‹ Mon premier néChapitre 2 sur 22 · LA SŒUR DE CHARITE · texte numérisé non relu

LA SŒUR DE CHARITE

A l'hôpital, sombre demeure,

Un soldat mourant et blessé

Voyait venir sa dernière heure ;

Son front s'était déjà glacé,

Mais par bonheur, une Sœur Grise

A son chevet était assise,

Et l'ange providentiel

De sa main lui montrait le ciel.

La voix comme l'âme attendrie,

Le soldat disait à la Sœur :

Mon sang versé pour la patrie

Va féconder le champ d'honneur. . . .

Mais dans notre pauvre chaumière,

Qui pourra consoler ma mère?

Et l'ange providentiel

De la main lui montrait le ciel.

Mourir, ma Sœur, c'est peu de chose, Je n'ai rien à me reprocher. . . .

Mais faudra-t-il que je repose Si loin de notre vieux clocher ?

Mourir ! . . . . hélas, pensée amère !

Je ne verrai donc plus ma mère !

Et l'ange providentiel

De la main lui montrait le ciel.

Et dans la main de la Sœur Grise, La croix semblait étinceler, La croix qui nous immortalise Et seule peut nous consoler.

Le soldat de sa lèvre humide, Baisa trois fois la sainte égide. . . .

Puis l'ange providentiel Vit une âme monter au ciel ! . . . .

Oh ! que je voudrais mourir ainsi ! mais il n'est pas donné à chacun de nous de verser son sang pour la patrie,

et il y a mille autres manières de se rendre utile à son pays — témoin cette vraie Sœur de Charité qui vient de recevoir le dernier soupir du bon soldat mourant. Il n'y a pas beaucoup de soldats à Sherbrooke, mais par contre il y a beaucoup de vieillards, d'infirmes, de pauvres et d'orphelins qui ont besoin d'un asile et d'un ange providentiel qui leur montre le ciel ! L'asile existe au milieu de nous et l'ange providentiel aussi. J'ai vu de mes yeux, et je vois tous les jours, le travail immense de la charité. Vous qui me lisez et qui aviez dans votre famille un vieillard en enfance, ou une pauvre vieille perdue, venez les voir aujourd'hui à l'hospice du Sacré-Cœur ; le contentement et la joie rayonnent sur leurs traits ridés et flétris, ils sentent qu'ils sont entourés de petits soins qu'ils n'avaient même pas au sein de leur propre famille. La tombe est entr'ouverte sous leurs pas chancelants, mais ils hésitent à s'élancer dans le sein de Dieu, avec les anges célestes, tant ils sont bien ici avec les anges terrestres qu'on appelle vraies Sœurs de Charité ! J'ai écrit le mot terrestre, hélas ! pendant notre court séjour dans cette vallée de larmes, il nous faut nous garantir contre les rigueurs des saisons, il nous faut vêtir ce corps qui. privé d'une nourriture suffisante, s'émacie, dépérit et meurt : c'est la loi commune. Or, à l'hôpital, il ne manque rien aux pauvres comme aux riches ; les pauvres ont les vêtements, le logement, la nourriture et les soins médicaux gratis. Ceux qui ont les moyens dédommagent les bonnes Sœurs — dédommager de vraies Sœurs de Charité ! allons donc ! qu'ont-elles besoin de dédommagement? Non, ceux qui ont beaucoup donnent pour ceux qui ont moins, ceux qui ont moins donnent encore un peu pour ceux qui n'ont rien du tout, voilà ! Ce n'est pas aux Sœurs que nous donnons, mais aux pauvres du bon Dieu ! Autrement, coin-

ment voudriez-vous nourrir et vêtir tous ces pauvres et ces orphelins, si ceux qui le peuvent n'y mettent la main?

Voici une nouvelle occasion qui se présente, et qui ne se présente qu'une fois par année, pour plusieurs ; voici le bazar enfin qui aura lieu le 17 courant et les jours suivants. On l'attend depuis un an ; c'est là que les bourses se délient, c'est là que l'on montre un peu de reconnaissance à nos Sœurs qui se sacrifient pour nos pauvres, en procurant à ces nouveaux St. Vincent de Paul les moyens de faire un peu de bien, non pas tout le bien qu'elles voudraient faire, car l'espace leur manque, mais au moins tout ce qui leur est humainement possible de faire dans les circonstances. Eh bien ! oui, n'hésitez pas, faites l'aumône aux membres souffrants de Jésus-Christ, donnez de votre superflu, donnez même un peu du nécessaire.

" Donnez à qui prie et demande, "Car au seuil de l'éternité, " Il n'est qu'un mot que l'ange entende " Et qui fasse ouvrir : Charité !

Hygiène du Bain.

Dans un récent voyage aux eaux, j'ai constaté avec plaisir que l'usage du bain devient de plus en plus à la mode. Sur les bords du grand fleuve St. Laurent, le pauvre comme le riche peut prendre ses ébats.

Je n'ai pu m 'empêcher de faire de tristes réflexions. A Sherbrooke, me disais-je, nous avons de l'eau en abondance : d'un côté le St. François et de l'autre le Magog ; mais les pauvres en jouissent bien peu. Les gens qui veulent prendre des bains à grande eau, sont obliges d'aller de un demi à un mille de la ville, afin de ne pas être molestés par les gardiens de la paix qui, soit dit en passant, font très-bien leur devoir. Nous n'avons pas de bains publics, ce qui pourrait se faire cependant avec tant de facilité. Nos braves employés des manufactures ont besoin, plus que tout autre, d'un bon lavage général, au moins une fois la semaine ; vaudrait mieux tous les soirs, car le bain donne du ton, de la vigueur, de la souplesse aux membres fatigués d'une longue journée de travail, peut exempter, même guérir, quelques petites maladies de la peau. La municipalité pourrait faire construire un, deux ou trois bains publics, et elle ferait de bons profits en ne chargeant que cinq centius par tête ; mieux vaudrait les avoir gratis, mais il y aurait peutêtre des abus.

Le riche, lui, a son bain dans sa somptueuse demeure,

il peut payer pour Peau de l'aqueduc ; mais le pauvre, avec sa nombreuse famille, bien souvent logé dans quatre, trois et même deux misérables chambres, ne peut se payer ce luxe qui n'en est pas un cependant, puisque ce n'est que de la propreté. Le pauvre peut se laver comme le riche, me direz-vous ; bien certainement, mais il lui faut de l'espace et de l'eau. Allons, messieurs du Conseil, qui ne manquez de rien, pensez un peu au pauvre monde ; dépensez pour lui, pour l'hygiène, ioo à 200 piastres au lieu de dépenser $10,000 pour un parc tout à fait inutile : nous avons des parcs naturels à dix pas de la ville.

En attendant, mes bons amis les pauvres, un bon lavage, au moins une fois la semaine, avec l'eau de la rivière que vous charroyez dans de grands tonneaux, ou avec celle que le bon Dieu vous envoie par les dalles de vos maisons. Vous me comprenez, n'est-ce pas? cela me suffit, car c'est pour vous que j'ai écrit ces lignes.

Au revoir.

Le Bazar de 1899.

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