‹ Mon petit théâtreChapitre 2 sur 67 · MADAME DE MARCHENNES, MERCEDES · texte numérisé non relu

MADAME DE MARCHENNES, MERCEDES

LUCIEN

LUCIEN, à Mercedes.

Que VOUS êtes brillante, Mercedes (Elle fait un

signe de lassitude; Lucien après une pause,)..-. COmme uebat-

teuse d'affaires politiques; quelle verve, et que vous en savez long sur les tarifs maximum et minimum, sur les droits prohibitifs. M. de Marchennes, mon oncle, est tout simplement un malfaiteur ! Avoir empoisonné une si adorable cervelle par des connaissances douanières, c'est un crime. Et dire que ces choses vous amusent ?

MERCEDES

Autrement que les fadaises.

LUCIEN

Convenez que je vous en ai débité bien peu depuis le fameux jour où vous m'avez signifié

que j'aie à cesser de vous faire ma cour d'une fliçon aussi... simplette : c'est votre mot.

MADAME DE MARCHENNES

Qu'en pensez-vous, mes enfants ? Me croyezvous tenue à attendre que messieurs les députés aient discuté en fumant ou fumé en discutant ? Vous vous querellez, c'est une occupation exquise entre fiancés, mais moi n'ai-je pas le temps d'aller à Saint-Roch ? Je mets tout au plus cinq minutes avec Alezane attelée au coupé. J'ai une telle envie d'entendre le Père Anselme.

LUCIEN

Vous avez tout le temps, ma chère tante; allez à Saint-Roch, vous ne le regretterez pas. Le Père Anselme est à la fois correct et pompeux, sobre et nourri. Vous allez en être fanatique. Nul ne lui est comparable pour développer les conseils du Saint-Père sur la réconciliation des classes entre elles et de toutes avec la République, cela touche de très près aux opinions de mon oncle, qu'en épouse aveuglée vous partagez.

MADAME DE MARCHENNES

Je vous préviens, mon beau neveu, qu'il vous

faudra plus de respect quand vous serez mon gendre. (Elle s'cjoignc et revient.) Voyons, mes enfants, fixez enfin'le jour de votre mariage, vous savez que j'ai obtenu de M^' Roger qu'il bénisse votre union; s'il vous faut un sermon du Père Anselme, eh bien! je l'aurai.

MERCEDES

Grâce, chère maman, vous savez bien que le mariage à vue de pays ne me plaît guère.

(M'"° de Marchennes lève les bras au ciel, Lucien lui baise la main, elle sort par le fond.)

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