L'ORATOIRE DE SAINT ANTOINE
J'ai passé à l’Alverne le 13 juin, fête de saint Antoine.
La nuit, la procession à la chapelle stigmatine a été plus solennelle. Au retour de la procession on a chanté le “Te Deum’’ et, au lieu de retourner par le chemin ordinaire, la procession est sortie par une porte latérale qui se trouve du côté de l’épitre, et a longé lesrocher dans l’espace laissé libre entre les murs de la chapelle et la montagne. (Ce passage était éclairé par quelques bouts de bougies; c'était fort pittoresque au milieu de la nuit.
Par exemple, je ne puis vous dire par où on est sorti de là, à mons que ce ne soit par la porte de l’ermitage qui donne dans le couloir conduisant à la chapelle stigmatine.
Le matin, grand’messe solennelle. A l’Alverne, on à le culte du beau chant grégorien. Mais j'ai compris là l’immensité du sacrifice
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qu'a imposé, en maints endroits, l'adoption de la nouvelle édition vaticane.
Des immenses armoires qui occupent le milieu du choeur, entre le monumental pupitre et l'autel, le petit frère novice, chantre de la se. maine, avait sorti le graduel in-folio, en vieux parchemin, richement enluminé, Déjà, la veille, j'avais vu. admiré, même vénéré un peu, son frère l’antiphonaire. avec le grand D du Dixit Dominus, fait d'or, d’azur et de pourpre, aux dessins délicats, qui sont une poésie et un rêve, non moins qu'une prière, J'avais vu ces belles lettres gothiques, assez grosses pour qu’on puisse les lire du fond de chaque stalle, et j'avais fermé mon minuscule bréviaire pour lire, moi aussi, dans le grand livre où avaient lu mes ancêtres.
Je m'accoutumais vite aux abréviations, qui syncopent les mots et épargnent l’espace, Je suivais avec intérêt le jeu du mécanisme qui retient par des courroies et des poids la lourdeur des pages épaisses, j'admirais avec quel soin, pour ne pas maculer ces feuilles, aue l'antiquité a transmises et que l’on doit transmettre aussi intactes à la postérité, on se servait, pour les tourner. d’une palette de bois.
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Je contemplais ces livres, monuments aux couvertures ferrées comme des portes de castel, aux fermoirs massifs comme des pont-levis en miniature,
Le grand livre était donc ouvert pour la messe solennelle, quand arrive le maître de chapelle, Il chuchote un mot discret et bref à l'oreille du petit frère, et, comme une tente de pasteur qui décampe, le grand livre se ferme, un effort le descend et va le ranger sur ga tablette de repos. Il ne servira pas aujourd’hui,
J’ai compris: il faut se servir de la nouvelle édition du chant grégorien. Le dos souple du grand livre n’a pas gémi en se fermant, le fermoir a rejoint le bouton sans se permettre une plainte, je l’imiterai. Mais je me disais:
cette spacieuse armoire, autour de laquelle règne une inscription qui invite au chant des divines louanges, elle est pleine de ces grands livres, accumulation patiente des copistes, trésor de miniatures et de grandes majuscules, dont il faut faire le sacrifice à l’obéissance et à l'unité! Ils seront bientôt muets, parce qu’ils ont des nuances autres, des modulations divergentes.
Chers gros livres!
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J'avais dit la sainte Messe ce jour-là dans la cellule de saint Antone, car saint Antoine a été l'hôte de l’Alverne, et voilà pourquoi sa fête y est encore plus solennelle.
C’est après le Chapiître Général de 1230, et après avoir assisté À la translation des restes de saint François, qu'Antoine vint à l’Alverne pour ÿ travailler, dans la solitude, à la composition de ses sermons, Le Pape l'avait dispensé de tous les offices de l'Ordre, pour lui donner tous les loisirs nécessaires à cette composition, On offrit au prédicateur, dont la ré- Putation était acquise, mais dont plus encore la sainteté était connue, d'habiter Ja cellule même qu'occupait saint François lors de la Stigmatisation. L’humble fils, s'en estimant indigne, refusa de l’habiter. Alors, on lui en Prépara une autre, hâtivement faite de branches et de terre, C’est à cet endroit, un peu en contre-bas de la cellule de saint François, que s'élève, juste sur Je bord du précipice, la chapelle de saint Antoine.
Elle est très proprette et on voit qu’elle a dû être restaurée assez récemment.
La statuette qui est au-dessus de l’autel pet de toute beauté, c'est un vrai bijou!
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Quelques pèlerins, attirés sans doute sur la sainte montagne par la fête de saint Antoine, assistèrent à la messe, Pendant que, après avoir célébré, je faisais mon action de gräces, je vis la manoeuvre d’une dévote personne qui faisait, entre les assistants, une petite collecte, pour offrir à saint Antoine un plus gros cierge. Chacun y alla de sa piécette, et la bonne dame revint bientôt allumer le cierge à l'autel du Saint.
Un autre porta au grand Thaumaturge une recommandation écrite.
Tout mon temps étant à ma retraite spirituelle, je continuai mon action de grâces jusqu’à ce que, tout le monde étant parti, je fus seul dans le petit oratoire. Alors, à mon tour, m'approchant de l'autel, en ce lieu qu’Antoine avait sanctifié de sa présence, je lui recommandai, en ce jour de sa fête, tous nos amis, en particulier nos tertiaires de Montréal, qui lui sont si dévoués; je spécifiai nommément les Tertiaires de nos fraternités anglaises, si dé vots à leur “St. Anthony”.
À mon tour, je pris ma plume et, sur une carte de visite, j'inscrivis la quintessence de mes demandes, puis, apercevant un petit coeur
brodé qui s'ouvrait comme une petite bour et qu’une âme pieuse avait laissée là en frande au bon saint Antoine, J'Y glissai :
Courte supplique,
Y est-elle encore ? ou les anges l'ont-ils e portée dans le Ciel auprès de saint Antoine ?
Au cours de la semaine il y eut une mes chantée dans le petit oratoire, Je ne ma quais aucune des cérémonies religieuses, n'eûs pas voulu manquer celle-là, Je suivis | Communauté, Il ne pouvait y avoir place por tous dans un si petit oratoire, Je me blott dans l'escalier qui y conduit, et toutes les in: tances pour me donner une meilleure place n Purent m'arracher de mon petit coin, d’où j POuvais voir l’autel du divin sacrifice,
La Scola des chantres, ouvrant la porte qui de l’oratoire, donne sur un petit balcon sur plombant Je précipice, se tient là, chantan!
cette messe en plein air en même temps qu’er plain chant.
Ah, la pittoresque messe! Je compris mieux alors les coutumes traditionnelles qui, à l’Alverne, font chanter Ja messe, à certains jours de fête, successivement à l'oratoire de S'int-Antoine, à celui de Saint-Pierre de la
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Penna, de Saint-Bonaventure, de Sainte-Marie Madeleine et de tant d’autres petits sanctuaires dont l’Alverne est si riche!
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