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Mon premier né

A la demande d'un certain nombre d'amis, je me suis décidé à réunir en brochure les quelques petits écrits qui suivent. Je reconnais & avance que c'est un pêle-mêle plus ou moins facile à débrouiller, il sera donc inutile de venir me le dire après coup, puisque le mauvais coiip sera fait. Cependant, je compte sur l'indulgence du lecteur pour un pauvre médecin, qui aurait bien mieux fait, je l'avoue, de s'occuper exclusivement de ses pilules et de ses élixirs, que d'écrire des balivernes, mais à chacun sa marotte !

Demandez au jeune père de famille ce qu'il pense de son premier-né ! Comme il le soupèse, le mange du regard et des lèvres ! C'est bien à lui ce poupon rose qui vient de pousser son premier vagissement en entrant dans la vie ! Ah ! combien et combien de fois n'ai-je pas été témoin attendri de ces petites scènes, qui me faisaient sourire de bonheur pour les jeunes époux, et pleurer en dedans de me voir privé de cette joie incomparable d^ être père ! Une maison sans enfant, si belle qu'elle soit, est un jardin sans pluie et sans soleil ! Ah ! je comprends les plaintes que le poète a mises sur les lèvres du " Masque de fer " : " Que je serais heureux de la voix d'un enfant ! " Non, jamais le doux babil d'un tout petit bien-aimé, jamais les plaintes qui mandent protection, jamais les questions naïves et enfantines d'une autre moitié de moi-même ne raisonneront à mes oreilles ! Jamais ! . . . .

Me pardonnerez-vous maintenant d'avoir fait voir le jour à un noùveau-nê, si laid qu'il soit, oui, n'est-ce pas ? Il ne remplacera pas Vautre, mais au moins j'en aurai presque la douce illusion. Je compte donc sur votre sympathie, lecteur bienveillant, pour ne pas m'en priver au nom de votre premier-nê !

d'Arri.

DÇÇ*

A propos de réquisition.

M. le rédacteur,

En signant l'autre jour la réquisition adressée à M. L,. E. P., j'avais fait suivre mon nom du mot "Indépendant" et j'avais spécialement attiré l'attention de MM. L. D. et O. D. sur ce mot, mais je m'aperçois que ces messieurs l'ont rayé ou fait rayer; ou bien encore que ce mot a été omis en imprimant votre journal ; dans tous les cas, je désire que cette omission, volontaire ou non, soit rectifiée.

Je ne suis ni conservateur, ni libéral, cependant j'ai signé la réquisition de M. P., non parce que ce monsieur est conservateur, mais parce que je le crois honnête et capable de représenter dignement la ville de Sherbrooke. J'aurais également signé une réquisition adressée à un honnête libéral.

En vous remerciant, monsieur le rédacteur, veuillez croire à ma haute considération.

N.B. — Les temps sont changés, mais je suis resté le même "Indépendant" et un peu frondeur ! beaucoup, diront des malins que je connais — Je ne les contredirai pas " dans ma candeur naïve." Quoiqu'il en soit, je pense que c'est le parti le plus sage, pour quiconque n'aime pas les luttes politiques, mais qui préfère parfois à frapper d'estoc et de taille, histoire de passer le temps.

Fleurs Champêtres.

Je viens de lire et relire, avec plaisir, un charmant petit volume intitulé : " Fleurs Champêtres," par Françoise, de Montréal.

C'est un recueil de nouvelles et d'historiettes vraies, écrites dans un style pur, facile, enchanteur. Ici, l'auteur nous fait rire jusqu'aux larmes ; là, elle nous en fait verser de véritables, tant elle met d'âme dans son récit.

Il y a un petit chapitre, intitulé : " Poëme en prose " bien court, bien mignon, juste deux pages et demie, mais que de belles choses en peu de mots !

" Fleurs Champêtres," tel est donc le titre de ce livre, d'audelà deux cents pages, que j'appellerai plutôt un long " poëme en prose," tant il renferme de poésie ! Je n'essaierai pas d'en faire l'analyse, car je me crois incapable de le faire dignement, mais je suis certain que tout bon Canadien voudra en posséder un exemplaire dans les rayons de sa bibliothèque, il pourra juger de son mérite par lui-même.

L'auteur, qui est une jeune fille, a vécu à la campagne ; elle connait tous les membres de notre société canadienne, depuis le bûcheron, qui vit heureux dans sa chaumière, jusqu'au richard dans son palais. Elle peint si bien les mœurs, les usages, les manières et jusqu'au langage énergique de nos campagnards, qu'elle évoque dans nos cœurs de doux souvenirs.

Les principales scènes de ses récits se déroulent sur les bords de notre fleuve géant, en bas de Québec. Comment ne pas peindre sur le vif avec un pareil tableau et une âme comme la sienne ! Qui lira verra.

Le Bazar de 1892.

Encore le bazar ! Toujours le bazar ! Oui, amis, toujours le bazar tant qu'il y aura des orphelins, des malades, des infirmes, des aveugles et en général tous les malheureux qui encombrent notre hospice du Sacré-Cœur. Mais n'y a-t-il pas toujours de bonnes Sœurs de Charité qui se dévouent, qui dépensent leur noble vie à avoir soin de nos nécessiteux ? Ces bonnes Sœurs nous font-elles le reproche : 11 Toujours des malades, des affligés, c'est ennuyeux ! " Non, les malades sont les amis que le bon Dieu leur envoie, elles les aiment, les soignent avec sollicitude, les guérissent souvent grâce à leurs soins intelligents.

Pourquoi nous plaignons-nous de la fréquence du bazar ? Il y a douze longs mois que les bonnes Sœurs économisent, renouvellent chaque jour pour ainsi dire le miracle des pains et des poissons pour nourrir leur nombreuse famille, qui est une véritable sainte famille celle-là ! Ah ! si tout le monde savait ce qu'il faut de calculs aux Sœurs pour joindre les deux bouts, plusieurs qui les critiquent aujourd'hui les louangeraient demain. On dit : — Il y a d'autres institutions dans notre bonne ville qui méritent toutes nos sympathies. — Certes, oui, il y en a, mais pendant que nos braves Sœurs des pauvres combattent vaillamment dans la plaine, d'autres bonnes religieuses, nouveaux Moïses, tendent leurs mains suppliantes vers le Ciel pour demander grâce pour touB les pécheurs, vous et moi. Mais les œuvres

des unts valent celles des autres. Le travail étant une prière continuelle, quelle somme incroyable de mérite les Sœurs de la Chanté n'amassent-elles pas d'un bazar à l'autre ? car elles travaillent toujours et toujours nuit et jour. Pourquoi vous dire toutes ces choses que vous connaissez comme moi ; vous les voyez à l'œuvre, et vous savez bien que ce n'est pas pour elles qu'elles nous demandent l'aumône, mais pour nos pauvres.

Allons donc au bazar en foule ; délions le cordon de notre bourse, si mince qu'elle soit ; donnons ce que nous pouvons, mais donnons de bon cœur.

Je finis en vous répétant les paroles du poëte qui vous toucheront plus que les miennes, j'en suis convaincu :

" C'est la petite mendiante,

" Qui vous demande un peu de pain ;

" Donnez à la pauvre innocente,

" Donnez, donnez, car elle a faim.

" Ne rejettez pas ma prière,

" Votre cœur vous dira pourquoi.

"J'ai six ans, je n'ai plus de mère

"J'ai faim ! ayez pitié de moi ! "

" N'allez pas croire que j'ignore,

" Que dans ce monde il faut souffrir ;

" Mais je suis si petite encore !

" Ah ! ne me laissez pas mourir !

" Donnez à la pauvre petite,

" Et pour vous comme elle priera.

" Elle a faim, donnez, donnez vite,

" Donnez, quelqu'un vous le rendra ! "

Je vous l'atteste, oui, quelqu'un vous le rendra, n'en doutez pas. Celui qui ne laissera pas un verre d'eau sans récompense n'oubliera pas ce que vous aurez fait pour ses membres les plus chers, les petits orphelins, les pauvres et les malades ! Lui, le Grand Dispensateur de toutes les richesses, vous rendra au centuple ce que vous aurez fait pour le plus petit des siens.

Au revoir, au bazar.

Les Célibataires.

M. le rédacteur d'un journal de cette ville, dans son article d'hier : " Soyons prudents et vigilants," terminait par les quelques lignes suivantes :

" Il y a aussi un autre abus qui a une grande influence sur les mœurs, c'est le peu de confiance qu'ont en général les célibataires dans la femme, etc." (Textuel).

C'est édifiant ! Célibataires, mes frères, vous voilà voués aux gémonies, il n'y a plus de salut pour vous, ou mariez-vous, et dépêchez-vous encore avant que M. le rédacteur ait une autre occasion de reparler de vous. On dirait vraiment que notre charmant confrère a jadis péché en eau trouble ou cueilli des fruits dans le jardin de son voisin, tant il parle avec assurance du temps passé qui n'est pas encore loin ! Par exemple, je vous dirai bien intimement que, malgré toute ma confiance en son savoir-faire, dans les charmes de sa personne, ses attraits irrésistibles, je crois qu'il se vante, le malin ! Il en est bien capable, allez, j'en suis même convaincu ; car, pour ma part, j'ai trop bonne opinion de nos femmes pour croire un moment à ses succès. Rétractez-vous, M., ou tous les célibataires vont vous tomber dessus, c'est certain ; par galanterie pour les dames d'abord, et peut-être un peu aussi par un sentiment d'amour-propre bien légitime.

Pauvres célibataires, n'êtes-vous pas déjà assez malheureux de passer votre triste existence privés des soins as-

sidus, des bons conseils, de la douce société d'une charmante femme (comme elles sont toutes d'ailleurs, c'est mon opinion personnelle) sans vous faire calomnier par un M. qui vient de déserter vos rangs?

Comme le succès rend fat ! Je ne l'aurais jamais cru. M. se marie, et vlan ! Une volte-face complète ; il me rappelle ce diablotin devenu vieux qui se fit moine. Bannissez toute crainte de votre esprit, cher ex-copain de la noble confrérie des vieux garçons ; il y a des fruits rares que l'on conserve précieusement sans y goûter, et des fleurs exotiques dont on ne respire les parfums qu'à distance !

L'évangile ne dit-il pas quelque part : " Mariez-vous, vous faites bien, ne vous mariez pas, vous faites encore mieux." Donc, tant que j'aurai l'évangile de mon côté, je me ficherai pas mal des on dit, mais je tâcherai toujours de respecter le beau sexe, comme je l'ai fait jusqu'à présent ; d'ailleurs, voudrais-je faire le contraire, que je n'y réussirais pas, c'est sûr, je n'ai pas la fatuité du susdit rédacteur.

Et voyez ce vantard qui sort de notre camp en secouant la poussière de ses souliers, que va-t-il faire dans l'autre ? Eh ! bien, c'est simple, tâcher de se faire pardonner ses fredaines passées. Il est habile diplomate, c'est pourquoi je lui pardonne de bon cœur. Je conseillerais aux plus anciens maris de placer leur nouvelle, prudente et vigilante recrue en sentinelle. Alors, vieux garçons, prenez garde à vous !

Badinage à part, je me trouve bien dans ma bonne confrérie, mais je la changerai volontiers pour l'autre quand l'occasion se présentera.

Le Bazar de 1893.

J'ai froid ! J'ai faim ! La charité, s'il vous plaît, pour l'amour de Dieu ! Il faudrait avoir un cœur de bronze pour résister à cette touchante prière du pauvre, de la veuve, de l'orphelin. Cette prière nous est adressée en ce moment par ces nobles femmes qu'on nomme Sœurs de Charité. Est-ce pour elles qu'elles réclament ainsi notre aumône? non, c'est pour les nôtres, c'est pour les nécessiteux de notre ville, de nos cantons, du monde entier, si la chose se pouvait, car leur cœur est plus gros que leur maison, puisqu'elles ne peuvent y admettre tous ceux qui s'y présentent, malgré leur désir.

Les temps sont durs, l'ouvrage est rare, l'hiver approche avec ses frimas ; qui donc pourvoira aux besoins des pauvres ! Mais c'est Dieu, le grand Dispensateur de toutes les richesses, c'est Dieu par ses aides de camp : le clergé, les bonnes Sœurs de Charité, les membres dévoués de la St. Vincent de Paul, etc.

Bien souvent, dans le monde, on ne comprend pas la noble mission des Sœurs. — Quoi ! ces jeunes filles ont tout abandonné: parents, famille, amis, bel avenir! elles sont douées de talent comme vous, mesdames, mesdemoiselles ; elles avaient vos aspirations, vos goûts peut-être, mais à un moment donné, elles ont entendu l'appel de Dieu : " Abandonnez tout et suivez-moi ! " Ont-elles hésité un instant ?

Non. — u Me voici, Seigneur, faites de moi ce qu'il vous plaira, j'irai jusqu'au bout du monde, s'il le faut, pour faire votre volonté et celle de mes Supérieures." Leur cœur se dilatait au contact de leurs amis, de leur famille ; elles avaient un père, des frères, des sœurs, une mère, une tendre mère qui les a élevées chrétiennement. Elles quittent tout, elles renoncent elles-mêmes à ce doux titre de mère pour celui plus beau encore d'épouse du Christ ! Mais que dis-je ? mères dévouées elles le sont par le cœur; une famille c'était trop peu pour leur zèle pour leur dévouement, il leur fallait la grande famille des déshérités de la terre : les idiots, les infirmes, les muets, les sourds, les aveugles, les orphelins et tous ces malheureux qui peuplent nos asiles de charité !

Pendant les maladies contagieuses, les épidémies de picote, de fièvre, de choléra, avez-vous jamais vu une Sœur de Charité fuir le danger? Non, mille fois non, le sacrifice de sa vie est fait depuis longtemps ! On a vu plus que cela, même sur les champs de bataille, au milieu des combats sanglants que se livrent des nations ennemies ; la Sœur de Charité est là, suivant l'ambulance, la croix sur la poitrine, la robe de bure trouée par les balles et la mitraille, mais le sourire aux lèvres et l'espérance au cœur !

Qui panse les plaies les plus dégoûtantes ? la Sœur de Charité ! Qui colle sur les lèvres déjà glacées du moribond, la croix du Christ, symbole de notre rédemption ? la Sœur de Charité ! Qui prie pendant que le monde rit et danse ? la Sœur de Charité ! Qui prie pour ceux qui pleurent ? la Sœur de Charité ! Mais quelle est donc cette femme sublime : " Cet ange envoyé du ciel pour calmer la souffrance," comme dit le poète? C'est votre sœur, c'est la mienne, c'est la fille du peuple que Dieu a anoblie et qui porte gra-

vées sur son blazon : Pauvreté, Chasteté, Obéissance ! ce sont là ses titres de noblesse

Eh bien ! mes bons amis, voilà quelques-unes de ces nobles Femmes que je vous présente aujourd'hui. Ce sont elles, ou plutôt leurs délégués, les Dames et les jeunes Demoiselles de la ville, qui viendront implorer votre assistance au bazar, le 17 courant et les jours suivants. Ces Dames sont très unies, surtout lorsqu'il s'agit d'une bonne œuvre — car elles savent que " l'union fait la force." Elles oublient les petits désagréments, les piqûres d'épingles qui sont plus sensibles que des coups de lance, quelquefois, je le sais. Mais, je n'ai encore aucun doute que toutes vont s'unir et qu'alors tout ira à merveille, comme toujours d'ailleurs lorsque ces dames entreprennent quelque chose d'utile. Pour ce qui suit, je ne m'adresse ici qu'à quelques-unes d'entre elles, car depuis la magnifique soirée du " Club Ste. Cécile, ou des Demoiselles, ou de Mme B., ou de qui sais-je, moi ?" il y a eu quelques passes d'échangées bien inutilement à mon point de vue. Cette soirée a été très bien sous tous les rapports : chacune des actrices ou autres a très-bien rendu son rôle respectif ; en un mot, c'était parfait, pour des jeunes amateurs. C'est au public à en juger, n'est-ce pas ? on n'est pas juge dans sa propre cause. Bien souvent, plus on discute certaines choses, plus on s'emballe, il vaut donc mieux oublier le passé, s'il y a quelque chose que les Dames qui sont en cause doivent oublier ; quant à moi, je me rappellerai toujours de cette soirée avec plaisir. Ainsi, unissons-nous toutes et tous (car ici tous ne sont pas exclus) pour faire réussir notre bazar.

L'Hospice du Sacré-Cœur est depuis longtemps déjà beaucoup trop étroit pour recevoir tous nos malades, il faut nécessairement un local plus spacieux. Sous le rapport de

la propreté, de la bonne tenue, on ne peut rien voir de mieux que notre hôpital ; il serait à désirer que toutes les maisons des particuliers fussent sur ce pied — je reviendrai sur ce sujet dans une autre causerie sur l'hygiène. Donc, le 17 courant, en foule au bazar, dans la grande salle de l'Union St. Joseph, maison Murray. Que chacun fasse ce qu'il pourra, — l'obole du pauvre sera reçue avec autant de reconnaissance que l'offrande du riche.

Rappelons-nous que celui qui donne aux pauvres prête à Dieu à gros intérêt.

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La Langue Française.

L'histoire nous apprend que Dieu, irrité contre les hommes, confondit tellement leur langage que ne pouvant plus se comprendre, ils laissèrent inachevée la tour de Babel que, dans leur fol orgueil, ils avaient résolu de construire afin d'échapper à un nouveau déluge. On peut déduire de là que, primitivement, tous les hommes parlaient la même langue. Il est malheureux que les francophobes de nos jours n'aient pas vécu à cette époque reculée, leurs chatouilleuses oreilles n'auraient pas été blessées par l'accent français.

Les langues modernes, qui se parlent maintenant sur la surface du globe, n'étaient pas connues alors; ce n'est qu'à la suite des siècles et après beaucoup de tâtonnements que les différents peuples qui composent la grande famille humaine arrivèrent à se créer, pour -ainsi dire, un langage particulier, en perfectionnant petit à petit l'idiome primitif. La langue la plus parlée de notre temps est la langue chinoise que je n'ai pas l'honneur de connaître, mais que je ne méprise pas parce que je l'ignore, car si je vivais avec les Chinois, je tâcherais d'apprendre leur langage tout comme j'apprends l'anglais par exemple pour m'en servir dans l'occasion. Je ne veux pas dire par là que je me ferais Chinois, que je porterais la longue couette traditionnelle de ce peuple, que je renierais mou beau nom de Canadien-français, ni ma belle langue française ! Oh ! non, car je suis

trop fier de ces deux faveurs du Ciel : d'être Français et par conséquent de parler français, pour désirer d'être Chinois, Allemand, Russe ou même Anglais ! Aussi, je ne puis m'expliquer pourquoi des Canadiens-français aiment tant à parler une langue étrangère en dépit du bon sens !

Je comprends que dans la position où nous sommes, nous, Français, habitant un pays conquis, il est nécessaire pour nous d'apprendre l'anglais, puisque nous avons chaque jour des rapports d'intérêt, d'amitié ou autres avec messieurs les Anglais ; mais de là à renier sa langue, il y a loin ! Quelques écervelés français trouvent plus cJiic de parler l'anglais que le français! ils vont même jusqu'à traduire leur nom en anglais ! et quelle traduction !. . . .

Qu'ils sont à plaindre, mon Dieu ! pauvres gens, ils ne savent ce qu'ils font ! Ils sont la risée des autres peuples et ne s'en aperçoivent point. Heureusement que ces choses ne se rencontrent que parmi un certain nombre d'individus pour la plupart indignes du nom français ; après tout, c'est un bien pour eux et pour nous, vrais Canadiens-français, car leur conduite nous exempte de les renier pour nos frères, puisqu'ils l'ont déjà fait eux-mêmes.

Quoi ! cette belle langue française, que des phalanges d'hommes éminents ont parlée et parlent encore, cette langue harmonieuse que chacun de nous a appris à bégayer sur les genoux de sa mère, cette langue dont se servent les plus grands potentats de l'Europe pour transiger les affaires des royaumes et des empires, c'est cette langue que des renégats français rougissent de parler ! C'en est trop, mon Dieu ! Ce ne sont plus des Canadiens, ni des Anglais, ces gens, mais ce ne sont que de misérables ilotes ! !

Il y a un certain nombre de ces détraqués parmi toutes les nations du globe, il ne faut donc pas s'étonner s'il s'en

trouve parmi nous ; mais il incombe à la classe dirigeante et aux classes instruites en général de donner le bon exemple, afin de faire comprendre à ces pauvres égarés combien ils sont ridicules aux yeux de tout homme sensé.

Comme je le disais plus haut, la langue française a l'honneur d'être la langue diplomatique ; aussi tous les grands personnages : le Saint-Père, les rois, les princes et toutes les hiérarchies des nobles tiennent à honneur d'apprendre le français. Tous nos gouverneurs généraux, par exemple, savent très bien répondre en français aux adresses qu'on leur présente en cette langue. Si on connait l'arbre à son fruit, on connait aussi l'homme à son éducation, à ses belles manières. J'ai quelquefois l'occasion de faire cette distinction quand j'adresse la parole en français à certains petits industriels, commerçants ou employés anglais, (je ne dis pas à tous, mais à quelques-uns) leur air cocasse me fait sourire de pitié. . . . y a coinprenne pas voa. ... il n'y a pas de mal à ne pas compreiidre moa, mais c'est leur air, mais c'est leur air protecteur ! Tant pis, butor, si vous ne me comprenez pas, suis-je tenté de leur dire, mais il faut être plus poli que ces grands sires qui se croient plus que la Reine d'Espagne, parce qu'ils parlent anglais !

Laissons-leur leurs sottes prétentions et tirons le rideau.

Le Bazar de 1894.

Bazar, mot arabe, qui signifie en Orient marché, trafic. En Europe, ce mot représente un endroit où l'on vend toutes espèces de menus objets. Le vingt-trois du présent mois, nous n'aurons pas besoin d'aller en Orient, ni même en Europe, pour voir un bazar ; il y eu aura un, et des plus beaux, je vous en réponds, aux salles de l'Union St. Joseph. Mais, me direz-vous, encore un bazar, c'est ennuyeux, ça se répète si souvent ; au contraire, mes amis, c'est très gai, c'est un véritable plaisir d'aller passer d'agréables soirées auprès de charmantes dames et demoiselles, tout en offrant notre aumône pour soulager quelques misères humaines. Pour ma part, je voudrais que le bazar durât toujours, pour avoir le privilège de polir mes manières au contact du beau sexe.

J'ai dit en commençant que bazar signifie marché ; n'est-il pas vrai que c'est en effet un marché et un bon marché pour plusieurs, car pour cinq ou dix centins, on y gagne quelquefois des objets utiles qui valent deux, cinq et même dix piastres? Voilà un gain matériel ; mais il y en a un autre qui prime celui-là : il y a le gain spirituel, fruit de la charité.

Le mot bazar veut aussi dire trafic ; or trafiquer c'est échanger un objet contre un autre, et quel est l'objet que nous aurons en échange pour notre aumône? Eh bien! d'abord, nous aurons peut-être la chance, vous ou moi, de gagner un des beaux articles qui seront tirés le vingt-trois et les jours suivants; ensuite, nous aurons surtout part aux

prières de tout le personnel de l'Hospice du Sacré-Cœur : des bonnes Sœurs, des malades, des infirmes et des petits orphelins ! N'est-ce pas là un bon marché, un excellent trafic ? L'hiver nous arrivera bientôt avec son cortège de misères annuelles, l'hôpital est là pour recevoir les pauvres du bon Dieu, qui n'ont pas d'autre refuge en ce monde ; les bonnes Sœurs sont là ; prodiguant les soins les plus assidus aux pauvres malades, aux déshérités de la terre! Elles attendent notre obole pour faire face aux dépenses considérables de leur établissement. Oh ! si elles pouvaient renouveler le miracle des pains et des poissons, comme Notre- Seigneur dans le désert, elles ne viendraient pas si souvent solliciter notre aumône. Si ces bonnes Dames ne rassasient pas cinq mille personnes avec cinq pains et trois poissons, elles font un autre miracle à mon point de vue, car elles trouvent moyen de vêtir très confortablement, de nourrir convenablement, avec les seuls revenus de la charité pour ainsi dire, audelà de cinquante petits orphelins et orphelines, près de soixante malades, tant vieillards qu'infirmes, les serviteurs de l'hospice et vingt-une sœurs ! c'est un véritable prodige pour moi, car je ne comprends pas qu'on puisse faire tant avec si peu ! A part cela, combien de pauvres veuves, de malades, d'infirmes, d'orphelins manquant de tout qu'elles ne peuvent recevoir chez elles faute d'espace, mais qu'elles soulagent en apportant à Tune un petit gâteau, à une autre une douceur quelconque avec leurs bonnes et sympathiques paroles ! Notre-Seigneur a dit que l'aumône couvre une multitude de péchés ; alors, mes bous amis, garçonnets, jeunes gens et hommes, allons offrir notre obole au bazar, donnons généreusement, suivant nos moyens, bien entendu, mais donnons si nous voulons qu'il nous soit beaucoup pardonné. Les pauvres honnêtes sont les amis du bon Dieu; soulageons leur infortune, si nous voulons avoit part à leur récompense.

L'Ivrognerie.

L'ivrognerie.... je devrais dire l'ignoblerie ! en effet, y a-t-il quelque chose de plus ignoble, de plus dégoûtant, de plus vil qu'un ivrogne? L'homme ivre défigure l'image de Jésus-Christ ; il a bien encore quelques traits humains, mais que se passe-t-il dans ce cerveau échauffé par l'alcool ? Les nobles facultés dont Dieu l'a doué disparaissent pour ainsi dire sous l'influence des boissons enivrantes. Le front devient sombre et ridé ; les yeux sont hagards et sans cesse agités dans leurs orbitres ; la bouche se contracte et ne s'ouvre que pour lancer des blasphèmes ; les narines se dilatent et semblent humer avec délices l'odeur piquante de la boisson ; tous les mauvais instincts de notre pauvre nature déchue se déchaînent à la fois. L'homme, que les philosophes appellent un animal raisonnable, c'est-à-dire doué de raison, perd toutes ses nobles facultés dans l'ivresse ; il devient plus brute que la brute elle-même, puisqu'il ne connaît plus ni parents, ni amis. Sa démarche est chancelante, incertaine ; sa tête vacille et semble tourner sur ses épaules, tant elle est alourdie par les vapeurs du vin ; ses pieds se heurtent au moindre objet ; tout son corps enfin, qui n'est plus guidé par les facultés de l'âme, chancelle et s'abat lourdement n'importe où il se trouve, même dans la fange. . . . quel triste spectacle !

Entrez un moment avec moi dans la maison d'un ivrogne.— Est-ce bien une maison, ce bouge, ou n'est-ce pas

plutôt un enfer ? Voyez cette pauvre femme en pleurs, amaigrie par les veilles, les jeûnes forcés et bien souvent par les mauvais traitements de son bourreau ; contemplez ces malheureux enfants en haillons, demandant du pain, le pain qu'ils ont cependant droit d'exiger de leur misérable père ; oh ! ils en manquent bien souvent, allez, les pauvres petits ! " Du pain, du pain, répond la brute, tu en auras demain, maud. ... en attendant, viens prendre un coup de whiskey . . . ." J'ai été témoin moi-même de cette scène, une fois, une seule fois, heureusement, car ça soulève le cœur de dégoût ! ! !

J'ai dit que l'ivrogne perd l'usage de sa raison. Un fait entre mille : la semaine dernière, dans une paroisse près de Montréal, un homme ivre, après avoir battu son enfant avec une barre de voiture, le jeta dans un tonneau à déchets ; une bête féroce ferait-elle une chose semblable à ses petits ? non, mille fois, non !

Consultez les annales judiciaires et voyez si l'ivrognerie n'est pas la cause des trois quarts des crimes qui se commettent dans le monde. Continuons. — A la moindre contrariété, l'homme ivre entre en fureur ; il prononce, en blasphémant, les Saints Noms de Dieu, de Jésus, de la Vierge Immaculée, du Saint Baptême ; il lance loin de lui tout ce qu'il trouve sous sa main : tables, chaises, ustensiles ; il brise tout dans sa rage alcoolique, heureux encore s'il ne blesse pas sa femme ou ses enfants, comme l'a fait le père dénaturé dont il était question tout à l'heure. Voilà le portrait, mais bien incomplet encore, de l'ivrognerie.

Que dirais-je maintenant de la femme ivrogne? hélas! hélas ! ma plume se refuse à décrire la conduite de cette bacchante ! ! Que devient celle que les poètes appellent " le chef-d'œuvre de Dieu?" Que devient-elle sous l'influence

de la boisson ? Une tigresse, une furie, un monstre sans nom ! Avez-vous jamais eu la douleur d'en voir une ? Si oui, je vous plains et je plains encore plus la malheureuse qui s'enivre. — Mais quel est donc ce philtre trompeur qui fait ainsi perdre la raison â l'homme créé à l'image de Dieu ? Je vais vous le dire en deux mots, mes chers amis : c'est un poison lent qui s'infiltre goutte à goutte dans tout votre corps — " c'est l'alcool, dit Littré, liquide inflammable, bouillant à 780, d'une saveur acre et chaude, incolore, d'une odeur piquante et aromatique, produit de la distillation des liqueurs sucrées et fermentées : vin, jus de betterave, moût résultant de la transformation de la fécule en glucose, etc." Je n'ai pas le temps de vous donner de longs détails dans cette petite causerie ou autres semblables, je craindrais d'ailleurs d'abuser de la complaisance de M. le rédacteur, mais je crois que je vous en ai dit assez pour vous faire réfléchir sur les tristes conséquences de l'ivrognerie.

En terminant, permettez-moi de vous dire d'écouter vos pasteurs, ces bons médecins de vos âmes, qui vous répètent si souvent que l'ivrognerie vous conduit à la damnation éternelle ; écoutez aussi les médecins de vos corps qui vous disent que vous ruinez infailliblement votre santé par l'usage immodéré des boissons enivrantes.

Courage, pauvres ivrognes, un petit verre de moins chaque jour et je vous promets que vous serez bientôt sobres ; alors la paix reviendra dans votre ménage, vous élèverez vos enfants chrétiennement, et vous serez doublement heureux vous-mêmes, en voyant le bonheur des autres.

Le Bazar de 1895.

Les jours, les mois, les années se succèdent avec leur lente monotonie pour le pauvre, avec leur cortège de plaisirs pour le riche. Dieu, dans sa divine sagesse, a donné les biens de ce inonde à celui-ci pour qu'il aide et secoure celui-là.

Malheur au riche, nous dit l'Evangile, s'il ne fait ira bon emploi de ses richesses ! Je connais trop bien les riches de Sherbrooke pour douter un instant de leur charité. Chaque année, d'ailleurs, ils n'ont pas manqué de faire leur aumône pour notre hôpital ; la môme occasion se présente de nouveau : une fois par an, ce n'est pas trop, n'est-ce pas ? Les revenus de l'hospice du Sacré-Cœur diminuent au lieu d'augmenter, mais le nombre des malades, des orphelins, des vieillards, augmente toujours par exemple ! Comment voulez-vous que nos bonnes Sœurs de charité puissent faire face à tant de besoins avec presque rien ! Il serait urgent d'agrandir l'hôpital, mais il n'y a point ou presque point ait fonds. — Les malades, les infirmes, les orphelins et les vieillards comptent sur vous, citoyens de Sherbrooke et des environs ! A l'œuvre, mes amis ; si " noblesse oblige," "charité oblige aussi." — Soutenons notre réputation des années dernières, donnons libéralement, suivant nos moyens.

" < »h ! voua qu'un heureux sort place dans l'opulence, Vous qui vive/ joyeux au sein de l'abondance ; Voua qui, bien calfeutrés dans un tiède salon. Du '"in de votre feu regardez l'aquilon

En spirales, rouler les flocons que la nue

Laisse tomber sans bruit sur les grès de la rue ;

Vous qui, des longues nuits pour charmer les loisirs,

Du bal et des festins avez tous les plaisirs ;

Qui, pour lire ou causer, pouvez devant votre âtre

Rester, ou bien courir en voiture au théâtre !

Vous, puissants, entourés de mille soins, d'égards,

Sur le pauvre, en ce jour, arrêtez vos regards !

Contemplez un moment la hideuse détresse

De ses réseaux d'acier l'envelopper sans cesse !

Voyez-le, par ce temps, en proie à la douleur,

Sous la neige, accomplir an pénible labeur ;

A demi nu, mouillé, presque sans nourriture ;

La nuit, dans son réduit, couché sans couverture !

La faim chassant souvent loin de lui le sommeil,

Ou, s'il s'endort, hélas ! quels songes, quel réveil?

Un réveil inquiet où, dans son étendue,

La triste vérité se dresse toute nue !

Quel tableau déchirant lorsque sans feu, sans pain,

Un homme entend ces mots : papa, j'ai froid, j'ai faim ! . . . .

Que doit-il se passer dans le cœur de ce père?

Souvent des pkurs, parfois la haine et la colère !

Aucun crédit ! plus rien ! mon Dieu, que devenir?

Un crime ! ou le charbon ! quel sinistre avenir?

Ah ! songez aux vieillards, à cette jeune mère

Dont le sein amaigri n'est qu'une source amère ;

Songez à ces enfants, le soir tendant la main,

Tout transis, vous disant : M., soyez humain !

Songez combien l'hiver amène de misères

En privant de travaux des familles entières,

Et vous trouverez tous, car elle est dans vos cœurs,

La douce charité qui calme ces malheurs !

Sur son trône éclatant, l'Auguste Providence,

Des honneurs et des biens seule à son gré dispense ;

Mais Elle recommande, en donnant ses trésors,

De verser le travail et l'aumône à pleins bords !

Bons riches, soyez donc le grenier d'abondance

Qui va donner du pain et rendre l'espérance

Au pauvre, à l'orphelin, à tous ces malheureux

Que dévoue à la mort un hiver rigoureux ! "

Sois béni, ô poëte, pour ces bonnes et touchantes paroles ! Tu as su trouver le chemin de nos cœurs par cet amour de l'infortune qui déborde du tien !

Oui, oui, nous donnerons à tous ces malheureux qui souffrent et du froid et de la faim, nous donnerons, dis-je, un peu de superflu ; nous retrancherons même quelque chose du nécessaire, afin de soulager quelques-unes des nombreuses misères qui nous entourent ! Ah ! si tous connais-

saient les angoisses du pauvre, privé de tout, grelottant de froid et dont l'estomac, tiraillé par la faim, est en proie aux spasmes déchirants qui le torturent ! Si les riches, égoïstes surtout, pouvaient pénétrer (je voulais dire, devraient pénétrer) dans ces tristes mansardes où une pauvre femme étiolée est entourée d'enfants rachitiques couverts de haillons ! Il me semble qu'à cette vue, leurs coeurs, endurcis par la bonne chair et les plaisirs de toutes sortes, seraient un peu émus et viendraient en aide à ces malheureux !

Les bonnes Sœurs de la charité connaissent toutes ces tortures dans les visites qu'elles font chaque jour dans les quartiers pauvres de notre ville. Elles les soulagent dans la mesure de leurs forces, mais il leur manque souvent les moyens nécessaires.

Elles font un bazar chaque année pour nos pauvres qu'elles reçoivent à l'hospice et pour ceux qu'elles aident chez eux. Elles sont nos mandataires, donnons-leur généreusement au bazar qui s'ouvrira le 19 courant. Elles font des merveilles avec si peu !

Qui donne aux pauvres, prête à Dieu!

Au revoir, au bazar.

~\?m. si

Les Ecoles du Manitoba.

Lors de la conquête, en 1760, les vainqueurs garantirent aux vaincus l'usage de leur langue, de leurs lois, de leur religion, etc., non seulement pour la province de Québec, car le pays n'avait pas ses divisions actuelles, mais pour toute l'étendue du Canada.

Qu'exigeait l'Angleterre en retour de ces libertés? Fidélité à sa couronne. Or, parmi tous les éléments disparates qui habitent le Canada, y a-t-il un peuple plus fidèle à la couronne que le peuple canadien-français ? Les tentations ont été fortes cependant. En 1775, les Etats-Unis déclaraient leur indépendance et invitaient les Canadiens-français à se joindre à eux pour secouer le joug de l'Angleterre, et qu'ont faits ces Canadiens, cette race inférieure (sic) comme on l'appelle par dérision, qu'a fait ce peuple? Il a conservé à la Couronne Britannique cet immense pays qui s'étend de l'Atlantique au Pacifique, du Pôle Nord à la ligne 45 ; c'est peu, n'est-ce pas ?

Continuons — En 1S12, nos voisins, voyant d'un œil jaloux la prospérité de notre pays, tentèrent de nouveau de nous attacher à leur cause. Là, encore, si nous avions voulu nous serions citoyens de la république voisine. Ah ! bien non, le Canadien-français avait juré foi et hommage au Souverain d'Angleterre et, malgré les mauvais traitements de quelques gouverneurs francophobes, ils gardèrent leur serment ! Oh ! alors, si l'un de nos braves héros canadiens,

l'immortel de Salaberry, ce nouveau Léonidas, eut tourué son génie et ses armes contre l'Angleterre, c'en était fait encore une fois de la puissance d'Albion sur ce continent ! En 1857, quelques esprits aigris des longues luttes qu'ils avaient soutenues pour défendre leurs droits, firent de l'agitation et soulevèrent une partie du pays avec le triste résultat que l'on sait. Mais là encore, si tous les Canadiensfrançais se fussent soulevés comme un seul homme et eussent fait appel aux Etats-Unis, que serait-il arrivé ? Probablement la perte du Canada pour les Anglais.

En 1866, qu'ont fait les Canadiens-français? Ils ont volé à la frontière menacée par les Fêniens ! Est-ce là de la trahison? En 1870, même tentative de la part de nos ennemis, même défense de la part de tout le peuple canadien : Anglais, Irlandais, Français, etc. Plus récemment, en 1885, l'infortuné chef des Métis réussit à soulever une partie de ses frères qui se croyaient lésés dans leurs droits ; qu'ont fait les Canadiens- français ? Toujours fidèles au drapeau qu'ils avaient promis de défendre envers et contre tous, ils sont accourus à la voix de leurs chefs et ont étouffe la rébellion, de concert avec leurs frères d'armes, les Anglais. Est-ce là de la trahison ? Des traîtres, il n'y en a pas parmi nous, car on ne peut appeler traître un homme qui défend ses droits. Dans toutes les différentes circonstances dont j'ai parlé, qui apaisait les esprits soulevés contre le pouvoir établi ? L'homme de la paix, l'homme de la prière, le prêtre enfin. Oui, messieurs les Anglais, si vous êtes encore les maîtres ici, vous le devez à notre clergé.

Est-ce pour cela que quelques-uns des vôtres, des fanatiques, j'en conviens, abreuvent de chagrin, sur ses vieux jours, le vénérable prêtre, l'illustre prélat, le digne et noble archevêque de St. Boniface? Ah! qu'il est dur pour un bon père de voir ses enfants en butte aux attaques des nié-

chants ! C'est le triste spectacle que nous avons sous les yeux aujourd'hui. Et ces enfants, que sont-ils ? des sujets fidèles du gouvernement. On se moque des traités et des serments, on fait semblant de vouloir rendre justice ; dérision que tout cela ! qu'a-t-on besoin de juge, puisqu'il n'y a pas de cause ; qu'on nous laisse nos écoles, notre langue et nos lois : que demandons-nous de plus que nous avons. Ah, les fanatiques ! ils savent bien ce qu'ils veulent, allez ; l'école, c'est là que se continue l'éducation chrétienne que l'enfant a reçue sur les genoux de sa mère : retranchons l'école catholique et nous anglinerons plus facilement cette race inférieure, nous en ferons des apostats. Arrière, brandons de discorde ! respectez les droits de la minorité là-bas, comme nous respectons ceux des vôtres dans la province de Québec. Ai-je dit minorité dans le Manitoba? Oui, mais c'est cette minorité qui a ouvert ces immenses contrées à la civilisation.

Ce sont nos missionnaires catholiques, entendez-vous, qui ont pacifié les peuples sauvages de l'Ouest ; ils ont lutté et souffert courageusement pour implanter la foi parmi les tribus sauvages, tout en préparant les voies à la civilisation. Ce sont nos hardis voyageurs et pionniers Canadiensfrançais qui vous ont fait connaître les immenses richesses dont vous jouissez maintenant, et quelle récompense leur préparez-vous, MM. les francophobes? Il est bien dommage qu'il n'y ait plus de place pour expatrier nos frères du Manitoba comme l'ont été les infortunés Acadiens.

De puissants empires ont déjà croules et disparus parce qu'ils n'ont pas connu l'équité et la justice. Relevez la tête, Canadiens-français, faites valoir vos droits pacifiquement ; vous n'êtes pas un peuple d'ilotes, conservez votre langue et votre religion, suivez la Croix du Christ : /// Jioc signo zrinces, — vous vaincrez par ce signe. / "as v/ct/s, —

malheur aux vaincus ! Non, non, je ne puis croire que cette maxime trouvera son application dans notre Canada ; j'ai trop de confiance zxxfairplay britannique pour croire que nous pourrons l'appliquer au peuple canadien-français, et je dirai avec ce meunier du temps de Frédéric : " Vous prendrez mon moulin, oui, mais il y a des juges à Berlin." Oui, il y a des juges à Londres aussi et j'ai confiance qu'ils rendront justice à un peuple dévoué et plein de respect pour leur Souveraine, si les choses en viennent jusque là. L'Angleterre doit trop aux Canadiens-français pour ne pas leur rendre justice, si leurs droits sont inconnus dans leur propre pays. Je sais qu'il ne convient pas de rappeler un bienfait, mais comme il s'agit d'une question vitale pour nous, il est bon qu'on rappelle à qui de droit ce qu'on nous doit, puisqu'on semble l'oublier si facilement.

Encore une fois, Canadiens-français, mes frères, soyons unis ; Sursum corda, haut les cœurs ! Suivons nos pasteurs qui, comme d'habiles pilotes, sauront nous faire éviter les écueils de la mer orageuse sur laquelle vogue à voiles déployées notre barque fragile. Rappelons-nous que nous sommes les fils de héros et les frères des martyrs qui ont versé leur sang pour leur patrie et leur Dieu. Vous savez que nous avons pour devise : "l'union fait la force," et cette autre : "fais ce que dois, advienne que pourra." Kh bien ! soyons unis plus que jamais, respectons notre clergé qui a tout fait pour nous, et respectons-nous réciproquement si nous voulons l'être par nos citoyens d'autre origine. Malheureusement, nous avons un peu la manie de la chicane, nous avons hérité du tempérament bouillant de nos ancêtres ; ce qui était une qualité au siècle passé peut être un défaut dans le siècle où nous vivons. Si nous avons hérité des défauts de nos aïeux, nous avons aussi hérité de leurs grandes vertus ; tachons de les conserver intactes avec notre religion, notre langue et nos lois.

Le Bazar de 1896.

Le bazar annuel des révérendes Sœurs Grises s'ouvrira le 30 courant, à la salle Murray. Nous sommes tous invités, petits et grands, pauvres et riches, à offrir notre obole pour le succès de cette bonne œuvre. Nos pauvres, nos orphelins sont plus nombreux que jamais ; par contre, les revenus de l'hospice sont très-modestes ; il faut donc que chacun y mette la main et verse son aumône dans la caisse commune. Que celui qui n'a que cinq centins à donner les donne de bon cœur ; les petits ruisseaux font les rivières : et les rivières les grands fleuves, qui vont eux-mêmes se perdre dans l'océan immense. Ainsi, l'offrande du riche, grossie de l'obole du pauvre, formera un montant considérable qui, bien administré, soulagera un grand nombre de misères en passant par le cœur de Dieu, océan incomparable de charité ! La charité, la vraie charité évangélique, ne connait ni patrie, ni religion, ni race, ni couleur; il lui suffit de savoir que celui qui la réclame est créé à l'image de Dieu, pour recevoir ses soins empressés, fût-il du Groenland ou de la Patagonie, que lui importe, c'est Jésus-Christ qu'elle soulage dans les pauvres ! Si le hasard, ou plutôt la Divine Providence, jette à sa porte un malheureux, mourant, sans abri, la charité, " cette vierge pure et féconde," comme dit le poëte, le recueillera, le réchauffera dans son sein, à l'exemple du bon Samaritain. Ah ! si tous ceux qui gaspillent follement les biens qui leur sont confiés, en

employaient une faible partie à soulager tant de misères semées sur leur chemin, quelles jouissances ne se procureraient-ils pas ? Kh bien ! voici une bonne occasion qui est offerte à tous, acceptons-la avec empressement ; donnons, donnons beaucoup : l'aumône efface les péchés.

Prétons au bon Dieu, en donnant à ses pauvres ; Il nous le rendra au centuple.

St. Fabien, (Rimouski).

A nos Vaillants Cultivateurs.

Voulez-vous savoir, mes bous amis, ce que peuvent la constance et l'industrie ? lisez les quelques lignes qui suivent.

D'abord, laissez-moi vous dire que celui qui vous écrit n'est ni ronge ni bleu ; c'est un type à part, indépendant de tous les partis politiques si vous le voulez — et vous aurez dit juste. A mon point de vue, et pour moi bien entendu, c'est le parti le plus sage. Ceci étant bien compris, revenons à notre sujet :

Je viens vous parler aujourd'hui de la jolie petite paroisse de St. Fabien, située sur les bords du St. Laurent, dont elle est séparée par une chaîne de montagnes ; cette paroisse est aujourd'hui très prospère. Le courant d'émigration aux Etats-Unis l'a effleurée sans doute, mais, malgré tout, je ne crois pas qu'il y ait une seule terre veuve de son propriétaire ; sans parler de l'église qui est un petit bijou, de tous côtés s'élèvent de jolies maisons et des granges spacieuses, preuve que le sol est productif et cultivé avec soin et intelligence. La paroisse possède, depuis quelques années déjà, une fromagerie qui a amplement remboursé ses actionnaires et contribué à mettre presque tous les cultivateurs dans une honnête aisance. Une beurrerie est en pleine

opération depuis quelque temps et donne satisfaction aux intéressés. Il s'y construit dans le moment une boulangerie. Le moulin à scie et à farine, bâti à quelques arpents de la gare de l' Intercolonial, paie bien son propriétaire des déboursés qu'il a faits.

Presque tout le monde est sobre à St. Fabien ; par contre, on n'y boit de bien bonne eau. Plusieurs cultivateurs ont un robinet dans leur maison et même dans leur écurie ; ils y conduisent l'eau d'excellentes sources de 4, 5, 10 et même 15 arpents ; vraiment c'est à s'y tromper, on se croirait en ville, tant ces gens ont de confort, mais pas à Sherbrooke, par exemple, où l'on ne boit que l'eau sale et malsaine de la rivière Magog.

Il y a 3 ou 4 ans à peine, je crois, une partie des terres de la paroisse, sur un parcours d'une lieue, à peu près, était chaque printemps inondée par la crue des eaux; qu'ont fait les habitants ? Ils se sont assemblés et, par corvées volontaires et un peu d'aide du gouvernement, m'a-t-on dit, ont creusé un nouveau lit à cette rivière ; maintenant ce terrain improductif autrefois est une des meilleures parties de leurs terres.

Le 15 août courant, j'avais le bonheur de fouler de nouveau ce sol béni. Ah ! que mes pas étaient légers, mais mon cœur saignait, il est vrai, car pour aller rendre visite à mou père et à ma mère, il me fallait franchir la porte du cimetière, antichambre de l'éternité qui effraie tout mortel ! Après une fervente prière sur leur tombe, je fus rendre visite au Rév. M. P. Audet, chanoine, curé ; c'est au patriotisme, au zèle, à l'intelligence de ce prêtre dévoué que cette paroisse doit ce qu'elle est aujourd'hui. Je suis heureux en ce moment de pouvoir publiquement rendre hommage à son dévouement. Ah ! si tous les hâbleurs politi-

ques, à quelque parti qu'ils appartiennent d'ailleurs, si chacun, d'eux dis-je, faisait pour sa paroisse natale seulement ce que fait ce digne curé, notre belle province de Québec serait plus prospère qu'elle ne l'est.

Ici, il n'y a pas ou point de dettes, chacun vit paisiblement sur le coin de terre que lui a légué son père ; tout le monde est content de vivre sous la houlette de ce bon Pasteur. Je m'arrête, car je craindrais de blesser sa modestie.

Allons, vous tous cultivateurs, pionniers, défricheurs, courage, restez aux champs ; il y a près de vous aussi un des membres de notre noble clergé, (quoiqu'en disent les méchants) prêt à bénir votre union, à baptiser vos enfants, à vous soutenir, à vous encourager dans les épreuves de la vie, à prier et souffrir avec vous ; enfin, à vous absoudre au dernier moment, à votre départ de cette terre d'exil pour notre véritable patrie à tous. . . .le Ciel !

Amis, au revoir.

Le Bazar de 1897.

Hourra pour les pauvres !

Bon début, hier soir, à la partie de cartes : cent vingt couples se pressaient dans la grande salle de l'Union St. Joseph décorée avec goût et gracieusement mise à la disposition des Dames patronnesses, par les membres de cette belle et charitable société. De jolis prix furent distribués aux heureux gagnants.

Comme c'est beau de faire l'aumône, puisqu'on en est récompensé, même en ce monde ! Quand vous allez au théâtre, vous vous attendez de payer au moins vingt-cinq sous, n'est-ce pas ? mais le plus souvent cinquante, cent et même plus ; et dire que pour dix sous, seulement dix sous ! prix d'entrée au bazar tous les soirs, cette semaine, vous aurez la bonne fortune d'entendre du beau chant, de la belle musique et même des petites pièces théâtrales bien réussies, je n'en doute pas, et tout cela en faisant la charité pour les pauvres, les vieillards, les infirmes et les chers petits orphelins ! Comme chacun de ceux qui auront contribué à cette bonne œuvre devra retourner chez soi, après chaque soirée, le cœur gai, heureux de ce qu'il aura vu et entendu, tout en donnant sou obole pour le soulagement de quelques misères des nôtres !

Comme les petits orphelins devront faire de beaux rêves cette semaine, car les bonnes Sœurs, comme de vraies mères,

ont promis à chacun, pour après le bazar, un bel habit neuf, bien confortable, bien chaud pour les froids qui commencent ! Quelle joie pour ces chers petits ! quel plaisir pour ces bonnes Sœurs de la leur procurer ! Et pour nous tous donc, quelle jouissance de pouvoir faire tant d'heureux à la fois !, . . .

Ceux qui veulent se payer le luxe d'un fin souper n'auront que vingt-cinq sous à débourser, souper qui en vaut bien deux, trois et même quatre fois autant. N'ayez pas peur, vous ne paierez que vingt-cinq sous, et pour tous les plats, cette fois. A propos de plats, ça me rappelle une petite anecdote : Etant de passage à Paris avec un mien ami, après avoir visité toute la journée, nous retournions à notre hôtel bien fatigués, lorsque j'avise un superbe restaurant — j'entre malgré mon copain et demande le prix du souper — trois francs par personne, me répondit-on. Oh ! très bien, c'est bon marché, hein ? Nous nous mettons à table et nous nous faisons servir de bous plats. Qui mange bien rira jaune ! — Je me rends au comptoir et demande la note. La caissière crayonne un bon cinq minutes, puis se tourne vers nous en minaudant : " Seulement cinquante-cinq francs, messieurs," soit onze piastres ! Je n'avais pas compris que notre marmiton avait voulu dire trois francs par plat et par personne. Imaginez notre stupéfaction !. . . .La magie blanche ou noire de mon compagnon n'y put rien changer. Il fallut payer !

Vous n'aurez rien à craindre de cette espèce au bazar ; encore une fois, vous n'aurez que vingt-cinq sous à payer pour votre repas.

En foule donc, aux excellents soupers de Mme la présidente et de ses aides, qui sont aussi bonnes cuisinières que charmantes dames de salon.

Les Journaux.

Mes chers amis, les pauvres, c'est à vous que je m'adresse encore aujourd'hui ; vous qui peinez du matin au soir pour gagner votre pain de chaque jour, vous n'avez pas le temps de lire plusieurs journaux, ni le moyen de les payer, mais choisissez-en un bon, consultez votre curé à ce sujet. Il vous faut avant tout, à vous catholiques, un journal catholique, c'est entendu, qu'il soit rouge ou bleu, pourvu qu'il soit bon. Mais même parmi les journaux catholiques, il y eu a quelques-uns qui publient des romans peu moraux ; ne recevez pas ceux-là, ce sont des loups, affublés de la peau de l'agneau, qui cherchent par ce moyen à s'introduire dans votre troupeau qui est votre petite famille. Il y a encore des journaux qui vous arrivent chaque jour avec une longue critique acerbe contre tel prosateur ou tel poëte ; ceux-là ne vous conviennent pas non plus, je crois.

Permettez-moi une petite digression. — Vous, prosateurs ou poëte, finissez-en donc une bonne fois, — croyez-vous que vos critiques acérées sont de nature à instruire le peuple ? Mais point du tout, car vous nous arrivez, le plus souvent, avec des vers et des phrases tronqués ; qu'est-ce que les masses peuvent bien comprendre à ce grimoire ?

vSi vous avez réellement des talents, employez-les donc à quelque chose d'utile, et non à vous critiquer les uns les autres, pour un mot un peu ancien, ou une rime un peu louche.

Il y a certainement beaucoup de jalousie chez nous, car je ne puis appeler autrement cette manie, de quelques écrivains de nos jouis, à se lancer des coups d'épée, à tort et à

raison, pour assouvir leur petite rancune, sans penser au supplice de ceux qui les lisent ! Pour ma part, j'en suis dégoûté !. . . .beaucoup de gens le sont comme moi, — on le serait à moins, grand Dieu !

Nous avons certainement des hommes de grands talents dans notre pays, mais parce qu'ils ne sont pas parfaits, sous tous les rapports, est-ce une raison pour les dénigrer ? Ce qu'il y a de malheureux, c'est que, bien souvent, ce sont ces mêmes hommes qui s'attaquent les uns les autres, tandis qu'ils devraient profiter des talents que le bon Dieu leur a donnés, non pour s'injurier, mais pour instruire leurs semblables moins bien doués qu'eux sous le rapport de l'instruction. Sous le fallacieux prétexte de corriger M. un tel, on fouille dans ses écrits, tâchant d'y découvrir quelques grains de sable pour en faire une montagne ; ce n'est pas édifiant cela, messieurs, ce n'est pas édifiant !. . . . Maintenant, quelle confiance peut avoir un jeune homme qui sort du collège, quelle confiance peut-il avoir en lui-même, s'il veut embrasser la carrière des Lettres ? Il lit les journaux politiques ou autres qui s'attaquent et se déchirent à qui mieux mieux; le pauvre garçon, eût-il les plus grands talents de prosateur, de poëte ou d'orateur, n'osera pas se lancer^ comme on dit, son amour propre le retiendra, il ne fera pas valoir ses talents, dans la crainte d'être critiqué, dénigré à son tour. — A qui la faute ?

Allons, mes chers amis, les pauvres, je m'aperçois que ma digression a été trop longue pour m'entretenir plus longtemps avec vous aujourd'hui, mais permettez-moi de vous donner un dernier conseil avant de vous dire " au revoir :" Si vous avez un de vos fils au collège, continuez à faire des sacrifices pour lui, s'il a du talent — et vous, jeunes gens, ne vous effrayez pas de ce que peut dire de vous M. un tel ou un tel, tracez bravement votre sillon, mais marchez toujours dans le chemin de l'honneur et du devoir.

Le Bazar de 1898.

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