JACQ.UES, MAURICE
JACaUES
Tu peux être satisfait. L'arrivée de Judith, avant même qu'elle n'ait parlé, a fait écrouler mon difficile échafaudage. Et tu avais deviné cela, toi qui devines tout. Tu vas donc avoir le bonheur d'assister à la débâcle. Ici on ne m'acceptait que pour bénéficier de mon influence. Chez mes amis, on ne m'absolvait que parce que j'arrivais à soustraire à nos adversaires une part de leur puissance. Et voilà qu'en même temps une bourrasque arrache et disperse les doubles jalons laborieusement plantés.
MAURICE
Je m'étonnerais que tu ne découvrisses pas quelque moyen heureux de ressaisir ta chance. Ce n'est pas à ton âge et avec ta nature, quand on n'a commis que des malfaisances et point encore de crimes, qu'on se laisse briser. Tu aurais pu m'accorder au moins une heure pour me reposer quand tu m'en avais promis deux.
JACQ.UES
Maurice, mon frère !
MAURICE, avec ironie.
Tu m'appelles « mon frère », c'est mauvais genre; si Mercedes t'entendait !...
JACQ.UES
Venge-toi par les mots, s'ils peuvent apaiser ta rancune, mais écoute-moi, car je joue ma vie ou celle des autres à cette heure... Toi seul peux
éloigner Judith... (Maurice fait un signe de dénégation.)
Tu le peux!... Seul, tu as droit de parler de bonté et de pardon... Va vers elle, je te le demande. Quand je reviendrai au milieu de vous battu, broyé, par conséquent plus mauvais,
qu'aurez-vous gagné ? La leçon que vous avez désiré me donner je Tai reçue; j'en souffre. Q.ue vous faut-il de plus ?...