‹ Mon petit théâtreChapitre 34 sur 67 · EUSÉBE · texte numérisé non relu

EUSÉBE

Sache alors que ta cruauté envers nos parents est sans limites, car je ne t'offrais qu'une vie condamnable dont la durée ne peut qu'attirer des malheurs sur la cité et déshonorer la maison hospitalière qui m'a reçu, élevé comme sien. Le crime pour lequel Patras vous sacrifie aujourd'hui, je le commets en pensée, heure par heure, depuis d'interminables jours. J'ai aimé dès l'enfance une fille de notre ville que sa mère impitoyable a consacrée à la déesse. Elle n'a point encore soupçonné ma funeste passion, mais la folie d'un amour sacrilège éclatera au moment où Vénus le voudra. Les jours de fête où je puis pénétrer dans le jardin du Temple, je viens comme un insensé recueillir le souffle qu'elle a laissé, m'enivrer de la vision de sa fugitive image dans la source sacrée, baiser la trace de ses pas, mordre les fleurs qui lui ont envoyé leur parfum. Je crie mon amour à tout ce que ses yeux ont fixé. Cillos, mon frère, abandonne-moi la belle mort pompeuse du sacrifice, laisse-moi mourir sous les yeux de la bien aimée, plutôt que de me faire courir le risque ignominieux de la mort des coupables.

CILLOS

Malheureux ! Je n'ai que trop compris, et mes souvenirs se précisent. Enfant, tu me confias ton jeune amour pour Dclia, sœur de Doris, prêtresse de l'implacable déesse.

Page 1