‹ Mon petit théâtreChapitre 31 sur 67 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

CILLOS, DORIS DO RI S, après un silence douloureux.

Cillos, mon bien-aimé, je t'en conjure! donnemoi le courage de te quitter ! dis-moi qu'avant peu tu aurais cessé de m'aimer! que ta constance est lasse!... Fais-moi désirer cette mort dont j'ai la terreur, qui m'épouvante, me révolte et me donnera toutes les laideurs de la lâcheté.

(Elle pose sa tête sur l'épaule de Cillos qui la conduit sur une roche.)

CILLOS, assis sur la roche avec Doris.

Ecoute, Doris. Les dieux ont eu pitié de nous malgré leur cruauté. Ils ont entendu ma prière ardente. C'est moi qu'ils ont choisi pour mourir avec toi ! Bénissons-les plutôt que de les maudire !

DORIS, se lève épouvantée.

Toi, toi, Cillos ! Toi aussi tu vas mourir ? Ah ! pas un déchirement, pas un effroi ne me

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sera donc épargné! Te voir frappé le premier à mes côtés, non, non, je ne le pourrai jamais ! Je t'en conjure, si tu m'aimes, prends ma vie sur l'heure ! la mort, il me semble, me sera douce par ta main. Mais attendre les coups qui te jetteront ensanglanté à mes pieds, tendre la gorge aux sacrificateurs... Je ne puis y songer; je deviens folle ; je me révolte et je crie : « Tuemoi, Cillos, par pitié ! »

CIL LOS, avec une infinie douceur.

Songe, ma Doris, que, jeunes, ardents, sans que la glace des hivers ait refroidi nos feux, purs comme la lumière, nous irons, aux doux champs où nulle épreuve, nulle passion, nulle faiblesse ne pourra nous séparer. L'amour s'enterme à tout jamais dans l'âme des morts. Reprends courage ! aimons-nous sans trouble jusqu'à l'heure fatale ! Que notre tendresse tout entière monte à nos lèvres et nous enivre ! Qu'importe que la source en soit tarie un instant plus tard ; aimons-nous !

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