‹ Mon pèlerinage à Assise, Cortone, l'Alverne [microforme]Chapitre 62 sur 87 · LA CHAPELLE DE LA CROIX · texte numérisé non relu

LA CHAPELLE DE LA CROIX

Cette seconde cellule, que saint François occupait lors de l'Impression des plaies miraculeuses, à été, elle aussi, convertie en chapelle. Elle est attenante à la chapelle stigmatine.

J'ai dit la sainte Messe à son autel, et mon charitable guide eut soin de venir me trouver, après le saint sacrifice, pour me faire les honneurs du petit oratoire.

Au-dessus de l’autel on voit une très belle et très expressive statue de Saint François.

Le Père stigmatisé est assis, à peine appuyé sur un quartier de roche, dans l'attitude de ]a douleur vive, pénétrante, que lui causent les plaies, célestes bijoux dont Dieu a orné ses pieds, ses mains et son côté. La position des mains surtout, autant que la contraction des traits, disent bien les souffrances qu’il endure.

Perché près de lui est le frère faucon.

Au-dessus de l'autel, et lui servant de gra-

din, est un reliquaire en noyer où Se conservent trois reliques de saint François: une discipline de fer, à cinq branches, dont les chaînettes sont terminées par des étoiles pointues; Ja moitié d'un bâton de montagne, sur lequel François, Chancelant de faiblesse, s’ap- Puyait; enfin, une partie de l’une de ses COrdes,

Le P, Samuel prend soin de donner les plus minutieux détails sur ces précieuses reliques, Il est touchant de Pouvoir vénérer l’un de ces instruments de pénitence, dont François usait envers son corps: et l’on Sait avec quelle ri- &ueur il traitait ce pauvre Corps, au point de se croire obligé, à la fin de Sa vie, de lui de- Mmander pardon des Mauvais traitements qu’il lui avait fait subir.

Ensemble, au Pied de l'autel, nous prions, Pour gagner les indulgences attachées à ce Sanctuaire,

Cette chapelle est toute petite, presque un simple passage, resserrée qu’elle est, entre le flanc du rocher, le précipice du mont, et Ja chapelle stigmatine dont elle forme comme le vestibule.

Une petite sacristie attenante dessert tout

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ce groupe de chapelles: celles de la Stigmatisation, de Sainte-Croix, de Sàaint-Antoine, de SGaint-Bonaventure, de Saint-Sébastien, d'autres encore.

Puisque nous sommes tout près, entrons nouveau dans la chapelle des Stigmates.

N’avons-nous pas promis d'y revenir souvent?

le centre de notre attraction n’est-il pas là ?

Nous n’avons encore rien dit de la merveilleuse table robbiane qui en fait le fond, et des non moins merveilleuses stalles qui en font le tour.

Ce Crucifiement est vraiment merveilleux.

Et qu'il se trouve bien placé, en ce lieu où Francois venait prier au pied d’une croix, où Francois médita la croix, où François, par le Crucifié du Calvaire, devint le crucifié de lAlverne !

Les paroles écrites au bas de la croix semblent bien s’21resser au pèlerin qui passe: “O vous tous qui passez par le chemin, considérez et voyez s’il est une douleur semblable à ma douleur.” Autour du grand Christ, des Anges en pleurs expriment leur douleur de voir leur Roi dans l’ignominie de la mort. A ses pieds, debout, la très douloureuse Mère, et le

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fidèle saint Jean. A genoux, deux sublimes pénitents: près de saint Jean, saint Jérôme se frappant la poitrine d’un C1illoux; près de Marie, le Séraphique François. Les quatre personnages forment comme des vivants gradins à l’exaltation de la Croix du Fils de l’homme. Au-dessus de la Croix, la lune et le soleil, qui disent la douleur de la nature inanimée, Autour de cette croix, tout pleure: et les anges et les hommes et la nature même, Plus haut encore, un pélican, symbole de l’amour qui se donne.

Un double encadrement l'entoure, l’un de Séraphins aux expressions variées et touchantes, l’autre de fleurs et de fruits en festons

Il faudrait des heures entières pour admirer les détails infinis de ce chef-d'oeuvre,

L’autel, à la fois simple et gracieux, de la chapelle des Stigmates, m'intéresse tout particulièrement.

Du côté de l'épître, j'y vois les armes de Mgr Etienne Patron, fils de la Province de France. Il fut un grand bienfaiteur de l’AIverne,

Cet autel fut exécuté par Orlandini, de Fie-

sole, d’après les dessins du P. David, francis

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cain. Mgr Potron en fit tous les frais, aussi lui laissa-t-on l’honneur de le consacrer.

Et maintenant, avec une patience qui ne doit avoir rien de méritoire, puisque j'éprouve une si intime jouissance, je fais le tour de ces admirables stalles, que j'examine soigneusement une à une. Suivant tous les contours des banderoles qui flottent, si légères, je lis, sans passer un iota, ces légendes qui me disent l’histoire des Stigmates, en me rappelant tous ceux qui ont apporté leur tribut à cette grande merveille de la grâce.

C'est un travail de marqueterie, où les bois, d'essences diverses, forment, par leurs nuances et par leurs découpures, de vrais tableaux.

Cette oeuvre d’infinie patience est due au Frère Léonard de Legnaia, qui est encore à l'Alverne. Il veut bien me montrer son très modeste atelier, d’où sont sorties ces merveilles, m'indiquer même les procédés qu’il emploie pour faire un art de sa science infuse.

En vingt-quatre panneaux, il a rangé, autour du lieu béni des Stigmates, les témoins les plus autorisés du prodige; les poètes qui l'ont chanté, les peintres qui l’ont reproduit. J'y vois sainte Claire, qui fit aux pieds

du Stig:natisé des chaussures qui lui permirent de marcher, sans que la pointe des clous miraculeux touchât terre, et mit, à la plaie du côté, un emplâtre, pour calmer la trop vive douleur; Claire qui, après la mort du Stigmatisé, put voir de ses yeux les plaies, essaya même d’arracher l’un des clous qu’elle eût voulu garder, et, tout au moins, trempa des linges dans le sang miraculeux qui coula sous l’effort.

J'y vois les Compagnons de saint François, ses intimes, qui ont pu voir de leurs JLUX ce miracle vivant. J'y vois les Papes qui ont donné l’infaillible verdict de l’Eglise à ce prodige céleste, dont il n'est plus permis à personne de douter. J'y vois les chantres inspirés, qui nous ont donné ces hymnes qui sont comme un écho des cieux. J'y vois le peintre immortel Giotto qui, de son pinceau plus mordant qu’un burin, plus délicat qu’un souffle, a laissé en nuances d'arc-en-ciel toute la vie de François à la postérité, J'y vois le poète florentin, le Dante, cette âme qui a vibré de toutes les passions religieuses et politiques de son temps, et qui, en quelques vers, a dit tout le

poème de l’Alverne.

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mirae du vive œma- Saya oulu nges fort.

çois, * ce ont properspiont tre LOrfle, de

D pd Q1

el crudo l intra Tevere ed Arno, Da Cristo prese 1 ultimo sigilio

Che le sue membra du'anni portarno

Sur une roche nue, entre le Tibre et l'Arno,

il recut du Christ le 8 u suprême (des Stigmates)

Que ses membres portèrent deux ans,

J'ai fini mon long tête à tête avec chacun des vingt-quatre panneaux, et je reviens m’agenouiller devant le carré de roche qui est le foyer de tout ce rayonnement. Je me suis rempli l'âme de liturgie, d'art et de poésie, et je voudrais pouvoir, dans un effort surhumain, faire revivre tous les personnages dont les images sont là.

Peut-être est-ce quand il n’y a plus personne à la chapelle stigmatine qu'ils sortent de leur cadre et viennent s’agenouiller tour à tour, là où je suis, les uns pour redire leur témoignage véridique, les autres pour chanter leur hymne ou leur antienne, tous pour glorifier encore le Stigmatisé, qui, là, reçut du

Christ les signes de notre Rédemption.

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