MUSÉE ROYAL
Le comte de Forbin, directeur général des Musées royaux.
J'ai reçu votre lettre, Monsieur, et je vous prouverai que vous avez parfaitement raison d'être convaincu que les artistes n'ont besoin d'aucune recommandation auprès de moi. J'ai vu votre ouvrage avec intérêt , et je vais donner des ordres aujourd'hui pour que votre tableau soit placé d'une manière plus convenable. Je vous remercie de votre confiance et vous prie d'agréer l'expression de mes sentiments distingués.
Le comte de Forbin.
De 1810 à 1828, époque où il quitta Paris, Monanteuil peignit un assez grand nombre de tableaux, dont quelques-uns furent exposés avec succès et dont on ne connaît pas la destination présente. Le choix seul des sujets indique assez sous l'influence de quelles préoccupations d'atelier il les composait.
Voici la liste complète des morceaux- qu'il exposa au Louvre :
Exposition de 1812. Ariad?ie abandonnée.
1819. Une Baigneuse.
Cette toile (de 50 centimètres) se trouve A la Palette de Rubens, rue de Seine , 6 , chez M. Saint-Martin , l'ami et le correspondant de Monanteuil. La Baigneuse vient de retirer ses vêtements et trempe son pied droit dans le ruisseau ; elle est assise sous une grotte ; à gauche , un lointain de paysage.
Un portrait d'homme.
4822. Léonidas aux Thermopyles , dessin d'après le tableau de David.
Ce dessin a été exécuté pour la belle gravure deLaugier (1826). Les épreuves avant la lettre de cette gravure et de celle des Sabines, faisant pendant à la première, par Massard et d'après le dessin de Monanteuil , qui avaient été données à celui-ci, appartiennent aujourd'hui à M. Guillemot, ancien maire d'Alençon.
1824. Tête de Vierge.
Étude de Paysan normand.
Femme Spartiate auprès du tombeau de son mari ; esquisse.
Nous possédons cette esquisse ou une réduction (haut., 0m,30; larg. , 0m,25), qui fit sensation à l'Exposition de Rennes, où elle parut en 1849. Je me rappelle avoir même, comme membre du jury de cette Exposition , soutenu une lutte assez vive contre quelques-uns de mes collègues , qui niaient , par comparaison avec d'autres tableaux exposés par Monanteuil , qu'elle fût de sa main. Elle est, en effet, conçue et exécutée dans un sentiment très-différent de sa manière ordinaire , et qui rappelle un peu celle de Prudhon. La femme, romaine ou Spartiate (elle a figuré sous ces deux désignations ), est assise , la tête inclinée sur son bras , sa robe blanche détachée des épaules , sur lesquelles glisse une ombre charmante ; son enfant nu se cache dans ses genoux ; le tombeau est près d'elle ; au-dessus du groupe , deux grands arbres ; au fond, un paysage plus italien que grec, avec les ruines d'un aqueduc ; mais ce paysage paraît d'une touche différente et d!une date postérieure au reste du tableau. Cette toile est une des plus jolies qu'ait laissées Monanteuil.
Dessin du tableau de Saill , par Gros.
€e dessin appartenait au duc d'Orléans ; il a dû être gravé. 1827. Portrait.
1827. Exposition de la galerie Lebrun: Les Marins de Dieppe. Étude de la jetée de Dieppe.
Pêcheuses des côtes de Dunkerque.
1829. Exposition de la Société des Amis des Arts : Le Lévite d'Éphraïm, dessin d'après le tableau de Couder, pour la gravure destinée aux actionnaires de cette Société.
M. de Bar assure que « Monanteuil fit un grand nombre de « portraits de personnages célèbres , entr'autres ceux de Châ- « teaubriand et de Mme la duchesse de Berry , qui le présenta au « roi Louis XVIII. Ce prince , ami eU protecteur éclairé du « talent, l'accueillit avec bonté et lui fit des commandes. »
La duchesse de Berry avait , en effet , pour Monanteuil beaucoup de bienveillance. Elle l'avait rencontré à Dieppe et s'était entretenue avec lui. De retour à Paris , elle lui avait donné de fréquentes audiences et lui avait acheté bon nombre de tableaux.
Un Portrait de l'Empereur Napoléon, qui décorait la grande salle de l'hôtel-de-ville de Mortagne , le seul ouvrage de Monanteuil que possédât en propre sa ville natale, fut lacéré en 1814.
M. Saint-Martin possède encore quelques autres toiles de cette période de la vie de Monanteuil.
1822. Tête de vieux paysan.
Jolie Tête de jeune fermière normande (Toile de 6).
1825. Petite Tête de vieux pécheur normand.
1827. Turc, vu de face (Toile de 12).
1828. Turc, de profil (Toile de 10>
M. Godard , à Alençon , possédait une excellente copie , par l'auteur , de ce dernier tableau ; 0m,44 sur 0m,36. Le Turc de Monanteuil a été lithographié par N. ...
Sans date. Trois Têtes d'étude de Turcs et Grecs.
« Ce sont toutes là , m'écrit M. de Chennevières , si bon juge, « d'excellentes peintures , d'un pinceau très-large et très-frais , « frottées librement, franchement touchées (i). » Notre vœu serait de voir quelques-unes d'elles entrer au musée d'Alençon , qui n'a aucun ouvrage de la première manière de Monanteuil , et où elles seraient mieux à leur place que partout ailleurs.
Une autre grande composition , qu'il avait à diverses fois abandonnée et reprise , est le Triomphe de Galatée.
Ce sujet mythologique est la traduction presque littérale d'un passage de Télémaque, liv. IV, qui n'est lui-même qu'une imitation de Virgile (Énmde, V. 822). La vue de l'Etna fumant dans le lointain localise la scène.
« ... Nous aperçûmes des dauphins couverts d'une écaille qui « paroissoit d'or et d'azur... Après eux venoient des tritons qui u sonnoient delà trompette avec leurs conques recourbées... Ils « environnoient le char d'Amphitrite... Le char sembloit voler « sur la surface des eaux paisibles. Une troupe de nymphes u couronnées de fleurs nageoient en foule derrière le char ; leurs « beaux cheveux pendoient sur leurs épaules et flottoient au gré « du vent... Une grande voile de pourpre flottoit dans l'air au- « dessus du char... »
Le dessin est sec (2) et l'effet peu harmonieux, par suite peut-être du trop long temps qui s'était écoulé entre le premier travail et la dernière main ( plus de 25 ans ).
Ce tableau appartient à M. Duplessis. Monanteuil en a laissé une copie , avec quelques changements , de 0m, 90 sur 1m,20.
(1) Lettre du 31 juillet 1860.
(2) « Serré jusqu'à l'étranglement, » (Lettre de M. Poulcl-Malassis, du 5 juin 1860.)
Une des 0 datées de Monanteuil fut exposée à Laval en 1853 , et voici dans quels termes en parlait le spirituel rapporteur de l'exposition, M. Le Fiselier (1) :
« Galatée est tout autre chose : c'est un petit sujet mythologique « tout pimpant , une surprise de M. Monanteuil , pour nous faire « voir qu'il peut réussir dans les genres les plus opposés ; un « simple prétexte pour exhiber ,. au milieu d'une mer de bleu « de cobalt , de jolies naïades vêtues de l'écume des flots , et de « petits amours joufflus j fouettés de rose ; sur une montagne « voisine , un dieu mythologique quelconque regarde tout ce « petit monde d'un œil de convoitise. »
Monanteuil avait commencé un autre grand tableau , représentant les Ombres d'Ossian, à l'imitation, sans doute , du Fingal de Girodet.
Il avait eu la fantaisie de s'essayer dans un genre que les bamboches d'atelier avaient mis à la mode , et de faire quelques enseignes. Carie Yernet et d'autres grands noms lui avaient donné l'exemple.
Il fît l'enseigne de M. Pigeon, le voltigeur de la Garde nationale, rue de Seine, 76. On crut trouver une maligne ressemblance entre le vénérable voltigeur et Louis XVIII ; il y eut des émeutes de curieux ; Louis XVIII lui-même alla voir la fameuse enseigne et ne se sentit pas blessé.,. C'est le succès le plus parisien, le plus populaire de Monanteuil'^).
(1) Rapport, p. 362.
(2) Cette enseigne, remarquablement exécutée et qui n'a disparu que depuis peu d'années, figure dans un ouvrage devenu excessivement rare: Petit Dictionnaire critique et anecdotique des enseignes de Paris, par un batteur de pavé, in-32, 1826 ; imprimerie de H. Balzac, rue des Marais-St-Germain, n° 17, avec cette épigraphe : A bon vin point
. d'enseigne. On croit qu'il est l'œuvre du célèbre romancier, alors industriel, qui l'imprima ;
« A M, Pigeon (p, 90),— Magasin de Nouveautés, R, de Seine-St-Germain, Voyes
Les Incendiés de Salins eurent leur tour , rue Montorgueil , 1827, et attirèrent l'attention publique, vivement émue par la catastrophe qui avait dévoré cette malheureuse ville (juillet 1825). Le peintre avait pris pour modèle des enfants qu'on admira beaucoup , ses deux filles , Clarisse et Frédérique , que l'on retrouve dans plusieurs de ses compositions.
L'enseigne des Deux Cousines devait rappeler le succès , trop passager peut-être , d'une pièce de M. Casimir Bonjour , fort applaudie sous ce titre en 1823. Les prétentions rivales de l'aristocratie nobiliaire et de l'aristocratie bourgeoise, en matière d'éducation féminine , y étaient stigmatisées avec un esprit qui ne manquait pas de bon sens. Un seul vers, peu correct de forme mais juste d'intention , a survécu à la pièce:
L'homme fait son état ; la femme le reçoit ;
et l'enseigne était morte avant la pièce elle-même (1).
Les dessins exécutés par Monanteuil , durant cette période , sont plus remarquables peut-être que ses tableaux.
Nous avons déjà parlé de ses dessins des Sabines et du Léonidas
* quel air martial respire ce vénérable membre de la Garde nationale! Avec son habit « tabac, son sabre et sa giberne en bandoulière, son fusil sur l'épaule et sa tête frisée « comme celle d'un chantre de paroisse aux jours de fête, et que surmonte un chapeau a à la Tranche-pic, il va affronter les ennemis... de la tranquillité publique. Sa femme, « timide et craintive, aura peur ; mais les gardes nationaux veillent réciproquement à « la sûreté de tous. Qui sait si le sergent lui-même n'abandonnera pas le lit de camp »t où repose un peudurement M. Pigeon?... Le lendemain, celui-ci verra les curieux a rire à ses dépens: que lui importe, pourvu qu'ils achètent !... »
(1) « Aux deux Cousîmes. Magasin de Nouveautés , rue Coquillière. La poésie de « M. Casimir Bonjour, le jeu fin et délicat de Mlle Mante ne paraissent pas avoir « échauffé l'imagination du peintre de ce tableau ; il est vrai qu'il nous répondra que « c'est toujours assez bon pour... une enseigne. Un mot sur le magasin... chutl J'ai « entrevu une nuée de commis qui ne paraissent pas très-occupés , et s'il allait leur « prendre fantaisie,.. Souvenons-nous de leurs exploits au théâtre des Variétés... « Silence l »
de David , pour les belles gravures de Raph.-Urb. Massard et de Laugier, 1826 (0m, 57 sur 0m, 78). David faisait le plus grand cas du crayon de Monanteuil. Pendant son exil à Bruxelles , il l'appela auprès de lui, mais Monanteuil ne put s'y rendre (1).
Nous avons encore cité le Saul de Gros , le Lévite d'Ephraïm de Couder.
Il a dessiné , en outre , pour la gravure YAtala de Girodet , gravée par Larcher , 1827 ( 0m , 21 sur 0m , 16 ) ; Le Déluge de Girodet; Y E née et Didon de Guérin , gravé par Forster; l'Andromaque et Pyrrhus du même , gravé par Richomme , et d'autres grandes compositions.
Comme exactitude, science, finesse, pureté de dessin, Monanteuil était digne de ses modèles , de ses maîtres , et ses dessins étaient très-recherchés des peintres les plus difficiles.
Il avait aussi exécuté quelques lithographies, la plupart d'après ses propres compositions.
Étude de Vierge, d'après Raphaël ; hauteur, 0m, 39 ; lithographie de Delpech.
Les Portraits de Chaptal ( nous avons vu l'estime qu'en faisait Gros, l'auteur du portrait à l'huile), de Mirabeau et de Bonchamp, le héros vendéen, dans la collection de Delpech ; in-f\
Pêcheuse de Dieppe, lithographiée par lui-même, d'après un de ses tableaux ; hauteur, 0m, 24.
Dans une lettre écrite très-peu de temps avant sa mort, Monanteuil rappelait, avec une certaine complaisance, le souvenir de l'atelier qu'il avait occupé pendant vingt ans, rue de Sèvres, 11, et des relations qu'il y avait entretenues avec ses voisins :
« Au-dessous de moi, le grand diable de Charlet; au-dessus,
(i) M. de Bar, art, cité.
« Drolling ; à côté , le petit turbulent Grenier ; en face , de l'autre « côté delà rue, ce bon garçon de Godefroy Cavaignac... »
Il aurait pu joindre à ces noms celui de Pau Saint-Martin , le paysagiste , son ancien camarade , protégé comme lui par M. de Prûlay et resté son intime ami.
Il quitta Paris vers 1828, en y conservant cet atelier.
M. de Bar explique ainsi la cause de son départ : « Une « nouvelle école ardente et passionnée , à la tête de laquelle mar- « chaient Géricault et Eugène Delacroix , venait de naître ; les « romantiques faisaient pâlir l'étoile des classiques ; la couleur « triomphait. M. Monanteuil avait assisté , sans y prendre part , « à cette lutte , dont il prévoyait l'issue ; il en fut profondément « affligé , et , comme les serviteurs dévoués de la monarchie qui f « à cette époque, brisèrent leur épée, il aima mieux renoncer « à l'avenir qui s'ouvrait devant lui que d'être infidèle à ses « convictions. »
J'ai beaucoup connu Monanteuil, et je ne lui ai jamais entendu exprimer ces raffinements chevaleresques , ces découragements prophétiques.
Géricault était mort depuis 1824 ; l'astre de Delacroix montait lentement dans le ciel , en 1828 , quand Monanteuil quitta Paris.
Il avait été attristé de l'oubli de Girodet dans son testament ; il avait pu voir avec une certaine amertume quelques-uns de ses meilleurs travaux , vendus parmi ceux de Girodet , ne lui rapporter ni l'honneur qui lui revenait , ni le profit dû à sa famille. Sa situation , trop longtemps subalterne , lui pesait. Il voyagea. Sa jeunesse laborieuse n'avait pas connu les délicieuses et interminables flâneries de l'artiste en voyage. 11 visita la Flandre ; la Bretagne le ravit ; il y retrouva d'anciens amis , notamment M. le marquis de Gouvello , auprès d'Auray. L'accentuation si
vive des physionomies , des costumes , des paysages même le frappa (1), et de ses voyages en Bretagne il rapporta une délicieuse collection , malheureusement dispersée aujourd'hui , de types bretons , les uns beaux comme l'antique , les autres rudes et étranges comme des Rembrandt ou des Callot. Il en rapporta aussi, des esquisses peintes et y laissa quelques bons portraits , entr'autres celui de M. de Gouvello.
Une révolution s'était faite dans sa manière. Déjà on avait pu pressentir, aux tableaux qu'il avait exposés depuis 1825, qu'il s'éloignait des traditions du beau classique pour viser à l'énergie réaliste. Le vieux pêcheur, à la peau bronzée parle soleil, l'ancien Chouan , aux traits rudes et énergiques , l'aveugle ou le chanteur des rues , le voyou même du faubourg allaient remplacer pour lui les figures vaporeuses et idéales , les types corrects et élégants consacrés par ses premiers respects ; leurs guenilles pittoresquement sordides , les draperies traditionnelles ; l'effet , ce signe de décadence suivant ses anciens maîtres , le dessin qui avait été leur idole.
. Je ne compare pas les genres ; mais je constate que , dans sa seconde manière , Monanteuil ne fut pas inférieur h lui-même.
(( Son pinceau , habituellement un peu gris , parfois un peu « lourd , a souvent des hardiesses de touche , des crâneries de « ton, des illuminations soudaines, comme dit Bossuet , d'un « merveilleux effet. Je sais de lui de vieilles barbes grises , plus
(i) La Bretagne était alors beaucoup plus sauvage qu'aujourd'hui. Monanteuil et sa fille Frédérique , qui l'accompagnait parfois dans ses longues courses à pied , n'étaient pas toujours bien accueillis. On les prenait pour des espions. Un jour, Monanteuil faillit être assommé par des paysans (peut-être des réfraclaires), qui s'imaginèrent qu'il ne faisait leur portrait que pour les faire arrêter. On finit par s'expliquer , s'embrasser et trinquer , et l'artiste eut toutes les peines du monde à se débarrasser de see nouveaux amis,
« belles que les plus beaux cheveux du monde ; des haillons qui « valent de l'or , et des guenilles splendides , témoin la serpillière « dont s'entourent ses Enfants surpris par forage , que l'on voit « au musée du Mans (1). »
On l'a surnommé le Calloi normand : je n'accepte ce surnom qu'avec réserve, car Callot brillait surtout par Fintarissable fécon* dité de son imagination, par l'arrangement pittoresque des scènes, tandis que Monanteuil n'a que le dessin et parfois la couleur ; mais j'ai dû le rappeler.
Cette transformation et son éloignement de Paris , qui coïncident à peu près , semblent inaugurer la seconde phase de sa vie, à laquelle les déceptions ne devaient pas non plus manquer.
Monanteuil vint se fixer à Alençon avec sa famille (sa femme et trois filles) , en 1831. Il y trouva préfet son ancien et toujours cordial condisciple , M. Clogenson , et d'autres camarades qui l'accueillirent avec bienveillance. 11 fit à Alençon, à Mortagne et dans les environs , un assez grand nombre de portraits à l'huile.
Ces portraits, quoique bien dessinés et d'une exécution souvent large et ferme , sont en général , surtout ceux de femmes , d'un faire un peu lourd et d'une couleur terne et grise. Ils ont vieilli bien vite , plus vite encore que les originaux. C'est l'histoire de tous les portraits , et surtout des portraits de notre temps ; car les costumes modernes n'ont pas, à la différence de quelques-uns de ceux des siècles précédents , l'immortelle jeunesse de la grâce et du bon goût. Monanteuil, d'ailleurs, n'était pas un arrangeur habile. Il avait plus de talent d'exécution que d'esprit de composition, cet esprit qui rachète tant de choses.
(i) L, de La Sicotière , Lettres sur l'Exposition d' Alençon, 1858 ; in-12, p. 27.
Le Portrait de M. Giroux père (1828) mérite detre cité comme une de ses peintures les plus solides et les plus vigoureuses.
Vers 1838, Monanteuil commença à faire des portraits à la mine de plomb (1), qui eurent un grand succès. On y retrouvait, sans doute , quelques-uns des défauts que nous venons de signaler , mais amplement compensés par cette largeur et cette pureté de dessin , qui caractérisent plus particulièrement son genre de talent. Son coup de crayon était véritablement magistral ; franchise , verve , sûreté admirables. Ses moindres croquis ont une grande valeur d'art.
Monanteuil fut nommé professeur de dessin au collège d'Alençon en 1833. En 1835 , il quitta ces fonctions, que son insouciance et sa mobilité d'artiste lui rendaient trop lourdes. Il les reprit en 1843, les conserva quand le collège fut érigé en lycée, en 1846 , et ne les quitta qu'en 1861 , époque où il alla se fixer au Mans. Il donna aussi des leçons particulières ; mais l'enseignement convenait peu à sa nature un peu fantaisiste. Il lui eût fallu des élèves qui pussent le comprendre à demi-mot, lui donner la réplique au besoin, des élèves qui pussent se passer de maître (2).
En 1840, il eut l'espoir d'être nommé conservateur du musée de Caen après M. Élouis. Combien n'ai-je pas vu d'artistes , ayant autant de talent et plus de réputation que Monanteuil, de ceux que vantent les journaux , que le Gouvernement décore ,
(1) Longueur des têtes, 5 à 7 centimètres , en général.
(2) Parmi les élèves les plus distingués de Monanteuil, nous pouvons citer Raymond Saint-Lambert, dessinateur d'ornements ; Isige Le Noir-Dufresne, graveur sur bois ; Auguste Richard , dessinateur et graveur à Teau-forte ; M1,e Frédérique Monanteuil , sa fille; Mme Trolley, née Astoud, etc.
dont même les œuvres se vendent, convoiter ardemment ces fonctions modestes de conservateur d'un musée de province ? La place est peu lucrative ; elle ne crée pas de relations brillantes ; elle n'offre pas d'abondantes ressources d'étude et de travail... Mais on la garde jusqu'à la fin ; c'est un traitement fixe, une retraite assurée... et pour l'artiste prévoyant ou du moins ayant la conscience de son imprévoyance , c'est une si triste perspective que celle de la vieillesse , qui lui enlèvera la vogue , la réputation , ses pinceaux , et souvent il n'est pas besoin de la vieillesse ! Monanteuil ne pouvait réussir à Caen qu'en se faisant caennais. Il s'y rendit donc avec sa fille Frédérique. Voici une lettre qu'il écrivait , à cette occasion , à une jeune femme qui fut une de ses élèves les plus distinguées, et qui, par la délicatesse et la sûreté de ses sentiments, lui inspirait une respectueuse confiance. On y verra ses projets ; on y verra aussi de quel style facile et piquant il faisait les honneurs de son art et de sa personne.
« Paris, 17 juin 1839.
<t ... J'ai une autre Anglaise sur les bras , dont le portrait est commencé « depuis 1832, année du choléra; j'ai deux tableaux d'église qu'on aura « à Pâques, si le Carême dure sept ans... J'ai, j'ai... Je fais de jolis (( tableaux pour ma galerie à Caen; car je veux avoir une galerie de <( tableaux choisis , que ma fille fera valoir en les louant aux amateurs ; « ceux que je vais vous envoyer sont un échantillon. Je ne plaisante pas. « Si je n'ajoute l'industrie à l'art , les affaires iront toujours mal , et pour « ne pas donner tout mon temps à corriger des nez et des oreilles , pour « avoir un peu de liberté , flâner de cette flânerie d'artiste , jouissance « incomparable , infiniment supérieure à celle de la couronne de France , « je vous l'assure ; mais pour cela il faut un petit négoce , qui marchera (t sans moi bien entendu , et il n'en marchera pas plus mal. Frédérique ( sa « fille) conviendra parfaitement. Ce qu'elle a d'artiste ne lui sera pas « inutile : elle pourra , au besoin, donner un avis, une consultation gratis
« à la pratique. Ma galerie ne sera pas en boutique , c'est trop épicier ; « mais au premier, élégamment décorée à la Renaissance. On y trouvera « tous les articles qui concernent la peinture, le dessin, etc. J'aurai peu « d'élèves , mais choisis. En conscience , est-ce être artiste que de donner « des leçons à tout le monde , à tout prix ? Non , c'est un métier, un misé- « rable métier. Le boutiquier , le cordonnier dans son échoppe ont plus de « liberté , plus d'indépendance et de considération surtout. Sans doute les « gens d'esprit , de bon sens , rendent justice au talent , aux qualités d'un « artiste s'il en a ; mais la foule , mais les gens du monde même qui man- « quent de cet esprit , de ce bon sens , comment jugent-ils un artiste « médiocre ? Et pourtant , ce n'est pas un crime d'être médiocre dans sa « profession. Eh bien ! ce pauvre diable d'artiste , qui pourrait avoir d'ail- « leurs tout autant d'esprit qu'il en faudrait pour être conseiller municipal , « ou même huissier d'une justice de paix , est placé , c'est-à-dire n'est pas « placé. On ne pense pas à lui. Le dernier bâton de l'échelle sociale étant (( occupé par le porteur de contraintes , il est à la suite. Oh ! ma chère « dame, tout le monde ne vous ressemble pas : le métier d'artiste serait trop
« beau s'il y avait beaucoup de Madame de La S , beaucoup de ce bon
« et aimable Monsieur L.. ., et comme j'en connais à Caen aussi. Tout ce « galimatias que je vous fais vient du souvenir d'un propos d'une certaine « personne , qui disait , dans une certaine circonstance : « Mais qu'est-ce « que c'est donc que M. Monanteuil ?. . . Qu'est-ce que c'est donc qu'un « artiste ? » Elle avait raison cette personne ; je ne paie pas patente. . . Eh « bien ! Je paierai patente ! Je serai un patenté pour les sots , mais « toujours artiste pour une bonne élève comme vous , Madame , pour ce « bon Monsieur L..., pour toute votre famille enfin, que j'aime- et respecte « profondément. , . »
Hélas ! tous ces beaux projets échouèrent les uns après les autres ; ces illusions s'envolèrent feuille à feuille. Un autre artiste, enfant de la ville , fut nommé conservateur du musée de Caen ; les élèves ne vinrent pas ou ne vinrent que peu nombreux ; Monanteuil ne fit que peu de portraits , et ne vendit pas du tout de tableaux dans la ville qui se proclamait l'Athènes de Basse- Normandie.
Nous avons vu qu'il revint à Alençon , qu'il y reprit ses travaux
et même ses fonctions de professeur; mais, après dix ans de luttes nouvelles contre l'indifférence publique, contre la mauvaise fortune qui semblait s'acharner contre lui , il se décida tout à coup à s'éloigner, et alla se fixer au Mans en 185J.
En quittant Alençon, il essaya une vente publique de tableaux. Le moment était mal choisi : la vente fut mal annoncée ; deux ou trois tableaux furent vendus pour rien, le reste retiré.
Il n'eut pas à se féliciter de son nouveau changement. « Pen- « dant les dix années qu'il a passées au Mans , dit M. Ch. « de Bar , il n'a pas fait un portrait par an et n'a vendu qu'un « petit nombre de tableaux. »
L'âge était venu ; sa vue s'altérait ; sa santé déclinait. Il fit pourtant encore quelques œuvres remarquables , parmi lesquelles je citerai son portrait au crayon , qui fut exposé à Alençon en 1858, et que j'eus le bonheur de contribuer à faire acheter par le musée de cette ville. Ce portrait a pour nous , en effet , un double intérêt: c'est une œuvre remarquable de vigueur et d'énergie , et il reproduit avec une grande fidélité les traits , la physionomie fine et un peu narquoise , sous une apparence débonnaire T de l'un des meilleurs artistes dont s'honore le département de l'Orne.
Mais la mort de Mme Monanteuil , la vieille et fidèle compagne de sa vie (1854), vint lui porter un dernier coup.
Sous les dehors de cette insouciance un peu affectée, qu'affichent trop souvent les artistes pour les sentiments et les devoirs ordinaires de la vie, il cachait un cœur sensible et bon. La perte de sa femme l'affecta profondément.
Une maladie de cœur se déclara. Pour éviter les fatigues , l'émotion inséparable de l'exécution de travaux d'une certaine importance, il se mit à peindre la nature morte, des fleurs , des
fruits , des oiseaux. Ce devint son passe-temps jusqu'au jour où , ne pouvant plus manier ses pinceaux , il se mit à les nettoyer pour que sa fille Frédérique, qui ne l'a pas quitté un seul instant, trouvât tout en ordre après lui. Il avait laissé une certaine quantité d'études en ce genre , où l'on trouve plus de jeunesse , d'entrain et de vigueur qu'on n'en pouvait attendre d'un pinceau septuagénaire.
Épuisé , mourant , il lutta pendant deux mois entiers contre des crises , des étouffements toujours plus douloureux, et , le 10 juin 1860, il expira enfin dans les bras de sa fille.
A la vente qui suivit son décès, le 19 juillet, quelques esquisses peintes et dessins se vendirent à très-bas prix*
Voici la liste des récompenses qu'il obtint à diverses expositions de province :
1827. Douai. Grande médaille d'argent.
1836. Le Mans. Id.
1842. Alençon. Id.
1842. Le Mans. Rappel de grande médaille- d'argent.
1849. Rennes. Grande médaille d'argent.
1850. Lisieux. Grande médaille de bronze. 1852. Laval. Petite médaille d'argent.
1854. Rennes. Grande médaille de bronze.
1858. Alençon. Grande médaille d'argent.
1859. St-Lo. Petite médaille d'argent.
Il avait été nommé membre de la Société libre des Beaux-Arts en 1832.
Quant aux tableaux qu'il peignit depuis qu'il avait quitté Paris, il eût peut-être été fort embarrassé lui-même pour en dresser le catalogue complet. Je cite donc un peu au hasard, d'après mes
souvenirs, ceux de ses élèves et les catalogues , ceux que j'ai pu retrouver :
Les Enfants égarés.
Hauteur, 0m, 80 ; largeur, 0m, 68. — Au musée du Mans. Une des meilleures toiles de Monanteuil. Deux pauvres jeunes filles , la plus jeune (Clarisse) se pressant d'effroi contre sa sœur (Frédérique), au milieu d'une campagne déserte , sous un ciel de plomb. L'effroi enfantin de l'une, la sollicitude presque maternelle de l'autre, attendrissent. Les costumes, très-pauvres, sont richement peints, a Figures vraies , bien dessinées et remplies d'ex- « pression, » disait G. Mancel dans la Revue du Calvados , i 841 , p. 226; et dans le journal Le Normand, du 2 juillet 1841 (car nous croyons que le nom de Gustave de Montracher n'est dans ce dernier journal que le pseudonyme de Georges Mancel). Ce tableau fut exposé à Lisieux, en 1841 , et acheté par le musée du Mans 600 fr. , en 1842.
Monanteuil en avait fait un excellent dessin , exposé avec succès à Rennes en 1849. Les Enfants avaient été aussi dessinés par sa fille Frédérique , et ils ont été lithographiés par Julien , d'après ce dernier dessin.
Vue du Mont-St-MicheL
Hauteur 0m, 40 ; largeur, 0m,5S. Ce tableau, pris de la grève de Pontorson, ne manque pas de mérite. Il eût dû être lithographié. Monanteuil s'y est représenté, assis et peignant sur le premier plan. Il l'a refait à diverses reprises. Un des exemplaires existe chez M. Clogenson. Son rêve était d'y faire un pendant, représentant l'incendie du Mont-St-Michel dans la nuit du 28 au 29 novembre 1834. Il était alors aux environs du Mont, et s'il n'avait pas vu
l'incendie de ses yeux , il en avait du moins vu les restes fumants encore , et il avait recueilli de la bouche des spectateurs de cette scène horrible et magnifique, leurs récentes et vives impressions. Rêve avorté comme tant d'autres I Une dernière retouche de la Vue du M ont-St- Michel fut exposée à Alençon, en 1858, sans beaucoup de succès. M. Gustave Le Vavasseur , dans son Compterendu de l'Exposition , p. 31-32 , la signala comme «dure et peinte « dans des tons faux qui ne sont pas agréables. » Les premiers tableaux valaient mieux.
Le Petit Artiste.
Exposé à Gaen en 1838, à Alençon en 1842, à Rennes en 1849. Joli petit garçon en blouse et en bonnet grec, la figure barbouillée de crayon, dessinant ou faisant semblant de dessiner. C'est le portrait d'un des petits-fils de l'auteur : « Charmant por- « trait, étude pleine de finesse et de talent. Les mains, en « particulier, sont modelées avec une admirable perfection. Les « accessoires ne sont pas moins remarquables ; tout dans ce « tableau décèle un pinceau hardi et exercé » (Mémorial du Calvados, 31 août 1838). « Traité avec infiniment d'esprit et de « sentiment » (Aristide Prudhomme, Mémorial du 16 septembre 1838).
La Jeune Fille à la poupée ou Le Repos de la Jeune Fille.
Hauteur, 0m,40; largeur, 0m,31. Exposé à Alençon en 1842, à Laval en 1833. L'enfant, fatiguée déjouer, sa robe détachée des épaules et les pieds déchaussés, une jambe repliée sous elle, à moitié assise sur une chaise, les mains appuyées sur le dossier, détourne vers le spectateur une tête mutine. Très-jolie étude,
Lithographié par Monanteuil ; 215 mill. sur 268.
Le Père Chicard (1841).
Hauteur, 0m,42 ; largeur, 0ra,G3. — Exposé, en 1842, a Alençon où il fut d'autant plus remarqué que beaucoup de gens y reconnurent un certain Paulpré qui avait servi de modèle, et acheté pour le Musée de cette ville, qui le possède encore. Tête bronzée ; physionomie insouciante et narquoise ; chapeau déformé, rougi par le soleil et la pluie et crânement posé sur l'oreille; barbe grise taillée avec une sorte de coquetterie et" admirablement rendue ; brûle-gueule entre les dents ; méchante souquenille rapiécée ; ensemble très-vigoureux et très-solide, mais d'une couleur un peu grise. Exposé de nouveau à Alençon en 185*8. 11 en existait un bon dessin à la mine de plomb exécuté par Monanteuil.
Porte d'entrée du M ont- Saint-Michel.
Porte de ville, à Rennes.
Exposé à Rennes en 1849; hauteur, 0m,22; largeur, 0m30. — Un Breton vêtu de sa peau de bique, debout sous la Porte ; audelà, quelques maisons éclairées par un vigoureux coup de soleil.-
Vue des Châtelets, près Alençon.
Exposé à Alençon en 1842.
Deux vieux Pilotes ou Pécheurs de Dieppe.
Exposé à Caen en 1838; à Alençon en 1842. — Les deux vieux marins sont accroupis sur la jetée, se chauffant au soleil. « C'est chaud, vigoureux, énergique, mais d'une énergie qui (( n'enlève ni la science, ni la correction. Tout y est d'une vérité « saisissante : figures, attitudes, accessoires » {Moniteur du Calvados, 31 août 1838).
Deux Époux de la Vieille-Roche.
Exposé à Caen en 1838, à Laval en 1833, à Alençon en 1858. a II n'y a rien de beau, rien de plastique dans ces deux têtes de « vieillards, mais elles vivent. Vous avez rencontré certainement « ces deux vieux époux appuyés l'un sur l'autre, cherchant un a rayon de soleil » (Rapport sur l'Exposition de Laval).
.Portrait de Julie.
Exposé à Alençon en 1858.
Vagabond.
Exposé à Alençon en 1858. Gravé à l'eau-forte par Aug. Richard, un des meilleurs élèves de Monantenil. — Hauteur, 0m,15.
Cancalaise.
Jolie tête d'étude ; vendu 400 fr. au musée de Douai, en 1833 Ce tableau a été lithographié par Monanteuil. — Hauteur , 272 mill. ; largeur, 21 mill.
Vue d' Alençon, prise de l'arrivée par la route de Bretagne.
Exposé ii Caen en 1838. Hauteur, 0m,30; largeur, 0m,40. — Il existe plusieurs copies de ce tableau peintes ou retouchées par Monanteuil.
Lithographié par Nousveaux.
Coquillard.
Exposé à Alençon en 1858. Très-bonne étude de voyou. Tête de vieux Breton.
Cette étude , plusieurs fois refaite avec des variantes, dans des dimensions et sous des noms différents : Paysan des environs de
Vitré, Vieux chouan, la tête tantôt couverte du bonnet rouge traditionnel des environs de Fougères, tantôt coiffé de longs cheveux flottants, est un des meilleurs morceaux de Monanteuil. J'en possède un exemplaire. Un autre se trouvait à Caen, chez M. Bouffey , conseiller à la Cour impériale ; un troisième au musée du Mans. « C'est une production du plus haut mérite » , disait le Rapport sur ï Exposition du Mans, 1836 , p. 59 ; a elle est pleine « de vérité et d'éclat. » Exposé à Caen en 1838 , à Lisieux en 1 841 , à Alençon en 1842.
L'Aveugle du pont St-Pierre , à Caen.
Gravé à l'eau-forte par Aug. Richard. — Hauteur 0m ,23; largeur. (P,15.
Le Gamin ou Tiii le Talocheur.
Exposé à Alençon en 1842 , à Rennes en 1849.
Le Retour de la Promenade.
Exposé à Laval en 1853.
L'Ouvrier.
Exposé à Laval en 1853. «Tête très-remarquable... C'est bien « là l'ouvrier irrité , affolé par la misère et les mauvaises passions » (Rapport sur l'Exposition de Laval).
Le Loup de mer.
Exposé à Lisieux en 1841. « On comprend , rien qu'à la figure « du vieux marin, sa vie de luttes contre la tempête ; ce qu'il aime , u la mer ; ce qui l'ennuie, la terre » (G. Mancel, Revue du Calvados, et journal Le Normand , du 2 juillet 1841 ).
Le Pont St-Jacques, à Caen , en construction. Exposé à Lisieux en 1841. « Yue sèche et dure » (G. Mancel , Revue du Calvados ).
Moulin de Guéramé , près Alençon.
Hauteur , 0m , 22 ; largeur, 0m , 30.
Une Repasseuse.
Chez M. Lécusson , à Alençon , 0m , 42 sur 0m , 32. Saint Jean dans le désert.
Vallée bordée de rochers ; le mouton couché près de son maître. Tête d'Italienne.
Vue de profil , avec une longue épingle dans les cheveux. Lithographiée par N...
La Petite Fille au cerceau.
Lithographiée par Lasalle.
Tête de centenaire ; deux études.
Ces études reproduisaient, avec une exactitude qui rappelle Denner et les Allemands, le visage curieusement sillonné non pas de rides ni de plis , mais de hachures croisées comme celles de la gravure , d'une vieille femme qui se disait plus que centenaire.
Vue du jardin-des-Plantes d'Avranches.
Hauteur, 0m, 44 ; largeur, 0m,65. — Des groupes de promeneurs et d'enfants occupent les premiers plans ; au fond , la baie et le Mont-St-Michel. Exposé à Alençon en 1858.
Vue du Pont du Fresne, à Damigni , près Alençon. Vue de l'église Notre-Dame d 'Alençon.
Tête de jeune fille.
Jolie esquisse , rappelant un peu la manière de Greuze ; chez M. Godard, à Alençon. — Hauteur, 0m , 30 ; largeur, 0m , 23.
Étude de Nègre, 1829.
Au musée d'Alençon.
Diverses Études de fruits , fleurs , animaux.
Ses portraits à l'huile sont très-nombreux , et quoiqu'en province ils aient plus que tout le reste contribué au renom de Monanteuil , ils sont loin, ainsi que nous l'avons déjà dit, de donner la mesure complète de son talent. La liste en serait bien longue. J'ai parlé de celui de M. Giroux père comme de l'un des meilleurs. Celui de M. Savary le jeune , d'après une miniature conservée chez M. Levain , à Alençon, est aussi fort remarquable. En 1829 , il peignit à Matignon, près Essai-, le Portrait du vieux comte Rœderer , qui fut trouvé très-ressemblant (1 ) et qui a été lithographié en tête du tome II des Œuvres complètes publiées par la famille; figure beaucoup trop rajeunie, mais ce défaut même est souvent un mérite. J'indique seulement ceux de MM. Prosper Dupont, Hupier, Thiboust, de M. le comte et de Mme la comtesse de Faudoas , de M. de Frileuze père, de M. et Mme Masson , de M. de Boisdeffre , maréchal-de-camp.
Il fit un certain nombre de copies , dispersées aujourd'hui. La plus remarquable peut-être est celle d'un Paysage des environs de
Grenoble, d'après N , que je possède. Comme paysage, il n'a
jamais rien peint d'aussi lumineux et brillant. Il avait copié, pour l'église de Champfleur (Sarthe), Y Assomption, attribuée à Philippe de Champagne , que possède le musée d'Alençon.
(1) Lettre de M, Rœderer, du 1er janvier 1830, dans les Œuvres complètes, t. VIII , p. 625.
La nomenclature des dessins de Monanteuil nous conduirait trop loin ; nous ne l'essaierons même pas. Je citerai seulement , parmi ses portraits au crayon les plus remarquables : ceux de MUe Élisa Jeanpierre , de M. Trolley de Roques, juge ; de M. Godard , l'habile graveur ; de M. Dédaux , architecte du département de l'Orne. Le sien , que possède le musée d'Alençon , œuvre de ses derniers temps, est digne des premiers : « C'est un dessin « achevé , sans emphase , où la correction extrême ne nuit pas à « l'expression de la pensée » ( Gust. Le Vavasseur, p. 32). Un autre dessin de lui , au même musée , représente un condamné à mort enchaîné et à demi couché sur son grabat. C'est le portrait très-saisissant de l'assassin Yinet , exécuté à Alençon en 1829, Monanteuil racontait qu'ayant été enfermé dans le cachot de Vinet , en tête-à-tête avec lui , pour faire ce dessin , il se tenait le plus loin possible de son terrible compagnon. Celui-ci s'en aperçut et lui dit en ricanant: « Vous croyez donc que je ne pour- (( rais pas vous atteindre? — - Mais, dit Monanteuil, vous êtes ence chaîné. » Là-dessus Yinet, qui sans doute avait trouvé moyen de se débarrasser d'une partie de ses fers ou d'assouplir son corps à la gêne, se couche par terre, s'étend, s'allonge comme un serpent et vient étreindre d'un poignet vigoureux la jambe de Monanteuil, qui se reculait en vain à l'angle extrême du cachot. Il en fut quitte pour la peur ; mais il frissonnait encore en racontant l'anecdote, vingt ans après.
Je puis encore citer, parmi les dessins exécutés par Monanteuil : La Vignette d'en tête de la Revue de l'Orne, 4 841 , représentant une femme à cheval distribuant des journaux ; vignette gravée par M. Godard. Monanteuil s'était longtemps défendu de faire
ce croquis qui , disait-il , s'éloignait trop de sa manière ordinaire.
Dans le même journal , Portrait d'IIippolyle Meynadier, acteur, lithographie par Oudinot.
Vitraux de la cathédrale de Rouen et de la cathédrale de Séez, représentant la légende de saint Julien-le-Pauvre , lithographiés dans le tome Y des Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest.
Dans l'Orne archéologique et pittoresque , Vue de l'ancien boulevard d'Alençon, lithographiée par Lancelot.
Cette notice, ce catalogue paraîtront bien minutieux à beaucoup de lecteurs. Ceux qui ont connu et apprécié Monanteuil nous sauront quelque gré d'avoir ainsi recueilli les souvenirs de l'œuvre et de la vie de l'artiste éminent qui eut l'honneur , dans la première partie de sa vie , d'être le collaborateur de Girodet , et , dans la seconde, d'être surnommé le Callot normand.
Caon, typ. F. Le Blanc-ïIardsl.