‹ Mon voisin RaymondChapitre 4 sur 19 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Petite dissertation (jui n'offre rien de divertissant.

J'arrive chez Caroline à cinq heures passées ; mon duel et ses suites ont prolongé mon absence : elle me gronde d'être sorti sans l'e'veiller et me dit qu'elle s'est impatiente'e aj^rès moi. J'aimerais mieux qu'elle se fût ennuye'e ; mais je conçois qu'elle n*en a pas eu le loisir ; on a mille choses à faire dans un nouveau logement , et puis les emplettes de rigueur : on me montre un chapeau fort e'iégant que l'on s'est acheté' ; on l'essaie de nouveau devant moî. Le chapeau est charmant; d'ailleurs à vingt ans, avec une jolie Ggure, des grâces, de la physionomie , on se coifferait avec un pain de

sucre , que l'on serait encore bien : il me semble cependant que je l'aimais mieux en petit bonnet qu'en chapeau... mais je m'y ferai.

Le reste de la toilette doit répondre au chapeau ; c'est dans l'ordre. J'admire comme les femmes mettent de l'importance à tous ces chiffons , à ces bagatelles que l'on nomme parures!... combien elles apportent de re'flexions, de calcul, dans la manière de placer une fleur ou un ruban ! avec quel soin elles arrangent une garniture , un bouquet , une boucle de cheveux I... Tout cela est quelquefois le fruit de plusieurs jours de me'ditations !... mais n'allons pas leur en faire un crime!... C'est pour nous se'duire que l'on se pare ! nous serions bien ingrats de critiquer ce que l'on fait pour nous plaire.

Caroline n'est de'jà plus la même; elle porte sa nouvelle parure avec beaucoup d'aisance. Ce n'est plus la grisette de la rue des Rosiers ; c'est la petite-maîtresse de la Chausse'e-d'Antin. Les femmes se forment entoutbeaucoupplusrapidementquenous.

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Voyez ce villageois : après trois mois de séjour à la ville , il est encore lourd , gauche , empesé!... Cette petite paysanne n'a quitté ses champs que depuis huit jours, et déjà ses parens ne la reconnaissent plus... bientôt aussi elle ne reconnaîtra plus ses parens.

Quinze jours se sont écoulés depuis que Caroline habite son petit appartement de la rue Caumartiu. Je la vois tous les jours : je n'ose pas dire que c'est de l'amour que j'éprouve pour elle ; ou du moins ce n'est pas un amour bien passionné ; mais elle me plaîttoujoursautant; je crois qu'ellem'aime davantage que dans le commencement de notre liaison ; elle me le dit du moins.

Les choses ne tournent pas précisément comme je l'avais arrangé, car elle ne va Tjlus à son magasin , et ne travaille guère chez elle ; mais en revanche elle a pris les manières du beau monde , le ton d'une dame, la tournure d'une élégante. Il est vrai que je ne lui refuse rien, tout en faisant souvent le projet de réformer ma dépense... Mais comment refuser quelque chose à une jolie

femme qui vous prie avec une voix touchante , et qui , en vous priant , vous regarde d'une certaine manière?... Quant à moi, j'avoue que je n'ai jamais eu la force de re'sister à tout cela... C'est peut-être un malheur.

Je commence à trouver que ce que j'appelais des chifï'ons est un chapitre très-important quand on entretient une femme.

Je me ruine en bagatelles : c'est tous les jours une robe, un fichu , un chapeau, un schall!... Je ne sais pas comment Caroline fait son compte , mais elle me prouve toujours que c'est la mode , et que , par conséquent, cela lui est nécessaire ; je suis trop juste pour refuser le nécessaire à une femme. Mais mon revenu n'y suffit pas : j'emprunte ; je m'endette. Que serait-ce donc s'il lui prenait fantaisie de vouloir le superflu î

Tous les deux jours en rentrant chez

moi , je trouve à ma porte un bouquet. Ma

petite Nicette ne m'oublie pas, et moi je ne

vais jamais la voir ; si je passe devant sa

in. 3

boutique , c'est sans songer qu'elle est là... sans lui donner un coup (l'œil !.. Cependant toutes les fois que je trouve son bouquet , je me promets d'aller la remercier ; mais Caroline me donne tant d'occupation , que je n'ai pas un instant de libre : chaque jour c'est une nouvelle partie de plaisir ; je n'ai jamais le courage de la refuser ; elle sait me faire approuver tous ses plans. Sa grâce me cbarme, son esprit me séduit, sa gaieté m'amuse : la friponne sait si bien faire usage de tous les dons qu'elle a reçus de la nature!...

Je recois un matin un billet d'une main qui m'est inconnue... C'est de madame de Marsan , qui me fait d'aimables reproches sur ce que je ne tiens pas la promesse que je lui avals faite d'aller à ses soirées de musique , et m'engage à une petite fête qu'elle donne à sa maison de campagne.

J'avais presque oublié madame de Marsan , car j'oublie assez souvent ce qui m'a enflammé la veille ; ce qui est fort heureux lorsqu'on s'enflamme si facilement, et ce

qui prouve que le cœur ne prend point de part aux folies que nous appelons de l'amour.

J'irai à cette fête; je ne veux pas que mademoiselle Caroline me fasse perdre de vue toutes mes connaissances; je ne dois point renoncer à la société et au grand monde , parce qu'elle ne peut y venir avec moi. Cette jeune fille ne m'a déjà fait faire que trop de folies!... Et ma sœur à qui je n'ai pas répondu et qui m'attend de jour en jour!... Ali!... je ne suis pas content de moi ! Mais le torrent m'entraîne , je me laisse aller et je ferme les yeux.

Quelqu'un entre cliez moi... C'est mou voisin : je ne l'ai pas vu depuis le jour de notre fameux duel. Il se doute bien que je ne suis pas dupe de sa fausse bravoure , moi , qui ai été témoin de son effroi le jour de la partie fine. Je sais qu'il a fait grand bruit de sa valeur , en parlant de son duel à tout le monde ; mais il a évité de se rencontrer avec moi en société ; ma présence l'aurait gêné dans le récit de notre

combat. Sachons ce que me veut M. Raymond.

«Bonjour, mon cher ami... Comment ;» va cette santë ce matin?... — Mais je crois -.) qu'elle va trop vite... je la mène grand ;» train. — Il faut de la sagesse, mon voisin. » — ^^Je vous conseille de parler de cela , î» M. Raymond!... et que faites-vous d'A- )» gathe?... — Oh! je ne la vois plus; c'est ;> fini , brouilles à jamais. Je ne veux plus î» donner dans ces petites fillettes... on de'- :> pense un argent énorme... — Et quelî» quefois on ne fait pas ses frais. — Et cela :> ne sait pas appre'cier un homme... cela ne » fait pas de difléreuce entre un poète et î» un goujat I... Pourvu qu'on ait de l'argent )» en poche, qu'on puisse les bourrer du :> matin au soir de bonbons , de friandises, !» de glaces , de sirops ; leur dire qu'elles :» sont adorables ; les mener en voiture , au ;> spectacle ou à la campagne , enfin leur 51 acheter tous les chill'ons dont elles ont !» envie, ah! mon dieu, cela leur suffit. » Qu'on soit du reste bète comme une oie,

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» grossier comme uii porte-faix , ou fat )» comme un virtuose italien , ou n'en est » pas moins charmant aux yeux de ces de- » moiselles. — Il y a beaucoup de vrai dans :» tout ce que vous dites là , mon voisin ; n mais en ge'neVal c'est l'adulation, la llat- » terie qui gâtent les hommes et les femmes ; » ne nous mettons pas à leurs pieds , ils ne » nous regarderont point de si haut. Les 3> flatteurs, les courtisans , les vils complai- » sans se glissent partout , et corrompent » quelquefois le plus heureux naturel. Les » rois sont malheureusement plus que tous 5) autres environne's de cette tourbe serviîe, )> qui bourdonne sans cesse à leurs oreilles )» des concerts de louanges et de fadeurs ; » c'est lorsqu'ils tremblent que les hommes » s'abaissent davantage. Louis Xî eut plus » de courtisans que Louis XII, Charles IX » plus de flatteurs que Henri IV. Richelieu, )) Mazarin ne faisaient point un pas sans )) être entoure's d'une foule de courtisans ; 1) on les craignait, on tremblait devant eux; » mais on s'humiliait, on faisait des vers en III. 3.

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î> leur honneur. Sully et Colbert ont eu des 5> admirateurs; mais ils savaient repousy ser la flatterie ; ils étaient trop grands )> pour s'entourer de gens qu'ils mépri- :> saient. Si de trop fre'quens hommages ^> n'augmentaient point notre vanité , si y l'habitude des louanges ne nous donnait i> pas trop de confiance en notre mérite, )> combien de fautes auraient ëvite'es ces ;i he'ros, ces grands capitaines, qui dans 5» des circonstances difficiles ont repoussé î> les conseils de la sagesse , parce qu'ils ;> n'étaient habitués qu'au langage de la «» flatterie, qu'ils se croyaient invincibles, ;> parce que mille voix le leur avaient rén pété, et que celui que l'on élève au rang î> des demi-dieux , ne se décide pas facileî) ment à prendre l'avis de ses créatures !

:> Les pernicieux effets de l'adulation da- » tent de loin : c'est en la flattant que le 3» serpent séduisit la première femme. C'est » presque toujours par le même moyen que î> depuis ce temps-là nous séduisons ces daî» mes. La flatterie a perdu Antiochus et

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Nabuchodonosor , Seniiramis et Marie Stiiart,sCînq-Mars etMontmouth , Cle'opâtre et Marion Delorme. Samsoii se laissa couper les cheveux en écoutant les complimens de Dalila ; Holoplierne se laissa couper la tête en prêtant Toreille aux douceurs de Judith. Charles XII, aveugle par ses victoires , alla ensevelir son armée dans les plaines dePultawa , et le maréchal de Villeroi comptant toujours sur la fortune, A^oulut livrer bataille à Ramillies.La louange, en nous aveuglant sur nos de'fauts , nous fait rester dans la route de la médiocrité , lorsque la nature nous avait donné les moyens de nous élever au-dessus du vulgaire ; en nous faisant fermer l'oreille aux conseils sévères delà vérité , elle nous fait prendre l'amourpropre pour le génie , la vanité pour le mérite , la facilité pour le talent. Combien d'artistes, en demandant des conseils, ne veulent recevoir que des complimens i... Mais on leur a persuadé que tous leurs ouvrages sont des chefs-d'œuvre ; qu'on

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)> ne peut y trouver nul défaut!... et des 5» gens qui ont atteint ce but ne se donne- » ront plus la peine d'étudier; tout ce qui !> sortira de leurs mains sera parfait.

n Mais la civilité' veut que nous ne disions » pas toujours ce que nous pensons : qu'un 5> poète nous lise ses vers , s'ils sont mau- 5» vais , nous ne le lui dirons point, à moins » d'être son ami ; car nous ne voulons pas » être dans le monde des Alceste , frondant » sans cesse les travers et les ridicules de » chacun; ce rôle nous ferait trop d'enne- )> mis : on ne peut guère le supporter qu'au :) the'âtre. Dans le monde nous préférons » nous passer mutuellement nos travers à 3> nous ériger en censeur de ceux d'autrui ; )) le commerce de la vie est plus doux, et l'on 5» aimemieux vivre pour soi que de perdre 1) son temps en cherchant à corriger les 1» autres.

:> Cependant, si la politesse nous fait ca- » cher ce que nous pensons ; elle ne nous :i oblige pas à dire ce que nous ne pensons ') point : quand j'entendrai lire des vers

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» détestables, je me tairai ; mais je ne dirai 1) pas qu'ils sont charmans ; je tâcherai » même d'avoir le courage de faire quelques )> re'flexions à l'auteur. Je ne puis jamais î> prendre sur moi de dire qu'un portrait )) est ressemblant , lorsque je le trouve man- » que. Je ne puis pas non plus dire à quel- :> qu'un qu'il a chanté juste, lorsqu'il vient » de m'écorcher les oreilles.

î> C'est surtout avec les talens naissans !) qu'il faut être avare de louanges, tout )» en les encourageant ; la flatterie en a fait )> avorter un grand noDibre, en arrêtant î) l'essor d'un génie qui, se croyant déjà )> parfait , ne veut plus prendre la peine » d'acquérir ce qui lui manque. Sans doute )> un père est pardonnable de trouver son » fils un prodige de beauté , d'esprit et de )> talens : l'amour paternel doit nous abu- 3» ser facilement ; mais du moins gardons )i pour nous notre persuasion ; ne forçons » point les étrangers à s'extasier au récit '• d'un trait de malice, à écouter, dans un » religieux silence , une fable débitée sou-

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» vent en dëpit du sens commun , et à de-

n meurer en admiration devant des yeux

5) chassieux , un nez plat et un menton de

n galoche , qui ne peuvent charmer que

» des regards paternels. S'il y avait moins

» de flatteurs , que de gens feraient Torne-

)) ment de la socie'te' , et qui n'y sont qu'in-

» supportables , parce qu'on les a gâtes!...

» Qu'on réserve l'enthousiasme pour les

î> poètes , les artistes qui s'élèvent parleurs

;> talens au-dessus de tous les éloges. Sans

î) doute les contemporains de Molière , de

)) Voltaire , devaient rendre à ces ge'nies

;> sublimes les hommages qu'ils me'ritaient;

n mais ce n'est point par de fades compli-

y» mens , par de vaines louanges , que l'on

» témoigne son admiration à de pareils

» hommes : les grands talens sont fiers de

)> l'approbation des gens de goût ; ils më-

» prisent les basses adulations dont les sots

)» sont si vains.

)» Lorsque Voltaire habitait Ferney , les ;) voyageurs qui , par leur rang ou parleur ;> mérite , pouvaient espérer de parvenir

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» jusqu'à lui , ne manquaient point , dus- » sent-ils pour cela faire un grand détour , 5> de se rendre à la retraite du philosophe : )) chacun était curieux de voir cet homme » extraordinaire, qui a e'tonné l'univers par )) son ge'nie. Les gens d'esprit et de goût ne )) songeaient qu'au plaisir qu'ils allaient )) avoir ; mais les sots (et ceux-là aussi vou- » laient causer avec Voltaire) s'occupaient » d'avance de la figure qu'ils pourraient » faire à l'aspect du philosophe , afin de » mieux lui prouver leur admiration, Vol- » taire e'tait aimable avec les premiers ; mais )» une dame, en apercevant le grand poète, » ayant jugé convenable de pousser des 3» cris et de se trouver mal, le philosophe » haussa les épaules et lui tourna les talons. î) Les grands ge'nies sont rares, les grands » talens sont aimables et modestes : ceux » qui auraient pu en acquérir et qui sont 5> restés en route, hument avec délices l'en- » cens que l'on veut bien leur prodiguer. )> Commentée jeune homme, dqnt la voix » n'est qu'agréable , ne se croirait-il pas un

)> Lays , un Martin , d'après l'engouement :) qu'on lui te'raoigne ! On le presse , on le » conjure, on le supplie de chanter ; toutes )) les femmes se pâment avant de l'avoir » entendu ; elles le vantent d'avance à leurs )) voisins : c'est délicieux ! c'est divin ! c'est » charmant î voilà les seuls mots qui arrin vent à l'oreille du virtuose, qui daigne » enfin se rendre aux vceux de l'assemble'e, n et , après toutes les singeries d'usage , )> chante médiocrement une pauvre ro- ;» mance , dont il est convenu qu'il ne fera )i point entendre les paroles ; il n'a pas ' achevé, que le concert de louanges re- 11 commence , tandis que l'auditeur impar- » tial qui s'attendait à tout autre chose , se » demande s'il doit en croire ses oreilles.

j> Tenez , mon cher voisin , je vous l'a- )> voue , je n'ai jamais pu prendre sur moi )» d'aller grossir la foule qui se presse au- )> tour de ces prodiges de société , dans les- V quels je n'ai jamais trouvé qu'un excessif » amour-propre, ni augmenter le nombre )» des adorateurs d'une femme à la mode ,

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3) dont la coquetterie est pousse'e à tel point, » que j'en rougis pour elle et pour ceux 3» qui Tentourent. A coup sûr, j'aime autant 3> qu'un autre une jolie femme; je serai le » premier à rendre hommage à ses grâces ; » mais faut-il pour cela l'ëiever sans cesse » aux nues , l'accabler de complimens, qui, )) ne fussent-ils pas outre's , n'en doivent » pas moins être fatigans pour celle à qui » on les adresse? Ne pourra-t-elle faire >♦ un pas sans que je vante sa tournure , « sa taille , sa démarche , son pied , sa » grâce!... Ne peut-elle sourire sans que je 5> m'extasie sur ses dents , sa bouche , et » l'expression de ses yeux ? Ne pourra-t-elle » dire un mot, sans que j'admire son esprit, 3) sa finesse , son tact , sa pe'ne'tration et le 3) doux son de sa voix? Je puis penser tout 31 cela; mais je ne le dirai point : je crain- ?» drais de faire rougir celle à qui cela s'aj» dresserait. Je sais que l'on me trouve peu 3» galant. Cela me fait peut-être du tort 3» auprès de quelques dames; mais je ne )> puis ni ne veux changer : si tout le monde

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» agissait comme moi , peut-être verrait-on )> moins de fatuité', de prétentions chez les î) hommes , moins de coquetterie et de va- 5> peurs chez les dames ; on ferait plus de )> frais pour être aimable et pour plaire , et ) tout le monde y gagnerait. Qu'en pensez- ;> vous , mon voisin ? »

Je m'aperçois que mon voisin ne m'e'coute plus ; il est aile examiner les bouquets de fleurs d'orange qui ornent ma chemine'e , et paraît conside'rer avec curiosité' les anciens que j'ai rassemble's sur ma commode . après en avoir extrait les fleurs qui ne se conservent point.

« Il paraît que vous aimez beaucoup la :> fleur d'orange ! me dit enfin Raymond. • — Beaucoup. — C'est une odeur fort agre'a- . ble. .. \ ous avez là une vingtaine de bou- » quets. — Je ne les ai pas comptes. Mais i> voulez-vous me faire le plaisir de me dire :^ ce qui vous amène ce matin chez moi? » car je présume que vous êtes venu pour > quelque chose. — C] est vrai : je l'avais ou- •t blié en regarda nt ces bouquets... J'ai j'eçu

RAYMOTSD. 39

» une invitation de madame de Marsan )i pour une fête qu'elle donne après-demain 5) à sa maison de campagne; je présume 3» que vous irez aussi , et je viens vous pro- 1) poser de nous y rendre ensemble. — 5» Volontiers : vous connaissez le chemin ; n vous serez mon guide. — Avec grand

» plaisir Ha çà ! comment irons-nous là ?

)> — Nous louerons un cabriolet qui nous )> ramènera à l'heure que nous voudrons. n — C'est cela. J'avais d'abord pense' à y î) aller à cheval... j'aime beaucoup le che-

!) val! je m'y tiens d'une certaine ma-

» nière... — Je ne doute pas de votre grâce )» comme cavalier ; mais nous ne pouvons n pas aller en bottes à une fête chez ma- 5» dame de Marsan, ainsi nous n'irons point 5» à cheval. — C'est juste... Je me charge 3) d'avoir un joli cabriolet,., je connais un » loueur de voitures... A quelle heure par- H tonsnous? — A sept heures ; nous arri- H verons à huit : c'est l'heure de la cam- 5» pagne. — Voilà qui est arrangé... Je crois )i que nous nous amuserons je connais

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j> toute la société... je vous mettrai de suite 2' au courant. — Je croyais que vous n'a- :> viez encore e'te' que deux fois chez M*"^

3» de Marsan, — Oli ! cela ne fait rien î

5> en une fois je connais tout ie monde ; j'ai » un certain tact... une pe'nétration... tout

» cela tient à l'habitude Dans le cas où

;> l'on voudrait jouer la comédie, j'ai un :> opéra que je viens de finir et que je vous •y lirai en chemin. — Cela me fera grand 5) plaisir. — Je vais y donner un dernier a coup d'œil... A jeudi, mon voisin. — A ■> jeudi. ;>

Raymond me quitte, et moi je vais trouver Caroline. Je l'aperçois à sa fenêtre 5 depuis quelques jonrs elle s'y met fort souvent, surtout quand elle est seule. C'est sans doute pour me voir venir de loin. Il me semble qu'elle est encore plus aimable , plus gaie , plus piquante que de coutume ; le plaisir brile dans ses yeux .. Oh ! cellelà m'aime 'véritablement; son ame est reconnaissante; son cœur sensible : elle n'est coquettaque pour me plaire. Elle voulait ,

pour s'attacher , trouver quelqu'un qui fût digne de son amour : son cœur m'a distingue': je suis sûr qu'elle me sera fidèle. Je savais bien qu'avec un peu de patience je trouverais cela.

42 AïOîM voisix

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