ION PELERINAGE
vrant que dans les grandes circonstances. Ce qui me Irappa tout d'abord, ce fut de voir c« grand temple désert pa ine ame ! J'y u1s entre depuis plusieurs fois et je n y ai jamais rencontre qu'une bonne vieille mendiante qui na harce de sa suppliante demande, Dans ma pauvreté, je Er ai pu lui donner que son obole habituelle: une prière à Marie.
Il faut dire quen ce temps de guerre les polerins et les touristes Sont Iort rares, et cette constatation de solitude et d'abandon, j'aural à la faire dan hacun des sanctuaires iranciscains d'Assise
L'église est grande, elle est nu seules quatre fresques à la croisée de la voûte de la nei et des transepts, où sont peintes des Saintes faisant cortège à la Reine des Vierses et à Sainte Claire, ornent les murs avec quelque: tableaux. Parmi ces tableaux, l’un, fort ancien, représente sainte Claire et tout autour d'elle les principales scènes de sa vie, Du cote de l'évangile se trouve la chapelle qui contient les tombeaux de sainte Agnès, de la bienheureuse Béatrice et de la bienheureuse Hortulana, la mère des Saintes, et d'autres, parentes et compagnes de la Fondatrice. qui semblent
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avoir pris à sa suite cet élan de vertu qui les à portées au sommet de la sainteté, Elles reposent pres d'elle et font, dans la mort même. un cortége de sainteté à leur Abhesse Fondatrice. Elles ont été transportées là, de Saint- Damien, où avait eu lieu leur bienheureux tré pas. Je m'y arrête et m'agenouille en une longue prière,
Cette église fut construite apres la can:
nisation de sainte Claire (26 septembre 1255) : elle est sise à côté de celle de Saint-Georges, où saint François avait eu sa sépulture provisoire, ainsi que sainte Claire. Une partie de cette antique et vénérable église de Saint-Georges sert de chœur aux religieuses ; l’autre, dans laquelle on entre par une porte latérale du côté de l'épitre, sert de chapelle du Très Saint Sacrement. Elle est dans la journée fermée par une grille de fer.
J'avais fait le tour de l'enceinte. J'avais descendu les marches de l'escalier qui s'ouvre au milieu de la nef et qui conduit à la chapelle souterraine où se trouve le corps de Sainte Claire, mais je m'étais buté contre la porte de fer forgé qui en ferme l'entrée,
Inquiet, je me demandais où il fallait frap-
per pour faire tomber toutes ces barrières, quand se présenta, sortant d'une sacristie, une dame qui fait les fonctions de portière Les Clarisses du grand monastère n'ont pas, comme d’autres, de sœurs tourières; une séculière de bonne volonté, peut-être à gages, leur sert d'intermédiaire nécessaire avec l’extérieur., Elle m'introduisit, par l’église même, au parloir de la communauté. Cette voie semble bien être le chemin ordinaire, car la porte, qui donne sur la place extérieure, parait ne pas s'ouvrir souvent, à en juger par l'herbe qui pousse à travers les pierres de la petite cour qu'il faut traverser.
L'Ordre de sainte Claire n’a pas de supérieure générale, Chaque maison est indépendante; je ne puis oublier, cependant, que je suis ici à la Maison Mère de l'Ordre, “Casa Madre”, et que, par conséquent, l’Abbesse de ce monastère est plus que tout autre surcesseur de notre Mère saint Claire.
La concierge a tiré le cordon de la cloche et Mère Abbesse se présente à la grille.
Je décline humblement mes titres. Il n’en faut pas davantage. je suis déjà en pays de
connaissance, Des lettres de créance m'ont
précédé, Une admiratrice de sainte Claire, qui est en relation avec la Maison Mère d’Assise, a écrit de Montréal pour annoncer ma visite prochaine. Je suis attendu. Mère Abbesse parle le français ainsi que sa compagne ; cette dernière surtout a des tours et des expressions si gracieux, empruntés sans doute au génie de la langue italienne, que l’on ie fi- £gure volontiers que c'est ainsi que devaient parler français saint François et peut-être sainte Claire, La Révérende Mère me témoigna tant de bonté qu'il parut bien que de pressantes recommandations ajoutaient encore au regpect et à la vénération que Son esprit de foi lui inspirait pour tout prêtre, tout frère de saint François.
Elle m'invite à dire la sainte Messe l'un de ces jours au tombeau de la sainte Fondatrice, puis je me rends à la chapelle du Très Saint Sacrement pour vénérer de précieuses reliques, et de là à la crypte voir une première fois le corps de sainte Claire. La messe au tombeau fut fixée au mardi, ler juin.
Je quitte Mère Abbesse, qui m'a fait promettre de ne pas partir sans venir la revoir :
elle a, me dit-elie, des commissions nombreuses pour Montréal,
Je reviens à la grande église et de là, à la chapelle du T. S. Sacrement, dont la porte est maintenant ouverte,
Je vénère d'abord le Crucifix qui a parlé à saint François et qui se trouvait autrefois
à Saint-Damien. Il est conservé dans une
petite chapeile du côté de l’épitre, On le voit par une grille qui forme clôture pour Jes religieuses.
C’est un tableau byzantin où Notre sei- £neur est presque de grandeur naturelle: autour de lui, sous les bras, des personnages plus petits, des Anges, sont en adoration autour
des mains du Crucifié: un groupe plus noin-
breux occupe le haut de la croix, où, dans un nimbe, se voit saint Jean-Baptiste,
Assise, depuis quelque temps, est doté de
lumière électrique, mais (est-ce par respect
du saint Jour du Seigneur?) le dimanche la
dynamo ne fonctionne Pas; aussi la sœur qui me montre le Saint Crucifix allume une mèche qu'elle promène au bout d'un allumoir:
elle porte la flamme tout près de la figure du
Christ, noircie par les ans, pour m'en faire ad-
mirer la douce beauté. Je regarde surtout cette bouche divine, me souvenant que c'est ce Cru- Cifix miraculeux qui parla à notre Séraphique Père, lui répétant par troï: fois: “Va, François, et répare ma maison qui, comme tu le vois, tombe en ruines.” Je demande à Jésus de parler encore aux enfants de son serviteur Francois, de leur donner encore des ordres, et de les envoyer réparer les ruines de l'Eglise, les ruines accumulées dans les âmes, temples de Dieu.
J'avais toujours eu une singulière dévotion pour ce Crucifix, qui doit être particulière. ment cher aux enfants de saint François, et j'en avais répandu des reproductions. Combien je suis heureux aujourd'hui de le voir de mes yeux et de pouvoir prier à ses pieds, comme y pria souvent mon Séraphique Père.
Que j'aurais voulu avoir sa ferveur!
Sous le Crucifix se trouve un reliquaire contenant le chef de sainte Agnès. Si on a confié à la terre, aui le garde encore, sous la chapelle latérale. le Corps Ge la sainte sœur de Claire, on a eu la bonne pensée de garder à la vénération des siècles sa tête, On
voit, par la relique, qu'Agnès devait être, con-
trairement à Claire, de taille petite et délicate. Sur l'os frontal de droite, on remarque sensiblement une tache, que l’on croit
avec raison être la marque du coup brutal qui lui fut asséné par son oncle Monaldo, alors que, voulant l’arracher du monastère de Saint-Paul, où elle avait rejoint sa sœur, il la traînait sur le chemin, par les cheveux.
La jeune fille avait perdu connaissance. Les prières de Claire et un miracle la délivrèrent des mains de ces forcenés et la rendirent à la sainte liberté du cloître. Cette marque est glorieuse sur ce front, elle est un trophée de victoire.
Par le tour, la Mère Abbesse veut bien me confier ‘le saint emplâtre”. Il est enfermé dans une boite reliquaire que j'ouvre, et, à travers un treillis, je puis contempler la sainte relique.
François stigmatisé souffrait vivement de la plaie du côté. Sans vouloir s’exempter de cette souffrance aimée et d’origine toute céleste, il voulut cependant bien accepter un cataplasme émoliant et aromatique, que sa fille sainte Claire, compatissant aux souffrances de son Père, avait elle-même préparé, Cet
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emplâätre fut appliqué sur le côté sanglant du Stigmatisé de l’Alverne. On a bien fait de conserver avec soin cette double relique, remède d’une sainte pour un saint. On est tenté de l’invoquer pour lui demander la guérison des plaies de l'âme, On la vénère en priant et la sainte infirmière et le séraphique souffrant.
On conserve encore à la “Casa Madre’”’ d’autres reliques, en particulier des cheveux de sainte Claire, une tunique de la Sainte, et l’aube d'une broderie très fine et aitistement remarquable, que Claire confectionna pour saint François quand, à la messe, il servait en qualité de diacre. Mère Abbesse s’excusa de ne pouvoir me montrer ces trésors. Si elle regretta de ne pas pouvoir me les montrer, je laisse à deviner si j'ai regretté de ne pas les voir.