CHAPITRE III
La partie de campagne.
C'est aujourd'hui que je vais à la campagne de madame de Marsan. J'ai prévenu Caroline que ce soir elle ne me verra point; elle en a paru très-contrarie'e , quoique nous ayons eu la veille une petite discussion relativement à un certain cachemire dont je vois qu'elle a grande envie , et que je ne veux pas lui donner. Je lui ai fait entendre enfin qu'elle n'a pas besoin d'un cachemire pour être charmante ; qu'elle me plaît davantage dans une éle'gante simplicité' ; et nous nous sommes quitte's les meilleurs amis du monde.
Sept heures viennent de sonner ; ma toi-
KATMOAD. 43
Jette est achevée. La portière vient m'avertir que le cabriolet est arrivé et nous attend dans la cour. Quand Raymond voudra , nous partirons : mais que fait-il donc encore chez lui?... Allons le chercher.
Je trouve mon voisin commençant à mettre sa culotte, «c Comment, M. Ray- )» mond , vous en êtes là ?... — Oh! je vous 3> réponds que je serai prêt dans un instant. » — Et moi je gage que vous ne le serez i> pas dans une demi-heure. — Bah ! vous î> verrez comme je suis leste.... Tenez , en 5> attendant , amusez-vous à regarder mes 5» petites gouaches... mes ébauches... vous » verrez, il y a de jolies choses. Si j'avais .> plus de temps à moi , je me donnerais à » l'huile et j'exposerais au salon ; mais je » ne suis jamais libre !... — Je vous conseille » devousen tenir aux gouaches... les vôtres '» sont remarquables... — N'est-ce pas?
î> c'est du burlesque, de l'original, le genre i> de Calot... \oyez-vous là-bas cette Su- '• zanne aux bains? — Je croyais voir les ;> tentations de saint Antoine. — Ah ! parce
;> que cela n'est pas fini Et mon petit
:) Poucet? hein ! — r Je l'ai pris pour Barbe- » Bleue... — C'est qu'il a les bottes de sept
» lieues. — Allons donc, mon voisin
:> Comment vous en êtes encore à votre
:• culotte? — Ah! écoutez donc; c'est
A une partie délicate de la toilette. — Mais :» on ne porte maintenant que des panta- )> Ions , même dans les bals. — Quand on a n comme moi certaine jambe et un mollet ;» d'étude , on n'est pas fâché de les mettre ;> au jour... Youlez-vous lire mes derniers :» vers sur la mort du chien favori de la :» marquise Désormeaux ? — Merci ; je vous ;> suis obligé!... — Ils ont eu un fameux
» succès Toutes ces dames disaient en
;> plaisantant qu'elles me feraient faire l'é- :> pitaphe de leurs maris. Le début est -.) brillant :
» O chien delà nature, animal si fidèle.'...
}» — J'avais déjà entendu dire homme 3> de la nature ; mais j'avoue que voilà la ^) première fois que j'entends donner cette
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)» épithète à une bête. Vous pensez donc, 0) mon cher Raymond , qu'il y a des ani- )) maux pervertis? — Comment donc !..mais » ne le voyez-vous pas tous les jours? Et ces » pauvres bêtes que l'on fait danser, saluer, » cabrioler, passer dans des cerceaux, au son 0) du flageolet, celles-là ont reçu de l'e'du- )) cation. Le caniche de la marquise faisait 5) toutes ses volonte's ; il mordait toutes les » personnes qui approchaient de sa mai- » tresse, et sautait sur la table quand on 5> dînait pour prendre lui-même dans les » plats et les assiettes. C'est là du naturel; » et je vous soutiens que chien de la nature o> est une ide'e extrêmement heureuse. — )> Allons, M. Raymond, laissez là votre ani- » mal et finissez-en. Si vous êtes aussi long )> pour chaque partie de votre toilette, nous 5) n'arriverons qu'à la nuit... — Je suis à
)> vous... me voilà chausse... et culotté
)) mais il me semble que cela fait un pli sur )) la fesse gauche... — Quand vous aurez » votre habit, on ne le verra point. — Oui; » mais en marchant ou en dansant , l'habit
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' s'ouvre — Et qu'importe ce pli!
) pensez-vous quelasocie'te' regardera votre
> derrière?... — Ecoutez donc, un pli peut
• faire beaucoup de tort dans la tournure ;
> les femmes remarquent tout. — Celles
• qui s'occupent de ces choses-là doivent I avoir beaucoup à faire dans une grande
• réunion ! ... — Voici qui va mieux main-
• tenant... Ah! la cravate... — Ce sera long. ' — Oh ! non, j'ai étudie cette partie-là , » et maintenant cela va tout seul... Hein!.. ) c'est cela Dois-je mettre la pointe en
> l'air ou en bas ? — Mettez votre pointe où ) vous voudrez ; mais tâchez de vous décii der. — Allons, je la mets horizontale- » ment... Que dites-vous de ce nœud? —
> Charmant!... vous êtes superbe. — Superbe est trop fort mais je crois que
> je suis assez bien je n'ai que trois
• e'pingles à poser là dedans... — Ah ! mon » dieu !... nous ne serons pas partis à huit » heures!... — Diable... voilà qui est terri- < blement embarrassant... j'aurais dû rêver
• à cela plus tôt — Qu'est-ce donc? Il
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3) VOUS survient une affaire?.., — Je ne sais 3) pas si je dois mettre cette turquoise au- 3) dessus ou au-dessous de mon émeraude... » — Ah ! morbleu ! M. Raymond , je perds
)> patience... je vais partir sans vous —
» Me voici... me voici... mon voisin. Ma foi ! )) il en arrivera ce qu'il pourra ! je mets la )» turquoise au-dessus. — C'est fort heu- » reux. — Maintenant l'habit,., le chapeau.. 3» les gants... vous voyez que me voilà prêt.
5> — C'est e'tonnant Partons — Par-
« tons... Ah ! permettez... j'oubliais un » mouchoir musqué... >
Nous sortons enfin. Quand Raymond a fermé sa porte , il s'aperçoit qu'il n'a pas mis son étincelle à son petit doigt , et il rentre pour réparer cet oubli. Nous descendons... mais au second étage il ne trouve point son opéra dans sa poche , et il remonte le chercher. Arrivés dans la cour , il se rappelle qu'il n'a pas pris ses romances favorites , et comme on peut le prier de chanter, il faut que j'attende encore qu'il aille les chercher. Je me promets bien de
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ne plus voyager avec M. Raymond. Enfin à huit heures et quart nous montons en cabriolet : il s'aperçoit alors qu'il n'a pas son lorgnon ; mais cette fois je suis inexorable ; je fouette le cheval, et nous partons.
Il est nuit , ce qui empêche RayDiond de me lire son ope'ra ; mais pour m'en dédommager il me propose de m'en raconter le sujet. Depuis plus d'une heure il me parle d'une princesse espagnole et d'un prince arabe son amant , pendant que je songe à madame de Marsan, que je ne suis pas fâché de revoir et queje m' étonne d'avoir nëglige'e si long-temps; lorsque nous arrivons à Saint- Denis, il est de'ja neuf heures et demie , et je peste contre Raymond dont la lenteur et les pre'tentions ridicules nous feront arriver beaucoup trop tard chez madame de Marsan.
ti Avons-nous encore loin à aller ? dis-je :» à mon voisin en sortant de Saint-Denis. :> — Mais non... encore trois petits quarts ;> de lieue... Je vous disais que ma princesse, :> que l'on sauve du palais enflamme , doit
RAYMOXD. 49
5» s'évanouir à la fin du second acte... — » Vous connaissez le chemin, n'est-ce pas? » — Oui . oui , allez toujours ; je vous gui- » derai. Au troisième acte, lorsque la toile 1» se lève , la princesse est dans le camp de » son amant, couchée sur un canon... — )» Vous y avez déjà été à cette maison de » campagne? — Une fois ; mais cela me suf- » fit : j'ai une mémoire si exacte!... Les )» soldats sont endormis sur leurs piques.... « ou sur leurs fusils , parce que je ne suis n pas bien sûr s'ils avaient des piques sous le n roi Ferdinand : çà ne fait rien. Le prince, 5» qui n'a pas envie de dormir... — Il me 3) semble , moi , que l'on m'a dit de prendre » à gauche. — Non pas... allez toujours. Le 5) prince, dis- je , est à genoux devant la n princesse , qui est encore évanouie, et il » lui chante un superbe adagio en ré mi- » neur pour la faire revenir... C'est m.oi :> qui ai fait aussi la musique... Voyez-vous 5) d'ici le tableau?... — Je vois , je vois que 3» si vous ne laissez pas là votre prince et sa )> princesse , nous arriverons bientôt à ni. 5
;» Montmorency , et certes ce ne peut être :> notre chemin ; mais aussi je suis trop bon :i d'écouter vos contes. Tenez , puisque » vous prétendez être sûr de la route, î> prenez les rênes et conduisez. — Oh! je » ne demande pas mieux... je gage que » nous ne sommes pas à deux cents pas de :) chez madame de Marsan. — Je n'aperçois ;. cependant aucune lumière. —C'est que .) la nuit est très - noire.... Ce diable de î) cheval a la bouche dure. — Vous le tour- 1) mentez trop... — Ah! j'aperçois quelque ^ chose... Cocher, quel est ce pays?... — )) C'est Montmorency , monsieur . nous crie :> notre jockey.
» — 'Eh bien! M. Raymond, vous voulez » toutsavoir!... vous êtes un habile homme ! î» — jN e vous fâchez pas , mon cher Dorsau : 5) nous allons prendre ce chemin à gauche; » je me rappelle maintenant que cela nous » conduit droit chez madame de Marsan.
5) ■ — -Je crois que nous ferions tout aussi ;> bien de retourner à Paris... le temps an- :> nonce un orage... — Qu'importe? la fête
RAYSIO^'D. 51
» aura lieu dans la maison. — La fête!... ah! 5t parbleu ! nous arriverons à onze heures! . . j) — Nous y serons à dix... je vais fouetter 5» cette maudite bête. — Oh ! je commence )) à me résigner ; j'ai pris mon parti. — On )> nous de'sire ardemment, j'en suis cer- >) tain !... Va donc , coquin , va donc î... — 1* Dites plutôt qu'on ne pense plus à nous ! )» — Oh! des personnes de notre genre ne
» s'oublient pas ainsi... Va donc , rosse
» — Prenez garde, vous le fouettez trop.. . le ;> voilà qui s'emporte... — Ah ! mon dieu... » c'est vrai. .. est-ce qu'il prend le mors aux » dents... — Retenez-le... serrez donc les » guides... — Je ne peux pas le retenir, » mon ami... Je serre tant que je peux.... •.) Ah! mon dieu... il va à travers champs... 3» nous sommes perdus... — Eh! ne vous
5> eifrayez pas il s'arrêtera... — Jockey,
1» descends et tâche de l'arrêter... )>
Notre jockey a de'jà sauté à terre, mais il ne nous suit pas, ce qui me fait craindre qu'il ne se soit blesse'. Notre cheval galope toujours à travers les prairies , les routes et
les terres labourées. J'ai pris les rênes des mains de mon compagnon , qui n'est plus en e'tat de rien voir et tremble de tous ses membres , en criant à tue-téte au secours ; pour comble de disgrâce l'orage éclate avec violence, la nuée crève, l'eau tombe par torrens , et le vent nous la pousse au visage. Notre cheval ne s'arrête pas : je commence à craindre quelque accident sérieux; nous sommes sur une côte très-rapide ; je m'attends sans cesse à être renversé avec la voiture : heureusement des vignes barrent le passage à notre fougueux animal. Il s'arrête brusquement ; mais en voulant se dégager des ceps dans lesquels il s'est pris, il fait des sauts si violens qu'il nous jette sur le côté et tombe avec nous.
« Je suis mort!... » s'écrie Raymond en tombant. Avant de m'assurer de la chose, je tâche de me dégager de ma prison, car les échalas bouchent l'entrée de notre cabriolet. Je parviens enfin à m'en tirer. Je n'ai rien , pas même une contusion. Je m'estime fort heureux d'en être quitte pour
la peur : puisqu'il était écrit que je n'irais pas à la fête de madame de Marsan , je prends mon parti, et me de'cide à supporter le plus philosophiquement possible les mésaventures que Raymond ne peut manquer de m'attirer.
Voyons dans quel ëtat est mon compagnon. Il pousse de profonds gémissemens ; serait-il re'ellement blesse'?. .. Cela rendrait notre position bien plus fâcheuse.
Je me rapproche de Raymond qui , en tombant , est sorti à moitié' du cabriolet , et a la figure tournée vers la terre. Je lui secoue le bras... et ce n'est pas sans peine que je parviens à lui faire lever la tête. L'eau qui tombe a déjà forme' des mares, et la terre laboure'e s'est colle'e au visage de Raymond qui me dit d'une voix éteinte qu'il ne voit plus clair.
« Ce n'est rien : tournez la figure vers i> le ciel , je vous re'ponds que la pluie vous 5) aura bientôt débarbouille' et débarrassé î> de la terre qui vous couvre les yeux... — » Vous avez raison, mon cher ami... me III. 5.
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voilà bien lave... je recommence à voir clair... Ah!... je respire... — Au fait, étes-vous blesse?... — Attendez donc...
que je me tâte... j'ai mal partout... mais cependant je crois que je n'ai aucune blessure grave.... — C'est fort heureux. Ah ! mon ami ! . . . quelle terrible aventure ! — A qui la faute? — Ecoutez donc! j'ai fouette' le cheval , parce que vous étiez presse d'arriver... — Je vous conseille de mettre vos sottises sur mon dos!... — Nous voilà dans un bel e'tat !... et la pluie qui tombe par torrent!... Il semble que tout soit conjure contre nous.. Tenez... jusqu'à mon chapeau que j'ai crevé' en tombant... — Ah! parbleu ! il s'agit bien de votre chapeau ! — Ecoutez donc , il s'agit de ma tête que je ne peux plus garantir... Je suis trempe'... crotte... moulu., froisse.... Quel rhume je vais avoir !... Et ma toilette !... c'était bien la peine... des bas à jour... Tenez, mon jabot est resté sur cet ëchalas... Ah ! mon dieu!... pour un rien je me trouverais mal ! . . . — -Allons,
5» morbleu , Raymond , rappelez votre cou- " rage!... Vous êtes pire qu'un enfant. Il M faut nous tirer de là... — Où est donc 5» notre jockey ? — Je crains que le pauvre » diable ne se soit blesse' en sautant à terre... ^> et je serai bien embarrassé de dire de )> quel côte il peut être. — Si nous pou- » vions relever la voiture. — Et cette roue )• qui s'est détachée en versant. — C'est le » diable qui s'en mêle... — Je crains aussi •• que le cheval ne se soit blessé sur ces ^» pieux... Voilà une partie de plaisir qui 3» nous coûtera cher, mon voisin. — Ah! 5» que vous êtes heureux de prendre cela 5) tranquillement... Moi. je suis anéanti et >» furieux à la fois!... — Suivez-moi... Tâî) chons de découvrir une maison... un abri ;> enfin... mais remarquons bien le chemin
)• que nous prendrons Venez-vous? —
» Attendez donc... Je mets mon mouchoir » en marmotte pour me garantir un peu. » Nous sortons des vignes ; je suis obligé de prendre Raymond parla main pour le faire avancer, car à chaque pas il craint de tom-
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ber. Nous marchons ainsi pendant dix minutes , nous enfonçant à tous momens dans des trous pleins d'eau que l'obscurité ne nous permet pas d'apercevoir: je jure, et Raymond se lamente, redoutant d'avance une fluxion de poitrine.
Enfin nous apercevons une petite chaumière , et la lumière qui brille à travers les vitres , nous annonce que les habitans ne sont pas encore endormis , car les paysans n'ont point l'habitude de conserver de la lumière pendant leur sommeil. «: Nous som- :> mes sauves , » s'ëcrie Raymond , et il retrouve ses jambes pour courir vers la maisonnette. Mais je l'arrête, craignant qu'il ne s'annonce de manière à ne point nous faire ouvrir. C'est moi qui vais frapper à la porte de la chaumière.
Les villageois sont rarement défia ns ; ceux-ci , qui étaient fort pauvres , ne craignaient pas les voleurs. On nous ouvre; j'aperçois , dans une grande salle ; une paysanne entourée d'une demi-douzaime d'cnfans. Je lui explique notre aventure.
RAYMOSD. 57
pendant que Raymond, qui est déjà entre dans la salle, regarde dans une grande gamelle de quoi se compose le souper des villageois , et revient vers moi en faisant la grimace , me dire que nous ne trouverons pas grand'chose dans cette maison.
u Quoi que j 'pouvons faire pour vous?
)> messieurs , nous dit la paysanne en re- » gardant Raymond fureter dans tous les 5) coins de la salle. — Sommes-nous loin de » Montmorency? — Non, à un quart de î) lieue au plus. — Nous ne connaissons pas » les chemins ; veuillez nous donner votre !) plus grand garçon pour nous y conduire : 5) nous vous paierons ce service. »
En disant cela , je donne un e'cu à la paysanne , ce qui la dispose de suite à nous être utile. « C'est bien facile , dit-elle. Jun lien, tu vas aller avec ces messieurs... Si 1» vous êtes fatigue's, j 'pouvons vous donner !> des ânes. — Oh ! volontiers ; car il faut !> d'abord que nous allions à la recherche 5» de notre jockey qui doit être dans les » environs, et ensuite que nous tâchions
:> de relever notre cheval qui ue doit point )> passer la nuit dans les champs. — x\llons, 3) Julien, fais sortir nos ânes de l'e'curie... :> Ils n'ont pas de selles ; je vous en avertis. )) — N'importe ; ils nous seront toujours ') fort utiles. »
Les ânes sont amene's; j'en paie de suite la location , et j'en prends un troisième pour notre jockey , que j'espère retrouver. Raymond ne se de'cide qu'avec peine à monter sur sa bête ; il voudrait une selle, des ëtriers, des coussins ; il prétend aller à cheval comme Franconi, et ne peut pas se tenir sur un âne. Lasse de toutes ses je're'miades , je pars avec le petit paysan qui monte le troisième âne , et vais à la recherche du jockey. Ravmond voyant que je ne l'écoute plus, se décide à me suivre, en se tenant d'une main à la croupe et de l'autre à la crinière de sa monture. Il pousse la pauvre bête derrière moi , et nous voilà de nouveau dans les champs.
Je laisse mon âne trotter au hasard. J'appelle à haute voix notre jockey ; mes com-
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pagnons crient aussi de toutes leurs forces ; enfin on nous re'pond : nous nous dirigeons du côte de la voix , et nous trouvons notre jeune homme étendu sous un arbre. Le pauvre diable a un pied foule' et ne peut marcher. Je le fais monter sur l'âne du petit paysan ; il ne s'agit plus que de dételer notre cheval , que nous retrouvons couche près du cabriolet. La pluie avait amorti l'ardeur de la pauvre bête ; elle se laisse enfin remettre sur pied : notre guide s'assure qu'elle n'est pas blesse'e : il monte dessus , se place à notre tête , et la cavalcade se met eu route pour Montmorency.
Tous ces détails ont pris du temps. Il est plus de onze heures et demie lorsque nous quittons notre voiture , que je recommande au petit paysan , qui me promet d'aller dès le point du jour chercher un charron pour la raccommoder. Sans Raymond nous irions grand train ; mais à chaque instant il nous force à nous arrêter : son âne ne veut pas avancer , ou tourne bride et l'entraîne dans un autre chemin , et il pousse des cris ter-
eO MOIS VOISIN
ribles lorsque nous ne l'attendons pas. Heureusement la pluie a cesse' , et le temps un peu plus clair nous permet de voir devant nous.
A minuit nous apercevons les murailles des premières maisons de Montmorency.
Ravmond pousse un crie de joie ; son âne effraye' fait un saut et roule son cavalier dans un sentier bourbeux . où il laisse ses souliers. Comme nous étions un peu en avant, P\aymond est force' de se relever seul; la crainte de nous perdre lui rend des forces ; mais sa monture ne l'a pas attendu, et il finit la route en courant après son âne , qu'il ne rattrape que sur la place , à l'instant où nous mettons pied à terre.
Tous les habitans de l'auberge sont couche's ; mais nous frappons jusqu'à ce qu'on nous re'ponde. On s'ëtonne de ce que des voyageurs arrivent si tard ; on s'ëtonnera bien davantage en voyant dans quel état nous sommes ; surtout Raymond, que sa dernière chute a couvert de boue depuis
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les pieds jusqu'à la tête. On nous ouvre cependant, et, comme je l'avais prévu , on recule à notre aspect. Mais je parviens ^ bientôt à me faire e'couter. Le maître , qui s'aperçoit qu'il a affaire à des gens comme il faut , nous adresse des excuses et s'empresse de nous conduire. On nous donne deux chambres qui communiquent l'une avec l'autre. On loge notre jockey ; le cheval est conduit à l'e'curie , et le paysan retourne chez lui avec ses ânes.
Je fais faire un bon feu pour nous se'cher , et prie l'hôte de nous faire servir ce qu'il a de prêt ; car nos malheurs ne m'ont pas ôte' l'appétit.
On nous sert une volaille, du jambon, une salade et des fruits. Pendant que je me mets à table , Raymond passe dans sa chambre, où il a fait aussi allumer le feu, et il prie la fille qui nous sert , de venir lui frotter les reins, afin de lui éviter une maladie. La servante est une grosse paysanne de vingt ans , à qui un homme ne doit point faire peur. Cependant la proposition de ni; 6
Raymond lui paraît singulière ; elle me regarde en souriant et paraît hésiter. « Allez, î> lui dis-je, et ne craignez rien. Monsieur )) ne songe maintenant qu'à sa santé, je )> vous réponds de sa sagesse. ;>
Pendant que mon compagnon se fait frotter, je fais honneur au souper et me sèche entièrement devant le feu, La porte de la chambre de mon voisin n'est point ferme'e. et je l'entends stimuler la servante, tout en la complimentant sur son talent. La grosse fille doit être fatiguée depuis le temps qu'elle le frotte ; mais il me paraît que Raymond y prend goût : bientôt je juge que le feu et les services delà servante ont rendu à mon voisin toute sa vigueur, car il fait l'entreprenant , et j'entends la fille crier qu'elle va se fâcher ; et moi qui avais re'pondu de sa sagesse!... Fiez-vous à quelqu'un!...
Mais le bruit continue dans la chambre voisine ; enfin la grosse fille se sauve dans la mienne en riant aux éclats, poursuivie par M. Raymond en chemise , en caleçon ,
et ayant pour chaussure de yieilles pantoufles de l'aubergiste. " Vous tiendrezvous tranquille ce soir, M. Raymond : je ne pourrai donc pas avoir la paix avec vous? — Mon ami, voyez quels yeux !... oh ! la friponne , si elle voulait ! . . . — Oui , mais c'est que je n'voulons pas, monsieur l'e'chaufîe... — Allons, Raymond, laissez donc cette jeune fille aller se coucher ; il est tard, ce n'est pas le moment de réveiller toute l'auberge ; je n'ai pas envie de me faire encore des affaires pour vos beaux yeux. Laissez-nous, la fille; nous n'avons plus besoin de rien. — Ah ! écoute donc, la belle... où est ta chambre?... je t'en prie, dis-moi où elle est... — Queuque
çà vous fait donc? — Dis toujours.
espiègle ; tu n'en seras pas fâchée. — Eh ben j 'sommes ici dessus... au fond du corridor. — C'est bon , c'est entendu. »
La servante nous laisse , et Raymond vient se mettre à table. <( J'espère, lui ;> dis-je, que vous ne comptez pas courir 5) après cette fille qui se moque de vous. —
64 MON TOISIN
n Non!... non! je riais : voilà tout!
)> Elle est ferme comme un roc!... — Elle V doit savoir aussi comment vous êtes , car î) elle vous a frotté assez long-temps. — Oui , î> certes !... la friponne le sait !... — Il ne me » semble pas que cela l'ait dispose'e en votre 51 faveur, — Bah !... et sa chambre qu'elle « m'a indique'e... — Ne vous y fiez pas. — )) Oh ! je n'ai pas envie, comme vous pensez )« bien, d'aller la trouver : mais à coup sûr, » si je le voulais, il ne tiendrait qu'à moi. » — Je ne crois pas. — Voulez-vous gager? :» — Non , parce que vous feriez encore quel- 3) que petite drôlerie qui rendrait ma nuit 3) aussi agréable que ma soirée ; et je vous )> avoue que j'en ai bien assez comme cela 1» pour aujourd'hui. Bonsoir, M. Raymond : 3» je vais me coucher ; je vous conseille d'en » faire autant. — Oui, mon voisin, oui,
n j'en ferai autant. Dormez bien votre
» serviteur. ;>
Raymond prend sa chandelle d'un air piqué , et entre dans sa chambre dont il ferme la porte sur lui. Je ris des préten-
RAYMO>'D. 65
tions et de la sottise de cet original , et je me mets au lit où je ne tarde pas à m'endormir.
Un bruit . dont je ne distingue pas la cause, nie re'veille bientôt; j'e'coute... j'appelle Raymond pour savoir s'il se trouve indispose. On ne me re'pond pas; je n'entends plus rien , et je me rendors.
Je ne me re'veille qu'à huit heures. Le soleil donne en plein dans ma chambre et m'annonce une belle journe'e; puisque je me trouve à Montmorency sans l'avoir voulu, il faut au moins jouir des charmantes promenades que m'offrent les environs, et goûter les plaisir de la campagne avant de retourner à Paris. D'ailleurs notre cabriolet ne peut être de'jà re'paré ; il faut bien l'attendre.
Tout en m'habillant, j'appelle Raymond , et lui demande s'il veut venir faire un tour avant le déjeuner. On ne me re'pond pas ; il paraît qu'il dort encore. Mais la porte de sa chambre est entrouverte ; il me semble cependant qu'il s'était enferme' hier soir. Avançons et appelons de nouveau : " Alni. 6.
66 yws V0I5IX
!' Ions donc, paresseux!... il est tard; rë- >» veillez-vous... »
Point de re'ponse... je regarde dans le lit... il n'y est pas... 11 sera sorti sans m'ëveiller ; il aura ëtë plus matinal que moi. Je vais m'ëloigner... lorsque j'aperçois ëtendus sur des chaises l'habit, le gilet et la culotte que Raymond a mis là pour sécher. Comment il est sorti sans habit , sans culotte!... voilà qui est singulier... Je me souviens maintenant des projets de mon voisin , de ses agaceries à la servante, du pari qu'il me proposait en soupant... plus de doutes ! M. Raymond a voulu me faire voir qu'on ne lui résiste point ; il est allë coucher avec la grosse fille qui l'a si bien essuyë et frotte hier soir. Cependant les servantes d'auberge ne restent pas au lit jusqu'à huit heures; celle-ci doit être levëe depuis long-temps : pourquoi Raymond n'est-il pas revenu dans son lit? Est-ce qu'il veut que toute l'auberge sache où il a couche? Je n'en vois pas trop la nëcessitë. Il faut que je m'assure du fait.
J'appelle, je sonne : notre servante ar-
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rive ; c'est celle d'hier soir. Elle se présente comme à l'ordinaire , le sourire sur les lèvres , ses gros yeux bien ouverts , le ton leste et détermine'. Cette fille-là n'a pas l'air timide ; je conçois qu'elle doit être accoutumée aux visites nocturnes. Je la regarde aussi en riant.
« Vous appelez, monsieur? — Oui, mon :> enfant. — Qu'est-ce qu'il faut vous servir? 3) — Comment va notre jockey? — Oh ! il j» va ben, monsieur ; on lui a mis une com- )• presse sus l'pied. — Et le cabriolet? — C'est » peu de chose; c'est l'aflaire de deux heures. 5» Mais le propriétaire des vignes ousque 5) vous avez versé, 'a suivi le charron; il » demande un dédommagement pour le » dégât que vous avez fait sur son terrain: •>) il dit que vous avez écrasé plus de douze •> ceps de vigne. — Allons, il faudra que 51 nous payions, parce que nous avons man- « que nous tuer sur ses échalas ; qu'on lui )» donne cent sous. Ha ! çà , ma grosse , dites- ;> moi maintenant ce que vous avez fait de i» mon compagnon?— -De vol'compagnou?...
68 M0\ voisiîi
» — Oui, de ce monsieur qui est venu )> avec moi. — Ah ! celui-là qui avait perdu « ses soujiers!... et que j'ai été oblige de frot- » ter si loug-temps. — Justement. — Pardi ! i» je n'eu ons rien fait î et je n'en avons rien 5) voulu faire ! quoiqu'il ait été après moi 5) comme un chien qu'a soif!... Ah ! mon n dieu!... était-il tâteur donc!... — Allons, n ma chère, il est inutile de feindre; il a n couché avec vous : je ne vois aucun mal » à cela ; mais où diable est-il main tenant? — « Quoi que vous dites donc?... Il a couché 3> avec moi !.. Ah ben ! en v'ia une bonne!.. n çà n'est pas vrai , entendez-vous : je ne 5> couche qu'avec ceux qui me convenont, j) etvot' vilain poupardnem'a pas convenu .> du tout. Est-ce qu'il a le front de dire ît çà?... ah! c'est que j'iui arracherais les . » yeux si je l'entendais!... — Il me semble » que quand on indique sa chambre , on 5) ne doit pas faire autant de bruit pour ce j» que je vous ai dit. — Ma chambre!... » moi !... j'Iui ai indiqué ma chambre!... — » Ah! mon dieu! est-ccque?... ah! ah! ah! »
RAYMO:VD. 69
La servante qui e'tait pourpre de colère , se met tout à coup à rire aux éclats. J'attends fort long-temps avant que cet accès de gaieté' se calme : la grosse fille se tient les côtes et est obligée de s'asseoir avant de pouvoir me parler ; elle se remet enfin.
«t Faut vous dire , monsieur , que c'te » porte que j'avons indique'e à votr'ami, » n'est pas celle de ma chambre , mais » qu'elle conduit dans une grande salle )» qui fait mansarde , mais qui est ben ex- » pose'e , et ous qu'il fait toujours ben sec ; )) v'ià pourquoi le bourgeois l'a choisie 2) pour y mettre les fruits qu'il veut con- )> server , comme des poires , des pommes, 1) du raisin , et puis ben de la salaison ,
» comme des jambons, des saucissons!
» — Tout ce que vous voudrez; mais je î) pre'sume que votre maître ferme cette )> chambre à clef. — Oui , monsieur 5 mais n maigre' çà , il pre'tendait qu'on lui volait 5> souvent queuque chose , et depuis queu- )» ques jours , je ne sais pas si c'est pour » attraper les voleurs , mais j'avons ben
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i> remarque que la porte de la resserre " n'est ferme'e qu'au pêne. — Et c'est là :> que vous avez envoyé' mon compagnon. )» — Oui, monsieur. — Je ne vois pas ce
i> qu'il peut v avoir fait toute la nuit!
n Mais il faut bien qu'il soit quelque part ; n Allons, la fille, conduisez-moi à votre ;> garde-manger. — Oh ! j'vas chercher le >» bourgeois , parce qu'il nous est défendu !> d'y aller à nous autres. — Je me moque î> de la défense ; il faut qu'on me retrouve n mon compagnon , qui ne peut pas être î> aile visiter l'ermitage , ni se promener ;> dans la valle'e en chemise et en caleçon. » — Au fait, çà n'est pas l'usage. ;>
Sans écouter la servante qui est alle'e avertir son maître, je sors de ma chambre, je monte l'escalier, j'enfile un long corridor, au bout duquel j'aperçois une porte. Cet endroit est éloigne' des chambres habite'es , et si Raymond a appelé , je conçois qu'on ne l'ait pas entendu. Mais pourquoi seraitil resté là?... C'est ce que je vais savoir. Je pousse la porte qui n'est point fermée
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J'aperçois Raymond ayant une jambe prise dans un pie'ge , et assis sur une pile de jambons sur laquelle il s'est endormi.
Mon arrivée lui fait ouvrir les yeux. Il me tend les bras avec une expression que je ne puis rendre : «> Ab ! mon ami , mon )• sauveur! dëlivrez-moi... je vousenprie! ... » — Que diable faites-vous là? — Vous le » voyez : je suis pris comme un rat dans » une souricière; je ne puis bouger!... Je j> suis là depuis une lieure du matin , j'ai )) crie, appelé, personne n'est venu , il m'a ^) bien fallu prendre mon parti. Voyant 3> que l'on ne m'entendait pas, je me suis )• assis sur ce que j'ai trouve' , et à la fin je )) me suis endormi... mais j'ai des douleurs )» dans tous les membres.... Je me souvien- » drai de Montmorency !...!>
J'ai bien envie de rire; mais la figure allongée de Raymond me faitpitië. Cependant j'essaie en vain de le débarrasser du piège , lorsque notre hôte arrive avec la servante ; à la vue de cette dernière, mon pauvre compagnon fait une grimace épou-
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vantable , tandis que la grosse fille rit aux larmes.
- «;Ali! ah! morgue !... je tiens donc mon M voleur , > dit l'hôte du plus loin qu'il voit Ra^'mond : mais en approchant il est bien étonne de reconnaître le voyageur auquel il a prêté des pantoufles. Raymond fait une histoire assez vraisemblable d'une petite indisposition, qui l'ayant surpris la nuit et forcé de chercher certains lieux qu'il pensait trouver dans le haut de la maison, l'a amené enfin à se prendre au trébuchet tendu dans le garde-manger.
Notre hôte se confond en excuses : lui seul connaît le secret du piège; il se hâte de rendre la liberté à mon compagnon.
Raymond va s'habiller ; mais il est de fort mauvaise humeur , et ne se soucie pas d'aller admirer les environs de Montmorency. Il craint que la nuit qu'il vient de passer en chemise sur des jambons ne lui donne des rhumatismes, et il aspire au moment où nous pourrons retourner à Paris.
RAYMO!>iD. 73
Je pourrais railler mon compagnon sur le guignon qui le poursuit dans ses bonnes fortunes ; mais je suis ge'ne'reux et je me lais. Je le laisse se frotter , lui-même cette fols , les e'paules , les jambes et les fesses ; et après avoir déjeuné, je vais seul visiter ces lieux charmans que Grétry et Jean- Jacques embellissent encore; caries hommes de ge'nie ne meurent jamais entièrement. Je ne ferai point la description de ce que le lecteur connaît aussi bien que moi. Je ne lui apprendrais rien, et si je me trompais, ^ on s'apercevrait de mes bévues ; mais si je passe quelque jour dans une contrée éloignée, dans un pays désert; si je vois un château gothique ou quelque chapelle tombant en ruine , alors je vous promets une belle description , car je pourrai dire tout ce qui me passera par la tête , sans craindre d'être démenti.
Retournons près de Raymond. Il m'attend avec impatience. Le cabriolet est réparé, le cheval est mis ; nous pouvons partir. Je fais monter mes deux invalides ; III. y
car Raymond ne vaut guère mieux que le cocher; il peut à peine se remuer. Je me place au milieu , et après avoir paye la carte de l'aubergiste, sur laquelle figurent les pantoufles avec lesquelles mon compagnon revient à Paris , je me dirige vers la capitale, où nous arrivons sans accident, parce que je n'ai pas laisse' prendre les rênes à M. Raymond.
Rendus à notre demeure , il faut renvoyer le abriolet et donner au cocher un dédommagement pour son pied foule qui le retiendra encore quelques jours chez lui. Je paie , et je pre'sente à mon compagnon la liste de notre de'pense depuis la veille :
Pour le cabriolet que nous avons garde' un jour de plus que nous n'e'tions convenus, trente francs , ci 3o f. » c.
Pourla paysanne et son fils qui nous a servi de guide et «lide à relever notre cheval.. 6 »
Ci-contre 36 f. » c.
Pour location des ânes à minuit c) >»
Pour l'e'paration au cabriolet l'i »
Pour le dëgât dans les vignes 5- )>
Pour séjour à l'auberge , coucher, souper et déjeuner. 28 i>
Pour des pantoufles à M.
Raymond 2 5o
Pour la fille qui a frotté M.Raymond 3 i>
Pour du feu dans deux cheminées, chose qui est fort rare dans les auberges. . 2 »
Pour le cocher qui s'est foulé le pied en voulant arrêter notre cheval 20 »
Total. . . . i ly f. 5o c.
En examinant le total des frais de notre