‹ Mon pèlerinage à Assise, Cortone, l'Alverne [microforme]Chapitre 71 sur 87 · LA CELLULE DE FRERE LEON · texte numérisé non relu

LA CELLULE DE FRERE LEON

“Après la sainte Messe, vous irez, me dit le KR. P. Samuel, faire votre action de grâces à la cellule du Frère Léon.” C’est avec bonheur que j'ai obéi au directeur spirituel de ma retraite.

La sainte Messe célébrée à l'autel des Stigmates, je sortis par la petite porte d’à côté, indiquée par le KR. Père, et je grimpai, c’est le mot, à cette idéale cellule. Comme me l’avait bien dit le Père, c’est un bel endroit pour remercier le Bon Dieu de tous ses bienfaits: on peut s’enfoncer dans la petite grotte, on peut se retourner et contempler la vase vallée et les montagnes, et redire avec le Prophète:

“Laudate Dominum de coelis, laudate eum in excelsis. Louez le Seigneur du haut du Ciel, louez-le du haut de la terre: louez-le, montagnes et collines !”

Il avait lui aussi bien choisi son endroit,

le Frère Léon, et il faut le féliciter de son bon goût.

Dans la fissure du roc il a su arranger sa petite cellule et se faire comme un nid de colombe dans l’anfractuosité. Là, il a donné cours à son amour de la prière et de la contemplation. Une autre pensée encore avait dirigé son choix. Elevé environ de trente pieds audessus de l'endroit où son Séraphique Père venait prier, il était :ssez loin pour que celuici ne puisse se plaindre, et il était parfaitement bien placé pour voir et entendre l’extatique. Cette cellule était son observatoire.

Quand Francois exhalait son âme brülante dans des soupirs d'amour, dans des plaintes sublimes, Léon entendait, et de son mieux s’unissait à son Père. Heureuse indiscrétion, qui a été si précieuse pour l’histoire, et nous vaut de connaître maints détails qui eussent été.

sans elle, à jamais perdus.

Frère Léon fut surtout un des témoins irrécusables de la vérité des Stigmates. Il put indiquer avec précision le lieu où se tenait François, lors du divin prodige, et l'on voit que la chose lui fut facile, quand on se rend compte de la position de sa cellule relativement

Jon

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à l’église stigmatine. Frère Léon, le confident, l’intime, le confesseur de François, vit très souvent les plaies miraculeuses. C’est lui, en effet, qui changeait tous les jours, les vendredis exceptés, les linges imbibés d'un sang rouge et vermei]l qui répandait un odorant parfum. En soignant les plaies il pouvait les contempler à loisir, et parfois il les pressa sur son coeur. ÂAlors, quelque chose de si pénétrant et de si doux envahissait son âme que de ses yeux coulaient des larmes de tendresse, Que François lui laissât cette filiale liberté, nous pouvons le croire, quand nous savons quelle confiance il avait en la simplicité de son Frère Léon, qu’il n’appelait familièrement que “‘Pecorella di Dio”’, “La petite Brebis du Bon Dieu”. j

Même après sa mort, François aparut à son disciple privilégié, en une étrange vision: son visage était rayonnant d’une céleste gloire, mais il était pourvu de puissantes et lumineuses ailes, et armé d'ongles dorés, crochus, comme des serres d’aigle. Léon, joyeux, mais étonné de l’étrangeté de la vision, en demanda l'explication à son Père. Les ailes, lui fut-il répondu, symbolisent la promptitude du se-

de os

Été

cours apporté à ceux qui l’invoquent: les redoutables serres sont la puissance que Dieu lui a donnée contre les démons, les Frères infidèles à leurs serments et les persécuteurs de l'Ordre.

Au fond de la grotte, qui n’est d’ailleurs pas très profonde, il y a une table de pierre, creusée dans le milieu. On s’est demandé si Léon, qui était prêtre, y aurait dit la sainte Messe, servie par le Frère François, qui était diacre. Ce sont des conjectures. de simples questions, qu’inspirent les circonstances et la présence de cette table à une hauteur qui serait à peu près celle d’un autel. Personne ne peut répondre.

Je m'attarde longtemps dans cette délicieuse retraite, je me donne l'illusion que j'en suis l’ermite. Je ramasse des écailles du rocher qu’a effrité le temps, je cueille des échantillons de toutes les fleurs et tigelles variées que je puis y rencontrer, et je ne redescends que lentement et à regret les cinquante-sept marches du tortueux escalier.

Je retraverse la chapelle stigmatine, non ans m'être arrêté un instant encore à l’en-

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droit que le Frère Léon nous désigna, et qui est e centre de l’Alverne.

En passant dans la longue galerie, je remarque la grande croix du fond. Une croix de bois bien simple et qui doit être souvent remplacée, à en juger par les entailles qu’on lui fait. Elles sont toutes fraîches, c’est hier peut-être, ou ce matin même, que quelque pèlerin a sorti son couteau et à taillé dans la croix un morceau pour lui, pour sa femme, ses enfants et toutes ses connaissances. Le bois de la croix est toujours précieux.

Je vois — j'allais dire j'admire — des ins.

criptions souvent répétées: “Défense d'écrire son nom sur les murs.’ Tout autour, c’est un rayonnement de noms de toutes sortes, il s’en trouve — comme un défi — sur la plaque même de l'inscription prohibitive. Cette mode n’est Pas nouvelle, On découvre dans les catacombes mêmes de ces noms écrits sur les murs en vieux caractères grecs. Ce sont, eux aussi, des monuments de graphique chrétienne.

C’est une obsession! J'ai envie à mon tour d'écrire mon nom! Je résiste. L'an pr uchain, le badigeonneur aura, sous sa blanche chaux,

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