‹ Mon pèlerinage à Assise, Cortone, l'Alverne [microforme]Chapitre 63 sur 87 · LE SASSO S?ICCO ET LE LIT DE SAINT FRANÇOIS · texte numérisé non relu

LE SASSO S?ICCO ET LE LIT DE SAINT FRANÇOIS

Pour la seule beauté de cette nature sauvage, son calme et sa solitude, son éloignement du monde, François eût aimé l’Alverne. Mais de plus, il : i fut révélé que les larges fentes, les inexplicables bouleversements de ces roches énormes avaient été produits par le trembiement de terre et la commotion mondiale, au moment de la mort de Jésus sur le Calvaire. Ici, comme au Golgotha, les rochers s'étaient fendus de douleur à la mort du Créateur du monde. C'’en était assez pour que l’amant passionné de la Croix aimât l’Alverne d’un amour encore plus grand et plus surnaturel. Il rechercha dès lors, et ‘1 aima plus tendrement, ces rochers qui avaient, par leurs déchirements plus profonds, clamé plus fort leur horreur du déicide.

Un endroit surtout eut ses préférences:

allons-y !

Nous sommes un petit groupe. Le Père Vigilio nous accompagne, et deux dames nous suivent bientôt pour profiter des explications spirituelles et mystiques du R. P. Samuel.

L'une des pèlerines parle français: c’est une grande voyageuse, elle a habité Paris et l’A- | mérique, tout Italienne qu’elle est.

Par des sentiers tortueux, par un long esca- | lier de pierre, :i.ous descendons dans le flanc de la montagne; nous allons au Sasso Spicco, ou Rocher suspendu.

Du temps du Séraphique Père, cet escalier

n'existait pas. Il l’eût sûrement trouvé com-

mode, en comparaison des obstacles qu’il de-

vait traverser pour arriver à son but. Il n’en | aimait que plus sa solitude d’un plus difficile accès.

Nous arrivons dans une immense fissure, au milieu de laquelle se tient, on ne sait trop comment, un immense rocher.

Il a près de 43 pieds de long, 13 pieds de large, 35 de hauteur, et surplombe le sol de 15

| pieds. Cette masse n'adhère au reste de la montagne que par une toute petite partie, soit environ 6 pieds. Des expériences ont été faites, démontrant, qu’à part cette faible adhé-

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rence, le rocher est parfaitement détaché sur toutes les autres faces. Un polytechnicien a fait le calcul du poids que pouvait avoir cette masse, et il a avoué qu’il ne pouvait comprendre corament elle pouvait se soutenir ainsi.

On pourrait à tout instant craindre un effondrement de ce rocher, et cependant, depuis des siècles, il reste là, ferme et immobile, alors même que les tremblements de terre, fréquents, agitent la montagne.

Le Sasso n’est pas plus facile à décrire, qu’il n’est facile à reproduire par l’image. Il faut l'avoir vu pour en comprendre même les shotographies qui, ne pouvant être prises qu’au moyen d’une lumière artificielle, en éclairent le plafond, et en donnent une incompréhensible vision, plutôt qu’une image approchante.

François s'était laissé séduire par ce qu’a d'horrible cette menaçante roche; et se tenir en prières, sous sa masse, faisait ses délices. Il lui semblait être là près de Dieu. Là ses larmes coulaient, au souvenir de la Passion, comme l'eau tombe de la frange de verte mousse qui tapisse le flanc du roc. N'est-ce pas ce lieu que chante la prose de la Messe quand elle dit: “Quaerit loca lacrymarum. Il

recherchait les lieux propices aux larmes” ?

Sous ce terrible plafond, appuyée aux parois du rocher, est une grande croix de bois, qui rappelle celle que François avait placée là pour y méditer — livre toujours plein de leçons pour lui — la Passion de son Divin Maître. La masse suspendue et l’espace qu’elle abrite sont comme le Gethsémanie de saint François.

Le Père Vigilio a apporté son kodak. Il voudrait prendre le Vicaire Provincig! de la Province de France dans ce pittoresque fond, mais il faut compter sur la lumière, et la lu-

mière aurait-elle peur du “Masso”? — ne

descend pas assez jusque là. Je dois remonter un peu les marches pour trouver un jour plus favorable,

Il faut que je le dise au Père Vigilio: non seulement sa photographie n’est pas une merveille, mais, par malheur, le R. Père l'ayant trop précipitamment lavée, elle ne s’est même point conservée. Puis-je compter que mon souvenir aura été conservé plus fidèlement dans la mémoire du photographe ?

Je cueillis ici une verte mousse qui entrera plus tard dans ma “flore franciscaine”.

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En remontant, le P. Samuel me fait remarquer, entre les deux parois de la fente qui semble partager la montagne, un énorme quartier de pierre, tombé là, et immobilisé depuis en cette étrange position. C'était, me dit-il, le 12 janvier 1867, juste au moment où deux commissaires du gouvernement signifiaient aux religieux que, désormais, l’Alverne appartenait au Municipe de Florence. Le fracas et l’ébran-

lement que produisit l'immense roche en tombant dans ce gouffre ne manqua pas de faire

impression sur les envoyés des spoliateurs.

Nous remontons à l'air libre ! Je sens une différence de température fort sensible en passant de cet encavement à la surface du sol.

C'est vers une autre grotte que nous nous dirigeons.

Traversant la galerie qui conduit à l’égiise stigmatine, après avoir donné un coup d'oeil, à travers les barreaux, à la chapelle de Saint- Antoine, Abbé, où se trouve une reproduction du saint Sépulcre, nous arrivons à une porte garnie de clous.

Déjà, plusieurs fois, en défilant processionnellement à cet endroit, j'avais jeté un regard, par une ouverture tout exprès pratiquée dans cette porte, vers l’entassement de rochers qui

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n’est que la haute partie de la grande fissure que nous venons de visiter en bas. Cette fois je vais la voir de plus près.

On descend quelques marches, et bientôt l'on s'engage dans une caverne formée par ces énormes masses bousculées les unes sur les autres. Un escalier de pierre, plus long cette fois, et l’on se trouve dans une grotte sombre et humide, Mon charitable guide qui connaît, je ne dis pas son métier, ce ne serait pas bier, mais sa délicate fonction, a pris soin de se munir de quoi nous éclairer,

Que venons-nous voir ici?

Une grossière et très forte grille de fer rouillé est posée sur une roche plate, lisse, légèrement inclinée en avant : c’est le lit de saint François. Non pas la grille de fer, mais la roche nue. On a placé là cette formidable grille pour protéger la pierre, que la dévotion indscrète des visiteurs aurait bien vite ciselée. On l’a faite assez forte pour résister à l’humidité du lieu et à la puissance des bras tentés de la soulever,

C’est ici la chambre rustique de Francois.

Il y était sans doute à l'abri des intempéries, mais l’humidité l’y attendait. Son lit de re-

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