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est plus de neuf heures et si mademoiselle sort à cheval...
MARCELLE Préparez mon costume. (A Nicolas qui revient avec de
nouvelles fleurs.) Nicolas, posez ce que vous avez dans les bras, et venez me cueillir quelques-unes de ces fleurs de la passion. Je ne puis les atteindre et il me les faut. Ma mère les préfère à toutes les autres. C'est un emblème...
(Nicolas cueille quelques fleurs, Marcelle revient vers la table suivie du jardinier qui aligne les dernières fleurs cueillies auprès des autres.)
NICOLAS
Mademoiselle en a-t-elle assez ?
MARCELLE
Oui, mon bon Nicolas, allez maintenant préparer le gros bouquet, faites-le monumental, c'est vous qui le présenterez à ma mère et moi qui le lui offrirai avec un compliment. Soyez là bien exactement à onze heures. Vos enfants, dès que la voiture sera rentrée, tireront des pétards, comme nous en sommes convenus.
(Elle commence à arranger ses fleurs.)
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NICOLAS, ému.
L'an passé, mademoiselle Marcelle, à ce jourci, ma pauvre femme était là, bien vivante, qui vous aidait à piquer les fleurs dans le surtout. (Il essuie une larme.) J\ii bien du malheur.
MARCELLE, brusquement.
Ne me parlez pas du chagrin des veufs, cela finit toujours par un remariage.
NICOLAS
Mademoiselle, vous êtes dure pour moi; vous ne m'avez pas habituée à cela, vous étiez meilleure toute petite. Je n'ai pas mérité votre morale. J'étais trop attaché à ma pauvre défunte pour... (Il se trouble) aussi quaud on a des enflmts déjà grands... (il s'embarrasse) Enfin je veux dire que ceux qui se remarient peuvent ne pas être fautifs quelquefois, comme aussi bien ceux qui ne se remarient pas, font à leur idée.
MARCELLE, sèchement.
C'est bien, Nicolas, laissez-moi. (Seule.) Cette
journée va être atroce. Elle ravive cruellement ma douleur. J'ai beau me raisonner, me prêcher, me condamner même, je souffre et rien, rien au monde, ne peut apaiser ma désolation. Ah ! cette fête de ma mère, autrefois ce qu'elle était pour moi. Je songeais à la suivante, lorsque j'avais ^ peine souhaité la dernière, et tout ce que ma tendresse, mon adoration, mon culte pouvaient inventer de surprises, je le préparais avec dévotion, mais hélas! à cette heure les souhaits de M. Villard, mon beau-père, les vœux de M. Villard, ses regards, sa voix, son émotion, son amour, cet amour dont elle s'enivre et que je hais, tout cela lui est autrement doux, que mes vœux, que mes souhaits, que mon émotion à moi. Que suis-je pour ma mère depuis ce fatal "^ mariage ? Une gêne, un souci, une tristesse. Elle sent bien sa cruauté à mon égard et plutôt que de me Tadoucir, elle m'en veut d'être un remords pour elle. Elle cherche à me reprendre le passé, oui, tout ce qu'elle m'a donné de trop, elle voudrait le ressaisir pour que je n'aie plus droit aux mêmes exigences ; si elle le pouvait, elle m'arracherait le souvenir, ma mère chérie, ma mère, ma mère. (Elle sanglote,
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puis, après un instant de silence, elle essuie ses larmes et se remet à placer des fleurs dans les vases.) Comment aumis-je pU
croire qu'à trente-sept ans, ma mère qui avait refusé, à cause de moi, plus de vingt demandes en mariage, accepterait tout à coup M. Villard. Pourquoi celui-là ? Elle m'avait aimée plus que lès autres, elle m'a aimée moins que ce beau mari aux cheveux poivre et sel.