‹ Mon pèlerinage à Assise, Cortone, l'Alverne [microforme]Chapitre 81 sur 87 · FRERE FAUCON · texte numérisé non relu

FRERE FAUCON

Un des derniers m: itins de mon sé jour l’Alverne, l’:

à j'étais à peine entré en cellule, après tion de grâces de la messe et la courte visite à la “caffeteria”, que le P. Samuel vint m'y trouver et me dit: “Si vous voulez, nous allons voir le Frère Faucon, si cependant il a l’amabilité de se montrer.’’

En même temps il m ‘apporte le précieux et intéressant registre, où les religieu sont invités à mettre un mot.

X pèlerins Rien ne presse, Le R. Père me laisse la religieuse c d’autographes.

ollection

Le Frère Faucon, c’est un oiseau.

Le Frère Faucon. c'est un faucon. quoi!

Pour comprendre ce doux titre de frère

qu'on lui donne et pour comprendre aussi l’in-

térêt qu’on lui témoigne, il est nécessaire de

nous rappeler un épisode de la vie de saint François à l’Alverne.

Pendant que saint François était à l’AIverne un faucon, qui avait lui aussi son nid dans les antres de la montagne, venait tous les matins éveiller le Saint, par son chant rauque et par ses cris. François, le doux ami des oiseaux, lui en était reconnaissant : il le nomma son frère. Frère Faucon, comme s’il eût été doué d'intelligence et rempli d’une tendre charité, retardait parfois l'heure du réveil de l’homme de Dieu quand celui-ci ét harrassé de fatigué, et que sa veille s'était prolongée fort avant dans la nuit. Et même alors, ii ne l’'éveillait que comme à regret, retenant son cri plus qu’il ne le poussait. François faisait les plus flatteurs éloges du Frère Faucon; il s’attacha saintement à lui, et quand, stigmatisé, il dut quitter l’Alverne pour la dernière fois, dans ses tendres adieux il n’oublia pas, nous l’avons vu, son Frère Faucon.

Le Frère Faucon comme le Frère Mineur a été fidèle à l’Alverne et ne l’a jamais abandonné. Les générations se sont succédé, Frère Faucon est toujours là. Il faut dire qu’on l’a toujours traité avec courtoisie, Jamais on ne lui a fait une chasse qui eût été une ingrati-

tude, et même, dans les constructions, on a eu

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oin de lui ménager sa demeure habituelle, tout pres de la seconde cellule de saint François.

Nous allons donc voir le Frère Faucon, s’il veut bien se montrer.

Le P. Samuel me conduit sur le petit balcon du précipice. Nous nous asseyons sur les marches de l’escaiier. ayant devant nous la grande vallée et plus loin les montagnes que nous contemplons du haut de cet idéal promontoire. Et nous attendons en causant.

Ah! voici. voici!! Notre attente n’a pas été Jongue,

Frère Faucon, gentil et prévenant, tout comme autrefois, du temps de saint François, vient de sortir de son repaire, tout exprès pour nous, on dirait. Il décrit d'immenses cercles dans le vaste espace. Quand il passe près de nous, il se penche pour nous montrer l’envergure de ses ailes qu’il étale au soleil du matin. Il fait plusieurs fois le tour de cette partie de son domaine, puis il commence à s'élever plus haut dans les airs, dans une immense spirale, qui va, à nos yeux, toujours en se rétrécissant. Il monte, il monte à perte de vue. Nos yeux le cherchent et ne peuvent plus le voir; il s’est

perdu comme un point dans l’espace.

110 MON PELERINAGE A Dieu, Frère Faucon, je ne te reverrai

J'ai été frappé de cette heureuse coïncidence, car, enfin, nous aurions pu venir là, trop tôt ou trop tard, Notre Père a pu accorder de plus grandes faveurs à d’autres, pour moi il m'a fait celle de me montrer son cher Frère Faucon, et je l'en remercie de tout coeur!

Puisque nous sommes ici, faisons une visite et une prière au Précipice de saint François. Plusieurs fois déjà, nous avons eu à prononcer ce nom, il est grand temps que nous allions visiter la chose.

Devant l’enfoncement du roc que l’on vient voir, pour lequel on a bâti cet étroit escalier, que l’on a entouré de ce balcon de fer, il faut nous rappeler encore un trait de l’admirable histoire du Père qui remplit ainsi le mont de la base au sommet.

François, amateur de la nature, dans sa recherche des lieux solitaires de sa chère Alverne, était parvenu non sans peine, en s’accrochant aux arbustes et en marchant sur les aspérités du roc, jusque dans cet endroit, d’où,

comme nous maintenant, mais pas aussi com-

modement, 11 CO mp +” beautés du site

{ elt it ce Dpeauti cé la cranci nature, ju e aan Le in de Dieu

Le Démon, jaloux de la sainteté de Fran-

rturé de nm humilité et de son amour,

rut quil lui serait permi de se débarrasser

du serviteur de Dieu. Il se jette sur François

qu 11 tente de précipiter au fond de l’abîme. où il espère le briser, François, surpris par cette o! nce, invoque le secours du Ciel. se cram-

ponne à la roche où ses doigts miraculeusement

senfoncent. Il peut se retenir au-dessus du gouffre, cher lui offre un asile, Fran- Çois faisait parfois allusion devant ses Frères

à cette tentative infernale, pour en louer Dieu qui l'avait délivré.

Comme pour le Frère Faucon, François, dans ses adieux, eut un souvenir pour ce rocher du précipice qui “l'avait reçu dans ses flancs, le démon restent berné.”

Je reviens dans notre cellule, pensant encore à mon condescendant Frère Faucon. Je remercie de tout coeur le bon Père Samuel. qui a eu ce matin la si bonne pensée de m’amener au Précipice voir cette merveille d'oiseau.

Devant l’humble table de notre cellule, où

déjà, préparant le départ prochain, j'ai rangé les cartes postales de l’Alverne, les fleurs que j'ai cueillies et que j'ai hâtivement pressées entre deux feuilles de papier à lettre, je suis en face du fameux livre où je dois laisser mes impressions.

Je m'édifie d’abord à la lecture des impressions des autres. Je parcours le livre avec bonheur. avec intérêt. Quelle variété! Variété de langues. de tours et de tournures; celui-ci en prose, celui-là en vers; celui-ci par quelques lignes, celui-là par de longues tirades ; tous ont chanté les beautés mystiques de la montagne séraphique, et la plupart ont mis un mot gracieux à l’adresse des Pères si hospitaliers. Je m'arréte plus volontiers aux signatures que je connais, et dont quelques-unes me sont parfaitement familières. Ce sont celles de plusieurs religieux de notre Province qui, avant moi, ont passé à l’Alverne. Dans ces quelques mots, ou dans ces pages. chacun semble avoir laissé son portrait, que je suis si heureux de reconnaître.

Dois-je à mon tour, de ma propre main, tracer le mien ?

Que d’hésitationes !

A L'ALVERNE 413

angé Elles sont trop nombreuses. elles sont trop , que vives, pour les dire ici précipitamment. Et ce-

ssées pendant, je ne voudrais pas désobliger, certes, suis ce bon Père Samuel, qui a été pour moi si plein mes de prévenance. Je ne voudrais pas faire croire, encore moins, que je suis avare d’un cri pres- d'enthousiasme à l'égard de l’Alverne qui m’a bon- ravi, ou d’un mot de reconnaissance pour cette \ té de hospitalité si pater:.a2lle.

i en Je dois, je dois écrire et je ne le puis! ques Réservant pour un plus long ioisir d’épans ont cher toute l’abondance de mon âme, je n’insagne cris que cette phrase lapidaire. qui dit bien ce- | gra- pendant mon état d'âme après ma retraite spi- | Je rituelle à l’Alverne :

1e je Là où Dieu parle, rfai- L'homme se tait !

ieurs

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