SCÈNE II
Les Mêmes, sauf EUMÈLE (Pygmalion tombe assis sur le lit de repos.)
P Y G M A L I O N , a la statue cachée .
Toi qui inspires la passion, ô Galatée froide, aime à ton tour. Mon cœur s'agite en des battements désordonnés. Q.ue ton sein délicat se soulève. Ton silence est plus cruel que les rugissements des fauves d'Hyrcanie... Parle, je t'en conjure, marbre sans voix?... (il va vers la statue.) Reçois mon souffle, si tu dois en vivre. Ah ! que je t'entende, fût-ce pour me dire : « Meurs sacrilège ! » (il redescend.) Orphée, je t'invoque !... ma langue est sans mélodie, inspire-moi la musique de tes chants... le rythme de tes ver?, la puissance des hymnes qui amollissent les pierres, qui émeuvent les rochers, qui animent le marbre. Galatée, que ta bouche divine s'entr'ouvre pour sourire; fais un geste, ô marbre, respire I...
(Il écarte le rideau qui demeure soulevé, et découvre la statue.)
Rien ! rien ! Dieux égoïstes, vous repoussez ma
prière!... Vous êtes plus durs que le marbre, puisque vous, Dieux puissants, vous m'entendez ! Soyez maudits !
(Il revient vers le lit de repos.) LA STATUE
Silence ! l'Olympe se venge !
PYGMALION, se retournant.
Est-ce sa voix?... j'ai entendu une menace
douce comme le son d^Une lyre. (Écoutant au sein de
la statue.) Pierre !... pierre !... mais tu as parlé, tu as dit : « Les Dieux se vengent. » Non, c'est moi seul que j'écoute ! Puisque les immortels te laissent insensible à mon désespoir, ô marbre impitoyable, je veux attirer leur vengeance par mes imprécations !
(Il descend à droite.)