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il n’y a cependant qu’un seul baptistère; tous les enfants sont portés ici, où François et Claire, les deux plus illustres assisiates, sentirent couler sur leur front l’eau régénératrice.
Pendant que je suis à Saint-Rufin arrive juste un baptême. Le petit chrétien que lon vient de faire, au goût un peu mordant du sel de la sagesse se sent ému et pleure. Ces pleurs d'enfant, ce baptème me rendent plus présent ce baptême de mon Séraphique Père dont je viens vénérer le souvenir.
En face du baptistère encastré dans le mur et protégé par une grille, on voit une plaque de marbre portant de vagues traces. C'était autrefois la marche où s'agenouilla le saint pèlerin, l’angélique parrain de François, et où il laissa l'empreinte de ses genoux.
J'avance vers l’autel, et tout en regardant d'intéressants tableaux, ce qui me hante, ce sont les souvenirs franciscains. En avant de l'autel principal, se trouve d’un côté la statue de saint François dont nous avons déjà parlé, de l’autre celle de sainte Claire que la fille de Dupré, Amélie, a tenu de sculpter. C’est peut-être la figure qui se rapproche le plus de ia réalité. Elle a été exé-
Ce
cutée après que l’on eut fait la découverte du corps de la Bienheureuse Mère, et l'artiste a eu la sage inspiration de tenir compte des connées que fournit l’ossature de la Sainte.
Sa taille est élancée et au-dessus de la moyenne. Son visage, aue l’on a essayé de reconstituer sur le crâne du saint Corps, nous montre une physionomie ferme et énergique :
son geste, qui presse sur son cœur l’ostensoir d’albâtre que l'on vénère à Saint-Damien, comme étant celui où l’on conservait pour elle le Très Saint Sacrement, nous dit toute la tendresse de son amour envers le Dieu de l’Eucharistie.
Elle est bien, là, près de son Séraphique Père, Claire d'Assise, C’est en effet en cette cathédrale, qu’écoutant les sermons enflammés de François, elle résolut de quitter le monde. C'est en cette cathédrale que, le jour des Rameaux, toute préoccupée du projet que la nuit suivante elle devait mettre à exécution, elle se tint à l’écart et ne se présenta pas à la distribution des palmes: ce que voyant le Pontife, tenu au courant de sa détermination, des-
cendit vers elle et lui tendit la palme, signe
de l’éclatante victoire qu’elle devait remporter sur le monde.
C'est dans cette cathédrale que Franeois prêcha l'amour de Dieu et la pénitence. Et quels effets produisirent ses paroles sur ses concitoyens, quelques-uns ses parents, d’autres ses connaissances, d’aucuns même les compagnons de plaisir de sa foile jeunesse! Mais ils n'étaient que plus puissants ces discours que, depuis sa conversion éclatante, n'avait pas démenti une vie héroïque de pénitence et de pauvreté. Si on avait connu autrefois le fils du marchand drapier, lorsqu'il parcourait les rues de la cité en chantant, étrangement vêtu d'étoffes qui faisaient contraste de couleur et de finesse, si on avait connu ce jeune homme bruyant mais pur, que l’on avait surnommé “la fleur de la jeunesse d'Assise”, on connaissait maintenant, mieux encore, celui qui, pour l'amour de Dieu, avait renoncé à son patrimoine, avait affronté la malédiction d’un père, et avait embrassé d’une si amoureuse étreinte la plus haute et la plus réelle pauvreté.
I] pouvait parler, ses amis d'autrefois l’écoutaient. Ceux mêmes qui, un instant étonnés d’un tel et si subit changement, l'avaient
S1 taxé de folie, reconnaissaient maintenant sa sagesse et se laissaient enthousiasmer à ses ardeurs; ils aimaient à l'entendre dire combien Dieu était bon et combien il devait être
aimé. Sainte éloquence de François, qui remua tant d’âmes et les fit monter jusqu'aux sublimes hauteurs du sacrifice, que ne puis-je apprendre et retenir vos leçons dans cette cathédrale de Saint-Rufin!