UNE VEILLÉE
Depuis un nombre innombrable d’hivers, c’est dans la maison de Norine Duclos qu’ont lieu les plus égayantes veillées de notre pillage. Adonc, certain soir, comme j’entrais chez Norine, je la trouvai en train de prêcher ses trois petiotes.
— Hé! Mandine, criait-elle, dépêche-toi de balayer la maison ; plus vite que ça ! Surtout n’oublie pas le coin où la femme de Jean- Claude a épluché une pomme ce matin. Toi, la Rose, prends mon couvet et emplis-le. Ha-
bile*, habile. Désirée! Monte sur l’escabeau et décroche une chandelle à la poutre ; trouve le chandelier. Bon ! voilà du cuivre qui terluit comme le dos d’une citrouille. Frotte, frotte; là!... Faites excuse. Cellier, dit Norine, mais des fillettes, ça ne s’avise de rien, il faut tout leur commauder.
Quand on doit parler d’une ménagère, en voilà une ! Elle passe, à bon droit, pour la plus regardante de Saint-Brunelle ; on se mirerait dans son armoire eh noyer de même que devant un miroir, et je vous avertis que les couverts d’étain qui pendent à sa potière, brillent comme du pur argent.
Il paraît difficile de rencontrer dans les palais, savez-vous, trois brins de filles comme Armandine, la Rose et puis Désirée. A réserve