AVANT-PROPOS
La route de Nice à Gênes est justement célèbre par les sites tour à tour ravissants ou sévères que le voyageur voit se dérouler sous ses yeux ; mais il en est peu d'aussi pittoresques que celui qui s'offre à sa vue du haut de la Turbie. Le trophée d'Auguste s'élève sur la crête d'un vaste hémicycle de montagnes dont les replis et les pentes rapides, sillonnés de ravins sans nombre, sont revêtus d'un manteau de verdure embaumée, que borde comme d'une frange d'argent la blanche écume de la Méditerranée. Le rivage est capricieusement découpé, et du pied même de YAlpe summa, qui supporte la vieille tour romaine, se détache, puis s'allonge sur la mer une haute presqu'île, plateau rocheux aux flancs abruptes et battus sans cesse de la vague
VIII MONACO ET SES PRINI BS.
plaintive; des remparts crénelés le couronnent, et un château, vaste édifice où se confondent tous les styles el tous les siècles, tour à tour forteresse arabe, caste] gothique et palais italien, commande de ses bastions un isthme étroit et bas qui relie à la montagne cette plate-forme guerrière. Une ceinture de citronniers, d'orangers, de lauriers-roses et de caroubiers , se noue autour du rocher, que tapissent aussi de leurs fleurs variées les rosiers, les figuiers de Barbarie et les aloès. Dans une anse paisible, comprise entre la presqu'île et la montagne, se balancent quelques légers bâtiments de commerce et des barques de pêcheurs au milieu desquels un gracieux bateau à vapeur fait ondoyer son panache de fumée.
« Voici les orangers et les caroubiers de Monaco ; la presqu'île est posée comme une corbeille éclatante dans sa vaste mer d'un bleu intense , verte d'algues sur les rivages. Une lumière formidable enveloppe l'immense, le calme, le riant tableau. Décidément c'est là l'Eldorado et l'Eden incomparable ; je voulais cette fois retourner à Nice sans m'arrêter à Monaco, je n'en ai pas eu le courage. » (Th. de Banville.)
Ce rocher, en effet, c'est Monaco, portus Herndis Monœci des Latins, Mourgues ou Monègue des Provençaux,