‹ Mon voisin Raymond (volume 2)Chapitre 26 sur 26 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

Les demoiselles de modes ne le perdent point de vue. Je veux aussi être témoin de l'effet que va produire sur lui sa silhouette. Au moment où il parvient jusqu'au mur et reste immobile devant son profil , ne pouvant encore en croire ses yeux , le petit clerc, qui n'a pas quitté la place, pousse un cri en l'apercevant , et enchante' de pouvoir le de'signer à tous ceux qui l'entourent, lui dit : u Voilà votre portrait, mon- 2) sieur Pvaymond: il est bien ressemblant! » Et tous les jeunes gens re'pètent avec Friquet : C'est M. Piaymond qui va chez ma tante.

Mon voisin enfonce son chapeau sur ses yeux , de manière à ce qu'on ne voie plus que le bout de son nez ; il veut fuir et se jette à travers les badauds, qui se font un plaisir de lui barrer le passage en l'accablant de hue'es et de plaisanteries. Raymond ne se possède plus ; il pousse tant qu'il e'carte les curieux. Il marche à grands pas , les e'clats de rire qui partent du magasin de modes , achèvent de lui percer le,

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cœur. Il va comme le vent ; mais son chapeau lui couvre tellement les yeux , qu'il ne voit pas devant lui , et va se jeter sur un aveugle conduit par un cliien qui tient une sébile dans sa gueule.

Raymond a poussé le pauvre diable qui tombe sur sou derrière en poussant un juron énergique; le chien qui voit tomber son maître , lâche sa sébile pour sauter après Raymond : l'aveugle crie au voleur, parce qu'il entend ses gros sous rouler sur le pavé; Raymond jure à son tour parce que le caniche lui mord les jambes. On court pour mettre la paix et relever le mendiant ; mais on ne sait comment en approcher , parce qu'il tape à tort et à travers avec son bâton, croyant frapper la personne qui l'a renversé , tandis que Raymond lutte avec le cliien qui a pris sa jambe pour sa sébile et ne veut plus la lâcher.

Enfin l'aveugle est relevé , on parvient à remettre la sébile dans la gueule du fidèle animal qui vient de combattre pour son maître. Comme il faut un dédommagement

au pauvre diable qui se tâte la fesse et demande sa recette, mon voisin est contraint à fouiller à sa poche, tandis que tout le monde lui corne aux oreilles... u Allons, M. Piay- ;) moud, il faut être gëne'reux et ne pas aller ;> dans les rues de Paris comme un fou. î> Pour se de'barrasser de la foule qui, à chaque instant , devient plus conside'rable, Raymond vide ses poches ; et plus il donne, plus l'aveugle se plaint de sa fesse, «i Ces drôles-là ne sont jamais contens! dit mon voisin , voilà douze francs pour ton derrière et trente sous pour ta recette, je crois que c'est bien assez. — Vous m'avez 1 blesse , dit l'aveugle , qui crie comme un.

> sourd , je ne pourrai marcher de huit

> jours ; il faut me de'dommager de la perte

> que çà m'occasionnera. — Allons... tiens, ' voilà encore douze francs... — Çà çi'est ' pas assez , mon bourgeois... — Comment! t cela te fait trois livres par jour, et tu n'es ) pas content ! Il paraît que le métier est

> bon. — Je suis un pauvre père de famille ; • j'ai cinq enfans — Et pourquoi ta

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» femme ue te conduit-elle pas , au lieu de )) te confier à un chien ? — Ma femme chante !) sur la place Maubert, monbon monsieur. )) — Et tes enfans? — Mon aine' chante sur ■> le boulevard des Italiens ; ma cadette •) chante dans la rue du Grand-Hurleur ; M ma troisième chante au Mont-Parnasse ; » mon quatrième chante aux Champs-Elyn se'es , et mon petit dernier commence à î) chanter dans la rue du Petit-Lion. Nous » chantons tous , mon bon monsieur. — Eh ;» bien î ils viendront se plaindre encore !... )) Des gens qui chantent du matin au soir!... n et qui ne donnent pas leur journée pour » trois livres ; je vous demande s'il y a dans )> Paris une famille plus heureuse que 1) celle-là?... :»

Le public rit de la réflexion de mon voisin. L'aveugle , qui veut encore faire le méchant , est menacé d'aller montrer ses parties blessées à M. le commissaire, qui a un tarif pour les derrières de toutes les conditions. Le mendiant ne se soucie pas d'exposer ses fesses à la justice, craignant

un rabais considérable; il s'éloigoe avec son chien, Raymond avec sa courte honte , et moi avec la silhouette que j'ai arrachée et fourrée dans ma poche.

L'heure est venue d'aller chercher Caroline. Je prends un fiacre et me fais conduire derrière le Château d'eau. Là , je descends et vais me promener sur le boulevard en attendant ma jeune fugitive. Cette fois elle ne tarde pas à paraître , tenant à la main plusieurs cartons : elle sourit du plus loin qu'elle m'aperçoit ; il règne dans ses manières plus d'abandon , dans ses regards plus de tendresse qu'elle ne m'en avait jamais témoigné : oh ! je vois bien maintenant que je suis maître de son cœur.

Je la conduis de suite à la voiture : nous emballons les cartons ; nous nous plaçons l'un contre l'autre ; je dis au cocher de fouetter ses chevaux : il me tarde d'être arrivé et de jouir de sa surprise. Enfin après une course rapide , pendant laquelle elle m'a laissé la tenir dans mes bras et lui répéter que je l'aimerai toujours , nous arri-

vons rue Canmartin, devant la porte de son nouveau logement.

J'ouvre la porte bâtarde ; je paie le cocher ; Caroline prend ses cartons , et je lui donne la main pour monter l'escalier , car il est nuit et l'on n'y voit pas. Je suis ëtonnë de ne point sentir sa main trembler dans la mienne... Au moment d'un si grand changement dans sa situation , elle n'est point agite'e... c'est une jeune fille qui a beaucoup de caractère.

Enfin nous sommes chez elle ; une vieille voisine nous donne de la lumière : Caroline peut examiner son nouveau domicile. Elle jette autour d'elle des regards charme's ; je vois le plaisir briller dans ses yeux, u Ah! » que c'est joli... que c'est joli!... » dit-elle à chaque instant ; et elle s'assied sur une bergère , sur l'ottomane , va se mirer à sa toilette, examine ses rideaux , sa commode, sa pendule, sa table , ses chaises... Il n'y a que le lit qu'elle n'ose point aller examiner. . •• est-ce par pudeur ?

<; Vous êtes donc contente? lui dis-je en

« la faisant asseoir sur mes genoux. — Eh! » comment ne le serais-je pas? Ce logement » est charmant... tout cela est d'une élë- :» gance... il n'y manque rien... je vais avoir » l'air d'une femme comme il faut. — Vous » vous y plairez donc ? — Je sens que je ne :> pourrais dëja plus le quitter. — Je suis » charme d'avoir réussi : tout ce qui est ici :> est à vous. — A moi !.. . En ve'rite'... vous :> êtes trop généreux!... — Et si vous ne 3) m'aimez pas, vous êtes encore la maîtresse » de ne point me voir ; je ne prétends pas » mettre un prix à ce que je fais... — Ah! » quelle idée!... si je ne vous aimais pas... » est-ce que j'aurais consenti à vous suivre?. . » est-ce que j'accepterais quelque chose de ;> vous?... :>

Je ne lui en laisse pas dire davantage ; un baiser lui ferme la bouche... On sonne avec violence ; Caroline fait un mouveuient de frayeur. « Qui peut donc venir ici ? > me dit-elle. Je la rassure et vais ouvrir.

C'est le traiteur qui apporte le souper que j'ai commandé : cette vue rend à Ca-

rollne toute sa gaieté. Nous dressons le couvert; la manne est de'barrasse'e; les mets sont places sur la table , le marmiton renvoyé. Nous sommes seuls, nous sommes chez nous, nous sommes nos maîtres.

Je n'ai pas grand appe'tit ; mais je vois avec plaisir que ma compagne fait honneur au repas. Elle mange de tout , trouve tout bon. Du moins , me dis-je , celle-ci ne fait pas encore la petite-maîtresse 5 elle ne cher' che pas à cacher sa joie et son appétit ; elle avoue que chez sa tante elle ne soupait jamais aussi bien ; elle convient qu'elle aime la bonne chère ; les friandises et le vin muscat. Yersons-lui donc du vin muscat ; je ne veux pas la griser , mais une petite pointe achèvera de bannir un reste de ce'rëmonie qui gène encore sa gaieté'.

Caroline a de l'esprit , des saillies , de la finesse; peut-être même en a-t-elle trop. J'entrevois que cette jeune fille peut aller loin et devenir la femme à la mode ; je conçois qu'elle s'ennuyait dans la rue des Rosiers : elle de'sirait en secret briller sur un

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plus vaste théâtre , parce qu'elle cleviue les succès qui l'attendent. Tâchons , autant qu'il me sera possible , de ne point trop flatter son goût pour le luxe, la toilette et la dépense ; car ce serait le diable ensuite pour la faire changer de route.

Mais la pendule sonne : onze heures.

»: Quoi! déjà? dit Caroline ; comme le temps i> passe vite !... >

Je suis à ses côte's ; je la tiens dans mes bras ; je repose ma tête sur son e'paule : le silence a remplace' les élans de notre joie; mais le silence peint mieux le trouble du cœur que les bruyans e'clats de la folie.

i II est bien tard... re'pète enfin Caroline ;> à demi-voix. — Faut-il donc nous quitter? 5) lui dis-je, et n'êtes-vous pas maintenant :• votre maîtresse? ;>

Elle baisse les yeux et ne re'pond pas ; mais ai-je besoin d'autres aveux? Elle ne se défend plus que faiblement ; et je suis si bonne femme de cbambre, qu'en un instant elle se trouve en toilette de nuit, si toutefois on peut appeler cela toilette : il est vrai

que j'arrache et casse tout, cordon, lacets, e'pingles! .. Ces obstacles-là sont bien faibles : heureusement la mode ne veut pas que nos dames soient revêtues d'une cuirasse d'acier !... mais alors même l'amour saurait en trouver le défaut.

Il est un obstacle plus doux que je désire rencontrer ; mais il faut bien l'avouer , celui-là ne se trouva pas. Ah! mademoiselle Caroline !... j'aurais dû m'en douter!.... Qu'importe après tout! en est-elle moins jolie? Non, sans doute; peut-être même est-ce cela qui donnait à sa physionomie cette expression de malice et de coquetterie qui m'a se'duit. Mais je nepuism'empêclier de songer qu'un autre en a obtenu bien plus que moi sansmettrela demoiselle dans sa chambre ; cependant , pour nous consoler , rappelons-nous la chanson :

« Le premier pas se fait sans qu'on y pense. »

Ce n'est que le second qui se fait avec re'flexion , il y a donc beaucoup plus de gloire à faire faire le second que le premier ; tâchons de nous persuader cela.

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D'ailleurs il faut bien prendre son parti là où il n'y a pas de remède. Si j'étais son

mari : oh ! alors il faudrait faire de

même ; car enfin c'est bien assez d'être persuade' que l'on est un George Dandin ; je ne vois pas la ne'cessite' de l'apprendre à tout le monde.

J'ai donc garde' pour moi toutes ces pensées ; je n'ai prodigue' à Caroline que des caresses qu'elle m'a rendues avec une vivacité' . une force de sentiment dont je ne l'aurais pas juge'e capable , etqu'à coupsûr je n'aurais pas trouve'es dans une Agnès ; c'est de'jà un point de consolation.

Elle me jure qu'elle m'aimera constamment, ne sera heureuse qu'avec moi , ne veut voir que moi , me sera toujours fidèle, et ne de'sire plaire qu'à moi. Je lui en dis à peu près autant, et nous nous endormons en re'pe'tant ces tendres sermens d'amour.

Jem'e'veille; il fail grand jour... Caroline dort encore... Il n'est que six heures du matin : ne l'éveillons pas ; elle doit être fatiguée. Je cueille doucement un baiser sur

une bouche qui semble les appeler même en dormant ; et je quitte ce lit où j'ai trouvé dans le bras de ma belle toutes les douceurs de la volupté, excepté... mais ne pensons plus à cela.

Je m'habille sans faire de bruit. Je veux sortir sans l'éveiller. Je sais que la trop grande habituded'être ensemble faitbientôt naître la satiété : je ne veux donc pas être trop souvent auprès d'elle , afin que nous nous retrouvions avec plus de plaisir. Oh ! j'aidel'expérience! Quand on ne le ménage pas, il n'y a rien qui s'use aussi vite que l'amour. Et puis , quoique mademoiselle Caroline me plaise beaucoup , je ne vo udrais pas vivre tout-à-fait avec elle.

Me voilà prêt ; je jette encore un regard sur ma nouvelle amie, puis je m'éloigne à petits pas , et referme la porte bien doucement.

Quelle différence de Paris à six heures

du matin avec Paris à sixheuresdu soir!...

Quel calme règne dans ce quartier , qui

retentira dans quelques heures du bruit

des calèches , des wlskis , des brillantes ca- Talcades , des cris des'cochers , des laquais, du bourdonnement des pie'tons et des marchands ! Quelques laitières seules animent maintenant le tableau. Je me dirige vers les boulevards : quelle fraîcheur ! quelle charmante promenade I... Je ne puis résister au de'sir de les parcourir avant que la poussière et la cohue en aient fait le rendezvous des e'ie'gans et des petites-maîtresses. Je sens d'ailleurs que l'air que je respire me fait du bien ; qu'il ramène le calme dans mes esprits, et je conçois qu'on puis se à six heures du matin se repentir de ce qu'on a fait à six heures du soir.

Mais les boutiques s'ouvrent , les marchands e'talent , les portiers balaient, les jalousies selèvent , les paresseux bâillent ; les petites ouvrières viennent acheterleur once de café' , les vieux garçons leur petit pain , les bonnes leur pot au feu, et les vieilles femmes leur petite cruche de crème. Le commissionnaire va boire son verre de vin et le cocher de fiacre son verre d'eau -de-

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vie, afin de Lien commencer la journée. Les paysannes qui en ont déjà fait la moitié, remontent sur leur âne et retournent aux champs ; moi je quitte les boulevards et je rentre chez moi.

Les trois quarts des locataires dorment encore. Il n'est que sept heures et demie, je ne rencontre que quelques bonnes....

Mon voisin, je l'espère, n'est pas encore éveille : ce pauvre Raymond!... D'après l'aventure d'hier soir, je présume que nous aurons ensemble une grande expKcation !

11 doit être furieux contre moi; car je lui crois assez de bon sens pour comprendre maintenant que les demoiselles du magasin de modes se sont moque'es de lui.

Me voilà devant ma porte... Il y a quelque chose dans ma serrure... c'est un bouquet de Nicette... il est déjà un peu fane; il est sans doute là depuis hier soir. La petite bouquetière ne m'oublie point ; et moi , qui aurais bien pu à six heures du matin lui aller dire bonjour, je n'ai pas même songe à elle. Je ne passe presque ja-

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mais devant sa boutique !... Nicette me'rite cependant que l'on se de'tourne pour la voir; mais depuis quelques jours je suis tellement occupe, que je n'ai pas le temps de penser à ma prote'ge'e : je me suis promis d'ailleurs de ne point trop penser à Nicette, et je crois que je ferai fort bien... pour elle surtout... Je veux qu'elle m'oublie; car je la crois sensible et susceptible de s'attacher sincèrement à celui qu'elle aimera. N'allons pas la voir ; c'est le plus sage. Elle finira aussi par m'oublier... Ah ! je sens pourtant que j'en serais fâche.

Je détache le bouquet et je rentre chez moi ; mon appartement me rappelle aussi Nicette et la nuit que nous avons passe'e ensemble. Cette nuit-là ne ressemble pas à celle qui vient de s'e'couler et qui ne m'a rien oilert d'extraordinaire ! J'en ai passé et j'en passerai sans doute encore beaucoup d'agrëables comme la dernière ; mais elles sont bien rares celles où une jeune fille de seize ans, sensible et jolie, sait, tout en nous charmant, nous faire respecter son innocence.

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Je ne suis pas aussi content que je devrais l'être. Devenu possesseur d'une femme charmante, car Caroline est vraiment adorable , et elle ne perd pas à être vue dans le plus simple ne'glige' , que puis-je donc désirer encore?... Ah! j'ai e'të trompe' si souvent , qu'il m'est bien permis d'avoir des craintes!... Ma nouvelle maîtresse est coquette, au moins autant que l'étaient mes anciennes , et cela n'est pas fort rassurant; mais pourquoi se tourmenter d'avance I... Je me suis promis d'ailleurs d'être impassible et de prendre les e've'nemens philosophiquement. Oui, je me le suis promis, mais je n'ai pu encore y re'ussir ! peut-être avec le temps et un peu plus d'habitude en viendrai-je à bout. On dit que l'on se fait à tout; mais je crois qu'il est difficile des'habituer à ce qui blesse notre amour-propre.

On entre chez moi... c'est madame Dupont qui m'apporte un billet Voyons,

madame Dupont ; donnez-moi cela.

Ma portière met à tout ce qu'elle fait un

air d'importance et de mystère qui m'amubc

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beaucoup. Elle me pre'sente le papier , en l'accompagnant d'une re'vërence qui veut dire bien des choses!... Mais je m'aperçois que le billet n'est que plie' sans être cacheté ; d'où je conclus que ma portière sait déjà ce qu'il contient, et d'après son air, cela doit être sérieux. »: Qui vous a remis ce !> billet, madame Dupont? — C'est M. Ray- '> mond... — Mon voisin? — Oui, monsieur; :> et je suis chargée de lui apporter votre :> réponse. — Voyons donc ce message !... »

u Monsieur Dorsan ,

» Une explication majeure doit avoir lieu

> entre nous au sujet du dîner d'avant-

> hier. Cela ne peut se terminer qu'au bois

> de Boulogne , où je vous attends aujour-

> d'hui , entre midi et une heure. Je serai ' seul! faites de même. Je vous crois trop ' galant homme pour manquer à ce rendez- ' vous. Je serai près de la porte Maillot.

•> Raymond, d Je ris comme un fou après avoir lu ce

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billet. Madame Dupont , à laquelle je ne cloute pas que Raymond n'ait dit que nous allions nous battre , paraît surprise de ma gaieté et me demande quelle re'ponse elle doit faire. « Allez, lui dis-je, et assurez à )) mon cher voisin que je serai exact au )> rendez-vous.)»

Ma portière , fîère de son ambassade dans une affaire aussi importante , me fait la révérence de rigueur et retourne rendre ma réponse à M. Raymond, qui l'attend probablement dans sa loge , où il fait le crâne devant les commères et les bonnes , afin que toute la maison sache qu'il a une affaire d'honneur.

J'avoue que je ne m'attendais pas à un cartel de mon voisin... Quelles armes vais-je prendre?... il ne m'en parle pas; j'ai dans l'idée qu'elles seront inutiles : à tout hasard mettons mes pistolets dans ma poche. Que sait-on?... J'ai peut-être mal jugéRaymond... D'ailleurs , les fous ont leurs momens lucides ; les avares sont parfois prodigues ; les tyrans ont des éclairs de bonté ; les coquettes

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des instans de sincérité'; les fripons des lueurs de probité' , les poltrons peuvent avoir aussi leurs momens de valeur.

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