‹ Mon pèlerinage à Assise, Cortone, l'Alverne [microforme]Chapitre 8 sur 87 · LA VISION · texte numérisé non relu

LA VISION

Le train partit péniblement, Mes Voisins, à qui j'avais été confié comme un pupille, ou mieux comme un paquet précieux, me regardaient, qu'auraient-ils pu faire de plus? Il n'était pas facile d'entamer une Conversation. Je regardais Passer tout ce qui, en courant, me rapprochait d'Assise.

Assise avait été le rêve de ma vie. Dès Ja plus tendre Jeunesse, J'entendais parler d’elle : dans la vie de saint François, trente fois relue, dans la vie de nos Saints, à travers l’Auréole Séraphique, ce nom d'Assise s'était tout à la fois martelé et buriné dans mon âme, Dès les premières années de mon Collège Séraphique, puis au Noviciat, et puis toujours dans la suite, je pouvais m’attar ler sans fin à contempler cette image d'Assise, gravure ou description, Pourvu qu'elle me montrât le Séraphi sue Père.

Les merveilles de Sa naissance, les promesses

de sa jeunesse, sa conversion si radicale, Son ascension rapide dans ja sainteté, Notre-Dame des Anges, les Chapitres des Frères, la mort du Stigmatisé, son tombeau glorieux, tout cela semblait Se résumer dans un mot Jumineux et vivant: Assise ! Et je voulais voir Assise.

Avez-vous éte charmé, à mon Dieu, de ce désir d'enfant”? avez-vous été fatigué de ces instances inlassables > Toujours est-il que VOUS m'avez donne de voir Assise !

Le train s'arrête à Notre-Dame des Anges.

Je suis x Assise. Devant moi, tout près, Se dresse la Basilique de la Portioncule voudrais la regarder longtemps. Les 11gne:.i de la coupole céleste de Vignole ME paraissent déjà familieres, mais en même temps je veux voir Assise. Je voudrais impossible, je ne puis voir les deux à la fois.

D'ailleurs Îles soucis de la montée à la ville m'absorbent un instant, mais sitôt installé dans Jomnibus, Je fixe mes yeux et mon coeur vers

cette vision qui va venir toujours 8€ rappro-

fl est environ deux heures, en une belle journée de fin de mai, toute ja lumière donne

sur 12 ille qui s'étend comme un éventail Sur

le fond plus sombre des mont: gnes. Attirant mon regard et s'imposant à mon attention, la cyclopéenne construction du Sacro Convento se dresse sur le flanc de la colline. d'enfer autrefois, du Paradis maintenant que François y repose dans la vie de son tombeau. A part ce monument sur lequel je ne puis errer, il ne m'est pas encore donné d'appeler par leur nom “ucun de ces clochers carrés qui se ressemblent c'est Assise!

Assise où s’éleva un soleil qui éclipse celui qui sort du Gange, Assise la Séraphique,

Son origine? ses gloires? son histoire”?

Pour moi, Assise commence à être, à être grande, belle, ravissante et sainte, lorsque François y naît, lorsque François y vit.

J'ai devant moi cette Assise.

C'est la Patrie du fils de Bernadone Moriconi et de Pica de Bourlemont, de cet enfant de bénédiction que les siècles appelleront François, et qui créera dans le monde un mouvement religieux si profond et si durable,

C'est aussi la Patrie de Claire Scefi, la fille spirituelle et l’émule de François dans les voies du renoncement, de l’héroïisme et de la sainteté.

C'est la Patrie d’Agnès, soeur de Claire, qu'elle suit pas à pas, marchant à sa lumière, comme on marche à la lumière du jour.

Autour de cet homme, autour de cette femme, toute une constellation d'âmes s’est groupée—plus héroïque, plus simples les unes que les autres, toutes éprises de la pauvreté évangélique, toutes emportées dans un élar d'enthousiasme qui fait leur vie si poétique, si belle, et si forte. Assise, c’est le théâtre de ce grand drame qui dure les quarante-six ans de la vie de François, qui se continue encore après lui. Lorsque l’astre du jour a disparu, soit derrière les monts, soit derrière la ligne d’horizon de l'océan, sa lumière se joue encore, aux longs crépuscules d'été, dans les nuages qu’elle dore ou qu’elle empourpre.

Assise a gardé ces reflets de lumière. On y vient encore chercher celui qui l’a faite grande en unissant sa renommée à la sienne.

Le pèlerin pieux vient y vénérer les traces de ce Saint prodigieux, il les cherche avec amour, passant partout où il est lui-même passé, s’arrétant où il s’est arrêté, pour s’agenouiller enfin près du tombeau où il demeure.

Que vient y voir le touriste curieux? La

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