UNE VISITE AU COUVENT
Le couvent de l’Alverne est compliqué plus que je ne saurais dire. Les constructions s'y sont ajoutées les unes aux autres dans le cours des siècles et suivant les besoins. Pas d'unité de plan. Un labyrinthe.
Je sais, par exemple, pour l'avoir parcouru souvent pendant mon court séjour, que le corps principal, où se trouvent les religieux, se compose d’un vaste quadilataire, mais j'ai eu toutes les peines du monde à m'’orienter. Pour ma consolation, il paraît que je ne suis pas le seul, et que beaucoup d’autres avant moi y ont perdu la tramontane!
Le côté du carr. qui paraît être le plus ancien et qui est le plus original, est celui qui longe le choeur et qui y conduit.
Le cloître qui le traverse est directement sous les tuiles du toit que l’on voit à travers la
charpente. De chaque côté sont les cellules;
elles ont un plafond qui ne couvre pas le couloir central.
On ne voit PaS pareil agencement dans notre pays et je pense bien qu'on ne doit pas l’adopter, non plus, dans les constructions modernes, même en Italie.
C'était ce corridor que j'aimais le plus ; son aspect pauvre, antique, me ravissait ; lorsque j'y passais, la nuit ou le jour, je me demandais si je n’appartenais pas moi aussi au moyen âge !
Chaque porte de cellule est surmontée d'un médaillon en peinture, représentant quelque saint de l'Ordre. et au bas du médaillon, faisant le demi-contour, sont le nom et la légende de chacun. Bien que très anciennes, ces peintures sont géné ‘alement bien conservées.
J'ai fait, plus d’une fois, un délicieux pèlerinage à ces saintes images. dont je relisais les légendes comme un grand livre. Ah! non, je ne comprends Pas Ceux qui ont des yeux pour ne point voir et qui prétendraient. pour nous donner une vertu tout intérieure. dénuder nos cloîtres, nos réfectoires, les recoins de nos couvents, de toutes les images pieuses. les bannis-
le cou-
nt dans loit pas ns mo-
> plus; :; lorslemanmoyen
e d'un uelque 1, faigende
pein-
cieux lisais non, pour nous * nos couinis-
sant plus impitoyablement encore quand elles sont plus naïves!
Ici, plus heureuses qu'ailleurs, ces figures de Saints ont regardé passer tous les âges et tous les religieux, sans passer elles-mêmes. Je disais une invocation à chacun de ces Saints. Martyrs ou Confesseur- et je pensais, en même temps. à tous ceux qui s'étaient sanctifiés dans ces humbles cellules, qu'ils protègent depuis plus de cinq cents ans! Qu'elle doit être longue la théorie de ceux qui ont habité ces demeures du repos et de la paix!
La “caffetaria”, que nous avions trouvée fermée à mon arrivée, m’a ouvert sa porte dès le lendemain, et j'y suis entré sans rancune. Elle se compose de deux pièces. La plus grande possède dans un coin un foyer, où, dans Je respectables cafetières, s’infuse le cafe d'orge grillé, pour le petit déjeuner du matin. L'autre, plus petite, est meublée d’une table et. sur un pan de mur, d’un dressoir à casiers. où chacun trouvera sa tasse et la rep'acera, après usage et lavage, pour la retrouver le lendemain matin. Les étrangers sont probablement dispensés de laver eux-mêmes la pièce de vaisselle, mais je
* samthaitaléessié rte Tattiatéess | sattmmmaomre Zn —
et
mens
EE
n'étais pas étranger et j'ai tenu à me conformer à l'usage du couvent.
Le déjeuner consiste en une tasse de ce café de céréales, qui n’a point l’effet énervant du moka.
Le réfectoire proprement dit est très grand, la communauté ayant déjà compté cent cinquante religieux de famille, sans les religieux de passage. Il est voûté en anse de nanier. Il a quatre ornements.
Tout à fait au-dessus de la table des supérieurs et garnissant tout le fond, une dernière Cène. A l'extrémité opposée, une belle Madone avec son divin Enfant. “Madonna della Consolazione”. C’est une gracieuse table robbiane. Ce sont les deux premiers ornements.
Le troisième ornement, c’est la modestie religieuse des petits novices. Ils la gardent sans doute partout et toujours, mais elle me semble plus méritoire au réfectoire, où ces jeunes yeux, pleins de vie pourtant. des yeux de 15 à 20 ans, ne se lèvent jamais.... jamais!
Le quatrième, c’est la religieuse sobriété de tous. Qu'elle est édifiante!
Le mets par excellence à cette époque de l’année, c'était les champignons de la forêt.
lestie dent > me
jeux de !
riété
e de êt.
nement vanne conne om mr, txt , ‘
A L'ALVERNE 379
Le temps avait été très propice à ces Cryptogames.
L'un des Pères avait la spécialité de cette ‘ueillette fructueuse. Il connaissait les endroits favorables, et surtout il connaissait les espèces, pour notre tranquillité de conscience.
Avec cela, je faisais, paraît-il, pitié à ces bons Pères. Etant au régime lacté. la blanche petite bouteille qu'on mettait devant moi tranchait de couleur avec la petite bouteille de vin qui était devant les autres. On me trouvait presque malheureux, Qu'on ne se scandalise pas ; le vin est la boisson ordinaire en ces pays, où l'on sait en faire usage sans en faire abus. Le Bon Dieu lui-même, paternellement condescendant, a daigné multiplier le vin, pour ses Saints, quand ils n’en avaient plus. Et Marte elle-même n’a-t-elle pas employé son intercession pour obtenir de son Fils un tel miracle. le premier qu’il ait fait publiquement ?
On me plaignait donc, et j'ai su que quelques-uns, par derrière ou par côté, m’avaient surnommé “Le Provincial au lait.”
J'étais: édifié de l'échange mutuel de la mie et de la croûte de pain, qui se faisait très
- un lun n" via DA lan nt en faveur d’un bo” vieux Père, piacc
© Ne
pres de moi, et qui était fort édenté. Il passait la croûte à un plus jeune. qui lui passait la mie. Or, un jour de fête, précisément en l'honneur du Révérendissime Père Pacifique Monza. qui était l'hôte de l’Alverne, on nous avait donné la permission de causer au réfectoire, pendant le repas. Le bon vieux crut devoir m'expliquer la raison de cet échange, craignant que je le trouve déplacé; il crut même bon d’avouer Ja cause présumée de la chute de ses dents.
—"“Ah! je crois que c’est parce que j'ai fumé avant d'entrer en religion. Mes dents sont tombées parce que j'ai fait usage du tabac,
= m'étonne. lui dis-je, que votre nez ne soit pas encore tombé !”
Ah! le bon, le franc éclat de rire.
Le cher homme prisait. on l’a compris. Je n'aurais pas voulu, après cela. avoir à lui demander une prise, il aurait pu répondre à ma malice par une autre.
Ces bons Italiens, et ceux qui les fréquentent trop, prisent tous, voyez-vous.
Ils pigent volontiers dans les tabatières les uns des autres, ils s'offrent du tabac par politesse, et cette politesse souvent renouvelée fait que l’on contracte l'habitude de priser.
| passait t la mie, honneur nza, qui donné la ndant le xpliquer 1e je le ouer la 8,
ai fumé 8 sont AC.
nez ne
ris. Je lui de- » À ma
équenres les
r polise fait
A L'ALVERNE 381
Mais il paraït que les malins—le bon Père, que Je ne nommerai pas, est de ce nombre—ont une tabatière à double fond, où, comme dit la
vieille chanson:
J'en ai du fin et du rapé
Le fin, c'est pour les amis, le rapé.... on tourne habilement la tabatière, c'est pour les
autres,
Le — ——-— —