LE CHOEUR
’artout ailleurs on passe, ici on séjourne.
À l’Alverne, les offices du choeur sont très réguliers, et le jour et la nuit. et très longs.
Le choeur a une belle ordonnance, sans luxe, ce qui ne conviendrait pas, mais de bon gout,
La lumière y est largement versée, les stalles sont spacieuses. Déjà, de beaux dessins du Frère Léonard de Legnaia y font très bon effet. A-t-il l'intention de continuer d’orner ainsi saintement et artistement, le fond de chaque stalle? Pour le moment on y admire ne Assomption et, de chaque côté, saint Lauent, le protecteur du couvent. que l’on prie tous les jours, depuis que, miraculeusement. il a arrêté un incendie, et le bienheureux Jean, ui a ilustré l’Alverne d’un nouvel éclat par sa ainte vie
Au milieu du choeur, le grand pupitre ou
204 MON PELERINAGE lutrin. et l'armoire dont nous avons déjà parlé. Cette dernière, qui date, paraît-il, de 1509. nous donne, par ses inscriptions. de bonnes lecons de chant:
Non clamor sed amor cantat in aure Dei,
Ce n'est point le cri mais l'amour qui
chante à l'oreille de Dieu.
Et encore:
lune vox est apta chori,
Si cor consonat oi.
La voix est apte au chant du choeur, Si le coeur est en unisson avec la bouche.
C'est ici le centre actif de la prière conti-
Au milieu de la nuit, pour les matines. on est éveillé par la “battola”’.
C’est un bâton de frêne ou de hêtre. fendu en lamelles, jusqu’à la poignée. Ces lanières de bois, frappées les unes contre les autres sur la paume de la main font un bruit tout particulier, qui ne peut se confondre avec aucun autre, et que l’on retient comme malgré soi
J'entends encore son rythme cadencé, parcourant les corridors :
Tic-tac—tic-tac-tac !
Tic-tac—tic-tac-tac !!
Jarlé.
nous
econs
Dei.
qui
onti-
s, on
endu 2s de ur la ticuitre,
par-
Eee
Tout le monde se lève.
On connaît peu les dispenses à l’Alverne, Et du haut du campanile la voix de la cloche, douce comme la prière elle-même à laquelle elle convie, envoie ses sonorités jusque tout là-bas, aux hameaux, aux villages, aux collines. aux montagnes, elles aussi conviées aux divines louanges du Créateur. Elle est plus impressionnante, cette voix du campanile, dans la solitude bénie de l’Alverne, au milieu de la nuit. Déjà chacun se glisse dans les corridors sombres; une petite lumière éclaire tout juste l'entrée du choeur. On baise la croix dressée à l'entrée. et on prend sa place en attendant le commencement de la psalmodie. Aux jours de fete, les laudes sont chantées. Aux jours de grandes fêtes l'office tout entier est chanté.
Apres les matines, nous l'avons dit, on va en procession à la chapelle des Stigmates.
Tous les jours on chante une messe à 10 heures. Le chant grégorien y est bien exécuté, Nos Pères de l’Alverne n'ont pas lambiné dans l'obéissance due aux désirs, aux ordres du Souverain Pontife, et ces chants pleins de soupiesse, et surtout autrement expressifs des sentiments dont ils sont les interprètes, n’ont riert
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à envier à la musique, qui a son mérite, mais qui a aussi son rôle. Les artistes de l’Alverne savent lui donner la place à laquelle elle a droit, sans empiéter sur le plain chant.
Lse ornements employés aux jours des grandes fêtes ont gardé le cachet d'une certaine antiquité; ils sont les témoins de l’évolution Suvie par les vêtements sacrés au cours des siècles. Ce ne sont plus les aubes et les amicts parés, mais c’est la collerette mobile, qr° marque la transition entre les ornements primitifs et les modernes. Quand on voit ces ornements pour la première fois et qu’on n’est pas au courant des changements successifs, on ne peut qu'être surpris.
Aux jours de grandes fêtes, les haut chandeliers que portent les acolytes, et la croix de procession elle-même, sont aussi habillés des soies brochées dont se composent les ornements des officiants.
Du choeur. passons à la sacristie.
Nous nous attarderions à de longues descriptions, seulement à examiner ses belles armoires, les bustes de Saints et les autres détails dont elie est remplie, Ce qui nous y amène surtout, ce sont les reliques de saint François.
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A L'ALVERNE 387
Nous avons déjà parlé de celles qui proviennent du château des Cattani. Il nous reste à üire un mot d’une autre ,elique, plus précieuse encore. Je veux dire celle du sang des Stigmates de notre Père saint François, Elle est conservée dans un reliquaire d'argent.
C’est sur un morceau de drap blanc que l'on voit les taches du sang qui sortit de la plaie du côté. Ces taches sont restées d’un rouge vermeil.
Quand on se rappelle la couleur noirâtre que prend le sang humain quand il est desséché, on est tout saisi de lui voir ici cette couleur vive, comme s’il venait fraîchement de couler. Une pièce assermentée par des témoins oculaires nous apprend que, le 28 août 1901, ce sang se liquéfia miraculeusement et coula en gouttelettes aux yeux d’un religieux, le Frère Luigi Tecla da Castiglionsibocchi, d’un séculier, Signor Giacomo Collina de Faenza, de sa femme et de la Signorina Iride Piombanti. Comme si le Bon Dieu et saint François avaient à dessein choisi dans tous les rangs pour manifester le miracle.
Je vénère ces gouttes de Sang avec foi et piété, Si on honore le rocher sur lequel se
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