ORIGINE DE MONACO. - EPOQUE ROMAINE
L'origine de Monaco remonte à l'antiquité la plus reculée; le plus ancien monument où il en soit fait mention est la Périégèse d'Hécatée de Milet, qui écrivait 500 ans avant Jésus-Christ. Dans la nomenclature des villes et des ports de la Méditerranée, il cite ce Monaco, ville de Ligurie. » * A qui faut-il attribuer la fondation de cette ville de Ligurie, et quelle est l'étymologie de ce nom Monaco? La solution du second de ces deux problèmes amènera la solution du premier.
Si le vieil Hécatée est d'une brièveté extrême, Strabon
1 MovoTxo;, itôXt; AifJ<ro*ïj> Perieg. Hecatœi. fragrn.
est plus explicite : « Le port de Monaco, dit-il, ne peut recevoir que des navires d'un faible tonnage et en petit nombre ; il s'y trouve un temple d'Hercule surnommé Monœcus ; et ce nom fait conjecturer que le territoire maritime des Marseillais s'étendait jusqu'à ce point. » ' C'est à dire, selon Slrabon, que le nom grec de ce port en doit faire attribuer la fondation aux marins grecs de Marseille, colonie de Phocée. Toute considérable qu'elle peut sembler, nous ne nous inclinerons pas devant l'autorité de Strabon, et c'est aux Phéniciens que nous ferons remonter la fondation de Monaco. Servius, en ses commentaires sur Virgile, et après lui tous les autres scholiastes qui ont rencontré ce nom, expliquent ainsi l'épithète de Movoîxoç : ce Ce temple d'Hercule était ainsi surnommé, ou parce que Hercule, ayant chassé de la contrée tous les dieux, y habita seul, ou parce que nul autre dieu n'était adoré en même temps que lui dans son temple , ce qui se présente cependant pour d'autres divinités : ainsi Minerve et Junon avaient des autels dans le temple de Jupiter, Cupidon dans celui de Vénus. » 2 De là Movoç oumov, habitant seul.
1 'O oà toO Movoty.ou Xi[iévo; opuo; ètuvoù (jeYiXatç, oùSè TtoXXai; vorjaiv, èycov lepov 'HpaxXéou; Movo-y.ou y.a).ou(j.evo\j • èV.xe ô'àno toO ôv6(j.axo; y.at (Xi'/pi ôiOpo S.aiÊiveiv ô MacraaXicùT'.xo; îrapanXou;. Geog. Strabon, lib. iv, de Âlpibus.
2 Hercules dictus autem movoîxo;, vel quod pulsis omnibus illic solus liabitavit : vol quod in ejus teniplo nunquam aliquis deorum simul colitur, sicut in Jovis
Ce culte exclusif, cet honneur extrême rendu à un dieu que les Grecs ne plaçaient qu'à un rang secondaire dans leur hiérarchie céleste, ne laisseraient pas que d'étonner, et on en chercherait en vain la cause. Il n'en serait pas de même pour l'Hercule phénicien.
Melkarth, le prototype de l'Hercule des Grecs, était la divinité tutélaire de la puissante ville de Tyr, et les navigateurs tyriens répandirent son culte d'île en île, de rivage en rivage, jusqu'aux extrémités de l'Occident, jusqu'à Gadès. l Peuple marchand et navigateur, ils en avaient fait encore, et plus spécialement peut-être, le protecteur du commerce et des colonies. On veut même rapporter à cette idée l'étymologie du nom grec et latin ('HpaxWç) Héraclès -Hercules. La religion d'Hercule, partie de l'Orient comme le Dieu qui en était l'objet, se fraya comme lui une route vers l'Occident, et en atteignit les extrémités. Les Phéniciens portèrent de tous côtés le divin patron de leurs colonies, le grand Melkarth, le dieu puissant, le
Minerva, Juno, in Veneris, Cupido. — (Commentaire de Servius sur le vers 830 du livre VI de l'Enéide. )
1 Creuzer, Religions de l'Antiquité, 2e vol., 171. Edition de M. Guigniaut, 1829.
2 Creuzer, Religions de l'antiquité, 2e vol., p. 172. Héraclès viendrait du phénicien ou de l'hébreu horkh'eil, expliqué par circuitor, mercator, mais qui l'applique tout aussi bien , dans le fond de l'idée, au soleil parcourant sa céleste carrière. Bellerman écrit Archles, qui rappelle le vieux latin ou l'étrusque Ercle, lhrcole. (Note de M. Guigniaut. )
dieu fort. Ce fut d'eux que les peuples d'Espagne apprirent à le révérer après ceux d'Afrique ; et non content de poser ses colonnes à l'entrée de l'Océan, l'Hercule Phénicien entreprit sur cette vaste mer de lointaines expéditions. D'une autre part, il franchit les Pyrénées et les Alpes ; lui et ses enfants fondèrent nombre de villes, soit dans la Gaule, soit dans les contrées voisines : Alesia, Nemausus, etc. ' Partout où les Phéniciens pénétrèrent, des autels élevés en l'honneur de ce dieu, des vestiges divers de son culte et de son nom attestèrent leur présence et leur vénération pour lui.
Ce suprême honneur rendu à Hercule d'être le principal dieu , le seul même de la contrée , ne saurait donc convenir qu'à l'Hercule Phénicien. Enfin Nice, dont l'origine grecque est incontestable, est citée aussi par Ptolémée immédiatement avant Monaco, et il y joint ce détail : k ville des Marseillais , » tandis qu'en parlant de Monaco , il dit seulement : a ville de Ligurie. »
Mais les Grecs, et ensuite les Romains, qui avaient emprunté à l'Orient leurs dogmes religieux et plusieurs de leurs divinités , confondirent dans leurs récits le Melkarth de Tyr avec le fils d'Alcmène , et Strabon n'a fait qu'adopter et relater la version populaire. Il est, en outre, fort
1 Creuzcr, pages 191, 192.
vraisemblable que les Grecs de Marseille s'emparèrent dans la suite de ce poste phénicien qui, depuis lors, devint une des stations de la marine marseillaise, tout en conservant de son origine phénicienne le culte exclusif d'Hercule. De là ce nom grec 'Hpax)iouç movomcou tapfv.
C'est également aux Grecs que Monaco doit sa légende mythologique : la tradition racontait qu'Hercule se rendant en Espagne pour combattre Géryon, parvint aux Alpes Maritimes ; les montagnes plongeant à pic dans la mer, interdisaient tout passage ; mais le héros qui fit le détroit de Gibraltar n'eut pas grand'peine à pratiquer une route ; ce qu'il faut entendre par la soumission ou la destruction des brigands qui infestaient les Alpes ; et en souvenir de sa victoire, il consacra à la mémoire de son nom le théâtre de ses exploits. 1
Fréquemment visité par les Romains, le port d'Hercule joua son rôle dans les guerres de la République romaine et de l'Empire. Quand les habitants de la malheureuse ville de Sagonte envoyèrent des députés implorer des Romains de prompts secours contre Annibal, le premier
1 Piimum Thebaens Hercules ad Gcryonem cxstinguendum, ut relatum esl , el Tauriscum lenius gradiens*, propè Maritimes romposuit Alpes : liirque lianim indidit nomen : Monœci si militer arcera et portum ad percnnem suî rnernoriam ronsccravit. Ammien Marccllin. Livre xv, ch. xi.
point de la côte italienne qu'ils aperçurent du haut de la proue de leur navire, ce fut Monaco.
a Cependant les Sagontins fendant les ondes d'une mer lointaine, virent sortir du sein des flots les collines d'Hercule et la cime brumeuse du rocher de Monaco. Sur ces écueils horribles, Borée, du fond de la Thracc, vient seul établir son cruel empire ; tantôt de son souffle glacé il pousse les vagues sur le rivage, tantôt déployant ses ailes retentissantes, il en vient battre les Alpes. Quand il accourt des froids climats de l'Ourse , les autres vents se taisent devant lui, la mer se tord en tourbillons rapides,
etc Après avoir évité la fureur de l'impitoyable
Borée, ils s'entretiennent tout affligés des périls de la guerre et de l'onde, et se demandent quelle sera l'issue des événements : « 0 patrie! ô séjour illustre de la fidélité ! quel est aujourd'hui ton destin? tes remparts sacrés sontils encore debout sur tes collines? ou tant de gloire n'est-il plus que cendre? O dieux immortels! faites souffler les vents les plus rapides, qu'ils viennent gonfler nos voiles, si la torche des Carthaginois n'a pas encore insulté aux faîtes de nos temples, s'il est encore possible aux flottes romaines de nous porter secours. » 4
Il est à croire que les malheureux Sagontins voyaient
1 Siliu«s Italicus, Guerre Punique* cliunt 1.
toute chose à travers leurs larmes, c'est à dire assez obscurément; car l'effroyable aspect que leur offrit Monaco est bien loin de la vérité.
Les peuplades liguriennes virent bientôt l'effort des armées romaines se tourner contre elles ; ces tribus étaient plus difficiles à trouver qu'à vaincre, dit Florus; cependant la résistance fut opiniâtre, car c'était une race dure, belliqueuse; et longtemps la Ligurie fut la pierre sur laquelle le peuple romain aiguisa le fer de sa valeur. 1 Le consul Fulvius dut détruire par la flamme les forêts où les Ligures se retranchaient; puis il les désarma, leur laissant à peine assez de fer pour la culture des terres.
Le littoral de la Ligurie devint alors une des routes les plus suivies pour se rendre d'Italie en Gaule et en Espagne. À Monaco même, la volonté des dieux se manifesta aux superstitieux Romains par un de ces prodiges que les historiens du peuple-roi enregistrent avec tant de soin : « Lorsque le consul Mancinus allait s'embarquer pour l'Espagne, dans le port d'Hercule où il s'était rendu à pied , une voix surnaturelle fil entendre ces mots : « Reste, Mancinus. » Docile à l'avis, le consul revint sur ses pas,
1 Florus, livre II, 3.
puis il s'embarqua à Gênes. On sait quel destin l'attendait devant Numance. 1
C'est à Monaco que Lucain fait embarquer les garnisons de Ligurie et de Provence , appelées par César qui court à la conquête de l'autorité suprême, pour revenir ensuite expirer aux pieds de la statue de Pompée , le vaincu de Pharsale : « On quitte le golfe qui sous le nom et la tutelle d'Hercule resserre l'Océan dans une roche concave , à l'abri du Corus et du Zéphyrus. Le Circius qui peut seul en troubler les rivages, défend l'entrée de la sûre station de Monaco. » 2
Le sort en est jeté, les adversaires vont mesurer leurs forces : « Le beau-père 3 descend du sommet des Alpes et du rocher de Monaco ; le gendre appelle à lui les soldats de l'Orient. » *
Bientôt César franchira le Rubicon et préparera le principat d'Auguste.
1 Valère Maxime, i, 6., et Julius Obsequens, de Prodigiis.
2 Quâque sub Herculeo sacratus nomine portus Urget rupe cavâ pelagus ; non Corus in illum Jus habet aut Zéphyrus : solus sua littora turbat Circius et tutâ prohibet statione Monœci.
(Lucain, Pharsale, c. 1.
3 César, père de Julie, épouse de Pompée.
4 Aggcribus socer Alpinis atque arce Monœci Descendens, gêner adversis instructus Eois.
(Virgile, Enéide, ch. VI . vers 830/
La Ligurie cependant n'était pas complètement soumise ; les nombreuses expéditions que Rome avait dirigées contre les montagnards des Alpes Maritimes, en 234 avec le consul L. Fulvius Flaccus, en 180 avec Bœbius, en 152 avec Postumius , et enfin en 1 25 , un an avant la fondation d'Aix, sous le commandement de Marcus Fulvius Flaccus, avaient plutôt conquis à Rome le passage libre à travers ces montagnes , qu'elles ne lui avaient assuré une solide domination dans ces contrées sauvages. Ce ne fut qu'après l'établissement des colonies entre la Durance et la mer, et la réduction de ce pays en province romaine , que les Ligures furent définitivement subjugués.
Monaco soumis à Marseille, comme Antibes, Cimiez et Nice, eut peut-être à souffrir les brigandages, latrocinia. dit Florus, des peuplades montagnardes qui l'entouraient. Laquelle de ces peuplades habitait les Alpes Monégasques?.... c'est ce que l'on ne saurait préciser; les géographes anciens étant d'accord pour placer sur les deux rives du Var les Vediantii dont le territoire entourait Nice et Cimiez, et leur donnant pour voisins les lntemelii dont la métropole était Vintimille (lntcmclinm), nous ne pouvons que laisser la question indécise entre ces deux peuples.
Mais si les Ligures étaient réduits, il restait à dompter
bien d'autres nations alpines pour assurer les communications entre l'Italie et la Gaule. Ce fut à Auguste qu'échut le soin de relier et d'organiser les différentes parties de l'Empire; les armes de ses lieutenants Drusus, Tibère, Varron, soumirent à l'entière domination de Rome les Alpes depuis l'Helvétie et l'Istrie jusqu'à la Ligurie.
Auguste, en mémoire de cette importante victoire de ses lieutenants, fit élever un splendide trophée en son propre honneur; la personnalité impériale absorbait tout. Ce monument subsiste encore à l'état de ruine : c'est la Turbie, ou Tropœa Âugusti, dans le bourg du même nom, à environ trois kilomètres de Monaco, sur la route de la Corniche.
« Trop maltraité par les injures de la barbarie pour conserver le droit d'intéresser les beaux-arts , il n'est pas moins intéressant pour la pensée; il n'est personne qui sur ces pierres croulantes , avec l'infini de la mer devant soi, les horizons de la France d'un côté, et de l'autre ceux de l'Italie, ne prenne quelque plaisir à se recueillir et à réfléchir sur les vicissitudes du passé qui en présagent tant d'autres.
a Le monument a subi de telles métamorphoses, non seulement par les dégradations et les démolitions, mais par les changements de destination, qu'il est difficile de
s'en faire une idée précise d'après son état actuel. Il consiste aujourd'hui en un immense massif qui a été vraisemblablement autrefois quadrangulaire, et que surmonte une tour tranchée en deux sur son axe et à peine en équilibre. Ce n'est que dans le massif inférieur que la main de l'architecte primitif peut être cherchée. Non seulement le mode de construction de la tour, mais les dentelures qui la couronnent semblent indiquer le moyen âge. On sait, en effet, par le témoignage des chroniqueurs, que le monument fut changé en forteresse aux temps des Guelfes et des Gibelins. Ainsi sa grandeur même, qui semblait devoir le garantir contre l'action du temps, est
devenue la cause principale de sa ruine Autant qu'on
peut le conjecturer, soit d'après les débris demeurés sur place ou disséminés dans le village , soit d'après les monuments conservés dans quelques auteurs, le monument consistait en un massif quadrangulaire entouré de colonnes doriques, orné de statues des lieutenants d'Auguste et de celles des barbares vaincus, et couronné par une image colossale de l'Empereur.
La lorre de gran bastiment An peyras de gran cayradura E obras danliqna figura Colonnas do marme pezant,
di( un ancien manuscrit de la Bibliothèque de Lérins, à la louange de saint Honorât. Le père Boyer raconte qu'en IS85 il découvrit dans l'enceinte de la forteresse la lète colossale d'Auguste, affreusement mutilée, mais suffisamment préservée par la résistance de sa masse pour lui avoir permis de prendre la mesure des traits essentiels : du calcul qu'il établit, il résulte que la figure entière devait avoir 22 pieds de hauteur. À la fin du dernier siècle on déterra dans les décombres une tête de Drusus d'un beau style ; on la voit aujourd'hui au musée de Copenhague, où elle fut déposée par le prince de Danemarck, qui en avait fait l'acquisition sur les lieux mêmes. » !
Quant à l'inscription dont quelques lettres se retrouvent aujourd'hui sur les pierres de marbre blanc employées par les habitants du village à la construction de leurs maisons, nous la connaissons entièrement par le texte qu'en donne Pline ; il y est dit que ce monument est dédié à César Auguste imperator, etc...., parce que sous sa
1 En 1859 le gouvernement piémontais demanda à la chambre des députés et en obtint un crédit suffisant pour rétablir dans son état primitif le trophée d'Auguste ; des plans furent dressés ; mais les préoccupations de la guerre d'Italie firent ajourner les travaux. Depuis quatre ans la Turbie appartient à la France, espérons que le gouvernement impérial reprendra ce projet et en poursuivra l'exécution. Au moment où l'on s'occupe de la carte de la Gaule antique et de la recherche des monuments romains, une pareille entreprise serait plus qu'opportune, elle serait obligatoire.
conduite et sous ses auspices, toutes les nations Alpines qui s'étendaient de la mer Supérieure (l'Adriatique) jusqu'à la mer Inférieure (la Méditerranée, ou plutôt mer Tyrrhénienne), ont été soumises à l'empire du peuple romain ; suivaient les noms de ces peuples. » !
La domination romaine a laissé encore d'autres traces dans la contrée qui nous occupe ; une de ces belles voies qui rayonnaient de Rome vers tous les points de l'empire , suivait le littoral depuis l'Étrurie jusqu'à Fréjus, d'où elle se dirigeait vers Arles. Cette voie, nettement tracée sur la carte de Peutinger, passait à Albenga, à Vintimille, à Lumone (ville disparue qui semble avoir occupé la petite plaine où s'élève aujourd'hui Menton, à moins qu'il ne faille la placer à la naissance du cap Martin). La voie suivait les contours de ce cap, Promontorium Marlium
1 Voir aux pièces justificatives, n° 1.
On a prétendu que cette inscription ne se rapportait pas à la Turbie, mais à l'arc de triomphe de Suse. Il est facile de prouver le contraire, car, dans le village de la Turbie où plusieurs maisons furent construites avec des matériaux empruntés au monument, il en est une dont la voûte d'entrée est formée de blocs de marbre blanc portant des lettres très significatives, entre autres RUMPJ , fragment de Trumpilini, premier nom de l'inscription. En outre, dans ses Commentaires sur Pline, le savant père Hardouin dit : « Ne confondez pas ce trophée avec l'arc de triomphe de Suse, en Piémont; il y a sur cet arc une inscription différente dont un témoin oculaire n'a pu déchiffrer que les mots suivants en 1671 : IMP. C/ESAR1 AVGVSTO DIVI F. PONTIFICI MAXIMO TRIBVNIC. POTESTAT1S XV. Or, nous avons ici XVII. Cette inscription il»; Pline était sur le monument de la Turbie dans le comté de Nice.
ou Martis, puis arrivait au quartier appelé aujourd'hui
les Veilles, du poste militaire, vigiliœ, qui y était établi; elle passait ensuite près de cette tour ruinée que les montagnards appellent le Pilon, et qui fut sans doute quelque autre poste d'observation , puis elle descendait vers le port de Monaco, et, coupant l'isthme qui rattache la ville à la Tête de Chien , elle continuait vers Nice en passant par les points nommés autrefois Avisio (peut-être Eza), Anao , P or tus Olivulœ (maintenant Villefranche).
Cette voie était celle que les Itinéraires anciens appellent tour à tour voie Àurélienne, d'Aurélius Cotta qui la commença sous son consulat (an 75 avant Jésus - Christ ) ; voie Emilienne, d'Emilius Scaurus qui la continua; et voie Julienne, de Jules César qui la poussa jusqu'à Arles. Avant qu'elle ne fût construite , il n'y avait que des sentiers assez difficiles et vraisemblablement praticables pour les seuls piétons ; c'est l'un de ces sentiers qu'avait suivi le consul Mancinus quand il se rendit à pieds, pedibus, au port de Monaco.
M. le comte de Cessoles, savant archéologue de Nice, a découvert auprès du port de Monaco une pierre milliaire de cette voie Aurélienne-Emilienne-Julienne. ' Cette pierre
1 M. de Cossoles donne à la voie en question le nom de via Julta ; If. Letronne
la désigne sous celui de via Aurdia; la contradiction entre ces deux savants
que Ton peut voir aujourd'hui dans les jardins du palais princier porte l'inscription suivante :