LA GRANDE EGLISE
Ne pouvant pas agrandir la petite église, la Chiesina, il fallut songer à en bâtir une grande; l'affluence croissante des pèlerins l’exigeait.
Une vieille inscription nous apprend qu'elle fut édifiée par le noble chevalier Tarlato di Petra Mala et la comtesse son épouse, Jeanne de Santa Flora, en 1348. La mort vint surprendre les pieux fondateurs, qui cependant pourvurent à la continuation de leur oeuvre, par un testament en due forme, Mais, déjà à cette époque, les héritiers contestaient les legs pieux et trouvaient des juges bienveillants.
Les travaux restèrent en suspens et ne purent être achevés qu'en 1459, plus de cent ans après, par les Consuls des Drapiers de Florence, que les circonstances avaient honorés du titre de Protecteurs de l’Alverne. Leurs ar-
mes — une brebis tenant une banderole sur-
ee
montée de trois lys dans un lambel
— ga voient au coin de l'ég
lise qui regarde la place. ans la construction de l'édifice excomme pour bien d'autres é Manque d'unité de plan.
ne faisons
Ce retard d plique,
constructions, ] Mais nous ni une étude historique, ni une étude archéoiogique; nous accomplissons un pèlerinage,
Rien ici qui ait rapport aux Stigmates de ni au séjour qu'il à fait sur
Toutefois Pourrions-nous
S, dans un pèlerinage à la sainte montagne, ne p
saint François, l’Alverne,
as donner toute notre attention à la grande
Faisons-en rapidement le
Elle contient plusieurs d'une grande beauté.
Peut-être
église ?
tour.
tables robbianes
les lecteurs, qui ont entenc péter plusieurs fois cette
bles robbianes”, voir au juste c
lu réexpression de “taseraient-ils bien aises de sa- € que signifie ce terme.
Della Robbia est le nom d’une famille d’artistes iameux, qui surent créer un art nouveau, resté comme I
eur apanage, modeler
IIS surent la terre cuite. lui donner un vernis, et plus encore lui donner une vie que personne n'a pu surpasser, et presque pas su imi-
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ter. Ces vastes tableaux en céramique sont des poèmes. A Assise, le R. P. Dom Frangipani, bénédictin, curé de San Pietro, — un poète lui aussi — en me recommandant d’adnmirer de tous mes grands yeux les travaux des artistes immortels, m'en expliquait la provenance: Della Robbia contemplait, le soir, la profondeur de l’azur étoilé, et, du bleu de l'azur et du bianc des étoiles, il pétrissait ses admirables tables, qui ont traversé les âges et affronté toutes les intempéries des saisons, sans £e ternir, sans s’altérer. Elles nous font revivre l'idéal de beauté que ces artistes avaient conçu: le Père Eternel dans sa jeune éternité; le Verbe fait chair, qui naît ou qui meurt, dans la grâce de son humanité: la Vierge Marie, dans le rayonnement de sa joie ou l'effacement de sa douleur; les Saints, et saint François surtout, dans le ravissement de leurs extases; les chérubins, dans leurs multiples expressions, toujours nouvelles.
L'Alverne est très riche en ces oeuvres d'art, elle en possède douze.
La grande église en contient plusieurs dont deux surtout sont très célèbres, et à bon
droit, car elles sont très expressives: l’Annon-
ciation et la Nativité du Christ. Elles sont comme abritées par un édicule qui surmonte l'autel où elles sont placées.
La première, très sobre en personnages, ne contient que la Vierge et l’Ange: au-dessus d'eux une colombe. figure du Saint Esprit; dans un des coins Supérieurs le Père Eternel, entouré d'Anges; entre les deux personnages principaux, un vase d’où émerge un lis.
Les figures sont blanches, le fond d'azur.
Dans le soubassement, 1a réponse de Marie à la salutation angélique: Ecce ancilla Domini, fiat mihi secundum Verbum tuum.
La Nativité Jui fait pendant. La table se compose de 900 pièces. La Vierge y est à genoux, les mains jointes, devant le Divin Enfant, Le Père Eternel, le Saint Esprit, les Anges sont en admiration devant l’abaissement du “Verbe qui s’est fait chair de la Vierge Marie.”
Ce sont là des prodiges d'art, dans lesquels la beauté s'est pétrifiée sur la terre. Oui, ce sont toujours nos mystères divins qui ont donné à l’art humain sa plus haute expression; et rien d'étonnant, puisqu'ils puisent le beau à sa source première qui est Dieu.
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L'Ascension de Notre Seigneur forme elle aussi une belle oeuvre. Le Christ Rédem pteur et triomphant se détache sur le fond d'azur, les pieds posés sur la nue qui va le dérober aux yeux de ses Apôtres, les mains étendues pour bénir. Les personnages, qui, en bas, contemplent la glorieuse montée au Ciel, sont vivants d'expression. Comme plusieurs autres compositions, celle-ci est enrichie de nombreuses têtes de Séraphins ailés, et elle est entourée de guirlandes de fleurs et de fruits.
Nous n'oublierons pas une autre composition, celle de Notre-Dame du Refuge. J'ai tenu à célébrer la Messe à cet autel le jour de Notre Dame du Perpétuel Secours, l’équivalence de ces titres de la Vierge satisfaisant ma dévotion. L'Enfant Jésus, debout sur les genoux de sa Mère, bénit qui vient la prier.
Il y aurait de grandes pages à écrire, si nous voulions nous arrêter devant chacune des inscriptions qu'ont fait mettre ici l’une ou l’autre famille bienfaitrice de l’Alverne, s’il fallait nous arrêter devant chaque noble bla- Son qui rappelle le passage et la bienfaisance
d'un riche. Ces blasons son nombreux, à l’intérieur comme à l'extérieur de l’église ; il y en a dans les cloîtres, sur la place.
Plusieurs ne sont plus lisibles. Inconstance et infidélité des choses humaines! On a placé là un blason que l'on estimait glorieux, afin qu'il rappelât à la postérité une famille, un nom; et dans sa vieillesse, le blason a perdu la parcie, a perdu la mémoire de qui l’a porté! Mon Dieu, vous seul inscrivez en traits ineffaçables nos noms au livre de vie, vous seul ne perdez point la mémoire de nos actions sur lesquelles vous aurez à nous juger! Si nous ne pouvons nous attarder devant tous ces documents de pierre, nous ne pouvons Gu moins ne pas aller voir le grand reliquaire aux belles portes de bois doré. On eut bien de la difficulté à les ouvrir, un moment même, je crus devoir renoncer à contempler les trésors qu'elles me cachaient jalousement. La persistante humidité des jours passé ne s'était pas contentée d’humecter le pavé comme d'une gluante rosée, elle avait aussi
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fait renfler ces vieilles portes, dont le bois, depuis longtemps, se croyait mort. Notre persévérance tenace eut un bon effet. Les
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portes cédèrent enfin. Hélas, l'humidité était venue jusque là déposer une irrespectueuse mousse blanche sur les vénérables reliques.
Le grand reliquaire pourra du moins s’aérer maintenant. Mais, navré, mon guide répétait: Non, depuis que je suis à l’Alverne, non, jamais, je n’ai vu une humidité pareille.
Puis-je passer sous les grandes orgues sans féliciter et remercier le R. P. Vigilio, qui les fait vibrer et pleurer, prier et tonner, et qui remplit l'âme de l’église de l'âme de son orgue, rempli lui-même de l’âme du P. Vigilio!
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