CHAPITRE XI
premiere étude de détails. — bubstructions du dixième siecle. — plan présumé de l'église construite par atton. — orientation des églises. — abside occidentale dans la cathédrale de nevers.
PRÈS avoir jet*'* un coup-d'œil rapide sur l'ensemble de la cathédrale et nous être rendu compte du plan général , nous devons maintenant l'étudier par parties.
La marche que nous avons à suivre dans cette étude de détails nous est toute tracée. Il s'agit de parcourir, en suivant l'ordre indiqué parla chronologie , les différentes régions de l'édifice, et de considérer attenthement les caractères dislinetifs de c haque siècle.
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Reste-t-il quelque débris de la cathédrale construite par Atton au commencement du dixième siècle? Cette question est grave , et des auteurs dont le témoignage est bien de quelque poids sont à cet égard d'un avis opposé. Parmentier attribue à Atton , non-seulement les deux colonnes monocylindriques qu'on remarque à l'intertranssept , mais encore l'abside de Sainte-Julitte, et par conséquent la crypte'. Les auteurs de Y Album du Nivernais font remonter à la même époque « la partie » rectangulaire où deux piliers saxons soutiennent les » retombées des quatre cintres romans a . » M . Prosper Mérimée trouve dans les quatre cintres dont on vient de parler le screen , comme à Saint-fctienne de Nevers. D'un autre côté, M l'abbé Bourassé voudrait ne voir ici qu'un travail moderne et un moyen de consolidation employé à une époque encore peu éloignée de nous \
Devons-nous nous ranger les yeux fermés du côté de Parmentier et des auteurs de V Album , ou bien faut-il , avec M. Bourassé, ne reconnaître ici qu'un travail moderne ?
Une étude sérieuse nous a convaincu que nous ne pouvions admettre ni l'une ni l'autre de ces deux opinions; à la suite de l'examen scrupuleux auquel nous nous sommes livré , nous exposerons à notre tour notre sentiment , tout en nous hâtnnt de dire que les
1 Histoire manuscrite des Èvéques de Nevers.
2 Album du Nivernais, t. 4, p. 408.
3 Rvrjuiw archènlo'titfue r/rs firineifiah* njlise* 'In dioresc <lr \W<"*
membres du congrès archéologique réuni à Ne vers en 1 851 ont adopté notre avis.
Nous admettons avec Parmentier et les auteurs de V Album du Nivernais que les deux colonnes qui soutiennent les quatre cintres sont des restes de l éditice du dixième siècle; quelques substructions dans la partie inférieure des murailles occidentales peuvent encore être attribuées à la môme époque; en effet, quoique cette opinion ne soit pas appuyée sur des preuves incontestables , il est cependant probable que les deux pans de murs formant dans chaque croisillon du transsept une espèce de soubassement rompu , se rattachent aux constructions antérieures au onzième siècle. Sur ces ruines on a élevé en retraite les murs du onzième siècle, et ceux-ci à leur tour ont supporté d'autres murs des siècles suivants.
Quant à l'abside de Sainte-Julitte , nous verrons bientôtà quellcépoque on doit l'attribuer ; en attendant, disons que la critique archéologique la moins sévère se refuse à l'admettre parmi les constructions du dixième siècle , non plus que la partie rectangulaire.
Nous devons rejeter aussi l'opinion de ceux qui ne veulent reconnaître dans nos deux piliers monocylindriques et dans les quatre cintres qu'un travail moderne.
Quoique au premier coup-d'œil les caractères architecloniques soient ici peu distincts , on finit par en découvrira la suite d'observations attentives. Les grandes arcades présentent, selon nous, tous les caractères qu'on
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remarque dans les monuments des onzième et douzième siècles : sous la couche épaisse de badigeon qui la revêt, on découvre la coupe régulière du double rang de claveaux qu'on observe ordinairement dans les arcades à l'époque que nous indiquons ; ces claveaux forment deux plates-bandes cintrées, superposées ; la platebande inférieure est en retraite, et par conséquent moins large que celle qui la recouvre. Si maintenant nous portons nos regards sous les faisceaux de colonnettes que les artistes du treizième siècle ont appliqués dans cette région contre les murs et les piliers du onzième , nous découvrons, sous ces ornements plus récents, des colonnes romanes engagées , des chapiteaux garnis de feuilles de fantaisie et de moulures encore grossières , et nous voyons les arcades en question retomber avec une rigoureuse précision sur ces chapiteaux ; dès-lors il ne peut plus y avoir aucun doute sur l'antiquité de ces arcades. Nous ne reconnaissons comme modernes que les dalles qui couvrent horizontalement le sommet des arcades et le pan de maçonnerie élevé dans le vide formé par leurs courbes.
Nous voilà donc forcé de donner aux piliers cylindriques au moins l'âge des cintres qu'ils soutiennent; mais voyons s'il ne faut pas leur attribuer une date encore plus reculée. En Bourgogne, il est rare de rencontrer avant le treizième siècle des piliers monocylindriques , sinon autour du sanctuaire, lorsqu'il existe un déambulatoire, comme à Saint-Etienne de
Nevers , à La Charité-sur-Loire , à Saint-Révérien , etc. Cherchons donc quelque monument qui nous serve de point de comparaison et qui nous aide à asseoir notre opinion. Nous le trouvons dans l'église de Tournus ; les nefs sont séparées par des piliers monocylindriques, formés de pierres de petit appareil ; quoique à Nevers l'appareil ne soit point aussi petit , parce que la contrée possède de plus belles carrières , il est facile de reconnaître les rapports qui existent entre les colonnes de Saint-Cyr et celles de l'église de Tournus. Nous ne balançons pas à considérer avec M. Batissier la nef de Tournus comme une œuvre du neuvième siècle 1 ; de là nous concluons que les deux colonnes de la cathédrale de Nevers sont véritablement un reste de l'église construite par Atton au commencement du dixième siècle, ou môme de celle que saint Jérôme avait élevée du temps de Charlemagne.
Dans les reconstructions postérieures on aura conservé ces piliers dont la solidité était éprouvée ; peut-être même est-ce à cette solidité qu'au moment de la chute de la cathédrale sous Atton , le chanoine resté au chœur pour prier dut son salut*. C'était un motif de les .respecter en reconstruisant l'église.
4 M. Joseph Bar fait remonter seulement au douzième siècle l'église de Toornuê- il n'aura sans doute considéré que le transsept et la région absidale, qui portent , en effet , les caractères de cette époque ; mais les trois nefs sont
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Lorsque nous disions que la cathédrale de Nevers esl un véritable musée lapidaire , dans lequel tous les siècles à partir du onzième ont déposé leurs œuvres, nous ne disions pas assez : nous aurions dû parler du dixième siècle, et peut-être môme du neuvième; mais nous ne voulions pas encore avancer comme certain ce qui demandait à être prouvé.
Une seconde question vient se joindre à la première : Pcul-on se faire une idée du plan carré imprimé par Atton à cet édifice, et serait-il facile de reconstituer ce plan?
On a dû , pour les constructions du douzième siècle, utiliser tout ce qui restait des constructions antérieures; c'est cette pensée qui a sans doute dirigé le plan insolite que nous remarquons dans cette partie de l'édifice : on aura voulu profiter des fondations de la cathédrale carrée. Au reste, au moyen des arcades de l'époque romane qui restent et qu'on retrouve au milieu des constructions du treizième siècle , quoiqu'on ait cherché à les dissimuler, il est facile de reconnaître le plan de l'édifice roman , plan qui se rapproche beaucoup du carré.
En effet , le transsept est un parallélogramme contre lequel vient s'appuyer l'hémicycle de l'abside de Sainte- Julitte. Cette excroissance , s il est permis d'employer cette expression , diminue , au moyen de deux galeries qui s'allongent de chaque côté parallèlement au transsept, et dans toute la longueur des croisillons.
Si de la partie occidentale nous passons à la partie orientale , nous trouvons une absidiole destinée actuellement à contenir les fonts baptismaux , et qui devait avoir son absidiole correspondante dans l'autre croisillon ; on voit jusqu'ici se maintenir la forme carrée.
Après bien des observations, nous avons reconnu qu'il devait se trouver de chaque côté une autre absidiole entre celle dont nous venons de parler et l'abside principale. Ces deux nouvelles absidioles étaient précédées d'une travée communiquant par une arcade avec la grande travée centrale qui précédait le rond -point oriental ; enfin ce rond-point se développait en conservant les mêmes dimensions que présente la chapelle de Sainte-Julitte.On voit encore au milieu des constructions du treizième siècle un segment de cette arcade latérale, comme on voit aussi parfaitement dessinées les deux arcades qui conduisaient aux deux absidioles plus rapprochées du rond-point.
Parmentier, en parlant de celte région , ajoute : « On » pense que la principale porte de l'église construite » par Atton était au môme endroit où est aujourd'hui le » grand autel du chœur. » Il est possible qu'il en ait été ainsi , mais le plan a été évidemment modifié par Hugues H. Dans la construction du onzième siècle on a établi les quatre absidioles dont nous avons parlé, dominées par l'abside principale où dès-lors le sanctuaire a été établi. 11 n'en reste pas moins un problème à résoudre : Pourquoi , du temps d' Atton , la cathédrale
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de Nevers , contrairement aux règles généralement admises , aurait-elle eu son abside à l'occident. Il est certain que la coutume de prier la face tournée vers l'orient remonte aux temps apostoliques ; il est (ait mention de cette coutume dans les ouvrages des Pères dès les premiers siècles de l'Église. Tertulien , dans son Apologétique, dit qu'il ne faut pas que les païens accusent les chrétiens d'adorer le soleil parce qu'ils sont dans l'habitude de se tourner -vers l'orient pour prier 4 . Dans nos livres saints le Sauveur est désigné sous le nom d'Orient, parce que lui seul pouvait procurer la lumière au monde plongé dans les ténèbres. « J'amènerai Orient, » mon serviteur » dit Dieu dans Zacharie *. — Voilà » l'homme , Orient est son nom , il germera et élèvera » au Seigneur un temple digne de lui 5 . — C'est de » l'Orient qu'est sorti ce juste qui a subjugué les » nations 4 . — C'est de l'Orient que part l'aigle qui » doit planer sur le monde, le Très-Haut fera sortir » de cette terre lointaine l'homme de sa volonté 6 . » D'ailleurs le soleil n'est-il pas l'image de la lumière incréée qui éclaire tout homme venant dans le monde, et dont les premiers rayons ont jailli sur l'Orient. Elle est donc bien respectable la coutume d'orienter les
4 Tpjit., Aj>ol. } c. 46.
î Zacii. m, 8.
3 Id. vi, 4î.
4 Isaï. XL!, 2.
5 Id. xiaï , 4 4
églises , c'est-à-dire d'établir le chœur vers l'orient , afin que le prêtre offrant le saint Sacrifice ait le visage tourné vers ce point de l'horizon. Cependant il faut remarquer que dans le principe l'autel n'était qu'une simple table ; l'évêque ou le prêtre siégeant au fond de l'abside venait pour célébrer les saints mystères se placer devant cette table de manière à se trouver en face des fidèles, séparés de lui par la table eucharistique; si, dans ce cas, l'église eût été disposée comme les nôtres, le prêtre n'eût pas regardé l'orient , mais bien l'occident. C'était à lui que s'adressaient principalement les prescriptions formulées dans les Constitutions apostoliques -, c'était à lui , chef de la prière , de réunir les vœux du peuple pour les offrir à Dieu ; l'église devait donc être orientée à l'inverse dos nôtres , comme on le remarque encore souvent en Italie : Saint-Pierre de Rome a son abside à l'occident , mais le célébrant est tourné vers l'orient, il regarde le peuple ; à Saint-Jean-de-Latran l'autel est aussi placé entre le célébrant et le peuple.
L'église de Nevers aura peut-être tenu plus long-temps que d'autres à cet antique usage. Peut-être aussi était-ce là que saint Jérôme avait élevé en l'honneur de saint Cyr la chapelle qu'il avait adjointe à la cathédrale avant sa reconstruction ; ensuite, par respect pour le saint enfant que Nevers avait choisi pour patron , on aura voulu que le berceau de son culte dans le Nivernais continuât à être le sanctuaire de la basilique élevée en son nom.
« Ne pourrait-on pas présumer avec quelque appa-
►> rence do vérité, dit M. Bourassé, que les deux absides » de Nevers avaient la même destination qu'elles ont » actuellement , selon l'usage encore en vigueur à » Mayence, oii l'abside orientale sert aux offices capi- » tulaires, tandis que l'autre est abandonnée à la » paroisse 1 *? » Nous nous contenterons de faire observer qu'il est douteux que la cathédrale loi mat au treizième siècle une paroisse avec un ollicc distinct de celui du chapitre. Avant 1791, l'office paroissial se taisait , non pas à la chapelle de Sainte-Juliltc , mais bien a celle de Saint-Jean , où sont actuellement les fonts baptismaux.
! Esquisse archéologique des priucifutles églises du diocèse de Xcvers.
SECONDE ÉTUDE DE DETAILS ( XI* SIÈCLE). — CRYPTE. — CHAPELLE DE SAINTE- JILITTE. — ORIGINE PRÉSIMÉE DE LARC OGIVAL. — TRANSSEPT.
éja nous avons pu nous faire une idée du plan de la cathédrale reconstruite par Hugues II d'après les observât ions qui ont été présentées dans le chapitre précédent ; il nous reste à étudier la crypte, la chapelle de Sainte-Julitte et le transsept. Nous n'aurons pas de peine à découvrir dans cette partie de l'édifice les caractères qui distinguent le onzième siècle, au milieu de quelques substructions du douzième et du treizième.
La crypte et la chapelle de Sainte-Julitte nous présen-
tent sans aucun mélange les types produits dès le commencement du onzième siècle.
De chaque côté du grand escalier qui conduit à la chapelle de Sainte-Julitte on descend à la crypte , où on pénètre par deux ouvertures qui ont été pratiquées à une époque plus récente , car primitivement les deux ouvertures de la crypte étaient rejetées sur les côtés, comme il est facile de s'en convaincre par l'inspection des constructions voisines. On remarque auprès des deux escaliers dont nous parlons deux énormes tombeaux , dépouillés de tout ornement, et qu'on attribue au quatorzième siècle ; une inscription placée au-dessus du tombeau élevé dans le croisillon méridional confirme cette opinion , en donnant la date de 1373. Il eût été à désirer que la même inscription nous eût fait connaître le nom des personnages dont les corps reposent dans ces tombeaux; on prétend que ce sont les dépouilles mortelles de nos anciens seigneurs ; l'histoire n'en parle pas.
La crypte se divise en trois nefs, ayant chacune trois travées, et se termine en hémicycle dans sa région occidentale. Dans la partie historique nous avons indiqué la date de \ 028 comme époque de sa construction ; lors même que l'histoire serait demeurée muette à cet égard, la simple comparaison de cette crypte avec celle de Saint-Etienne d'Auxerre, qui remonte à 4030, et avec celle de Saint- Savinicn de Sens, qui date de 1028, suffirait pour ne nous laisser aucun doute sur son âge.
On y retrouve en effet les mêmes caractères et presque les mêmes détails , avec cette seule différence que les architectes nivernais l'ont emporté sur leurs voisins et par l'exécution du travail et par la grâce qu'ils ont su imprimer à leur œuvre.
À Nevers comme à Àuxerrc , les arcs doubleaux de la nef centrale sont composés de grosses moulures toriques qui viennent retomber sur une des colonnes engagées dans les piliers carrés , car ces piliers sont flanqués de colonnes cantonnées en croix. Ici point de chapiteaux , mais un épais tailloir coupé en chanfrein et garni sur toutes les parties anguleuses d'une baguette légèrement accentuée, en 'sorte que les angles sont ainsi dissimulés.
Ce genre de moulure se retrouve à Auxerre et à Sens. Comme on ne la remarque pas dans les monuments élevés dans la seconde partie du onzième siècle , on pourrait la considérer comme un des caractères distinclifs de la première moitié de ce siècle. Les arcs doubleaux des collatéraux sont formés de larges plates -bandes , et toutes les voûtes sont à arêtes.
Deux galeries latérales, parallèles au transsept et ayant la profondeur des croisillons , viennent déboucher dans la crypte ; elles correspondent à deux autres galeries superposées , qui ont leurs ouvertures dans la chapelle de Sainte-Julitte, et qui, sans doute, faisaient suite aux cloîtres du chapitre qui environnaient la cathédrale.
La galerie Inférieure placée au midi fut destinée en 4776 , par les chanoines, à servir de sépulture aux
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membres du chapitre. A cet effet, on fit construire dans les quatre arcades qui garnissent cette galerie , deux à droite et deux à gauche » quatorze tombeaux en pierre ; en 4 790 dix de ces tombeaux étaient occupés. Quant à la galerie opposée, on la réserva pour servir de charnier à la paroisse Saint- Jean , unie à la cathédrale.
C'est sans doute la crypte dont il est fait mention dans la vie de Guillaume de Saint-Lazare ; il est rapporté . qu'il dota l'autel de Saint-Denis, élevé par lui dans la grotte.
Ne sortons point de la crypte sans jeter un coup-d'œil sur deux objets qui méritent bien notre attention c'est d'abord, dans la nef centrale faisant face à l'abside, un groupe accolé contre la muraille, représentant Jésus mis au tombeau. Ce groupe, composé de Nicodème, de Joseph d'Arimathie , de saint Jean , de Marie et des femmes myrrophores, est une œuvre de la renaissance; avant 4830 il faisait partie du monument de la croix de mission , derrière laquelle il était placé.
L'autre objet capable de nous intéresser est un christ placé au fond de la galerie qui servait de charnier aux chanoines , avec cette inscription : 0 Mors ero mors tua : « 0 mort ! je serai ta mort, » pensée bien consolante, qui proclame, au milieu môme des tombeaux, l'immortalité, cVst^à-dire la destruction de la mort. En 4 854 , à l'époque du congrès, on a examiné avec intérêt ce christ, sur l'âge duquel on ne fut pas complètement d'accord. Les uns le faisaient remonter jusqu'au treizième siècle ; d'autres
,gle
l'attribuaient au quatorzième; nous le croyons du treizième. Les pieds ne sont pas croisés et sont attachés par leurs clous au mppedaneum ; au lieu de ceinture, il est enveloppé d'une espèce de tablier; la figure est maigre et allongée ; les bras sont étendus presque horizontalement, et les mains ne présentent aucun signe de crispations. Depuis notre visite dans cette galerie avec les membres du congrès archéologique, nous avons fait plusieurs observations que nous devons consigner ici.
Nous croyons que ce christ a subi plusieurs restaurations à différentes époques , les jambes sont d'un bois différent du reste et assez bien travaillé, le tablier est vermoulu, le corps du christ n'est qu'ébauché et recouvert d'une toile arlistement collée contre le bois et peinte ; personne ne s'était aperçu de cette disposition , tant elle a été exécutée avec soin ; des espèces de bezans légèrement creusés garnissent tout le pourtour de la croix et les quatre disques qu'on remarque à l'extrémité de chaque branche. Nous croyons que ces disques portaient en peinture les quatre animaux symboliques.
Élevée au-dessus de la crypte dont nous venons de parler, la chapelle de Sainte-Julitte est comme une vaste tribune qui domine le reste de l'église , on y monte par un large escalier composé de douze degrés. Une travée précède l'hémicycle absidal, éclairé par les trois fenêtres symboliques qu'on rencontre presque toujours dans Cette région pendant la période romano-byzantine. Les cintres des fenêtres, formés de petits clavaux réguliers,
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viennent reposer sur tl élegantes colonnettes qui flanquent les piédroits, et dont les chapiteaux sont garnis de feuilles de fantaisie ; à l'extérieur , un cordon composé de billettes ceint l'abside à la hauteur de la naissance des cintres des fenêtres , et en approchant de chaque cintre , ce cordon se dessine en archivolte en suivant la même courbe que la fenêtre.
Six longues colonnes engagées dans les murailles de l'hémicycle sont appuyées sur un soubassement continu ; leurs bases se rapprochent des bases attiques ; leurs chapiteaux , ornés de quelques feuillages peu fouillés mais gracieux sont remarquables par leurs tailloirs semblables à ceux que nous avons vus dans la crypte ; ils soutiennent des arcs au plein cintre et à cintres surhaussés régulièrement alternés.
Au-dessous des trois fenêtres , on remarque trois cintres formés de clavaux réguliers et remplis de pierres d'appareil ; c'est un moyen de consolidation. Parmentier parle d'une armoire qu'on voyait encore de son temps, dans laquelle, dit-il, on conservait alors le saint-ciboire \
Les arcatures qui régnent dans le pourtour intérieur de la chapelle de Sainle-Julitte viennent retomber sur îles colonnes engagées plus ou moins rapprochées ; ce sont des arcs au plein cintre alternés avec d'autres arcs à cintres surhaussés.
i Hi*t. manuscrite des Évéqucs . vio d'Alton.
Jusqu'à présent on a beaucoup écrit sur l'origine de l'arc ogival et sur les causes qui l'ont produit , la question n'en est pas moins restée à l'état de problème. L'inspection de l'arcature de Sainte- Julitte nous a confirmé dans une opinion que nous avions conçue par suite de semblables observations. La première règle suivie par les architectes pour établir plusieurs cintres oontigus, ou une ligne d'arcature, a été de leur donner le même point d'appui ; mais si la disposition de l'édifice exigeait qu'entre des cintres de plus grande dimension on en plaçât d'autres de dimension moindre, il en résultait un effet disgracieux, car ces cintres qui prenaient naissance sur la môme ligne, ne pouvaient atteindre le même sommet. Il s'agissait de trouver un moyen par lequel des arcs voisins , mais de diamètres différents, auraient la même base en se rapprochant du même sommet; alors on exhaussa les petits arcs en continuant les pieds-droits au-dessus du tailloir des chapiteaux ou de la corniche. C'est ce que nous remarquons dans la chapelle de Sainte-Julitte et à Saint-Etienne de Nevers pour l'arcature du sanctuaire. Ailleurs, comme a Metz-le-Comte , on se contenta d'un quart de cercle ayant le même rayon que le cintre voisin , mais partout il semble que la règle principale des arcs oontigus soit celle-ci : partir de la même base et te rapprocher le plus jmriMe du même xmmet*. Ces nouvelles formes laissèrent
i C'est peut-être aussi l'origine dos arcs polylobés, qu'on rencontre des le corn mon rement du treizième siècle , et que conserva la période ogivale.
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encore beaucoup à désirer ; à force de tâtonnements on en vint à essayer l'arc ogival , qu'on pouvait facilement faire partir du même point d'appui et conduire à la hauteur voulue ; il ne s'agissait que d'étendre à volonté le rayon en changeant le point central. Ce mode» tout en flattant l'œil , était conforme aux règles que nous avons indiquées ; il présentait d'ailleurs un autre avantage , celui de la solidité , en se rapprochant de la perpendiculaire.
Nous pourrions citer un grand nombre d'exemples à l'appui de ce que nous avançons ici. Ceux qui font une étude sérieuse de nos monuments religieux ont dû remarquer que le plus souvent, dans les églises du douzième siècle , les arcs doubleaux des bas- côtés prennent une forme ogivale, tandis que les arcades latérales de la nef sont au plein cintre ; or, pourquoi ce mélange de formes , sinon parce qu'on tenait , tout en partant de la même base, à approcher du même sommet? Le diamètre des arcs doubleaux des bas-côtés se trouvant de moindre dimension , on changeait le point de centre du rayon. La même observation a lieu aussi pour l'arcature du rond-point qui est ordinairement de forme ogivale pendant le cours du douzième siècle, tandis que les arcades voisines sont au plein cintre. C'est ce qu'on remarque à La Charilé-sur-Loire , à Saint-Révérien , etc.
Déjà nous avons dit quelques mots sur les chapiteaux de la chapelle de Sainte-Julitte , dont la corbeille est garnie do fouilles mieux traitées qu'on ne les rencontre
ordinairement à celte époque; mais il est encore d'autres chapiteaux qui méritent une attention toute particulière : je veux parler de ceux qui, de chaque côté de la chapelle, soutiennent les deux premières arcades qui vont retomber sur les colonnes monocylindriques que nous attribuons à Alton. Un de ces chapiteaux rappelle la forme corinthienne; Vautre, celui qui touche au croisillon méridional, est tout à fait cylindrique, avec de légères guirlandes de fleurs qui ne dissimulent en rien le cylindre ; on dirait une dentelle dont on aurait enveloppé le chapiteau. Ici il y avait une difficulté à vaincre : comment faire concorder
une semblable corbeille avec un tailloir carré, dont les angles eussent présenté unesaillie disgracieuse? L'artiste a vaincu la difficulté en accolant au chapiteau de légers modillons qui les unissent au tailloir.
Quand on parcourt le midi de la France , on admire la hardiesse des voûtes romanes. En effet , dans cette contrée elles présentent ordinairement un plus grand développement que celles qu'on rencontre dans le centre et dans le nord. Sous ce rapport, la voûte de la chapelle de Sainte -Julitte n'a rien à envier aux monuments méridionaux ; son diamètre est de dix mètres ; malheureusement l'orgue rompt d'une manière toute disgracieuse l'harmonie de cette chapelle.
L'arc triomphal devait être d'un merveilleux effet, s'il est permis d'en juger par un des chapiteaux sur lesquels il prenait naissance, et qui couronnait de larges colonnes engagées. Ce chapiteau se voit dans la tribune
I OS MoN'X.UAl'HIF. DE I V CATHEDHAI.K DE NEVEItS.
de l'orgue; sa hauteur est de quatre-vingts centimètres, non compris l'astragale et le tailloir. Nous ne connaissons pas de chapiteaux de cette époque d'une semblable dimension. Il est garni de feuillages légers gracieusement enlacés ; quelques branches se détachent pour rejoindre, en se courbant , les angles du tailloir; il est impossible de ne pas reconnaître encore ici une imitation de la corbeille corinthienne.
Dans le transsept on retrouve le onzième siècle , mais avec mélange de substruetions élevées pendant les siècles suivants. Au-dessus des constructions de Hugues II, il est facile de reconnaître des caractères qui rappellent le douzième siècle. Les fenêtres cintrées se font remarquer par de plus vastes dimensions , puis tout-à-coup on voit disparaître la maçonnerie en moellons, npuscœmentitium, qui fait place au moyen appareil, opwt lapideum; les fenêtres en môme temps prennent une forme lancéolée, d'élégantes colonnettes llanquent leurs piédroits dans le croisillon septentrional , et les chapiteaux qui couronnent ces colonnettes sont garnis de crosses végétales déjà vigoureusement dessinées. Nous avons parlé des faisceaux de colonnettes annelées , accolées contre les anciennes murailles du transsept ; tout ici semble indiquer les premiers essais de Guillaume de Saint-Lazare.