute la nature en cette terre de lOmbrie.
Seul, je suivais le chemin aui conduit d’Assise à Saint-Damien, ce chemin blanc et rose marbré de ces deux tendres couleurs par les pierres qui le forment.
Après avoir longé la basilique de Sainte- Claire, on doit passer sous deux portes assez rapprochées l’une de l’autre. Pèlerin, ie ne prétends pas savoir le pourquoi de toutes choses, mais je devine sans peine, à défaut de documents historiques à ma disposition, qu’on dut ouvrir les remparts à cet endroit pour donner une plus grande facilité d'accès entre Saint-Damien, la basilique de Sainte-Claire et la ville elle-même. On appelle encore aujourd’hui
cette entrée la ‘porte neuve” ou encore la
“porte de la bénédiction”. Ce dernier nom lui vient de ce qu’au-dessus de la porte on a retracé la bénédiction que saint François donna à la ville d'Assise alors que, transporté à Notre-Dame des Anges, il se fit tourner vers la cité pour la bénir encore. Ce n'est pas que ce soit là l’endroit où François se fit arrêter — nous aurons plus tard l’occasion d'y passer --, mais on a voulu mettre à l’honneur cette bénédiction en l'inscrivant au-dessus de la grande porte neuve.
Après avoir dépassé les portes, je descendis la pente qui conduit à ce cher sanctuaire, caché dans la verdure tout comme un nid. Sur ce chemin si souvent suivi par François, et avec lui par ses premiers compagnons, par Claire, la Princesse des Pauvres, et par ses filles, et depuis par combien de frères et de pèlerins, il me semblait sentir au cœur quelque chose de ce que devaient éprouver toutes ces âmes, se rendant à cette humble petite église restaurée des mains du Père, asile de la Vierge Claire, et berceau de son Ordre.
En marchant, j'écoutais la voix des oiseaux, je respirais le parfum des fleurs; ma poitrine se dilatait à l'air tiède du soir; mon âme s’é-
Ce: PS es 7 0 AÉTRE mntqes me + cm à
levait sur ces ailes de la nature. Et, tout en marchant, je priais, égrenant cette couronne d’‘“‘Ave’”’ que tout franciscain porte sans cesse, appendue à sa corde. Je la récitais comme si ie tressais une guirlande de fleurs pour la déposer au front de la Reine des Mineurs.
Plus beaux sont les “Ave” que les fleurs du chemin, plus beaux que les fleurs du buisson. Et, cependant, qu'elles sont jolies ces humbhles fleurs entremélées sans art, mariant leurs couleurs relevées par la verdure si fraîche; qu'elles sont gracieuses ces blanches aubépines qui vous regardent à travers leur buisson épineux; qu’elles sont tentantes ces grappes de chèvrefeuille qui pendent langoureusement.
Et alors, je pensai à la Vierge aimée qui avait son autel à l’angle du mur d'enceinte du couvent. Derrière un grillage, Marie a là une petite chapelle rustique, comme on en voit tant dans ces campagnes de j'Ombrie.
Pour Marie, je me fis enfant, et pour elle, je cueillis des fleurs. En ce moment, je me sentais devenu Assisien. Il me semblait qu’adopter la piété naïve, simple, expansive de ce peuple, c'était me faire plus franciscain encore.
J'avais vu, en disant un “Ave” à cette
Vierge si douce dans sa niche, qu'aux mailles du treillis les passants inséraient leurs gracieux bouquets. Je voulus faire comme eux:
je n'avais d’ailleurs qu’à tendre la main vers les branches qui, elles, me tendaient leurs fleurs. Je fis un bouquet de chèvrefeuille. Toujours seui, j'avançais, face à cette vallée enchanteresse, d'où le jour commençait à s'enfuir.
Arrivé devant la peinture qui orne le fond de la niche, je déposai mon bouquet blanc aux pieds de la chère Madone. Mais je n'étais plus seul; par l’autre chemin qui forme l’angle, une Jeune fille et un petit garçon arrivaient, telle une vision.
Je m'étais agenouillé, &4 le front appuyé sur le rebord de brique, je priais encore. Je voulais voir mes “Ave Maria” se mêler à mes fleurs. A leur tour la jeune fille et l'enfant vinrent s’agenouiller devant la Vierge bénie. Leur prière fut courte. Quand je relevai la tête, ils étaient déjà partis. 3e ne me retournai pas pour chercher leur trace, mais devant moi j'avais les fleurs qu'eux aussi avaient «déposées, près des miennes. Et quel ne fut pas mon étonnement en voyant, encadrant mes blanches fleurs de chèvrefeuille, les bluets fi-
Îles yla- UX ; 7ers
nd aux lus une cile
uyé
Je
nement découpés et les rouges coquelicots.
C'était bien les trois couleurs aux pieds de Marie.
En ce temps de guerre le blanc incertain du chèvrefeuille paraissait à mon imagination comme jauni par la fumée des batailles, le vouge vif du coquelicot me rappelait le sang vermeil de nos soldats, le bleu tendre du gentil bluet m'inspirait une plus grande confiance en la future victoire.
Hasard peut-être qu'un fils &e la France fût là, uni aux enfants d'Italie? Hasard peutêtrr que ces fleurs éphémères vinssnt étaler aux yeux de la Reine du monde, dans sa chapelle solitaire ‘étendard des armées? Hasard sans doute! Et cependant, le Dieu qui fait épanouir les fleurs et leur donne de tendres ou fortes nuances, s’il se joue dans ces merveilles de la nature, pourquoi ne se jouerait-il pas aussi à former aux pieds de sa douce Mère,
avec des flurs, le glorieux drapeau de la