‹ Mon pèlerinage à Assise, Cortone, l'Alverne [microforme]Chapitre 82 sur 87 · LE DEPART · texte numérisé non relu

LE DEPART

Plus heureux sont les jours et plus vite ils s'enfuient. Il faut penser au départ. Je fais ma tournée d’adieux, donnant à chaque sanctuaire, à chacun de ses souvenirs un long regard pour m'en remplir les yeux, un long trait d'amour pour m'en remplir le coeur !

Le matin j'ai célébré une dernière fois la sainte Messe à la chapelle des Stigmates, mais j'y reviens, et en passant je revois et Notre Dame de Consolation. et la série de peintures qui retracent la vie de saint François. Je m’arrête un instant à la fenêtre qui donne vue sur les fentes du rocher où se trouve le lit de saint François. Je m’agenouille devant la statue si expressive qui surmonte l'autel de la seconde cellule, mais je reviens surtout pour faire encore une halte auprès de l'endroit des Stigmates et redire à saint François toutes mes intentions.

De là même, il faut partir ! Je me prosterne une dernière fois et je baise ce pavé, je baise cette grille, je regarde la plaque de marbre qui couvre le lieu précis où se tenait saint François. Je demande au Père de me communiquer son amour et je laisse mon coeur là.

Je refais le chemin que je ne ferai plus.

Repassant sous les regards de Notre Dame della Scala, la Vierge solennellement couronnée, qui a à sa droite saint Laurent, à sa gauche sainte Claire, je lui recommande mon voyage, tout mon pèlerinage terrestre. Salve Regina !

Je sors de la galerie pour passer près de l'endroit où était le grand hêtre, dans les branches duquel les bienheureux Conrad d’Offida et Laurent de Fabriano virent la douce Marie, Mère de Dieu. souriant maternellement et encourageant ainsi les fidèles gardiens de l’Alverne. Le hêtre n’est plus là, les arbres meurent, mais la Vierge Marie ne meurt pas, elle, et toujours elle est là pour sourire et pour bénir. Si elle bénit ceux qui restent, qu’elle bénisse celui qui passe; que son sourire l’accompagne à travers la vallée de larmes.

Fertile en hêtres l’Alverne!

Je ne t'oublie pas non plus, hêtre à l’eau

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à l’eau

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miraculeuse qui, à ton pied, entretenais toujours une onde rafraïchissante, où le Stigmatisé venait laver ses sanglantes plaies.

I n’est plus là lui non plus, mais une terre cuite. de petite dimension, rappelle le hêtre, l'eau, et le Séraphique Père.

Je passe devant la porte qui ferme l'accès du Sasso spicco, à qui j’envoie aussi mon adieu.

Du même pas, je longe la chapelle de saint Pierre d’Alcantara. Le grand ascète franciscain à. lui aussi, et à bon droit, sa place sur l’Alverne Séraphique., au-dessus de la première cellule de saint François. J'envoie le baume de mon coeur à la pierre des saintes Promesses, et je lui redis, en passant. tout mon vif regret de n'avoir pas pu réjouir et mon coeur et le sien en y refaisant descendre le Dieu qui l’a une première fois consacrée par sa miséricordieuse présence.

Je rentre au couvent et, en compagnie du cher Père Samuel. je vais présenter mes hommages, redire mes remerciements et proclamer le bonheur que j'ai éprouvé ici, au Rév. Père Gardien, A mon arrivée, il était absent, D'ailleurs. ayant à l’Alverne mon guide spirituel at

mon sanctuariste en mon bon Père Sa-

muel, étant en outre en retraite et m'abstenant des récréations de la communauté, j'ai eu peu de relations avec le Rév. Père Gardien, Sa courtoisie charmante et sa grande charité pour les hôtes n’eurent pas besoin de longs jours pour se manifester. Au moment de le quitter il eut une agréable surprise à me faire, Me tendant une enveloppe il me dit : “Le bon Frère Léonard m'a dit que vous seriez heureux d’avoir pour vous cette relique de saint Pacifique, je suis heureux de vous l’offrir en souvenir de l’Alverne,” Ce cher Frère Léonard, à qui j'avais donné des scrupules, avait eu la gracieuseté d'exprimer ma pieuse envie, et le non moins charitable Gardien venait de la combler. Le reliquaire et les lettres authentiques qui accompagnent sont si vieux, que le Saint n’était encore que Bienheureux lors de leur confection: elles portent en effet la date de 1789. J'exprime ma vive reconnaissance au Révérend Père et lui dis encore une fois la sainte impression que j'emporte de l’Alverne.

Je vais dire au revoir au Rév. Père Vicaire qui m'avait reçu en l’absence du R. P, Gardien.

Mais, surtout, sont eXpansifs mes adieux au R, P. Samuel, Il ne peut m'accompagner

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jusqu’à la Beccia; c’est donc dans ce cloître antique que je lui dis mon éternel merci, mon au revoir au ciel. Il a encore quelque gentil mot, il fait ronfler quelques ‘“Molto Reverendo”, on s’embrasse avec effusion et, pèlerin qui passe, je laisse le pèlerin qui reste,

Le Révérend Père Marc della Pietra, exsecrétaire général, veut bien m'’accompagner. Ensemble nous traversons la grande église et, après l’adoration du Très Saint Sacrement, je descends la nef en regardant une dernière fois les tables robbianes de l’Annonciation, de la Nativité, celle “del Refugio”,

Sur la Place, je dis un au revoir à la statue de saint François aux colombes et nous entrons un instant à la chère Chiesina. Adieu, chère petite église, vestibule du ciel !

Avant de passer sous la porte arquée je me tourne et donne un long regard à tout cet ensemble de constructions qui contiennent tant de choses pour l'âme franciscaine.

Il faut tout quitter; c’est encore la terre Pour si sainte qu’elle soit !

D'un pas rapide, puisqu'on descend, nous arrivons jusqu’à la chapelle des oiseaux, où nous nous arrétons une minute, et, tournant

une nouvelle pente du lacet, nous arrivons à la Beccia.

C’est l'hospitalité des dames. Elle est tenue par quelques tertiaires qui vivent là, en une pieuse société.

Je ne raconterai pas l’histoire de cette fondation, qui date de 1597. Sa nécessité est évidente. Les dames ne pouvant être reçues au monastère, on a bâti ici, à près d’un demikilomètre du couvent, une hospitalité où elles pourront ètre hébergées pendant leur pèlerinage.

L'une des tertiaires nous reçoit et nous fait visiter l'établissement, qui comprend de vastes dortoirs et quelques chambres, mieux aménagées, pour les personnes de condition. Une source abondante et fraîche donne l’eau à la maison, en cela plus heureuse que le couvent même, qui n’est alimenté que par des citernes.

Je visite et je questionne, je ne dirai pas avec une arrière pensée, mais plutôt avec une pensée d'avenir : je me demande s’il ne me sera pas donné un jour de conduire à l’Alverne un pèlerinage canadien... Il est donc bon d’être renseigné.

Ne craignez pas, vous serez proprement et

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