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Monde ancien

Le but de la Bibliothèque Internationale est de vulgariser, en langue française, les chefs d'œuvre de l'esprit humain, pour rapprocher les nations, dans une entente commune, au bénéfice de la civilisation. Divisés en autant de séries qu'il y a d'expressions différentes de la pensée, et coordonnés d'après leur filiation , depuis les époques primitives jusqu'à nos jours, ces chefs-d'œuvre représentent la part des travaux utiles que chaque peuple a apportée en son temps, au développement de la civilisation commune.

La Direction, internationale comme l'œuvre qu'elle vient de fonder, s'est adressée à des célébrités scientifiques et littéraires, pour former un Comité supérieur consultatif, et s'es! adjoint des membres corresi-iondants dans presque tous les pays.

OU.\HTE SUl'KP.lEl.lî CU.NSULÏATIF

MM. Bertrand, professeur à la Sorbonne, de r.Vcailemie îles sciences.

Brunet de Prestes, professeur ;i l'Ecole des lanffues orientales vivantes, do l'Académie des inscriptions et belles-lettres.

Cahours, professeur à l'Ecole polytechnique, de l'Académie des sciences.

Cloquetjle baron), de l'Académie des sciences.

Dehèque, de IWoadéraie des inscriptions et belles-lettres.

Drouynde Lhuys (S. Exe), sénaleur, membre du conseil privé, ancien ministre des affaires étrangères, de l'Académie des sciences morales.

Dumas, sénateur, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences.

Elle de Beaumont, sénateur, secrétaire perpétuel do l'.\cadémie des sciences.

Egger, professeur à la Sorbonne, de l'Académie des inscriptions et belles-leltres.

Franck, professeur au Collège de France, de l'Académie des sciences morales.

Garcin de Tassy, professeur à l'École des langues orientales vivantes, de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.

Guérin (Jules), de l'Académie de médecine.

Guigniaut, secrétaire perpétuel de l'Acadéniie des inscriptions et belles-lettres.

Jamin, professeur à la Sorbonne, de l'Académie des sciences.

Jourdain, chef de division au ministère de l'instruction publique, do l'Académie des inscriptions et belles-lettres.

MM. Naadet, secrétaire perpétuel honoraire, de l'Académie des inscriptions et belleslettres et des sciences morales.

Nisard, sénateur, de l'Académie française.

Paris (Paulin) , professeur au Collège de France, de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.

Patin, doyen do la Faculté des lettres, de l'Académie française.

Pellat, doyen de la Faculté de droit, de r.Vcadèmie des sciences morales.

Quatrefages (de) , professeur au Muséum, de l'Académie des sciences.

Ravaisson, inspecteur général de l'Université,de l'Académie des inscriptions et belles lettres.

Rougè (le vicomte de), conseiller d'Etat, professeur au Collège de France, de r.\cadèmie des inscriptions et belles-lettres.

Saulcy (de), sénateur, rie l'Académie des inscriptions et belles-lettres.

Slane (le baron de), de r.\cadémie des inscriptions et belles-lettres.

Taylor (le baron), sénateur, de l'Académie des beaux-arts.

Thierry (.Amédée), sénateur, de l'Académie des sciences morales.

Villemain, secrétaire perpétuel de l'Académie française.

■Witte (le baron de), de l'Académie des inscriptions et belles-letlres.

Didot (Firmin), libraire de l'Institut.

M i: M 11 II i; s i;i)IlH KSIMI.XDA .NTS 1)K I,A IIIUKCTIO.N

MM

Amaki iM.'t, ancien ministre de l'iiis- Iruclion publique, niemlire corrcspondanl de l'iiisliliu — Italie.

.Vlbuespï (Andrt'i , membre de plusieurs Sociétés savantes. — France.

.Vtkinson (Robert) , professeur au queen's collège. — Angleterre.

Baciimaier (le docteur). —Allemagne.

Benkdk'.t (Jules), membre correspondant de l'Institut. — Angleterre.

Benfey iThéodorel, membre correspondant de rinstilul. — Allemagne.

Bille (dei, directeur du Dagbhidet. — Danemarck.

BiiicH (Sumuidl, membre correspondant de l'inslitut. — Angleterre.

Blondel, doyen de la Faculté de droit de Douai. "— France.

BoNMCci (Carlo), membre correspondant de l'Institut. — Italie.

BiiuLLoFE, membre correspondant de l'Institut. — Russie.

BiRxouF (E.), directeur de l'École dWihtnes. — France.

(aiivallo, ingénieur. — France.

Gaptier, littérateur. — France.

Caze.nove (L. de), docteur en droit.

— France.

Chêiion (.1.), docteur en médecine et docteur ès-science.s. — France.

Chartox (Ed), membre correspondant de l'Institut. — France.

Chenu (le docteur). — France.

Clausius, membre correspondant de l'Institut. — Allemagne.

Chodzko (Alevaudre^ professeur au Collège de France. — France.

Cortambert (E), bibliotbécairo à la Bibliobèque impériale. — France.

Oroockewit (J. H.), docteur es sciences, Résident de l'ile de Banka.

— Indes Néerlandaises. —

David (le baron Etienne), ancien ministre plénipotentiaire. — France.

Dki.nm:, Hani, Résident de Menado.— Indi-s .Néerlandaises.

DEMOL(iMBE. do>en de la Faculté de droit de Caen, membre correspondant de l'Institut. — France.

IlEMUPierre), publiciste. —Autriche.

DiEFENBACH (L.), Bibliotb. de la ville de Francfort. — Allemagne.

DncTERS (\an Leeuwen), capitaine d'infanterie — Indes Néerlandaises.

IldciMi , sccr, gén. de l'institut liist.dc; Ir.ih.-e et de Belgique. — Belgique.

IliiMiji, Henry I, membre correspondanl de l'Institut. — Franco.

Do/,i.i (Il , membre correspondant de riuslitut. — Hollande.

Dînant (II.), fondateur de la Société Internationale de secours aut armées de terre et do mer. - • France.

Dui'iiE, meiului^ correspoinlantde l'Inslilut. - lliille.

I'alco.nï (.l:iri(uesi, avocal . — llalie.

Fei.ice i(i. dui, membre de la société lies sciences, etc. — France.

Fei.sint. (.lacques). membre associé de l'Institut. — Allemagne.

MM

Ferulsson (Samuel). — Angleterre

Fichte (D. F. II. van), membre associé de l'Institut, professeur de philosophie — Allemagne.

FouçAUx (R. E.i, professeur de sans- crit au Collégede France. — France.

Franklaxd (Ed). membre correspondant de l'inslitut. — Angleterre.

Girard de Rialle, prof, à l'Ecole Imp. des langues orient. — France.

GoBKESio, directeur de la Bibliothèque royale de Turin, membre correspondant de l'inslitut. — Italie.

GiARMANi (Carlo), membre de plusieurs Accadémies. — Italie.

Guvo.N (le riocleur), membre correspondant do l'Institut. — France.

Haidinger, membre correspondant de l'Institut. — Allemagne.

He.nny (W.A.), Secrétaire de la Direction de l'Instruction publique, etc.- Indes Néerlandaises.

Hervev- Saint -Denys (marquis d'), prof, au Collège de France. — France.

IliLLEBRAND, professeur à la Faculté d"s lettres de Douai. — France.

HiRN (G. A.), membre correspond.ant de l'Institut. — France.

IloLSBEECK (Henri \an), docteur médecin. — Belgique.

IltciiER (Eugène), membre correspondant de l'Institut. — France.

IIiMiiERT (Aimé), recteur de l'Académie do Neucliàtel. — Suisse.

Jalabert (Charles), doyen de la Faculté de droit de Nancy."— France.

Jung Van Beek en Donk (J.de), avocal général. — Hollande.

Lacroix (!'.) [liibliophile Jacnb),\hibliothécaire de l'Arsenal. — France.

Lancereau, orientaliste. — France.

Lancrenon, membre correspondant do l'Institut. — France.

La Sagra (Ramon de), uiembie correspondant de l'Institut. — Espagne.

Lec:oq (Henri I, membre correspondant de l'institut. — France.

Lefébure ( E ), orientaliste . — France.

Lf.sseps (F. de), fondateur de la Société Inter. de l'IslhmedeSuez. —France.

Levallois (J.), littérateur. — France.

Li\DO(D'.lI.Pl, inspecteur de l'inslruction primaire à la Haye,— Hollande,

Malaguti , recteur de l'Académie de Renne-;, membre correspondant de l'Institut. — Frani'e.

Manderstboem, (S. E\c.), ancien ministre. — Suéde.

Marscmall (S. Exe. le comte), clianibellan de l'empereur d'Autriche, membre de iilusieurs Sociétés savantes. — Autriche.

Martin (Th.), doyen de la Faculté des lettres de Rennes, membre correspond int de riiKiiint. — France.

Miiiiii i.lnt- ii|iri;itfur. — Suisse.

Ml M I \ Il , 111. m m dos mines. —

MM

MiNERviNi (Jules), directeur de la Bibl. de l'Université de Naples, membre correspondant de l'Institut.— Italie.

MiMERi (Cl, directeur de la Bibliothèque roy. à Naples. — llalie

MoNNiER (Marc), littérateur. — Suisse

MuNTz (Eng.l, lillérateur. — France

MoRiKOFER (J.C.),professeur d'histoire à Winterthur. — Suisse.

Nicolas, orientaliste. — France.

Noue (le comte Ars. de), archéologue. — France.

Opi-ert (.Iules), professeur au Collège de France. — France.

OwEN (R.), membre associé étranger de l'Institut. — Angleterre.

Petit -Pierre (Gustave), philologue. — Suisse.

Pierre (J.), doyen de la Faculté des Sciences do Caen, membre corr. de l'Institut. — France.

Pi.ATEAii, membre correspondant de l'Institut. — Belgique.

Quetelet, directeur de l'Observatoire royal de Bruxelles. — Belgique.

Reinhold Rost, membre de la Société Asiatique de Paris. — Angleterre.

RiDou , professeur de l'Université.

— France.

RiPALDA (le comte de), sénateur , membre de plusieurs Sociétés savantes. — Espagne.

RosNY (Léondej, prof, à l'Ecole Impériale et spéciale des langues orientales vivantes. — France,

Rossi (G. B. de), associé étranger de l'Institut. — Italie.

RouLLiET (Antony), attaché au Ministère de la Maison de l'Empeleur. — France. .

Secchi (R. P.), directeur de l'Observatoire romain, membre correspondant de l'Institut. — Italie.

Si'iicGEL (F. L. E.I, membre c.Trcsli.iiidaiit de l'In-ititut. — Allemagne.

Staaff (Cûloneli, littérateur. — Suéde.

SuMMERS( James), professeur au queen's collège. — Angleterre.

Tapi'AN (Henri p.), membre correspondant do l'Institut. — Etats-Unis.

Tissqt, doyen de la Faculté des Lettres de Dijon, membre correspondant do l'Institut. — France.

Travers, professeur honoraire à la Faculté de Caen. — France.

Vti gi;r Kuipeu (H.), Chef de la Direction de l'Instruction publique. — Indes .Néerlandaises.

ViscoNTi lie baron), 'membre correspondant de l'Institut. — Italie.

Weber (W.i, membre corre-spoiidant de l'Institut — Allemagne.

Weii. iG.i, membre correspondant de rinstilul. — Allemagne.

WoiiLER, membre correspondant do l'Institut. — Allemagne.

WoRSAAE , directeur des Musées royaux. — Danemark.

Wrancell (l'amiral Frédéric de) , membre corresp'. de l'insl.— Russie.

l'oiir In lliicrlmn :

.M.M. .Ma,\. i;i;a/.i\, A. I'ino, l'.-lj. lùciniui'i'.

Uamij.

Un des principaux devoirs de notre époque est de résumer et de coordonner les travaux considérables que lui a légués le génie des découvertes, dans la science comme dans l'histoire. Grâce à quelques hommes supérieurement doués, poètes et philologues à la fois, l'Orient nous a ouvert les trésors de sa pensée, et nous a permis de jeter, en arrière, un coup d'œil d'une portée qui n'avait jamais été atteinle. L'étude régularisée du sanscrit, du zend, du copie et du groupe des langues sémitiques a reculé les bornes de l'histoire, ou plutôt a éclairé et peuplé des espaces qu'on croyait obscurs et vides. De même que des voyageurs intelligents et hardis ont rencontré des tribus nombreuses, agricoles ou pastorales, au centre de l'Arabie qu'on désignait jadis comme lUie contrée improductive et désolée, et nous ont révélé le Nedjed, cet oasis prolongé entre deux déserts ; de môme des nations qu'on croyait perdues dans les âges, sans annales, sans poésie, presque sans langue, ont émergé tout à COU]) avec leur antiquité fabuleuse, leurs légendes innombrables, leurs poèmes magnifiques, leurs efforts miraculeux dans le développement de l'intelligence et de la civilisation. L'histoire change d'aspect, et l'esprit de l'homme s'agrandit dans le passé. Il est temps de modifier l'enseignement général, et de vukariser au profit de tous ces documents précieux qui rendent à nos premiers ancêtres leur place distincte et leur gloire littéraire. La pulilication importante qui s'entreprend, répond à ce besoin nouveau.

On sait que pour les Romains il n'existait au monde tpi'une cité. Home, et des barbares conquis ou à conquérir. Les Grecs, sauf quelques annalistes et

'i PREFACE.

quelques philosophes, monlraieul coalre l'Asie un antagonisme persévcranl. Les Hébreux s'cUaient isolés dans l'aversion de leurs contemporains polythéis- 1 es. Les Egyptiens eux-mêmes n'estimaient que leurs propres mœurs, et les Iraditions sévères et grandioses qui relataient les vicissitudes de leur empire. Tous les peuples antiques, y compris les ludions, se méOaient de l'étranger, el le traitaient en ennemi. Ce n'est que dans des temps relativement modernes, ce n'est surtout que d'après rinfluence extensive du christianisme, qu'on voyagea au loin, qu'on s'enquit des mœurs, et qu'on apprit les langues des pays inconnus. De là ces études entreprises d'abord au nom de la religion, continuées ensuite au nom de la science. Alors seulement on songea à ces histoires universelles qui ne dédaignent aucun peuple, et portent une lumière investigatrice sur toutes les races et sur tout leur passé. L'érudition a hérité de ces travaux, et les a poussés plus profondément encore. Les progrès des Indianistes sont même telkunent considérables qu'il semlile utile de les résumer pour tes propager, et pour en tirer une instruction qui changera peut-être un jour le rang des nations. Désormais les Aryas et les Chinois disputeront vn valeur vl en célébrités de toutes sortes avec les Égyptiens et les Hébreux, et nous trouverons entre-eux des rapports secrets qui expliijuent leur origine et agrandissent leur mission. L'Arabe sous sa tente, le Babylonien dans ses murs de l)i'i(|ues, le Pliénicien sur ses navires, l'Iduméen sur ses chameaux ont vécu sous l'œil de Dieu, aussi bien que les prêtres du Sapta-Sindhou, les conquérants de rindoustan, les colonisateurs de l'Iran, et les fertilisateurs des vastes deltas de l'extrême Oi'ient.

Tous h's anciens ont été poétiipies dans l'expression de leurs idées, et qiuand ils n'ont pas manié le poinçon des lils de Cham, le kalem des fils de Sem, ou le pinceau des lils de Japhet, c'est avec la truelle, l'équerre et le ciseau qu'ils ont marqué leur passage sur la terre . Voyez ces montagnes de briques qui témoignent de la puissance ingénieuse de Babylone, ces sculptures colossales de Niuu'oud et de Khorsabad, et ces monuments magniliques (pie les déserts de l'Egypte et de la Nuijie nous offrent comme des miracles d'exéciiliou. Parlout l'houime a chanté la majesté de Dieu et la grandeur de la iialin'c sur la piei're, sur la brique, sur le marbre comme sur le papyrus, et SUN si'Hliini'ul prinionlial a été l'admii'ation, son rêve l'extase, son langage la

piK'sil.'.

\'()ir et adiuirei' sont synonymes cli(V> les groupes primitifs; le sok'il suflil à li'ui- adiiiii'aiioii, et son absence les terrifie tout d'abord, de même que son rcloui- 1rs lussurc. La nature leur explii|ue le cn'-ateur, ou plutôt la parole di. \iui' \ilirc l'u eux coMiUM' les cordes dr. la lyrcapi'ès le toucher de l'arliste. '•i', il e.-^l ualurelilc lie ci'ojre (rjilinri! (|ir;i 1111 dieu nui(|ue, car l'unité fait l'oiuiiipoleiu (j , et l'espril ue s'adi'esse volontiers qu'à un seul inaitre. Plus

lard, l'homme qui ne développe son intelligence qu'en clierchant à se rendre compte des phénomènes de la création, rencontre des forces diverses et y veut reconnaître des attributs divins, constate des contradictions violentes, et se persuade qu'elles sont dues à une puissance rivale. De là les premières erreurs, les premières dérogations à la logique primitive, c'est-à-dire la duahté adéquate du bien et du mal.

Pour bien comprendre les religions, véritable origine de la pensée, il faut en simplifier l'élude, rechercher le principe de tous les cultes jusque dans les erreurs relativement les plus modernes, dégager le fond des formes surchargées i|ui l'enloarent, et alors, dans le naturalisme védique, on retrouvera Af/ni , le lumineux, dans ce peuple d'âmes célestes qui caractérise les cultes zoroastriens, Zervan-Ackéren, l'infini, dans le sabéisme des Chaldéens Bel, le dominateur des astres, dans la foule des triades égyptiennes, Auimon, le père des dieux et des hommes, dans le polythéisme assyrien, le Dieu que personne ne blesse, dans le Tien des Chinois, le maître du ciel, dans le NirvanahouddJiique l'unité absorbante, dans Lao-Tseu, l'appétit de Dieu, dans Socrate, sa démonstration, dans Platon, son rêve. Celle constatation divine, celte prescience de la vérité qui n'est qu'un souvenir des âmes les mieux douées, confiance chez les plus faibles, inspiration du génie chez les plus forts, ces mystères de l'esprit en gestation d'une idée fécondante, voilà la grande et glorieuse conséquence de l'étude approfondie de l'anliquité.

Mais que de desiderata renferme la science historique, puisque nous ne savons rien sur ces mystérieux Pélasges, qui n'ont laissé sur leurs traces que des amas de terre et de pierres, des tombeaux et des murailles ; rien sur ces nobles Étrusques, dont un conquérant, aussi absolu que dédaigneux a effacé l'empire sans pouvoir pulvériser l'industiii' , et dont l'art, relaitvemenl avancé et naïvement élégant, a surgi un jour de la terre, sa fidèle ganUenne, comme une protestation contre les destructeurs de sa civilisation; rien sur les Himyarites, ces premiers agriculteurs de l'Yémen, que les lils d'Ismaël ont vaincus et remplacés; rien sur les Adites, de la race de Kousch, qui furent les premiers despotes de la Chaldée ; presque rien sur les Phéniciens, ces premiers navigateurs de la Méditerranée, ces premiers colonisateurs de ses rivages. Et les Finnois, qui nous ont laissé un poëme, sans nous laisser une hisloire ; et les Atlantes, ces habitants d'une ile immense, sombrée entre l'Afrique liarbare et l'Amérique inconnue; et les Ibériens ou les Proto-Espagnols, qu'on dirait autochtones, tant ils s'enfoncent dans les siècles ; et, de l'autre coté de l'Atlantique, ces premiers conquérants du Mexique, venus du nord de l'Asie, en contournant les rivages rigides du pôle arcti(iue, et tels que les rappelle une curieuse représentation, conservée à Mexico, pages naïves d'une légende immémoiiale ; et tant de nations ou au

f. l'UI-l'\CE.

moins de tribus énoncées dans l'énuinéialion si précieuse de la Fiible; et ces barbares enfin, dont l'bistoire ne constate que les irruptions, les massacres, les incendies, les pillages, les Nubiens de l'Afrique, les Touraniens de l'Asie, ces ennemis élcrnels de l'Egypte et de l'Inde, et leurs fds, les Scythes, et les Parthes, leurs pclits-fils ; et les peuples de Mosocli, de Gog, de Magog, de Thubal, dont il ne reste qu'un nom sans mémoire, dont pas un écho ne répèle une syllabe de la langue ; ne sont-ils pas tous à jamais perdus, si l'on ne trouve un jour quelque mention de leurs actes dans des légendes encore ignorées? L'histoire n'a-t-elle pas là une grande page blanche qu'il n'appartient (ju'à la science moderne de remplir peu à peu, en éclairant l'avenir avec les lueurs du passé?

C'est incontestablement à l'Orient qu'appartient l'honneur d'avoir connnencé l'œuvre du i)erfectionnement humain. Tout s'y trouve, depuis les premières formules religieuses, jusqu'aux premières évolutions des sciences, des lettres et des arts. Dans les productions intellectuelles de ces vastes contrées, il y a plus qu'une augmentation du savoir général, il y a la révélation d'une loi providentielle, à laquelle tous les peuples ont obéi sans la connaître. Tandis que l'Indou, à la vive imagination, aux teudancfs métaphysiques, é])auchail presque tous les systèmes de religion et de philosophie, le Chinois ])alient, laborieux, pratique, développait les sciences morales et les appliquait à l'individu, à la famille, au gouvernement. L'Hébreu, isolé dans ses pérégrinations et dans ses luttes, et persévérant jusqu'à l'héroïsme, proclamait et maintenait la plus su])lime des conceptions, le monothéisme pur, tandis que le sévère Iranien aftirmait la responsalnlité humaine, par le dogme de la résurrection. Le grave Egyplien démontrait, par ses monuments éternels, ce que peuvent la volonté et le génie de l'homme contre les efforts du temps, et par ses prèti'cs savants, ce que peut un sacerdoce intelligent sur la civilisation d'un pays ; de son côté, l'audacieux Chaldéen préparait les voies du ciel à la science aslrononuipie et l'industrieux Phénicien colportait, sur ses navii'cs, la civilisatiun asiatique le long du liassin de la Méditerranée, et jusqu'à la mer du Nord. Le Cin'C, aimé du soleil el des muses, transforinail l'art et la poésie des orientaux, en les idéalisant, et la ]iliilosophie, eu lui inqiriminit uii nouvel essor. Le lîoniaiu, au coutraii'e, espi'it positif et gi'uéralisateur , plus logique que le Chinois, presque aussi tenace que rib'lu'cu, ui'giinisait les sciences politiipics par son art de gouvcrni'i' d par sa coililiraliou dr^ luis.

De ces produits multiples et dilïéreuts de l'intelligeuc ■, se cituiplélaiit l'iui l'autre, convci'gcanl tous veis un même point, le progrès de rbumanité, ressort pour nous, la (h'inousti'atiou (i'iiiu^ o'uvi'c d'cuseuddi! , d'un but coiiniuui, dont la diversité des nations, jeui' antagonisme inèuie, et les moililicatioiis successives (pj'elles ont ('iiroUM'es, m; tout (|ue coidirmer

l'évidence. Et si, de ces pays lointains et de ces temps reculés nons desceiidons jusqu'à nos jours, nous trouvons la même démonstration et la même contirmalion dans toutes les contrées et à toutes les époques. L'Italie, poétique et géuéralisatrice, par ses origines greco-romaines, se fait l'intelligente auxiliaire de la renaissance des lettres et des arts; l'Allemagne, presque aussi mystique que les Aryas primitifs, douée en même temps et de l'instinct de la recherche, et du licsoin d'approfondir chaque idée, suscite la réforme religieuse, que nous considérons ici dans son résultat purement scientifique, et ouvre de nouvelles issues à la philosophie et à la science du droit ; l'Angleterre, aussi industrieuse que les Phéniciens, aussi positive que les Romains, étend le domaine des applications utiles; la France, enfin, avec sa facilité étonnante de compréhension et d'assimilation , vulgarise au bénéfice du monde entier l'œuvre de tous. De même que pour le blé, l'agriculteur trace le sillon, sème le grain, coupe l'épi mûr, le bat et le passe au crible, de même les semailles et la récolte des idées ont exigé les travaux variés et multiples de tous les peuples, ouvriers providentiels, chargé chacun d'une tâche spéciale, d'après ses aptitudes différentes.

Mais l'ouvrier n'a eu pendant longtemps aucune conscience de son œuvre. Chaque nation a cru qu'il y avait exclusivement en elle la force de vivre, le droit de contraindre, et la sève pour féconder. Ce n'est qu'aujourd'hui, après l'éclosion des idées internationales chez presque tous les peuples, que nous pouvons entrevoir dans les produits de l'intelligence à travers les siècles, nonseulement une œuvre d'ensemble, mais de continuité , démontrée par des foyers, au rayonnement progressif, aux périodes régulières formant cycle, se développant , se complétant les uns par les autres , et ne s'éteignant (pi'après avoir allumé ailleurs un plus vaste foyer.

L'Orient, nous l'avons dit, enfante la civilisation, que les Phéniciens apportent en Grèce, et les Grecs à Rome. Au moment où la Grèce perdait, sous Alexandre, sa force productive avec la liberté, Rome, exclusivement politique et conquérante, n'avait aucune des aptitudes nécessaires à conserver et à développer les traditions orientales. Il fallait qu'un autre foyer vint luire quelque part. Alors, sur une langue de terre presque inhabitée, entre la Méditerranée et le lac Maréotis, fut bâtie Alexandrie, au moment où son fondateur, par ses conquêtes en Asie, lui ouvrait des contrées mystérieuses et immenses, dont elle était destinée à conserver les traditions inlellectueUes, par une double fusion d'idées, entre l'Orient et la Grèce d'abord, entre le monde ancien et le monde nouveau ensuite.

Le monde nouveau date de l'avènement du christianisme. A l'époque où Jésus-Christ parut, l'Asie, déjà vaincue par une poignée d'hommes sous Alexandre, ne possédait plus d'éléments utiles à la civilisation générale; la

s PRÉFACE.

Grèce, atteinte dans sa fécondité par la suppression de ses libertés, atteinte dans sa vie par la mort de Philopœmcn , le dernier de ses héros, no devait plus s'attendre qu'à être ensevelie, avec ses dieux, sous l'amère et dissolvante ironie de Lucien. Alexandrie, asile de l'intelligence proscrite ou comprimée, ne pouvait avoir d'autre génie que le génie de la conservation, et se trouvait ainsi destituée de toute initiative; le reste se partageait entre Rome et les peuples (pi'on appelait Barbares. Mais Rome n'avait plus de vitalité et l'avenir lui écbappait. Les Gracques avaient vainement essayé une transformation sociale à l'intérieur; César avait vainement imaginé une transformation sociale à l'extérieur ; l'oUgarcbie romaine , conséquente avec ses intérêts de caste , et avec l'esprit positif de son pays, supprimait les rêveurs par la roche Tarpéienne ou par le poignard. La matière dominait l'esprit, la force s'imposait au droit . Auguste, qui, selon nous, a donné improprement son nom à la plus belli' période de la littérature latine, ajoutait la ruse à la force. L'âme romaine n'était plus à Rome, parce que sa raison d'être i)rovidentielle avait cessé d'exister. Les descendants de ces vieux Quirites, qui avaient cru à l'enlèvement de Romulus par leurs dieux, ne croyaient plus en eux-mêmes. La dissolution du monde ancien, sans être évidente, était complète, universelle, malgré son pouvoir encore très-grand et son prestige encore intact. C'est alors que du fond de la Judée, soumise à ces mêmes Romains auxquels l'initiative venait de manquer, apparaissait l'astre du monde nouveau.

tiroyances, lois, ma3urs , le christianisme renouvelle tout. Il franchit, dès sa naissance, des barrières qu'on croyait insurmontables, les rivalités des classes et des races; il appelle les hommes frères, et les déclare égaux; il leur dit qu'il y a un seul Dieu, une âme immortelle et responsable, que les fautes sont inhérentes à la nature humaine, et que le pardon n'attend que le repentir. Il proclame devant tous la vie de l'esprit et son triomphe sur la matière ; il nous apprend que la haine tue, et que l'amour féconde, et il nous convie, après avoir accompli notre tâche commune de labeur, aux béatitudes d'une vie éternelle. Douce religion, qui se base sur le dévouement sublime de son fondateur; douce philosophie, qui s'annexe, en les divinisant, le spirilualismc grec pai' Platon et les traditions oi'ientales par les Alexandrins.

Au moment où Constantin fermait la période de hitlc, pour inaugurer la période dogmatique du christianisme, Rome était encore debout avec ses temples aux mil'e dieux, avec ses aigles victorieuses. Telle qu'elle était, Rome ne pouvait pas comprendre le christianisme, et l'instinct de sa conservation devait lui commander les plus violentes répressions contre ce foi'inidalile ennemi. Il fallait donc dos jjeuples jouncs, des natures neuves et promijtes à s'émouvoir, pour accouqilir la ruine du pouvoir romain et assurer le triomphe de la nouvelle civilisation. C'est pourquoi des multitudes innombrables,

PREFVCE. 9

différentes de race, de mœurs, de langage, s'ébranlèrent tout à coup et eu même temps, comme si l'on avait pu leur donner un mot d'ordre, et marchèrent, des quatre coins du monde, se heurtant et s'entre-choquant entre elles, à la destruction de la ville fatale. La lutte fut longue entre les deux mondes, elle dura plusieurs siècles, et les villes incendiées, les campagnes ravagées, les hommes égorgés ou réduits en esclavage, les œuvres de la pensée dispersées ou détruites, presque toutes les traditions, presque tous les souvenirs d'une grande civilisation noyés dans le sang ou anéantis dans l'iguorance, tels furent les résultats apparents de cette immense conflagration.

Mais les résultats réels furent, du côté des Romains, la jeunesse rendue à la race latine, prématurément vieillie par l'abus de la force, fatalement corrompue par les excès de la conquête ; du côté des Barbares, l'universalisation de la foi chrétienne, et par elle la révélalinii d'iiuc haute et généreuse morale, l'adoucissement des monu's, et l'éclosion d'un spiritualisme d'où devait émaner la régénération du monde ; des deux cotés, comme résultat politiipie, l'adopliou de la commune romaine , dont le souvenir avait été maintenu au milieu de la plus violente décentralisati(Ui , et dont le dévelop])ement devait résulter de l'exagération même du despotisme féodal. Il est une loi providentielle qui impose au vainqueur la civilisation du vaincu, de même qu'elle permet aux forces de renouvellement de dominer tous les esprits et, à un moment donné, (le diriger toutes les volontés : le droit romain fut donc adopté, d'une fa(;on plus ou moins inteUigente, par les hommes du Nord, et le christianisme devint le maitre des vaimpieurs et le défenseur des vaincus.

Eu ne considérant cette foi nouvelle que du point de vue de son action historique, on trouve qu'elle contenait tous les éléments d'un grand progrès assuré à l'avenir; mais la chaîne de continuité du passé était inévitaltlement destinée à se briser, car le christianisme ne pouvait, en tant que manifestation humaine, et dans la période de son organisalion, nous ne disons pas chercher, mais seulement admettre aucun autre levier de progrès en dehors de lui. Eli bien! c'est à ce moment même qu'un grand homme surgissait en Arabie, Mahomet, reliant entre elles, par le monothéisme, de nombreuses tribus éparses, ennemies les unes des autres, et créant, sans le savoir, un nouveau foyer de civilisation. Ainsi, ijuand bouillonnaient dans cette fournaise ardente, qu'on appelle le moyen âge, les divers éléments destinés, par leur fusion, à constituer de nouvelles nations dans notre Occident, quand de nouvelles langues commençaient à se former, quand l'ouvrier et l'agriculteur, pour se mettre à l'abri des violences du seigneur du château, bâtissaient des bourgades et des villes, lorsipie entin l'état social de l'Europe s'organisait progressivement, les Arabes, en envahissant l'Espagne, nous rapportaient une partie des documents de la civilisation grecque, et réveillaient nos imaginations par

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