‹ Mon villageChapitre 1 sur 22 · A DANIEL STERN · texte numérisé non relu

A DANIEL STERN

Puisse-t-il voir dans la Dédicace de ce ' livre une preuve de ma profonde sympathie !

Puisse-t-il aussi reconnaître, dans lesrécits villageois de mon ami le tisserand, la finesse gauloise et le naïf bon sens des paysans de Saint-Brunelle !

Nous nous sommes entretenus si souvent de ces chers compagnons de mon enfance, qu’en les lui montrant aujourd’hui tels qu’ils sont quand ils agissent et parlent eux-mêmes, je crains de l’entendre s’étonner et me dire : « Ce n’est plus cela ! »

Juliette LAMBER.

Chauny, janvier 1860,

Quand notre curé dit la tnesse, il n’oublie jamais la préface. Je vas faire comme monsieur le curé ; une fois n’est pas coutume.

M’est avis qu’il y a trop longtemps qu’on raconte des histoires de furolles, de loups-garous, de voleurs et puis de revenants.

Je m’illusionne à croire que ce que nous faisons et disons au village pourrait intéresser quelque peu les gens lettrés et bien intentionnés à l’égard de nous autres paysans. Assuré que je m’illusionne ; mais fût-ce ' ! il en sera ce qu’il en sera.

Je commence d’abord par apprendre à un chacun que je ne passe point, dans notre pays, pour être ce que nous appelons un homme de plume; d’autre part, que je suis né en pleine Picardie. Fût-ce

encore! je prétends être Français comme

personne, et je me charge, à moi tout seul, de le prouver avant une heure d’ici.

1. Cette locution, très-usitée en Picardie, signifie tour à tour et souvent tout à la fois : Quand même ce serait! Tant pis! Qu’importe! Après tout! etc.

Pour finir, je fais savoir que j’ai toujours été tisserand de mon état, et que je reste dans la maison où restait mon père, à Saiiit-Brunelle, près Morliu court, Oise ; de plus, que Fructueux Cellier est mon nom.

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