‹ Mongraphie de la cathédrale de NeversChapitre 16 sur 69 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

HL'GUES II RECONSTRUIT LA CATHEDRALE. — THIBAULT LA FAIT COUVRIR. — lî* INCENDIE LA CONSUME EN PARTIE. — NOUVELLE RECONSTRUCTION PAR GUILLAUME DE SAINT-LAZARE. — ON COMPLETE

l'édifice a différentes époques.

l oues lï, qui avait succédé ii Uoclène sur l< i sjéfee épiscopal de Ne vers, se trouva dans la nécessité de travailler à la reconstruction de son église cathédrale ; on ne saurait en douter en voyant le traité conclu < ntre lui et son chapitre.

« En 1 028 1 , dit Parmentier , Hugues donna au

l Coquille dit I03I.

72 MONOGRAPHIE

• » chapitre deux autels érigés à la droite et au midi du » monastère ou lieux réguliers de Saint-Cyr 1 , l'un en » l'honneur des saints martyrs Gervais et Protais, » Nazaire et Celse , et l'autre au-dessus du premier » dédié aux saints confesseurs Grégoire , Nicolas , » Jérôme et Augustin, à condition que les chanoines » feraient faire à leurs dépens tout un côté de l'église 2 .»

Ici les principes archéologiques viennent corroborer les témoignages historiques ; en effet , la crypte de sainte Julitte , la chapelle dédiée à cette femme héroïque , les murailles occidentales du transsept , la chapelle des fonts , les quatre arcades qui viennent reposer sur les piliers cylindriques à la naissance des croisillons du transsept , quelques arcades engagées dans les maçonneries du treizième siècle , accusent les caractères architectoniques de l'époque indiquée par notre chroniqueur , la première partie du onzième siècle. Nous parlerons de ces caractères quand nous nous occuperons des études de détail , nous devons nous contenter ici de constater une date précise.

L'église construite par Atton n'eut donc pas plus de durée que celle qui avait été élevée par les soins de saint Jérôme ; l'existence de l'une et de l'autre fut d'un siècle environ.

1 Les chanoines vivaient en commun comme des religieux . c'est pourquoi on appelait leurs habitations monastères ; maintenant encore on nom nie C.loilre-Saint-Cyr remplacement qu'ils occupaient.

2 Parmkmiek . Histoire manuscrite de* Ertques

Comment Hugues fit-il couvrir sa cathédrale? Faut-il admettre, avec les auteurs de Y Album du Nivernais, que l'humble chaume lui servait de couronnement? Il nous répugne de nous ranger à cet avis , qui , du reste , n'est basé njr aucun témoignage historique. Quoi qu'il en soit, en M 88 l'évêque Thibault fit couvrir cette église -, c'est un fait sur lequel tous nos historiens sont d'accord ; ils ne diffèrent entre eux que sur le mode employé par le prélat- Les auteurs de la Gallia Christiana disent : Cathedralem lapide sectili cooperuit , mais le Martyrologe de ftevers porte lateribus cooperuit. Guy Coquille et Parmentier adoptent cette version , tout en donnant au mot lateribus un sens différent. Le premier le traduit par tuiles et le second par lattes; en sorte que, d'après Parmentier, Thibault se serait contenu» de faire latter la cathédrale , ce qui parait peu probable ; dans ce cas on aurait employé de ces petites planches que nous appelons esseaux*.

Si on admet le lapis sectilis de la Gallia Christiana , il s'agirait , ou d'ardoises , ou de pierres effeuillées comme on en voit dans certains pays et même dans notre Nivernais, sur l'église de Metz-lc-Comte par exemple ; ou bien , ce qui est encore plus probable , de dalles à joints recouverts; c'est ainsi que sont couverts certains monuments du midi de la France, entre autres 1 ancienne cathédrale de Maguelonne.

L'histoire ne nous dit pas ce qui arriva à l'éghse bâtie

I Dans notre pays, on dit essiatme*.

MONOGRAPHIE

par Hugues II ; mais nous savons que Guillaume de Saint-Lazare, en montant sur le siège épiscopal de Nevers en 1 201 , pensa à la reconstruction de la cathédrale. Tout le monde connaît le grand mouvement architectural qui se produisit vers la fin du douzième siècle et pendant le cours du treizième ; c'est de cette époque que date la plus grande partie de nos cathédrales de France. L'architecture ogivale fut substituée à l'architecture romane, et le clergé séculier, en se mettant à la tête de ce mouvement, prit la place des moines architectes, qui jusque-là, avaient été presque exclusivement chargés des constructions de nos basiliques. Il nous paraît donc probable que ce fut par suite de cette révolution artistique que Guillaume de Saint-Lazare mit la main à l'œuvre pour reconstruire son église. Le plan fut largement conçu , et il est facile de reconnaître avec quelle habileté il fut exécuté.

Parmentier prétend que Guillaume « rebâtit le chœur » presque entier à ses dépens , et qu'il fit môme faire w des stalles au lieu de bancs. 1 » Nous avons déjà eu occasion de faire remarquer que notre chroniqueur nivernais était peu versé dans l'art archéologique ; ici il est évidemment dans l'erreur : au lieu du chœur il aurait dû dire la nef. La nef, en effet, est bien de l'époque à laquelle vivait Guillaume de Saint-Lazare ; elle porte les caractères du treizième siècle , tandis que le chœnr est en partie du quatorzième siècle et en partie du quin-

I Histoire manuscrite 'tes Kt étptrs de Krrers.

zième, comme nous le démontrerons bientôt. Le Nécrologc de Nevers est plus exact ; il se contente de dire : Sedes in choro construisit, ecclesiam opère lapideo primus incœpit et pro magna parte peregit. Mais ici une nouvelle difficulté s'élève : d'après le Nècrologe, Guillaume fut le premier à construire la cathédrale en pierre, et cependant la région absidale de Sainte-Julitte , les murs occidentaux du transsept et les autres parties de cette région que nous attribuons au onzième siècle sont bien construits en pierre. Cette difficulté n'est qu'apparente ; pour la résoudre on doit se rappeler que , parmi les ouvriers qu'on employait alors, on distinguait comme maintenant les maçons, ccemenlarii, et les tailleurs de pierre, lapidarii ; les constructions du onzième siècle furent en grande partie l'œuvre des maçons ; si on en excepte l'abside et lés arcades , elles sont faites en moellons., c'est l'opus cœmentitium. La construction attribuée à Guillaume de Saint- Lazare est, au contraire, faite en entier de bel appareil et est principalement l'œuvre des tailleurs de pierre : c'est l'opus lapideum.

En 1 81 1 un incendie consuma le cloître des chanoines et une partie de la cathédrale ; nous verrons plus bas si la construction exécutée par Guillaume de Saint-Lazare est antérieure ou postérieure à cet incendie.

Nous retrouvons encore quelques dates précises pour nous aider à compléter l'histoire de cet édifice; nous allons les indiquer, tout en faisant observer que. les chroniques locales qui nous on! guidé jusquc-lii dans

nos recherches deviennent plus rares ; nous serons donc souvent obligé de nous contenter des principes archéologiques, pour motiver nos appréciations. C'est à l'aide d<* ces principes que nous étudierons les constructions de Guillaume, non-seulement dans la nef et dans la première travée du chœur actuel , mais encore dans les trois chapelles absidalcs, en faisant abstraction des voûtes , que nous attribuons au quatorzième siècle ; nous retrouverons aussi le treizième siècle dans la partie inférieure des murs des chapelles voisines.

Le portail de Saint-Christophe ou du Doyenné , au nord de l'église , a été construit en \ 280, et doit , par sa date , se rattacher aux constructions du quatorzième siècle qu'il touche de si près ; les caractères de cette époque se font remarquer dans les colonnettes et les chapiteaux des deux chapelles dont nous venons de parler , et dans les piliers qui circulent autour de l'autel. Le reste du chœur appartient au quinzième siècle, qui s'est chargé de compléter l'œuvre du quatorzième ; les deux étages de galeries qui régnent dans le chœur et autour du sanctuaire appartiennent au quinzième siècle. Ici encore l'atchéologie et l'histoire sont d'accord ; Henri de Saxe , chanoine de Nevers , qui avait entrepris et dirigé cette œuvre, l'avait complétée en \ 4-73, comme nous le voyons par une inscription gravée sur les murs extérieurs de la sacristie.

Quelques années après, en 1 45)0, Pierre de Fonlcnay,

cvêque de Nevers, faisait élever la porte de Loire ; ce fut lui aussi qui construisit la chapelle qu'on voit à gaucho du porta iL

En 4509, sous Tépiscopat de Jean Boyer, on reprit les travaux de la tour 1 ; la même année le pape Jules II accorda des indulgences à tous ceux qui contribueraient à sa construction. Elle fut terminée en 1 528 , sous Jacques d'ÀIbret.

Ce fut vers la même époque , c'est-à-dire à la fin du quinzième siècle ou au commencement du seizième, que furent construites les chapelles qui flanquent les nefs de chaque côté , et les deux chapelles placées entre la porte de Saint-Christophe et la région du chœur.

En 1590 Louis de Gonzagues, duc de Nevers, fit construire sous le sanctuaire le charnier destiné à la sépulture des évêques et des ducs de Nevers.

En 1739 Fontaine des Montées, évêque de Nevers, fit couvrir la cathédrale en ardoises ; le petit dôme qui surmonte l'horloge est de la même époque 2 .

En 1 770 monseigneur Tinseau donna dix mille francs pour l'embellissement du chœur. Les stalles furent terminées le 25 avril de la même année ; un nommé Bochard , de Dijon , lut chargé de la menuiserie , et un nommé Merle, de Lyon, fit les sculptures. Le 3 décembre

4 Tous les auteurs qui ont écrit jusqu'à préseut sur notre cathédrale disent que la tour fut commencée en 4509. C'est une erreur qu'il nous sera facile de démontrer quand nous arriverons à l'étude de cette partie du monument.

2 GrTOT-SAiNTE-HÉUÊNE , Xot. niv. manuscrite*.

suivant Denis et Boiïé, maîtres serruriers de Nevers, plaçaient devant le chœur la magnifique porte de fer qu'on y admirait encore il y a quelques années \ Le 4 mars 4772 on commença à paver le chœur en marbre.

On peut bien admirer sans doute le fini des stalles de Saint-Cyr et l'étendue du chœur si propice à nos pompes .et à nos cérémonies; on n'en regrette pas moins la destruction du tombeau de Guillaume de Saint-Lazare , qui s'élevait au milieu du chœur et qu'on a fait disparaître dès 1769, sous prétexte qu'il n'était pas en rapport avec les nouvelles dispositions. C'était alors la

grande époque des mutilations.

4 Notos recueillies par M. de Forestier , ancien chanoine de Nevere.

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