MADAME DE MARCHENNES, MERCEDES
LUCIEN
LUCIEN, à Mercedes.
Que VOUS êtes brillante, Mercedes (Elle fait un
signe de lassitude; Lucien après une pause,)..-. COmme uebat-
teuse d'affaires politiques; quelle verve, et que vous en savez long sur les tarifs maximum et minimum, sur les droits prohibitifs. M. de Marchennes, mon oncle, est tout simplement un malfaiteur ! Avoir empoisonné une si adorable cervelle par des connaissances douanières, c'est un crime. Et dire que ces choses vous amusent ?
MERCEDES
Autrement que les fadaises.
LUCIEN
Convenez que je vous en ai débité bien peu depuis le fameux jour où vous m'avez signifié
que j'aie à cesser de vous faire ma cour d'une fliçon aussi... simplette : c'est votre mot.
MADAME DE MARCHENNES
Qu'en pensez-vous, mes enfants ? Me croyezvous tenue à attendre que messieurs les députés aient discuté en fumant ou fumé en discutant ? Vous vous querellez, c'est une occupation exquise entre fiancés, mais moi n'ai-je pas le temps d'aller à Saint-Roch ? Je mets tout au plus cinq minutes avec Alezane attelée au coupé. J'ai une telle envie d'entendre le Père Anselme.
LUCIEN
Vous avez tout le temps, ma chère tante; allez à Saint-Roch, vous ne le regretterez pas. Le Père Anselme est à la fois correct et pompeux, sobre et nourri. Vous allez en être fanatique. Nul ne lui est comparable pour développer les conseils du Saint-Père sur la réconciliation des classes entre elles et de toutes avec la République, cela touche de très près aux opinions de mon oncle, qu'en épouse aveuglée vous partagez.
MADAME DE MARCHENNES
Je vous préviens, mon beau neveu, qu'il vous
faudra plus de respect quand vous serez mon gendre. (Elle s'cjoignc et revient.) Voyons, mes enfants, fixez enfin'le jour de votre mariage, vous savez que j'ai obtenu de M^' Roger qu'il bénisse votre union; s'il vous faut un sermon du Père Anselme, eh bien! je l'aurai.
MERCEDES
Grâce, chère maman, vous savez bien que le mariage à vue de pays ne me plaît guère.
(M'"° de Marchennes lève les bras au ciel, Lucien lui baise la main, elle sort par le fond.)