‹ Mon pèlerinage à Assise, Cortone, l'Alverne [microforme]Chapitre 23 sur 87 · CS · texte numérisé non relu

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nous montrent bien que les parents de Fran-

çois, comme nous le dit l'histoire, vivaient dans un rang de fortune au-dessus de la simple aisance. Bernardone, dans son commerce qui s’étendait aux villes voisines et même à l’étranger, avait fait fortune, Nous passons sous cette porte pour nous rendre à “San Francesco il piccolo”, ou encore “San Francescuccio, Saint François le petit”, où je tiens beaucoup à célé-

brer la sainte Messe.

Cette porte de la maison paternelle, je ne saurais la franchir sans émotion. C’est par là, me dit le Père qui m'accompagne, que l'on transporta Pica, impuissante à donner le jour à son enfant, dans une étable voisine, selon le conseil d’un étranger mendiant. Depuis, aue de fois François passa par cette porte, jusqu’au moment où il se la vit fermer par la fureur de

son père,

C'est à cette porte que l’Ange se présenta d’abord pour demander l'honneur d’être par- ‘ain, puis, pour recommander à Pica d'avoir bien soin du trésor que Dieu lui confiait.

C'est à cette porte que les amis se présentaient,

donnaient un signal convenu, et c’est par elle

que François, à la désolation de sa mère, quittait tout, même son repas, pour les suivre. Les jeunes gens de nos jours font encore quelque-

fois de même.

On traverse la rue un peu de biais, en descendant, et l’on se trouve devant l’ancienne étable, Une inscription nous dit ce qu’elle fut

et ce qu'elle est dans l’histoire séraphique :

Hoc oratorium fuit bovis et asini stabulum, In quo natus est Franciscus mundi speculum.

Cet oratoire fut l'étable du boeuf et de l'âne, Où naquit François le miroir du monde,

C'est donc ici que naquit saint Francois La critique a voulu contester l'authenticité du sanctuaire, mais comment expliquer que, sans protestation aucune, un beau jour, on se fût installé dans cette étable, qu’on v eût élevé un autel, et qu'on eût dit: c'est ici que naquit saint François.

Dieu, qui voulait que François lui ressemblât sous tant d'aspects divers, qui le voulut crucifié comme lui, portant les stigmates de sa Passion, voulut aussi que sa naissance ressemblât à la sienne, Dans cette étable du

bœuf et de l'âne François naquit, et là-bas

dans la plaine, à Notre-Dame des Anges, les Esprits célestes, dit-on, firent entendre de mélodieux cantiques, répétition de ceux qu'ils avaient chantés à Bethléem.

L'oratoire de “saint François le petit” n’est plus en parfait état. Une plaque commémorative nous apprend qu'une fraternité allemande du Tiers Ordre de saint François avait fait les derniers frais de restauration, mais on aurait besoin de renouveler la toilette de l’oratoire,

Laissera-t-on ce soin aux Allemands après la guerre? ou les préviendra-t-on dans cette pieuse charité ?

J'avoue que c’est peut-ôtre là que j'ai trouvé ornements et linges d’autel dans le plus triste état. Etait-ce pour rappeler la pauvreté du lieu et faire mieux ressortir l’humilité de l'étable? Je ne puis le croire.

Pendant que je célébrais la messe devant deux assistantes, au-dehors, harmonie imitative parfaite, un âne, attendant probablement Sa maigre ration, eut la bonne pensée de

braire. C'était bien la voix appropriée à la

circonstance de lieu, et dans ma naïveté je m'en suis réjoui.

On m'avait préalablement averti que le sacristain, mon servant de messe, s'attendait à une récompense, Pauvres gens! Les pèlerins et les touristes leur sont le champ fécond où ils cueillent la pitance quotidienne. Depuis la guerre, les voyageurs sont plus rares, ceux qui viennent doivent être plus généreux, L'une des pieuses assistantes voulut bien venir en aide à ma détresse et solder ma

dette de reconnaissance.

Je n'oublierai pas ma messe à “San Fran-

cesco ii piccolo”,

A la maison paternelle de saint François, le R. P, Gardien m'invitait à prendre le repas da midi et j'avoue que j'en fus sensiblement heureux. Il me semblait, ce jour-là, être invité dans la famille de saint François luimême, et dans mon imagination, je me voyais à la table familiale que présidaient Bernar-

done et Pica.

Deux autres Provinciaux de passage à As-

sise prirent aussi leur diner à la “Chiesa Nuo-

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