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DEUXIEME LETTRE

Le bazar est fini ! c'est-à-dire, oui, fini le travail ardu, l'enthousiasme des Dames, la charité de tous ; tout est déjà dans le domaine du passé ! Est-ce vrai, cependant ? Oui, ordinairement parlant, mais qui pourra jamais oublier le dévouement désintéressé de toutes les Dames de Charité ; le travail énorme qui s'est fait par tout le monde pour la réussite du bazar, dont les magnifiques recettes ont dépassé toutes les espérances?

Qui pourra jamais oublier les jolis concerts " impromptu " dont nous avons été gratifiés, chaque soir, par le " tout Sherbrooke artistique ; " le joli minois de toutes les solliciteuses qui disaient simplement : — " Un billet pour nos pauvres, s'il vous plaît, monsieur ? " le moyen de résister à cette touchante prière ! aussi personne ne refusait.

Qui pourra jamais oublier les véritables banquets, (oui banquets, c'est le mot), qu'on nous a servis, chaque soir, pour la modique somme de vingt-cinq centins ?

Qui ne se rappellera avec plaisir les joyeux moments passés à la " Tombola," charmante loterie de société, où l'on jouait au perd-gagne?

La table de la utire," si fréquentée par les petits enfants et beaucoup même par les grands ?

La table de loterie, où il se faisait des pêches si merveilleuses ?

La table du sucre à la crème, du café, de la crème à la glace, où chacun était content d'aller se rafraîchir, après avoir sué sang et eau à signer toutes les listes? Puis le grand marché oriental, où l'on achetait les articles les plus variés, tels que : soieries de Lyon, dentelles de Bruxelles, coussins de Turquie, café de Moka, etc., etc.? (au moins les engageantes marchandes d'occasion nous l'affirmaient, et pouvait-on en douter ?)

Et le département des cigares, dont je soupçonne un peu les gentilles vendeuses d'être complices des Chinois, pour nous faire fumer un tantinet d'opium avec leurs purs havanes ?

inoubliable, aussi, la vendeuse de fleurs italienne, qui vous faisait respirer un moment le parfum embaumé des fleurs des tropiques, mais qui venait vous vendre et revendre avec " aplomb," pour la troisième ou la quatrième fois, une rose qu'on avait vu s'épanouir, un moment auparavant, à la boutonnière de son voisin !

Enfin, la fameuse roulette du prince de Monaco, que son Altesse avait expédiée à Sherbrooke spécialement pour l'occasion ; c'est autour de cette fameuse roue, qui faisait jusqu'à trois tours à la minute, à cinq centins la palette, qu'il s'en est englouti des fortunes samedi soir, et pour cause ! Bravo ! tout cela était bien charmant, surtout quand on pense qu'on a passé une si agréable semaine, en faisant la charité pour les déshérités de la fortune!

Merci donc à tous, petits et grands, pour le zèle déployé en cette circonstance. Merci au pauvre qui a offert généreusement son dix centins à la porte, pour avoir le plaisir de jeter un coup d'œil dans la salle ; merci au plus fortuné qui a pu dépenser un peu plus pour les malheureux ; merci au riche qui a si libéralement donné sans compter. Tout cela leur sera rendu au centuple !

Que dire maintenant à toutes les Dames, depuis la présidente jusqu'à la plus pe tite râfleuse t comment leur exprimer toute notre reconnaissance? Les mots me manquent. . je sens que mon cœur esL très ému, et il ne me vient aux lèvres que ce simple mot : merci !. . . .

Jeudi, le cinq novembre prochain, nous aurons, dans notre bonne petite ville, toujours si généreuse, un spectacle unique: la Compagnie des Chars Urbains a bien voulu

offrir les recettes de la journée, aux clames organisatrices du bazar, mais à condition que ces dames montent sur les voitures à tour de rôle, pour collecter elles-mêmes pour les petits orphelins. Les conducteurs seront à leur poste, comme d'habitude, mais les passagers devront payer aux dames et demoiselles. " Fare, please, for the orphans. — Vos billets, s'il vous plaît, pour les orphelins ! "

Il y aura donc foule, sur les petits chars, jeudi, le 5 novembre prochain.

Maintenant, le Bureau Médical convie d'avance, pour le courant de l'hiver, — le jour en sera annoncé plus tard — convie, dis-je, toutes les Dames de Charité, sans exception, à un goûter, à l'hôpital. C'est là que ces dames verront les merveilles du Rayon X ! Si elles en craignent les effets, elles pourront se faire accompagner par leur seigneur et maître. Je dis donc encore : merci à toutes et à tous. Au revoir, à l'Hôpital !

Réunion Intime.

L'assemblée des Daines de Charité a eu lieu, le 12 courant, à l'Hôpital du Sacré-Cœur. Plus de 80 dames étaient présentes. C'est un joli chiffre par le temps qu'il faisait. La Révérende Sœur Supérieure, ses dévouées compagnes, ainsi que les médecins du Bureau Médical reçurent ces dames au salon. Le président, M. le Dr. J. O. Camirand, maire de Sherbrooke, expliqua l'usage des magnifiques stérilisateurs installés depuis quelques jours seulement dans la salle d'opérations. Ces stérilisateurs, qui orneraient n'importe quel hôpital du continent et même de l'Europe, servent à stériliser les pansements, les instruments et tout ce qui, en général, sert aux opérations.

Le secrétaire, le Dr J. F. Rioux, avec son aide, M. le Dr F. A. Gadbois, firent plusieurs expériences avec \&s foudres électriques. Ils firent voir aux dames, avec les rayons X, les os effilés de leurs belles mains, accoutumées cependant aux travaux du ménage, eu bonnes ménagères canadiennes qu'elles sont. Ces dames, qui savent si bien faire les honneurs de leur salon, savent aussi réparer, repriser, confectionner même des habits pour les orphelins et les pauvres de l'hôpital.

Notre député, M. le Dr P. Pelletier, que des devoirs d'état retenaient à Québec, manquait à l'appel.

Un superbe goûter avait été préparé par les Révéren-

des Sœurs et fut servi dans la salle de communauté. Après la collation, M. le Dr Camirand remercia les dames d'avoir bien voulu se rendre à l'invitation des médecins, mais surtout d'avoir contribué, pour une large part, au succès du dernier bazar qui a permis d'acheter les splendides machines électriques et les stérilisateurs. Il le fit avec l'éloquence qu'on lui connaît ; mais, de plus, il était ému, car il sait tout le bien qu'on peut faire à l'humanité souffrante avec ces instruments.

Le Dr Rioux fit la lecture du rapport du bazar, et fit connaître aux daines la manière dont se dépensait la magnifique somme de $2,000 qu'elles avaient confiée au Bureau Médical, en octobre 1903.

La présidente, Mme juge Rioux, présenta un joli bouquet au Révérend M. Ponton, qui a tant mérité de tous, en faisant installer, sous son habile direction, les stérilisateurs et les machines électriques.

Mlle Lloyd, photographe amateurer marquable, voulut bien prendre le portrait d'un groupe de dames et de quelques médecins ; ce sera un beau souvenir de cette petite fête de famille.

Aux bazars futurs, je dis : Ad multos an nos !

La St. Jean-Baptiste.

Une température idéale, une foule compacte et enthousiaste, grand'messe solennelle à la cathédrale, sermon de circonstance par M. l'abbé Castonguay, du séminaire ; discours au parc Victoria, dans l'après-midi, par MM. F. H. Hébert, J. O. Masse, G. L. de Lottinville, M. T. Stenson, etc.; grand discours patriotique par M. Bourassa, M. P., au théâtre Clément, le soir ; remarques par le maire, M. le Dr J. O. Camirand, déclamation par M. V. Richard, étudiant, tel est le bilan de la célébration de notre fête nationale.

Plusieurs centaines de citoyens, jeunes et vieux, bannières et oriflammes déployées, dénièrent par quelques rues pavoisées de la ville, dimanche, aux sons joyeux des fanfares.

M. l'abbé Castonguay, dont la renommée n'est plus à faire, nous* a charmés pendant trois-quarts d'heure. Vraiment, j'étais littéralement suspendu aux lèvres du savant professeur et, pour ma part, je voudrais voir son sermon imprimé à plusieurs milliers d'exemplaires et distribué à tout bon Canadien ! J'en dirai autant du discours si beau et si patriotique de M. Bourassa, que j'entendais pour la première fois. Comme il m'a paru franc et loyal, le jeune vétéran de nos luttes parlementaires ! Pas de basses Jlatl crics avec lui, mais la vérité pure et simple.

Que de belles choses il nous a dites durant l'heure charmante que nous avons passée à l'écouter. Ah ! si nous

suivions ses conseils, comme nous serions plus patriotes et, partant, meilleurs citoyens ! . . . .

Avec M. Bourassa, il n'est pas besoin de faire de longs discours sur l'amour du sol natal, d'écrire de beaux livres sur les actions héroïques de nos aïeux pour être patriote ; il suffit tout simplement de bien faire ce que nous faisons, chacun à la place que nous a assignée la Providence. Un honnête ouvrier, qui fait bien son devoir comme tel, est un bon patriote. Un brave bûcheron qui s'enfonce dans la forêt, travaille ferme pour lui et les siens, est aussi un patriote, puisqu'en agrandissant son domaine, il embellit en même temps sa patrie !

Le motto du vrai patriote doit être : Pro Deo et Patria ! Oui, citoyens, pour Dieu d'abord qui nous a créés et placés dans un beau pays comme le nôtre, où nous jouissons d'une pleine et entière liberté !

Pro Patria ! Oui, pour la Patrie, souvenons-nous ce que furent nos ancêtres : les pionniers de cet immense et beau pays qu'on appelle le Canada. " O Canada mon pays, mes amours ! " Oui, Canada, tu fus entièrement nôtre jadis, mais le Maître Souverain des terres et des mers a trouvé notre pays trop grand pour un petit peuple auquel II a associé une autre race. Les deux souches de cette fière race normande doivent vivre côte à côte et ne jamais recommencer des luttes fratricides ! Enterrons la hache de guerre comme l'ont fait les nombreuses peuplades, enfants des bois qui habitaient l'Amérique avant nous, et, d'un commun accord, soyons hommes, bons époux, bons pères et. partant, patriotes toujours !

Juin 1903.

Au Mont Notre-Dame.

Je viens d'assister à un des plus jolis concerts qu'il m'a été donné d'entendre. Les promoteurs de cet harmonieux régal ont bien mérité du public sherbrookois, auquel ils ont fait passer deux charmantes heures.

Les Dames directrices de notre couvent modèle doivent être fîères de leurs anciennes élèves, fières du groupe artistique de notre petite ville qui sait si bien rendre et goûter les belles choses. Inutile de faire de nouveau l'éloge de nos musiciens, qui sont bien connus et, partant, très appréciés. Revenez encore, mesdames et messieurs, revenez nous faire goûter les avant-goûts des mélodies célestes !

O voix humaine, divine harmonie, musique enchanteresse, vous m'allez droit au cœur ! Oh ! venez encore charmer mes heures de mélancolie ! Quand je vous ai bien entendues, il me semble que je deviens meilleur et que je puis recommencer les luttes de la vie !

Le Révérend M. Laporte a mis toute son âme dans ce chant divin qui nous enchante, nous transporte, nous angélise pour ainsi dire — accompagné des accords sublimes de notre artiste compositeur, Mine L. E. Codère.

Anges, chantez à l'entrée du céleste parvis : uVeni Sponsa Christi." Oui, viens Praxède, Epouse du Christ, tu as vaincu la Rome payenne ! Près de trois cents Pontifes, re-

présentants de l'Homme-Dieu qui a souffert sur le Golgotha pour le rachat de l'humanité, ont trôné sur la chaire de Pierre depuis ton martyre. Oui, tu dis vrai, jeune et noble vierge, nos fers sont tombés quand les Juifs ont dressé la croix !. . . .Et la frayeur des soldats d'Hérode s'est changée en confiance pour les soldats du Nazaréen !

" Veni Sponsa Christi ! " Oui, Ste. Praxède, vous qui êtes vénérée depuis si longtemps sur nos autels, vous qui habitez avec les anges depuis des siècles, n'abandonnez pas ceux qui vous prient et qui chantent vos louanges.

Pour être juste, il faudrait nommer et remercier chacun des musiciens qui ont pris part à ce délicieux concert, mais comme leur réputation n'est plus à faire, ils n'ont pas besoin de réclame. Je me contente de leur dire un gros merci au nom de tous, et je répète : Encore, encore, encore !

Rév. M. J. O. Bérubé, diacre.

La brise, d'abord fraîche et légère, augmente tout-àcoup d'intensité ; le tonnerre gronde au loin, présage de la tempête ; le vent se déchaîne et soulève, en vagues houleuses, la surface du lac si paisible il y a un instant ; une pluie glaciale tombe par torrents ; le fluide électrique zèbre l'espace de longues traînées lumineuses, puis une ombre épaisse enveloppe bientôt la terre qui disparaît aux yeux, dilatés par la terreur, de l'infortuné resté seul en face de la mort ! Cette mort implacable resserre ses grands bras décharnés autour de sa nouvelle victime ! Moment d'angoisse s'il en fût ! Oh ! qui pourra jamais sonder les pensées de celui qui, en face des éléments déchaînés, sent que tout est bien fini pour lui ici-bas? et mourir si jeune : 24 ans ! en pleine santé, dans la force de la jeunesse, quand tout vous sourit — à quelques pas du rivage, où est le salut ! . . . Miser eminimihi, saltem vos amici met. . . . Qu'il a dû les répéter, ces mots angoissants : "Au secours, je meurs ! — Miscrcmiiii mz'kï/" Kl, qui dira jamais le temps qu'a duré son supplice? Son corps est à demi plongé dans l'eau glacée (il portait un appareil de sauvetage) ; le vent et la pluie lui cinglent le visage, il fait des efforts surhumains pour atteindre la rive qui n'est plus qu'à quelques brasses de distance, mais ses membres sont engourdis par le froid, sou sang se glace dans ses veines. . . ." Ste. Vierge Marie, priez pour moi ! Ste. Anne,

au secours ! "

Il revoit en un instant ses bons parents : sa mère, son père, ses sœurs et ses amis, qui l'attendent là-bas, à quelques milles, et il ne peut pas même leur dire adieu, cet adieu suprême qui console au moins, dans la dernière séparation ! — Et cette vie sainte qu'il devait mener, (il devait recevoir l'ordre sacré de la prêtrise à l'automne); il entrevit tout cela en un clin d'ceil !

Tu es sacerdos in œiernum ! Oui, mon jeune ami, tu es réellement prêtre du Très-Haut, car tu as dû le désirer ; et, s'il y a un baptême de désir, il y a aussi un sacerdoce de désir, et toutes les bonnes actions que tu aurais faites comme ministre du Christ ont dû t'être comptées en arrivant dans la Patrie ! Il me semble voir une troupe d'anges voltiger, en rasant les flots de leurs blanches ailes, et t'encourager à souffrir pour ton Dieu. Je n'ai aucun doute que ta belle âme, portée par eux aux pieds de l'Eternel, a déjà commencé à chanter les louanges de son divin Fils, que tu étais appelé à sacrifier sur l'autel !

Consolez-vous donc, parents chrétiens ; il y a un bon prêtre de moins sur cette terre d'exil, mais il y a un saint de plus au ciel !

Une Crèche.

Et, d'abord, qu'entend-on par " Crèche ? " Dans le sens ordinaire du mot, crèche veut dire mangeoire où l'on place la nourriture de nos animaux domestiques. — C'est dans une crèche, dans l'étable de Bethléem, qu'a été déposé le " Divin Enfant," à son entrée dans le monde ! L'Enfant-Dieu, le Sauveur du genre humain, a sanctifié ce berceau improvisé !.... Aujourd'hui, on appelle crèche, par extension, une maison spéciale aménagée pour recevoir les tout petits. Il existe de ces maisons bénies dans toutes les villes dignes de ce nom ; il est temps d'en ouvrir une à Sherbrooke, la petite ville charitable par excellence. — La " Reine des Cantons de l'Est ajoutera un joli joyau à sa couronne déjà si belle, en fondant une " crèche " pour les petits abandonnés ! Ce n'est peut-être pas très-juste de dire " abandonnés," mais il me semble que c'est tout comme, car, quand une pauvre mère de famille va travailler à la journée, il faut bien qu'elle laisse ses petits à la maison : un bébé de quelques muis, un autre de 2 à 3 ans, en montant jusqu'à 8 ou 10 ans ! ne sont-ils pas tous abandonnés, ces chéris ?. . . .Où donc est le père, me direz-vous ? Mais, il travaille aussi, je suppose ; il est au chantier ou ailleurs. Le loyer coûte cher, le bois aussi — il faut nourrit et habiller tous les marmots— et la mère, en brave femme qu'elle est, travaille dur pour aider son homme à attacher les deux bouts ; heureuse encore si elle ne fait que lui aider ! Malheureusement,

quelques-unes, pour ne pas dire plusieurs, ont tout à faire elles-mêmes, pendant que leur seigneur et maître bamboche au cabaret. Honte à ces homme s-pères^ si peu dignes de ce beau titre ! Honte à ces sans cœur qui se font nourrir par une femme à laquelle ils ont cependant juré, aux pieds de l'autel, fidélité, aide et protection ! Honte et déshonneur à ces monstres qui se gorge nt de boisson, pendant que leur pauvre femme sue sang et eau pour élever leur progéniture à eux ! . . . .Ah ! s'il m'était permis d'aller fouetter les ivrognes qui s'abrutissent dans les hôtels, au lieu de gagner le pain de leur famille, comme je le ferais avec plaisir !

Dames de Sherbrooke, qui que vous soyez, Anglaises, Ecosses, Irlandaises, ou Françaises, pourvu que vous soyez femmes, je m'adresse à vous en toute confiance : vos œuvres charitables du passé me sont une garantie de votre dévouement futur à la cause sacrée de l'Enfance ! Vous, bonnes et tendres mères, qui vous dépensez jour et nuit auprès du berceau de vos enfants, mais qui cependant avez tout le confort possible, des maris modèles, voyez un peu ce qui se passe autour de vous. N'est-il pas vrai que vous avez souvent à votre service des femmes, des mères de famille comme vous, qui laissent leurs enfants à la maison pour gagner quelques sous ?

Et que font ces petits malheureux pendant l'absence forcée de leur mère ? Ils appellent wl maman ! " à grands cris, ils pleurent et sont malmenés par des enfants plus âgés du voisinage ; ils souffrent du froid, l'hiver, de la chaleur, l'été, et souvent de la faim ! .... Ils sont presque toujours sales et déguenillés, les petits infortunés, car la fillette de 7 à 10 ans préposée à leur garde ne peut remplacer les soins d'une mère, puisqu'elle n'est guère plus raisonnable que les petits. En ouvrant une u crèche," ici, les vaillantes, qui peinent chaque jour, pourront y déposer leurs poupons le matin et

les reprendre le soir. Les braves Sœurs qui en auront charge seront leurs secondes mères et, moyennant une légère obole pour payer leur entretien, les garderont et les soigneront comme s'ils étaient leurs. De la sorte, ces chers petits apprendront de belles et bonnes choses, au contact de saintes femmes, et deviendront plus tard d'honnêtes citoyens.

Quel beau rêve et tout-à-fait réalisable, avec un peu de bonne volonté et une légère aumône ! Non, non, nous ne permettrons pas que l'état de choses actuel dure plus longtemps. Songeons au bien-être physique de ces enfants, mais surtout au danger moral auquel ils sont exposés tous les jours. Les admirables œuvres de charité qui existent déjà à Sherbrooke sont nobles et grandes, mais elles sont sorties de l'enfance et peuvent marcher seules ; d'ailleurs, cette œuvre nouvelle ne sera que leur complément.

Dirigeons donc tous nos efforts vers ce but si louable, plus que louable, mais indispensable, de la crèche et du jardin de l'enfance. On a déjà en vue un terrain spacieux au centre de notre bonne population ouvrière, et ou fera, je n'en doute pas, un bazar splendide à l'automne qui permettra aux bonnes Sœurs d'ouvrir, avant la saison des frimas, cet asile depuis si longtemps attendu.

Outre la "Crèche et le jardin de l'Enfance," dont j'ai parlé dans une causerie précédente, et qui seraient d'une importance majeure à Sherbrooke, il nous manque aussi un "Cercle" pour les jeunes gens. J'ai lieu d'espérer que les deux premiers auront tout l'appui désirable de la part des citoyens eu général, puisqu'ils ont l'approbation de l'autorité. Attaché au premier établissement ("Crèche et jardin de l'Enfance," qui ne fout qu'un,) serait aussi un " Ouvroir," où les jeunes filles qui se destinent au service, surtout celles venant de la campagne, trouveraient un asile sûr, en arrivant en ville, avant de se placer comme domestiques. Il est à ma connaissance que des malheureuses, de simples fillettes pour ainsi dire, ont été indignement trompées en débarquant dans nos murs. Elles arrivaient de leur village, où elles avaient laissé des mères chrétiennes, qui en avaient pris soin comme de la prunelle de leurs yeux, et qui auraient voulu les garder près d'elles toujours, toujours ! Mais, comme il arrive dans bien des cas, les mioches augmentent au foyer, le pain se fait rare pour nourrir toutes les bouches nouvelles ! Alors les plus vieux garçons quittent le toit paternel pour d'autres deux, et les filles (chose inouïe, il n'y a pas encore bien des années !) abandonnent à leur tour, pour Y inconnu, le nid douillet que l'amour maternel leur avait préparé. Ah ! chers enfants, le départ a été navrant ; la mère sanglotait et les fibres de son cœur semblaient prêts

Cercle Dramatique, Musical et Littéraire.

de se rompre, à l'approche de cette séparation angoissante ! Mais, an moins, tendres mères, si vous aviez su que vos chers trésors auraient été bien accueillis et gardés précieusement en arrivant en ville, n'est-il pas vrai que vous auriez fait votre sacrifice avec moins de douleur? Eh bien ! espérons ensemble que vos filles seront plus protégées à l'avenir et trou"°ront ici, dans la personne de bonnes Sœurs, mères par le cœur, — trouveront, dis-je, — de secondes mères qui s'intéresseront à leur sort.

" Crèche, jardin de l'Enfance et Ouvroir," les trois sous le même toit, combleront une grande lacune si on peut les fonder ici.

Maintenant, revenons au ''Cercle1' projeté. — Protégeons notre jeunesse qui, une fois sortie de l'école, s'émancipe si facilement.

Chaque semaine, pour ne pas dire chaque jour, on rencontre des jeunes gens de 16, 18 ou 20 ans qui ne savent presque plus lire ni écrire. Ils ont pourtant fréquenté l'école jusqu'à l'âge de 12 à 14 ans et plus. — Comment se faitil donc qu'ils aient perdu, en si peu de temps, l'instruction que nos bons instituteurs avaient si prodigalement semée dans leurs jeunes intelligences ? C'est facile à comprendre : le plus souvent, le jeune garçon a hâte de sortir de l'école/<wr jouir de sa liberté, comme il dit. Plus de leçons à apprendre, le soir, plus de devoirs ennuyeux à écrire, plus de Frères qui Y épi eut, même en dehors des classes, mais ses coudées franches ! — Quel bonheur !... .Ce garçonnet entre à l'usine ou ailleurs, travaille dur tout le jour, soupe à la hâte et s'habille de même, puis s'élance dans la rue ou se rend à l'auberge, où les mauvais exemples ne manquent pas! Il rentre tard le soir, se couche le plus souvent sans faire sa prière, recommence la même chose, le lendemain et les jours suivants. Les mois, les années se succèdent ainsi, et voilà

comment notre écolier arrive à perdre en peu de temps la saine et solide instruction reçue à l'école. — Ça serait pour obvier à ce grand malheur que je voudrais voir à Sherbrooke un " Cercle " ou maison de réunion pour les jeunes.

Quelques citoyens, je devrais dire plutôt tous les citoyens un peu philanthropes devraient s'occuper de cette grande question sociale. Louons des salles ou mieux, encore, achetons une maison, au frontispice de laquelle nous graverons: " Aux jeunes par les vieux J '" Oui, nous qui sommes déjà à l'automne, même à l'hiver de la vie, laissons quelque chose à la jeunesse, afin qu'elle se souvienne !

Ce beau projet est tout à fait réalisable et peut marcher de pair avec la Crèche. Supposons qu'on achète un local (qu'on a sous la main) où se réuniront tous nos jeunes gens — les vieux seront là de temps en temps pour les aider de leur expérience, — ce serait une espèce de monument national où nos sociétés de bienfaisance pourraient se réunir à leurs jours. On y ferait de la musique, aidé de notre belle fanfare Harmonie ; un peu de littérature, car on y placerait divers journaux et revues. Il y aurait aussi un gymnase pour les exercices du corps ; enfin tout ce qui peut instruire et délasser en même temps.

Nos nombreuses sociétés de bienfaisance mettraient le comble à leurs bienfaits en prenant l'initiative de ce beau projet, et en payant au u Monument National " les loyers qu'elles paient ailleurs ; avant dix ans la dette serait éteinte et il leur resterait un superbe édifice qui redirait aux jeunes futurs ce que leurs aînés auraient fait pour eux ! Ou mieux encore, les sociétés pourraient devenir elles-mêmes propriétaires de cette maison et, à la fin, au lieu de payer loyer, elles en retireraient un dividende matériel, sans compter tout le bien qu'elles pourraient faire.

Etudions la question sérieusement et hatons-nous de mettre ce projet à exécution.

Le Bazar de la Crèche, 1904.

Les élections auront lieu au commencement de novembre ; peu m'importe ! Mais on dit qu'elles passionnent au moins les trois-quarts du sexe laid ! — Tant pis ou tant mieux pour ceux qui les aiment ; — quant à moi, je m'en lave les mains. Cependant, il faut des Bleus et des Rouges, ou appelez-les comme vous voudrez, pour la bonne gouverne du pays. C'est peut-être vrai, et, dans ce cas, la division n'est pas de trop, puisque si tous pensaient de la même façon, il n'y aurait qu'un parti et, partant, point d'élections.

Ceci dit, je reviens à mon sujet qui devra intéresser, passionner même tout le inonde indépendamment des partis, car il s'agit d'une œuvre de charité de la plus haute importance.

Il n'y a plus ici de rouges ni de bleus, d'indépendants ni d'indifférents, mais simplement des gens de bonne volonté, prêts à verser dans les mains du beau sexe, l'aumône destinée à soulager les misères des tout petits ! Oui, messieurs, nos femmes et nos filles tendront la main, au bazar, à la salle vSt. Joseph, du i 7 au 22 courant. Si noblesse oblige, nous soutiendrons notre bonne réputation des années précédentes et nous donnerons généreusement pendant la semaine qui ne précédera les élections générales que de quelques joins seulement.

La charité efface beaucoup de péchés ; donc faisons la

grande pour effacer d'avance ceux que nous pourrons commettre pendant les dites élections.

Au bazar, tout le mondé sera d'accord, il n'y a qu'un but à atteindre : amasser autant que possible pour alléger les souffrances des petits miséreux ! Candidats et voteurs des deux camps fraterniseront et pourront même faire un tantinet de cabale, si bon leur semble, mais bien discrètement par exemple.

Une Crèche, comme je l'entends, existe dans toutes les principales villes du Canada et des Etats-Unis, pour ne pas parler des vieux pays. C'est tout simplement un asile où les pauvres mères de famille placent leurs jeunes enfants pendant qu'elles vont travailler, à la manufacture ou ailleurs. Comme ce sera un fardeau de moins pour elles de penser que leurs chéris seront bien gardes pendant leur absence !

Et ces enfants feront plus tard des bons citoyens, messieurs, et d'autant meilleurs qu'ils auront eu de bons exemples sous les yeux, même dès le berceau.

Tenez, je prends au hasard une famille de 7 enfants, que je connais ; le père, indigne de ce beau titre, est un ivrogne incorrigible, il boit le peu qu'il gagne ; la mère, une brave femme s'il en fut, va hiver à la journée, 5 jour 6. Les deux aînés, âgés de 12 et 14 ans. sont déjà employés à l'usine, au lieu d'aller à l'école ; mais que peuvent gagner deux enfants? Les plus jeunes: 1, 2, 4 et 6 ans, sont sous la garde d'une fdlette de 9 ans, qui ne peut aller à l'école puisqu'elle est constituée gardienne de ses petits frères et sœurs, et quelle gardienne, mon Dieu ! .... et quels exemples ont sous les yeux, ces pauvres petits, du matin au soir? c'est désolant et ça fait pitié ! Oh ! je n'ai pas de sympathie pour l'être indigne du beau titre d'homme et de pire,

mais je plains de tout mon cœur la brave mère et ses enfants ! Quand nous aurons une Crèche, les trois derniers de cette famille, — et combien d'autres ? — y seront placés le matin et la mère les reprendra le soir, en revenant de son travail — et les autres iront à l'école. — Voyons, n'est-ce pas que ça vaut la peine de donner quelques sous pour aider les autorités à fonder une crèche, un asile, qui complétera nos admirables institutions de charité déjà existantes ! L'œuvre est si belle, le but si noble, que personne ne refusera son obole pour la faire réussir.

Comme je l'ai dit plus haut, il n'y a pas de parti qui tienne en présence du bien à faire — la vraie charité ne s'occupe pas de qui la reçoit ni de qui la demande — il n'y aurait pas d'excuses assurément pour ceux et celles qui s'abstiendraient de la faire.

L'œuvre de la Crèche s'impose et est si nécessaire que notre premier Pasteur a bien voulu la prendre sous sa haute protection.

Donc, "eu avant!1' C'est d'ailleurs la devise de notre ville remarquable et reconnue depuis long-temps pour sa grande charité !

Au revoir, au bazar.

Premières Souscriptions.

Liste de souscriptions pour fonder à Sherbrooke un Monument National, où toutes nos Sociétés de bienfaisance pourront se réunir. — Ce sera un lieu de ralliement pour la société St. Jean-Baptiste, c'est-à-dire pour tous les Canadiensfrançais, et dans certaines occasions pour tous les catholiques, et même pour les citoyens en général.

Les parts-actions sont de cent piastres pour acheter l'école connue sous le nom de " Young Ladies' Academy," près du nouveau palais de Justice. Ce site, tout à fait central, est un des plus beaux de la ville.

Les membres qui formeront le syndicat pour acheter cette propriété ne pourront certainement rien perdre, car cette maison, réparée, ne pourra qu'augmenter de valeur.

Sa Grandeur Monseigneur Paul S. LaRocque, deuxième Evêque de Sherbrooke, a bien voulu donner l'approbation suivante à cette œuvre nationale et patriotique :

"Nous, soussigné, verrions avec plaisir la fondation, à Sherbrooke, d'un Monument National, qui servirait de lieu de réunion à toutes nos sociétés catholiques, de bienfaisance et de secours mutuel,

t PAUL, Ev. de Sherbrooke."

Nous, soussignés, formons le dit Syndicat, et nous serons les copropriétaires de l'immeuble en question.

Souscriptions de $100 payées jusqu'à ce jour:

Mgr E. C. Tanguay, Dr J. F. Rioux, Cie J. h. Mathieu, C. A. E. Lefebvre, Dr. P. Pelletier, R. A. Dugal, Alfred Lanctôt, François Godbout, Télesphore Bélanger, A. J. Genest, J. P. Jutras, Boucher & Lacroix, G. p. de Lottinville, Firmin Campbell, J. 0. Ledoux, M. D., Joseph Paré, L. A. Dufresne, L. C. Bachand, M. D., Moïse Audet, J. A. Gauthier, 1. B. Duford, !.. IL Olivier, Rév J. A. Castonguay, Ludger Forest, Louis A. Codère, Joseph Charest,

Soufcriptions de Dr J. F. Rioux, Joseph Gagné,

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